La brillante vision dont je venais de jouir me fit sentir plus vivement,
à mon réveil, toute l'horreur de l'isolement dans lequel je me trouvais.
Je promenai mes regards autour de moi, et je ne vis plus que des toits
et des cheminées. Hélas! suspendu au cinquième étage entre le ciel et
la terre, environné d'un océan de regrets, de désirs et d'inquiétudes,
je ne tenais plus à l'existence que par une lueur incertaine d'espoir:
appui fantastique, dont j'avais éprouvé trop souvent la fragilité. Le
doute rentra bientôt dans mon cœur, encore tout meurtri des mécomptes
de la vie, et je crus fermement que l'étoile polaire s'était moquée de
moi. Injuste et coupable défiance, dont l'astre m'a puni par dix ans
d'attente! Oh! si j'avais pu prévoir alors que toutes ces promesses
seraient accomplies, et que je retrouverais un jour sur la terre l'être
adoré dont je n'avais fait qu'entrevoir l'image dans le ciel! Chère
Sophie, si j'avais su que mon bonheur surpasserait toutes mes
espérances!... Mais il ne faut pas anticiper sur les événemens: je
reviens à mon sujet, ne voulant pas intervertir l'ordre méthodique et
sévère auquel je me suis assujetti dans la rédaction de mon voyage.