Sa gueule est d'une grandeur prodigieuse, d'une capacité si grande, que

dans celle d'un individu de 24 mètres de longueur, pris en 1726 au cap

Hourdel, dans la baie de la Somme, deux hommes pouvaient entrer sans se

baisser. (Duhamel.)

Sa mâchoire supérieure porte environ sept cents lames verticales, de

nature cornée, à bords frangés, qui pendent des deux côtés. Ces lames,

connues dans la science sous le nom de _fanons_, et dans le commerce

sous celui de _baleines_, sont longues de 4 à 5 mètres.

Sa langue est monstrueuse. On assure qu'elle atteint jusqu'à 8 mètres

de longueur et jusqu'à 4 de largeur. Elle fournit à elle seule cinq

ou six barils d'huile. A proprement parler, ce n'est plus une vraie

langue, mais un gros matelas épais, mou, tout rembourré de graisse,

étalé sur le plancher buccal. Ce matelas est collé dans toute son

étendue, et par conséquent _immobile_. On a de la peine à concevoir une

langue qui ne peut pas sortir de la bouche!

La Baleine se nourrit de Méduses, de Mollusques et d'autres petits

animaux marins. Ces pauvres bêtes sont entraînées avec la masse d'eau

qui les contient. Le monstre nage à la surface de la mer, la gueule

ouverte. Il n'a qu'à fermer les mâchoires pour retenir des populations

entières. L'eau, tamisée à travers les filets des fanons (véritable

forêt de fibres rapprochées), y laisse les malheureux petits animaux.

Chaque repas en détruit plusieurs milliers.

Les gros mangent les petits. C'est la Nature qui le veut. Et,

quelquefois, comme dans le cas actuel, les très-gros mangent les

très-petits. Car les bestioles englouties par le colosse des colosses

n'ont guère, en moyenne, que 2 ou 3 centimètres de longueur..... Mais

le nombre des individus avalés compense, et bien au delà, l'exiguïté

de leur taille. On a vu ailleurs que ces petits habitants de l'eau

salée se multiplient par millions. Si leur destruction ne portait pas

remède à leur fécondité, il arriverait qu'en fort peu de générations,

ils encombreraient l'Océan et finiraient par le corrompre ou par le

solidifier!

Quelle étrange chose que de voir le Gargantua de l'animalité poursuivre

de chétives bestioles gluantes et transparentes, presque sans forme et

sans consistance, et souvent à peine perceptibles!

On assure cependant que la Baleine mange de temps à autre quelques

poissons, même des poissons assez gros. Dans l'estomac d'une Baleine on

a trouvé un Thon tout entier (Breschet).

Les Baleines vivent comme les Poissons et respirent comme les

Quadrupèdes. On dit que le souffle de ces animaux exhale une odeur

insupportable, putride et presque cadavéreuse. Est-il vrai qu'on les

entend _ronfler_ de loin[307]? Ce doit être un bien épouvantable

ronflement!

[307] «_Balænæ stertere audiuntur._» (PLINE.)

Il existe, dans le musée de la Faculté de médecine de Paris, une

tranche verticale du plus grand vaisseau d'une Baleine (l'_aorte_).

_Un enfant pourrait passer au travers de cet anneau_, lequel offre un

diamètre de 36 centimètres et dont les parois ont une épaisseur de 4

centimètres.

Quelle énorme colonne de sang indiquée par cet anneau!

III

Le poids du cerveau d'une Baleine représente à peine la vingt-cinq

millième partie du poids total du Cétacé.

Quoique doué d'une force prodigieuse, cet animal est très-timide. Quand

on le poursuit, il cherche habituellement à fuir et non à se défendre.

Il a des ennemis qui le tourmentent et dont il ne sait pas toujours se

défendre ou s'éloigner. Les Espadons le percent, les Scies lui font

d'affreuses déchirures; les Marsouins lui arrachent de gros morceaux de

chair.

Le diamètre de l'œil d'une Baleine égale la cent quatre-vingt-douzième

partie de sa longueur totale. Le professeur Carus compare le volume

entier du globe oculaire à une orange, et le docteur Gros, à la tête

d'un enfant nouveau-né.

La pupille est transversalement ovale, comme celle des Ruminants.

Quoique ces immenses Mammifères-Poissons manquent de pieds, ils nagent

cependant avec une extrême vitesse. Ils se jouent avec les montagnes

d'eau soulevées par les tempêtes. Ils se servent admirablement de

leurs deux bras, qui forment deux nageoires gigantesques, et surtout

de leur queue colossale, composée de deux lobes d'une étendue et d'une

force prodigieuses. Aussi, lorsque les baleiniers veulent ralentir la

course d'un individu harponné, c'est à cette dernière partie qu'ils

adressent leurs coups. Avec une pelle triangulaire bien tranchante, ils

pratiquent quelquefois plus de cinquante vigoureuses entailles à la

naissance de la queue, et diminuent de moitié la puissance de l'animal

fuyant.

Quand une Baleine frappe l'eau avec sa queue, elle produit un

clapotement.

On dit qu'une Baleine parcourt, en moyenne, dix milles par heure;

mais lorsqu'elle est blessée ou poursuivie, elle s'élance bien plus

rapidement. Quelquefois elle s'élève au-dessus de l'eau et se laisse

retomber. Elle produit alors une tempête en miniature, qui se fait

sentir assez loin.

IV

Les Baleines sont sensibles à l'amour. Le mâle accompagne presque

toujours sa femelle.

En 1723, on rencontra deux époux Baleines qui traversaient l'Océan.

C'était peut-être un voyage de noces! On les attaqua, on les blessa. Un

des deux ayant cessé de vivre, l'autre se jeta sur son corps bien-aimé

avec d'effroyables mugissements (Duhamel).

A l'embouchure de l'Elbe, la même année, huit femelles échouèrent. Près

de leurs cadavres on vit bientôt arriver leurs huit mâles.

Le mâle suit toujours la femelle blessée et reste avec elle. La

femelle ne montre, ni la même tendresse, ni la même sollicitude (L.

Hautefeuille).

Comme tous les Mammifères, les Baleines nourrissent leur petit avec

leur lait. Combien donnent-elles de litres de la précieuse nourriture à

chaque tetée?

La mère témoigne pour son nourrisson d'un attachement très-ardent et

très-courageux.

Quand un Baleineau a été harponné, on peut être certain que la mère ne

tardera pas à venir à son secours. Elle le joint à la surface de l'eau

quand il y monte pour respirer; elle semble l'exciter à fuir; souvent

elle passe sous lui, le charge sur son dos et l'emporte, tandis que le

petit, glissant et parfois chavirant sous l'action de la lame, cherche

à se maintenir avec ses deux nageoires. Il est très-rare qu'elle

l'abandonne, tant qu'il est vivant.

«Dans ces moments, on peut la blesser facilement; car elle oublie

entièrement le soin de sa propre sûreté, pour ne s'occuper que de la

conservation de son petit. Elle se lance au milieu des ennemis, méprise

les périls; même après avoir été frappée plusieurs fois, elle reste

auprès de son nourrisson, si elle ne peut pas l'entraîner avec elle.

Dans son angoisse maternelle, elle court çà et là, bat la mer avec

violence, et l'irrégularité de ses mouvements est un indice certain de

la vivacité de sa douleur.» (Scoresby.)

V

On appelle _fausses Baleines_, ou _Rorquals_, les espèces qui portent

une nageoire sur le dos et de larges rides sous le ventre. Leur corps

est moins massif que celui de la Baleine; ils nagent avec plus de

rapidité, et quand ils plongent, ils restent plus longtemps sous l'eau.

Aussi les pêcheurs leur donnent-ils rarement la chasse.

Les Rorquals sont encore plus grands que les Baleines. Scoresby parle

d'un individu qui avait 120 pieds anglais de longueur!

Ces animaux sont les vrais géants de la création!

En 1828, la mer jeta sur la plage de Saint-Cyprien, dans les

Pyrénées-Orientales, un très-beau Rorqual, qui a été décrit par M.

Companyo.

VI

Parmi les grandes pêches qui ont lieu dans les différentes mers, celle

de la Baleine, ou du Rorqual, est, sans contredit, la plus renommée, la

plus difficile et la plus périlleuse[308].

[308] Voyez planche XXXII.

On prenait autrefois de grands Cétacés dans les régions tempérées de

l'Europe, soit dans l'Océan, soit dans la Méditerranée.

Divers actes nous apprennent que, jusqu'au XIIe siècle, ces animaux,

assez nombreux dans le golfe de Gascogne, y étaient l'objet d'une pêche

régulière. Aujourd'hui, ces énormes Mammifères sont devenus de plus

en plus rares, et leur apparition dans ces mêmes eaux est considérée

comme un véritable phénomène.

Cuvier croyait que la Baleine du golfe de Gascogne était la même que la

Baleine du cercle polaire. Le professeur Eschricht, de Copenhague, nous

a appris que ce sont deux espèces différentes.

Les premiers baleiniers paraissent donc avoir été des Basques. Vinrent

ensuite les Asturiens, puis les Anglais, et puis les Hollandais.

Le théâtre des pêches, transporté du Midi dans le Nord, a bien souvent

changé de parages.

Anciennement, la côte orientale du Groenland passait pour une des

meilleures stations. Dans ce moment, cette partie de la mer est

complétement déserte. Depuis quelque temps, les Esquimaux ne comptent

presque plus sur ce colosse de la mer, qui n'apparaît qu'aux environs

de Holsteinborg, et encore très-rarement.

Les pêcheurs anglais en ont entièrement dépeuplé la baie de Baffin.

Il y a trente ans, cent navires, appartenant à diverses nations,

se livraient à la pêche de la Baleine dans le détroit de Davis.

Aujourd'hui, il en vient tout au plus cinq ou six, et encore

n'arrivent-ils qu'avec l'espoir d'un butin fort problématique (Ch.

Edmond).

La pêche est descendue successivement des Açores au Brésil, du Brésil

aux côtes sud d'Afrique, de là au Chili et à la Terre de Feu, puis à la

Nouvelle-Hollande et à la Nouvelle-Zélande. Elle se fait, de nos jours,

dans les mers du Japon et sur les côtes du Kamtchatka.

Les bâtiments employés à la pêche de la Baleine sont en général du port

de 350 à 450 tonneaux, et portent de trente à quarante-cinq hommes

d'équipage. Chaque canot, ou baleinière, est pourvu d'un harponneur

placé à l'avant, d'un chef qui tient l'aviron de queue, et de quatre

rameurs. Il a quatre harpons et deux lances.

Le harpon est long d'environ un mètre. Sa tige est de fer. Son

extrémité antérieure porte une dilatation deltoïde, pointue, à deux

branches divergentes aiguës, offrant intérieurement comme un petit

crochet. Du côté opposé est une douille également de fer, dans laquelle

entre le manche qui sert à lancer l'instrument. Ce manche est une

sorte de bâton d'environ un mètre et demi. Au-dessus de la douille se

trouve fixée une boucle de chanvre natté, qui reçoit l'extrémité de la

_ligne_. On appelle ainsi une corde longue de 300 brasses et épaisse de

2 centimètres.

La lance est une tige de fer longue de 3 à 4 mètres, y compris la

hampe, qui en offre à peu près 2 et demi. Elle présente à son extrémité

une dilatation ovalaire ou elliptique, aplatie, à bords très-tranchants.

[Illustration: BALEINE HARPONNÉE.]

Lorsque le bâtiment est arrivé dans les parages fréquentés par les

Baleines, deux matelots se mettent en vigie au haut du grand mât et

du mât de misaine. Aussitôt que l'un aperçoit un de ces animaux, il

donne le signal. On met les canots à la mer; on s'approche doucement

de la Baleine, sans l'effrayer. Le canot qui, le premier, se trouve à

distance convenable, commence l'attaque. L'homme placé à l'avant lance

son harpon. Il le fait avec adresse et avec toute la force dont il est

capable. Le géant des ondes, se sentant blessé, donne d'ordinaire un

violent coup de queue, et plonge en même temps. Il déroule et entraîne

la ligne qui porte le harpon. La baleinière est entraînée à la remorque

avec une vitesse effrayante; elle creuse un profond sillon, et soulève

devant elle deux grosses lames qui cachent l'horizon aux yeux des

matelots.

Les canots ont soin de ne pas se tenir dans la direction de la partie

postérieure du Cétacé. Ce voisinage, on le comprend, serait fatal à

l'embarcation. Quand la Baleine plonge, sa queue s'élève, se balance

quelques instants dans l'air et retombe à plat. Son poids seul peut

écraser un canot. Qu'on suppose maintenant le monstre blessé et irrité,

et l'on verra combien ses chocs peuvent être redoutables.

La ligne est emportée avec une si grande force et une telle rapidité,

qu'elle enflammerait les bords du canot, si l'on n'avait pas le soin de

les mouiller de temps en temps.

Si, par malheur, cette corde est arrêtée par un nœud ou par tout autre

obstacle, l'embarcation est presque toujours submergée.

Au bout d'un certain temps, dix à quinze minutes, la Baleine reparaît à

la surface de la mer, quelquefois à une grande distance de l'endroit où

elle avait plongé.

Au moment de son apparition, il peut arriver aux canots un accident

terrible, quoique très-rare. C'est le cas où ils sont pris par-dessous

et chavirés.

«Dans l'année 1802, dit Scoresby, le capitaine Lyons, faisant la pêche

sur les côtes du Labrador, aperçut assez près de son bâtiment une

grande Baleine. Il envoya aussitôt quatre canots à sa poursuite. Deux

de ces canots abordèrent l'animal en même temps, et plantèrent leur

harpon. La Baleine frappée plongea, mais revint bientôt à la surface,

et, ressortant dans la direction du troisième canot, qui avait cherché

à prendre l'avance, elle le lança en l'air comme une bombe. Le canot

fut porté à plus de 5 mètres, et, s'étant retourné par l'effet du choc,

il retomba la quille en haut. Les hommes s'accrochèrent à un autre

canot qui était à portée; un seul fut noyé.»

Quand la Baleine est revenue sur l'eau, on la frappe avec un second et

même un troisième harpon. Puis on l'attaque à coups de lance.

Dès que le monstre a cessé de vivre, on le traîne vers le bâtiment, on

l'amarre le long du bord, et l'on procède au dépeçage.

On enlève d'abord les parties grasses de la tête, les lippes, la gorge

avec la langue, l'os de la mâchoire supérieure et les fanons; puis on

trace une bande de lard d'environ 1m,50 de largeur, que l'on détache et

que l'on hisse au moyen de palans, en déroulant la Baleine[309]. (On

peut se représenter l'opération en pelant une poire en spirale, du gros

bout vers la queue.)

[309] Voyez la planche XXXII.

Lorsque la bande est hissée jusqu'au haut, on fait, à l'aide d'un

couteau à deux mains, une incision longitudinale dans la bande; on

y introduit l'estrope du second palan que l'on fixe au moyen d'un

morceau de bois en travers. On coupe alors la bande un peu au-dessus

de l'incision, et l'on continue à hisser. Le morceau ainsi obtenu est

descendu dans l'entrepont, où il sera coupé en petits morceaux pour

être fondu.

Pour dépecer la bande de lard, deux officiers baleiniers se placent

en dehors du navire, sur de petits échafauds. Celui qui se trouve sur

l'avant trace la bande sur le corps de la Baleine; celui de l'arrière

aide au décollement des chairs. (L. Hautefeuille.)

[Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. XXXII.

PÊCHE ET DÉPÈCEMENT DE LA BALEINE.

Dessin de Morel-Fatio, d'après des documents inédits.]

Puis, on abandonne sa chair aux Oiseaux aquatiques, aux Phoques et aux

Ours.

La pêche de la Baleine peut offrir des dangers encore plus grands que

ceux qui viennent d'être signalés.

On rapporte qu'un navire américain, l'_Essex_, se trouvant, le 13

novembre 1820, dans la mer du Sud, aperçut un certain nombre de

Baleines, vers lesquelles il se dirigea. Arrivé au milieu de ces

animaux, il mit, suivant la coutume, les canots à la mer. La petite

flottille s'avançait rapidement, et le navire la suivait de près.

Tout à coup la plus grosse Baleine se détacha du groupe (qui semblait

former une famille), et, dédaignant les embarcations, s'élança droit

sur le vaisseau, qu'elle prit sans doute, et non sans raison, pour

le chef de ses ennemis. Du premier choc, elle fracassa une partie de

la fausse quille, et elle s'efforça ensuite de saisir le navire en

divers endroits avec ses gigantesques mâchoires. Elle ne put y réussir;

elle s'éloigna d'environ 200 mètres, et revint frapper de toute sa

force contre la proue du bâtiment. Le navire recula avec une vitesse

de quatre nœuds par seconde. Il en résulta une vague très-haute. La

mer entra dans l'_Essex_ par les fenêtres de l'arrière, en remplit la

coque, et le fit coucher de côté. Vainement les canots arrivèrent pour

sauver le navire, il n'était plus temps. Tout ce qu'on put faire, fut,

en enfonçant le pont, d'extraire une petite quantité de pain et d'eau,

que l'on déposa dans les embarcations (?).

VII

Dans les mers du Nord, la prise d'une Baleine est une bonne fortune.

Quand les Esquimaux aperçoivent un de ces monstres, ils revêtent à

l'instant leurs plus beaux habits. C'est peut-être la seule occasion

où hommes et femmes se nettoient et fassent toilette! On assure qu'ils

prennent garde surtout de ne pas mettre un vêtement qui ait été en

contact avec un cadavre humain. S'ils négligeaient cette précaution,

la Baleine prendrait la fuite aussitôt, quand même elle aurait dans le

corps plusieurs harpons. Cette assertion est-elle bien exacte?

Quoi qu'il en soit, les dispositions convenables une fois prises, toute

une flottille s'élance à la mer. On harponne l'animal, on le crible à

coups de javelots, on l'épuise, on le tue.....

La Baleine est ensuite traînée jusqu'à la côte, et dépecée, le corps

étant moitié dans l'eau.

Les gens qui ont assisté en simples spectateurs à la lutte participent

au partage tout aussi bien que ceux qui y ont pris part. Hommes,

femmes, enfants, tous se précipitent sur le Cétacé. C'est à qui

pratiquera la plus profonde entaille, à qui emportera le plus

gros morceau. Pendant quelques jours, la Baleine devient ainsi un

garde-manger général, où chacun vient prendre sa pitance quotidienne.

(Ch. Edmond.)

VIII

Linné dit que l'huile fournie par une seule Baleine est souvent si

abondante, qu'elle peut suffire à la _charge d'un vaisseau_. Cette

quantité est évaluée à 12 tonneaux.

La pêche de ce précieux Cétacé dans les mers polaires a donné: en

1859, 2078 barils d'huile; en 1860, 1909, et en 1861, 1710. Sur ces

derniers 1710 barils, 1013 appartenaient aux navires de Dundee, et 697

seulement aux autres ports. (_Revue marit._)

En 1861, une transformation s'est opérée dans le matériel des armements

pour la pêche de la Baleine. Les bâtiments à hélice ont été substitués

aux bâtiments à voiles, et les résultats de la deuxième saison ont été

assez encourageants pour engager les armateurs à persévérer dans leurs

tentatives. Par suite même de ces succès, un grand nombre de navires à

voiles, surtout à Peterhead, ont été vendus, et l'on semble reconnaître

aujourd'hui que la question est résolue, et que l'avenir appartient

désormais aux navires pourvus d'un moteur à hélice. (_Revue marit._)

On voit que les mers polaires ne sont pas inaccessibles aux progrès.

[Illustration]

[Illustration]

CHAPITRE XLVII

LES PHOQUES.

_Era gros coma un azer, et era pélos coma un azer._

(PETIT THALAMUS DE MONTPELLIER, 1383.)

I

Les _Phoques_ sont moins marins que les Baleines.

Ils viennent de temps en temps à terre.

Ils possèdent quatre nageoires, et ont le corps velu, _pélos_..... Ils

s'éloignent moins des Quadrupèdes.....

Par leurs formes et par leurs habitudes, les Phoques ont donné

naissance aux fables des Tritons et des hommes marins. Celle qui fait

garder par Protée les troupeaux de Neptune repose plus particulièrement

sur l'observation imparfaite de ces Mammifères pisciformes, dont les

bandes nombreuses se jouent gaiement à la surface des vagues, viennent

ramper sur les plages désertes, ou s'arrêter sur les roches à fleur

d'eau pour y recevoir l'action bienfaisante des rayons du soleil (P.

Gervais).

Le _Phoque commun_[310] est assez abondant sur nos côtes. On en trouve

beaucoup dans la mer Adriatique, dans les eaux de l'Archipel et dans

certains parages de l'Afrique. On en rencontre aussi dans l'Océan. Il

en vient exclusivement des troupes assez nombreuses dans la baie de la

Somme. Les pêcheurs ont donné à cet animal les noms de _Loup marin_ et

de _Veau marin_.

[310] _Phoca vitulina_ Linné.

Le Phoque a le corps allongé, vêtu d'une fourrure serrée et soyeuse. Sa

tête ressemble à celle d'un Chien auquel on aurait coupé les oreilles.

Il a de fortes moustaches, comme un Chat, et deux beaux yeux vert de

mer, veloutés et limpides comme les yeux d'un enfant.

Sa vue est perçante et son ouïe fine. Ses narines sont munies d'une

sorte de petite porte (_valvule_), que l'animal ouvre et ferme à

volonté, et qui empêche l'eau de pénétrer dans son nez.

Deux paires de nageoires fort longues lui tiennent lieu de mains et de

pieds. Celles de derrière, unies à la queue, forment, à droite et à

gauche de cette dernière, comme deux grandes oreillettes.

Le régime du Phoque est principalement animal; il consiste en

Mollusques nus, en Crabes et en Poissons. Ce gracieux Mammifère mange

aussi des végétaux, surtout des fruits. Il s'accoutume parfaitement au

pain mouillé.

II

Le Phoque est timide et sauvage. Il a une physionomie très-douce et un

regard très-expressif.

Il ne manque pas d'intelligence, et il est susceptible

d'apprivoisement, même d'une certaine éducation. On montre de temps en

temps, dans les ménageries, de malheureux Phoques emprisonnés dans une

cuve, mal nourris, chétifs, malades, dont on vante les hautes qualités;

qualités qui se réduisent, le plus souvent, à reconnaître la voix du

cornac, et à venir prendre familièrement un poisson ou un morceau de

pain qu'on leur présente.

Le cri de ce Mammifère est doux et flûté, et rappelle certains mots

usités dans toutes les langues, en particulier les syllabes _pa-pa_,

_ma-ma_. D'où les charlatans s'empressent de conclure que ces animaux

peuvent apprendre à parler... Ne croyez pas que les Phoques soient

capables, comme on l'a dit, de prononcer les mots _gâteau_, _café_,

_manger_, _merci_, et encore moins les phrases: _Vive le roi_, _Bonjour

monsieur_, _Je suis Français_....

En les tenant dans une quantité d'eau suffisante pour leur permettre

de nager, et en les nourrissant avec du poisson frais, on peut les

conserver pendant plusieurs années.

Quelques naturalistes modernes ont pensé qu'il ne serait pas impossible

à l'Homme d'assujettir complétement à sa puissance ces fugitifs

habitants de la mer. On peut s'étonner, dit Frédéric Cuvier, que les

peuples pêcheurs n'aient pas dressé les Phoques à la pêche, comme

les peuples chasseurs ont dressé le Chien à la chasse. M. Babinet a

insisté, tout récemment, sur les services nombreux que ces Mammifères

pourraient nous rendre, si nous les élevions auprès de nous. Il

voudrait en voir jusque dans nos _eaux douces!_

Il existe, depuis plusieurs années, deux Phoques au Jardin zoologique

d'Amsterdam. Ils vivent dans un grand parc d'eau salée. On assure

qu'ils s'y sont reproduits par deux fois. Non-seulement ils distinguent

la voix des gardiens qui les soignent, mais encore ils saisissent au

loin le bruit des pas du directeur. Ils jettent de petits cris dès

qu'ils l'entendent, et se précipitent au-devant de lui.

Un vieillard, accompagné d'une petite fille et d'un griffon de la

Havane gros comme le poing, venait souvent visiter nos deux Phoques et

leur apporter des friandises. Ceux-ci sortaient de l'eau, rampaient

devant le chien et la petite fille, leurs amis, et venaient s'ébattre

sur le sable avec eux. On se roulait, on se faisait des niches, on

partageait fraternellement les fruits ou les gâteaux que contenait le

panier de la petite fille..... Or, un jour, au milieu de ces jeux,

le chien manque son élan, passe par-dessus la tête d'un Phoque, et

tombe dans le bassin. Le pauvre roquet se démène un instant, et

disparaît..... Aussitôt les deux Phoques jettent un cri, rampent au

plus vite jusqu'à l'eau et s'y précipitent. En un clin d'œil le mâle

reparaît, tenant délicatement dans sa gueule le griffon sans mouvement.

Il le dépose aux pieds de la petite fille. (H. Berthoud.)

Le Phoque nage très-bien et plonge encore mieux. Il peut retenir sa

respiration pendant un temps assez long. Il montre dans ses évolutions

une prestesse et une élégance remarquables.

Il vient de temps en temps se coucher et se reposer sur le sable du

rivage, ayant soin de ne pas s'éloigner de plus de 5 à 6 mètres. A la

moindre alerte, il se précipite dans l'eau et regagne la haute mer.

Son allure, sur terre, est lente et disgracieuse; il se traîne plutôt

qu'il ne marche. Il avance au moyen de sauts petits et fréquents,

produits par les contractions de tout son corps, ses nageoires

antérieures appliquées contre les flancs.

III

Le monde de la mer · 第 33 / 36 段