CHAPITRE XXXIV.

Cet accident fut d'un avantage réel pour la partie géologique de mon

voyage, parce qu'il me donna l'occasion de connaître exactement la

hauteur de ma chambre, au-dessus des couches d'alluvion qui forment le

sol sur lequel est bâtie la ville de Turin.

Mon cœur palpitait fortement, et je venais d'en compter trois

battemens et demi, depuis l'instant où j'avais piqué mon cheval, lorsque

j'entendis le bruit de ma pantoufle qui était tombée dans la rue, ce

qui, calcul fait du tems que mettent les corps graves dans leur chute

accélérée, et de celui qu'avaient employé les ondulations sonores de

l'air pour venir de la rue à mon oreille, détermine la hauteur de ma

fenêtre à quatre-vingt-quatorze pieds, trois lignes et neuf dixièmes de

ligne, depuis le niveau du pavé de Turin, en supposant que mon cœur,

agité par le rêve, battait cent vingt fois par minute, ce qui ne peut

être très-éloigné de la vérité. Ce n'est que sous le rapport de la

science, qu'après avoir parlé de la pantoufle intéressante de ma belle

voisine j'ai osé faire mention de la mienne: aussi je préviens que ce

chapitre n'est absolument fait que pour les savans.

Expédition nocturne autour de ma chambre · 第 42 / 48 题