CHAPITRE XXXV.

La brillante vision dont je venais de jouir me fit sentir plus vivement,

à mon réveil, toute l'horreur de l'isolement dans lequel je me trouvais.

Je promenai mes regards autour de moi, et je ne vis plus que des toits

et des cheminées. Hélas! suspendu au cinquième étage entre le ciel et

la terre, environné d'un océan de regrets, de désirs et d'inquiétudes,

je ne tenais plus à l'existence que par une lueur incertaine d'espoir:

appui fantastique, dont j'avais éprouvé trop souvent la fragilité. Le

doute rentra bientôt dans mon cœur, encore tout meurtri des mécomptes

de la vie, et je crus fermement que l'étoile polaire s'était moquée de

moi. Injuste et coupable défiance, dont l'astre m'a puni par dix ans

d'attente! Oh! si j'avais pu prévoir alors que toutes ces promesses

seraient accomplies, et que je retrouverais un jour sur la terre l'être

adoré dont je n'avais fait qu'entrevoir l'image dans le ciel! Chère

Sophie, si j'avais su que mon bonheur surpasserait toutes mes

espérances!... Mais il ne faut pas anticiper sur les événemens: je

reviens à mon sujet, ne voulant pas intervertir l'ordre méthodique et

sévère auquel je me suis assujetti dans la rédaction de mon voyage.

Expédition nocturne autour de ma chambre · 第 43 / 48 题