Cet accident fut d'un avantage réel pour la partie géologique de mon
voyage, parce qu'il me donna l'occasion de connaître exactement la
hauteur de ma chambre, au-dessus des couches d'alluvion qui forment le
sol sur lequel est bâtie la ville de Turin.
Mon cœur palpitait fortement, et je venais d'en compter trois
battemens et demi, depuis l'instant où j'avais piqué mon cheval, lorsque
j'entendis le bruit de ma pantoufle qui était tombée dans la rue, ce
qui, calcul fait du tems que mettent les corps graves dans leur chute
accélérée, et de celui qu'avaient employé les ondulations sonores de
l'air pour venir de la rue à mon oreille, détermine la hauteur de ma
fenêtre à quatre-vingt-quatorze pieds, trois lignes et neuf dixièmes de
ligne, depuis le niveau du pavé de Turin, en supposant que mon cœur,
agité par le rêve, battait cent vingt fois par minute, ce qui ne peut
être très-éloigné de la vérité. Ce n'est que sous le rapport de la
science, qu'après avoir parlé de la pantoufle intéressante de ma belle
voisine j'ai osé faire mention de la mienne: aussi je préviens que ce
chapitre n'est absolument fait que pour les savans.