cause de sa grosseur, car elle ne pesait que 12 carats 1/16e, mais
parce qu'elle était si claire et si transparente, qu'on voyait le jour
à travers. On lui en offrit 2000 tomans, environ 100 000 francs. Il
refusa de la céder.
On trouve dans le musée Zozima, à Moscou, une perle presque aussi
diaphane. On l'appelle _pellegrina_. Elle pèse près de 28 carats; sa
forme est globuleuse.
On dit que la perle de la couronne de Rodolphe II pesait 30 carats, et
qu'elle était grosse comme une poire. Ce volume est plus que douteux.
Le schah de Perse actuel possède un long chapelet dont chaque perle est
à peu près de la grosseur d'une noisette. Ce joyau est inappréciable.
En 1855, à l'Exposition universelle de Paris, la reine d'Angleterre
nous a fait voir de magnifiques trésors de perles fines, et l'Empereur
des Français en a montré une collection de 408, chacune pesant 16
grammes, d'une forme parfaite et d'une belle eau. Elles valent ensemble
plus de 500 000 francs.
Les Romains estimaient beaucoup les perles fines; ils ont transmis
leur passion aux Orientaux. Ceux-ci attachent une idée de grandeur et
de puissance à la possession des perles les plus grosses et les plus
éclatantes.
VIII
Les Pintadines ne sont pas les seuls bivalves de la mer qui puissent
donner des perles. Presque tous les Mollusques sont sujets à la maladie
qui façonne la nacre en tubérosités arrondies ou ovoïdes.
M. Lamiral a vu une perle de la grosseur d'un œuf de poule Bantam,
parfaitement sphérique et blanche comme du lait, provenant du _grand
Bénitier_.
[Illustration: PINNE DE LA MÉDITERRANÉE
(_Pinna nobilis_ Linné).]
La _Pinne marine_ produit des perles roses. L'_Oreille de mer Iris_ en
donne de vertes. D'autres bivalves en fournissent de bleues, de grises,
de jaunes et même de noires. Ces dernières sont très-peu communes.
Il y en avait un collier dans le trésor de l'empereur de la Chine.
Est-ce le même dont on a fait présent à une auguste souveraine?
[Illustration]
[Illustration]
CHAPITRE XXIII
LES MOLLUSQUES CÉPHALÉS.
_Ame tout aquéu poble eïmable é banaru._
(C. REYBAUD.)
Les Mollusques sans tête (Acéphales) nous conduisent naturellement à
ceux qui en ont une, les _Mollusques Céphalés_.
Nous trouvons encore, parmi ces derniers, des espèces nues et des
espèces testacées.
I
Les Céphalés nus[114] varient assez dans leurs formes. Les plus communs
sont ovoïdes, plus ou moins allongés, bombés en dessus, plans en
dessous, avec une tête antérieure plus ou moins caractérisée, portant
plusieurs organes sensitifs, entre autres deux yeux bombés et humides,
et presque toujours des cornes ou tentacules, des barbillons ou des
panaches.
[114] Voyez les planches XVII, XVIII et XIX.--Les dessins de ces
deux planches nous ont été communiqués par M. Deshayes et par M. de
Quatrefages.
Un trait distinctif, assez général chez ces animaux, bien prononcé,
surtout chez ceux qui jouissent de la faculté de marcher (ou, pour
mieux dire, de ramper), c'est la présence d'une dilatation charnue
abdominale, sorte de disque énorme, formé d'un entrelacement
inextricable de fibres musculaires, avec lequel le Mollusque exécute
une série de petites ondulations successives qui ont été comparées
à des _vagues en miniature_. A cause de ce _pied-ventre_, Cuvier a
désigné ces individus sous le nom de _Gastéropodes_.
Signalons tout d'abord les _Aplysies_[115], ou _Lièvres de mer_, petits
Mollusques qui ressemblent, jusqu'à un certain point, aux quadrupèdes
dont on leur a donné le nom.
[115] _Aplysia_ Linné.
Ils vivent parmi les plantes marines. Ils ont un cou plus ou moins
long et deux prolongements supérieurs creusés comme des oreilles de
Quadrupède.
Leurs dents ne sont pas dans la bouche, mais dans l'estomac. Ce dernier
est Quadruple; il se compose d'un jabot énorme, membraneux, d'un
gésier musculeux, d'une autre poche accessoire, et d'une quatrième
en forme de sac aveugle (Cuvier). Le gésier est armé de plusieurs
saillies cartilagineuses, pyramidales, à base rhomboïde, dont les
faces irrégulières se réunissent en un sommet partagé en deux ou trois
pointes émoussées. Il y en a douze grandes placées en quinconce sur
trois rangs, et sept ou huit petites disposées en ligne sur le bord
supérieur. Les hauteurs de ces pyramides sont telles, que leurs pointes
se touchent au milieu du gésier, et qu'il reste entre elles très-peu
d'espace pour le passage des aliments, qu'elles doivent par conséquent
triturer avec force (Cuvier). Dans le troisième estomac, il existe une
armure tout aussi singulière: ce sont de petits crochets arqués et
pointus, dirigés vers le gésier. Cuvier ne peut leur attribuer d'autre
destination que d'arrêter au passage les aliments qui n'auraient pas été
suffisamment broyés.
[Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. XVII.
P. Lackerbauer pt. d'après Mr. Deshayes Pierre fac-simile sc.
MOLLUSQUES NUS.
1 Doris tunicata. (_Desh._)
2 Doris floridella. (_Desh._)
3 Doris albescens. (_Schultz._)
4 Goniodoris cœlestis. (_Desh._)
5 Goniodoris elegans. (_Cautraine._)
6 Doto Forbesi. (_Desh._)
7 Eolis Alderiana. (_Desh._)
8 Custiphorus vesiculosus. (_Desh._)
9 Dolabrifera ornata. (_Desh._)]
En général, chez les Mollusques, par une merveilleuse compensation, la
puissance de l'estomac est toujours en raison inverse de l'insuffisance
des dents. Cet organe est d'autant plus faible, que la mâchoire est
mieux garnie, et d'autant plus énergique, que l'appareil dentaire est
plus imparfait. Dans certaines circonstances, comme chez le Lièvre
de mer, l'estomac a reçu, en supplément d'organisation, des pièces
solides, plus ou moins semblables aux dents, qui lui permettent de
fonctionner à la fois et comme estomac et comme bouche.
Les Aplysies exhalent une odeur désagréable[116]; elles sécrètent une
humeur limpide particulière, fort âcre dans certaines espèces, qui
peut faire enfler les mains de ceux qui les touchent imprudemment.
Des bords de leur manteau suinte en abondance une autre liqueur d'un
pourpre obscur, dont l'animal colore autour de lui l'eau de mer, quand
il aperçoit quelque danger.
[116] «_Fœtidissima ad nauseam usque._» (LINNÉ.)
Ces Mollusques sont doux et timides.
Les Lièvres de mer étaient regardés par les anciens comme des animaux
malfaisants. On leur attribuait une influence magique, par exemple
celle d'agir sur le cœur du beau sexe et sur ses déterminations.
Apulée fut accusé de sorcellerie pour avoir acheté des Aplysies à des
pêcheurs. Il venait d'épouser une jeune et riche veuve; son principal
crime était son mariage, et son principal accusateur le fils de cette
veuve!
Les Aplysies ont des organes respiratoires frangés cachés sous leur
manteau.
Chez les _Tritonies_, Céphalés peu différents des Lièvres de mer, ces
derniers organes sont à découvert. Ils ressemblent à de petits arbustes.
Le long de nos côtes, nous avons une grande espèce de ce genre, couleur
de cuivre, décrite par Cuvier[117]. Dans les eaux de la Sicile, nous
en rencontrons une autre encore plus jolie, découverte par M. de
Quatrefages. Qu'on se représente une sorte de petite Limace allongée,
portant sur ses flancs une rangée de buissons animés, d'une excessive
délicatesse. Sa tête est ornée, en avant, d'un voile étoilé de la plus
fine gaze, et surmontée de deux grandes cornes transparentes comme du
verre, à l'extrémité desquelles s'épanouit un bouquet de branchages
roses entremêlés de fleurs violettes.
[117] _Tritonia Hombergii_ Cuvier.
Tout près des Tritonies viennent se ranger les _Scyllées_.
Une d'elles, bien connue, la _Scyllée pélagique_[118], est commune
parmi les Varecs de toutes les mers. Son corps est comprimé; le
Mollusque embrasse avec son pied étroit, creusé d'un sillon, les tiges
des plantes aquatiques. Il a sur le dos plusieurs séries d'organes
respiratoires qui s'élèvent comme deux paires de crêtes membraneuses,
donnant naissance, à leur face interne, à des pinceaux de filaments.
Ses tentacules sont terminés par un creux, d'où sort une petite pointe
à surface inégale. La bouche possède une sorte de trompe. Enfin, son
estomac présente un anneau charnu, armé de lames cornées, tranchantes
comme des couteaux. (Cuvier.)
[118] _Scyllæa pelagica_ Linné.
Forster a décrit, sous le nom de _Glauque_ (_Glaucus_), un genre de
Gastéropodes peu différent des Scyllées. Ce sont de charmants petits
Mollusques nageurs, à corps allongé, gélatineux, rétréci d'avant
en arrière, et terminé par une queue grêle et pointue, comme une
queue de Salamandre (Cuvier). Leur couleur est d'un gris de perle
passant au bleu céleste, avec le dos nacré, traversé par deux bandes
longitudinales d'un bleu foncé brillant, et le ventre taché de brun.
Leur tête est petite; elle agite en avant quatre tentacules courts,
coniques, disposés par paires. De chaque côté du corps s'étalent trois
ou quatre appendices (_nageoires branchiales_) opposés, semblables
à de grands éventails ovalaires ou arrondis, d'un gris bleu plus ou
moins pur, avec une zone plus foncée. Chaque éventail est composé d'une
palette horizontale, bordée de digitations longues, flexueuses et
pointues. Les éventails antérieurs sont les plus grands et pourvus d'un
pédicule. Les autres diminuent graduellement de taille et manquent de
support.
L'animal se tient habituellement renversé sur le dos. Quoique
paresseux, il nage avec vitesse; il est aussi distingué dans ses
mouvements que recherché dans sa parure.
Cuvier a nommé _Éolides_[119] d'autres Gastéropodes nus, d'une
physionomie tout aussi remarquable. Il les signale comme de petites
Limaces sans cuirasse ni manteau. Leur tête porte quatre tentacules,
et leur bouche deux petits barbillons. Leurs organes respiratoires
consistent en lamelles ou filaments groupés par paquets, toujours des
deux côtés du dos. Chez le _Dendronote arborescent_, les branchies sont
au nombre de six ou sept paires; chacune porte quatre ou cinq branches
principales, divisées et subdivisées en un grand nombre de ramuscules.
[119] Voyez fig. =7= et 7, planche XVII, et les figures de la
planche XVIII.
Quand ces Mollusques se reposent, leurs branchies affaissées
s'entrecroisent, et leurs grands tentacules sont tordus comme les
cornes d'un Bélier. Quand ils marchent, ils redressent ces derniers
appendices et les brandissent fièrement au-dessus de leur petite tête.
[Illustration: DENDRONOTE ARBORESCENT
(_Dendronotus arborescens_ Alder et Hancock).]
Les Éolides sont des créatures vives, irritables, querelleuses: elles
se disputent les proies avec acharnement; elles se mordent et se
mutilent. Leurs organes saillants, tentacules ou branchies, se trouvent
souvent, après le combat, dans un état déplorable. Il est vrai que tout
cela peut _repousser_. M. Rymer Jones a vu un tentacule tout entier
refait à neuf au bout de deux semaines.
Nous avons sous les yeux une petite Éolide qui rampe tranquillement
sur les parois d'un bocal. Elle a 4 centimètres de longueur, et un
corps demi-transparent, légèrement azuré. Sa tête est à peine renflée
et sa queue assez pointue. Son dos paraît jaunâtre et chatoyant. Ses
cornes antérieures sont grêles et flexueuses; les postérieures, un peu
moins longues et légèrement écartées, droites et roides. Les branchies
forment quatre touffes rapprochées de lobes lancéolés-linéaires, un peu
aigus, d'un rose vif, passant au pourpre à la partie inférieure, et
devenant couleur de chair pâle vers le sommet. Leur pointe est incolore
et transparente.
Il serait difficile de rendre une vilaine Loche plus élégante et plus
gracieuse.
Pour terminer dignement ce paragraphe, nous décrirons, d'après M. de
Quatrefages, la délicieuse _Amphorine d'Albert_[120], découverte par M.
Camille Dareste, près de Bréhat, parmi les Goëmons.
[120] _Amphorina Alberti_ Quatrefages (voy. fig. =5= et 5,
planche XIX). Cette espèce serait, d'après Alder et Hancock, un jeune
de l'_Eolis Ferrani_.
L'animal est allongé, avec une tête plus grosse et surtout plus haute
que le corps, et la queue très-effilée et très-pointue. Il possède
quatre cornes inégales, disposées comme celles des Colimaçons; il
a deux yeux petits, violets, placés non pas au bout des grandes
cornes, mais à leur base et en arrière. Les appendices branchiaux, au
nombre de douze et sur deux rangs, ne ressemblent en rien à ceux des
autres Céphalés. Ils sont alternativement fusiformes et ovoïdes, les
uns petits, les autres grands; les premiers semblables à des urnes
lacrymales, et les seconds à des amphores!
Ce Mollusque paraît légèrement rugueux et d'un beau blanc mat. La
partie moyenne de ses cornes est d'un jaune d'or. Un cercle de la même
couleur se trouve vers l'extrémité supérieure des branchies, et donne
à leur sommet l'apparence d'un couvercle qui fermerait une ouverture
à rebord coloré. Sur la ligne médiane du dos, il existe une série de
taches jaunes. L'Amphorine est un vrai bijou de la nature.
II
Les Céphalés testacés possèdent une coquille d'une seule pièce.
C'est pourquoi on les a nommés _univalves_. Cette coquille présente
quelquefois une porte appelée _opercule_.
[Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. XVIII.
P Lackerbauer del. d'après Mr. Olivier Frédol. Rapine sc.
DÉVELOPPEMENT D'UN MOLLUSQUE NU.
(Fionia nobilis. Alder et Hancock.)
1. Œuf fraîchement pondu.--2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. Diverses
phases de son développement. 12. Éclosion du jeune.--13.14.15.16.
Quatre positions différentes du jeune pendant une révolution. 17.
Fionie en pleine ponte.--_a._ Paquet d'œufs enroulé.--_b._ Paquet
d'œufs déroulé.]
Chez les _Nérites_, la porte se meut sur un petit gond.
La coquille des Céphalés est habituellement _tordue en spirale_.
«_Quelle est la loi de cette organisation?_» nous demandait un jour un
jeune bachelier de la plus haute espérance. Voici notre réponse:
«Quand l'œuf des Mollusques univalves vient d'être pondu, il contient
un germe punctiforme à peu près microscopique[121]. Ce germe n'est
autre chose, suivant les savants, que le _vitellus_, c'est-à-dire le
_jaune_ (il ne mérite pas ce dernier nom, attendu qu'il est gris).
Tout autour se trouve une certaine quantité de _blanc_ ou _albumen_,
incolore et transparent. Au bout de quelques jours, le jaune se
transforme en _embryon_. Celui-ci se met à tourner lentement sur
lui-même; il fait la cabriole. Puis, il change de place et chemine le
long de la paroi de son enveloppe protectrice, décrivant une ellipse.
Ce double mouvement a été comparé avec raison _à celui des corps
planétaires_. Il est produit par un certain nombre de cils vibratiles
extrêmement petits, inégalement placés, qui revêtent l'animal dans les
premiers temps de son existence. Ces cils absorbent l'air et la matière
nutritive nécessaires au Mollusque; ils servent à sa respiration et à
sa nutrition à une époque où les organes spéciaux de ces deux fonctions
n'existent pas encore. Mais, pour remplir ces deux rôles, il est
indispensable qu'ils s'agitent. En s'agitant, ils déterminent des
courants réguliers, et, par suite, le double mouvement de rotation qui
vient d'être décrit.
[121] Voyez les figures de la planche XVIII.
»Quand le Mollusque grossit, les cils s'oblitèrent et disparaissent peu
à peu. Ce qui fait que les mouvements se ralentissent insensiblement.
Au moment de la naissance, il n'existe de cils que sur l'appareil
respiratoire, autour de cet appareil et sur les tentacules. De
générales, leurs fonctions sont devenues locales.
»A l'époque où les mouvements rotatoires sont dans leur plus grande
activité, l'embryon se développe et s'allonge, et, comme il est
très-mou, _il se tord forcément en tire-bouchon_. L'animal, tournant
sur lui-même un peu obliquement, sa torsion devait offrir le même
caractère. Remarquez que le pied, la tête et la queue, c'est-à-dire
les parties les _plus fermes_, ne sont jamais en spirale, tandis que
le _tortillon_, qui offre toujours, même chez les individus adultes et
chez les espèces les plus volumineuses, un tissu _plus ou moins mou_,
se trouve l'organe contourné par excellence.
»La coquille, qui s'organise un peu plus tard, se moule sur l'embryon,
et _adopte la forme spirale qu'il a lui-même revêtue_.»
Les coquilles spirales peuvent être considérées comme des tubes
calcaires qui vont en s'élargissant du sommet à la base, et qui sont
plus ou moins enroulés sur eux-mêmes, d'après différents modes.
L'axe réel ou idéal sur lequel le tube opère sa révolution a reçu le
nom de _columelle_. Quand cette columelle est creuse, son ouverture
inférieure s'appelle _ombilic_.
La spire des univalves tourne le plus souvent de droite à gauche; elle
est _dextre_. Charles Bonnet en a fait la remarque il y a longtemps:
«Il existe, dit-il, un plus grand nombre de coquilles dont les tours
de spirale montent de droite à gauche que de celles dont les tours
montent en sens contraire.»--_Pourquoi cette direction dominante?_
(C'est encore une question de notre bachelier.)
«Le soleil tourne sur lui-même de droite à gauche. Il en est de même
des mouvements de rotation et de translation de la terre, des autres
planètes de ce monde, de la lune et des autres satellites..... _La
dextrosité est une loi de la nature!_»
L'homme se sert plus habituellement de ses membres droits que de
ses membres gauches. La déviation vertébrale des rachitiques est
très-souvent tournée du côté droit! Nos escaliers, nos tire-bouchons,
nos vis, nos serrures, les roues de nos charrettes, les aiguilles de
nos cadrans, les ressorts de nos pendules, les fils de nos bobines.....
_sont généralement dextres comme nos Colimaçons!_
Il existe cependant des coquilles spirales, à la vérité en petit
nombre, qui tournent normalement de gauche à droite, c'est-à-dire qui
sont _sénestres_. Elles n'avaient pas échappé à l'attention de Charles
Bonnet: ce sont des exceptions.
Quelquefois les Testacés dextres deviennent sénestres _par monstruosité_.
Ils sont alors très-recherchés par les _collectionneurs_. On sait, pour
le dire en passant, que l'homme, dont le foie est à droite et le cœur à
gauche, présente dans certains cas, par exception, la situation de ces
organes renversée (_situs inversus_), c'est-à-dire le foie à gauche et
le cœur à droite. C'est une anomalie analogue à celle de ces derniers
Mollusques.
D'autres fois les Testacés sénestres deviennent dextres. Ce sont des
_retours à l'ordre habituel_.
Plusieurs coquillages ne sont pas tordus en spirale. Par exemple, les
_Patelles_, qui ressemblent à d'énormes Cochenilles ou à de larges
éteignoirs. Mais ces espèces, dans leur jeune âge, offraient une
torsion manifeste; elles avaient deux tours, trois tours..... Elles
rentrent, par conséquent, dans la règle générale.
III
Certains univalves vivent à la surface de la mer, et flottent
nécessairement et gracieusement, quelle que soit l'agitation de l'eau.
[Illustration: JANTHINE COMMUNE
(_Janthina communis_ Lamarck).]
Le charmant petit coquillage appelé _Janthine_, protégé par une tunique
mince, fragile, d'un violet tendre, se suspend à une masse spongieuse,
sorte de tissu hydrostatique composé de petites vessies cartilagineuses
semblables à de l'écume de savon consolidée[122]. Ce singulier
parachute l'empêche de couler à fond.
[122] «_Spuma cartilaginea._» (FABIUS COLUMNA.)
A la plus légère alarme, la Janthine répand une liqueur d'un rouge
sombre, devient plus lourde que la vague, et descend dans la mer. Bosc
pense qu'elle vide alors ses vessies, mais cela n'est pas certain.
D'autres Mollusques déploient une sorte de voile produit par le bord
dilaté de leur manteau ou par quelque appendice développé en forme de
nageoire. Ils voyagent de la sorte, à la surface des flots, entraînés
par la lame ou poussés par le vent.
Mais la plupart des espèces ont besoin d'être plus ou moins submergées,
quelquefois même à des profondeurs considérables. Les _Littorines_
ne s'éloignent pas des côtes. On a pêché des _Fuseaux_ qui vivaient
au-dessous de 2800 mètres.
Les Mollusques testacés habitent, soit parmi les plantes, soit parmi
les rochers. Les uns restent collés à la surface des corps solides (on
assure que les _Patelles_ opposent à l'isolement une résistance de 75
kilogrammes); les autres s'enfoncent dans la vase et s'y creusent des
retraites.....
La _Natice mille points_[123] coupe le sable avec son pied dilaté en
avant et tranchant comme une pelle; elle chemine ainsi horizontalement
dans l'épaisseur du sol (Deshayes). Son manteau, qui est très-ample, se
replie sur sa coquille, protége les cornes, les yeux et l'orifice de la
respiration contre les frottements entre deux terres, et rend en même
temps la marche plus glissante.
[123] _Natica millepuncta_ Lamarck.
Les univalves marins offrent dans leurs coquilles une immense variété
de formes et de couleurs.
Ceux-ci sont enroulés en toupie, en vis, en escalier. Ceux-là sont
façonnés en tonne, en bouton, en cadran. Quelques-uns représentent un
casque, un turban, une mitre, un bonnet chinois. Certains rappellent
une harpe, une olive, un radis, une tarière, une feuille de chicorée,
une aile de chauve-souris, un pied de pélican, un casse-tête de
sauvage..... Leur surface est lisse, polie, luisante, ou bien mate,
rugueuse, et même treillissée. On y voit des plis, des côtes, des
lames, des varices élevées, des saillies épineuses et des tubes droits
ou infléchis.....
[Illustration: OLIVE DU PÉROU
(_Oliva peruviana_ Lamarck).]
[Illustration: PTÉROCÈRE ORANGÉ
(_Pterocera aurantia_ Lamarck).]
Tous ces coquillages, ou presque tous, sont recouverts d'un _drap
marin_, sorte de vêtement épidermique corné, brunâtre, qui masque
leur éclat et protége leurs couleurs. Celles-ci paraissent fauves,
brunes, blanches, jaunes, dorées, roses, rouges, bleues, violettes,
vertes[124]..... Les brunes sont les plus nombreuses et les vertes les
plus rares. Il y a des univalves mouchetés ou tigrés, ou marbrés ou
rayés. Quelques-uns présentent les dessins les plus bizarres ou les
hiéroglyphes les plus inattendus. D'autres, une broderie fantastique,
un air noté, une carte de géographie, le zigzag de la foudre, les
sinuosités d'une rivière ou les ramifications d'un arbrisseau.
Plusieurs sont peints somptueusement et comme drapés de pourpre et
d'or. La belle parure et la grande rareté de certaines espèces de
_Cônes_ ou de _Porcelaines_ leur donnent un prix très-élevé. Les
amateurs les payent 500, 600 et même 800 francs. On cite un _Cône
cedonulli_ qui fut acheté, au commencement du XVIIIe siècle, plus de
cinquante louis. La _Scalaire précieuse_[125] s'est vendue jusqu'à 2000
francs. La _Porcelaine orange_[126] a été estimée pendant longtemps à
un très-haut prix. Les chefs de tribu, dans la Nouvelle-Hollande, la
portent encore à leur cou, comme un symbole de leur dignité.
[124] Sæpè ego digestos volui numerare colores,
Nec potui; numero copia major erat.
(OVIDE.)
[125] _Scalaria pretiosa_ Lamarck.
[126] _Cypræa aurora_ Solander.
[Illustration: CÔNE DAMIER
(_Conus marmoreus_ Linné).]
[Illustration: PORCELAINE CERVINE
(_Cypræa cervina_ Lamarck).]
Les savants ont créé, pour les coquillages, une nomenclature régulière,
avec des mots souvent prétentieux, généralement tirés du grec ou
du latin. Les amateurs et les marchands ne prennent pas autant de
peine. Ils choisissent des noms quelquefois bizarres, il est vrai,
qui rappellent la forme ou la couleur plus ou moins frappante de
chaque espèce; ils ont même transporté dans la conchyliologie les
grades ou les dignités de certaines professions. Il y a des Cônes
appelés _ambassadeurs_, _gouverneurs_, _commandants_, _capitaines_,
_soldats_..... Il y en a de nommés _vicaires_, _évêques_,
_archevêques_, _cardinaux_....
IV
Les Mollusques univalves ont une mâchoire supérieure ou deux mâchoires
latérales, ou bien trois mâchoires: une en haut et deux sur les côtés.
Ces mâchoires sont cornées, dures, tranchantes, et plus ou moins
courbées en arc, avec des côtes saillantes, verticales, en avant, et
des denticules pointues, ou des crénelures émoussées sur les bords.