des douleurs si vives, que j'en eus des convulsions.»
Le père Dutertre, étant aux Antilles, dans une petite embarcation, vit
un jour une Galère; il essaya de la saisir: «Je ne l'eus pas plutôt
prise, que toutes ses fibres m'engluèrent la main, et à peine en
eus-je senti la fraischeur (car elles sont froides au toucher), qu'il
me sembla avoir plongé mon bras, jusqu'à l'épaule, dans une chaudière
d'huile bouillante, et cela avec de si estranges douleurs, que quelque
violence que je pusse faire pour me contenir, de peur qu'on ne se
moquast de moy, je ne pus m'empescher de crier par plusieurs fois à
pleine teste: Miséricorde, mon Dieu! je brusle! je brusle!...»
Leblond, dans son _Voyage aux Antilles_, donne une figure de la
Physalie pélagique, et dit: «Un jour, je me baignais avec quelques amis
dans une grande anse, devant mon habitation. Pendant qu'on pêchait de
la Sardine pour le déjeuner, je m'amusais à plonger à la manière des
Caraïbes, dans la lame près de se déployer... Cette prouesse faillit
me coûter la vie. Une Galère (il y en avait plusieurs d'échouées
sur le sable) se fixa sur mon épaule gauche, au moment où la mer me
rapportait à terre; je la détachai promptement, mais plusieurs de ses
filaments restèrent collés à ma peau, jusqu'au bras. Bientôt je sentis
à l'aisselle une douleur si vive, que, près de m'évanouir, je saisis
un flacon d'huile qui était là, et j'en avalai la moitié pendant qu'on
me frottait avec l'autre; mais la douleur s'étendant au cœur, j'eus un
évanouissement. Revenu à moi, je me sentis assez bien pour retourner à
la maison, où deux heures de repos me rétablirent, à la cuisson près,
qui se dissipa dans la nuit.»
Meyen, pendant le premier voyage de la _Princesse-Louise_ autour du
monde, remarqua une magnifique Physalie qui passait près du navire. Un
jeune matelot, hardi et courageux, sauta nu dans la mer pour s'emparer
de l'animal, nagea vers lui et le saisit. Celui-ci entoura son
ravisseur avec ses nombreux filaments (ils avaient près d'un mètre de
longueur); le jeune homme, épouvanté et sentant une douleur brûlante,
cria au secours... Il eut à peine la force d'atteindre le vaisseau et
de se faire hisser à bord; mais la douleur et l'inflammation furent si
violentes, qu'une fièvre cérébrale se déclara, et l'on fut très-inquiet
sur sa santé.
Les organes natatoires sont actifs dans les _Diphyes_ de Cuvier, les
_Physophores_ de Forskäl, les _Apolémies_ de Lesson.
Chez les Diphyes, deux cloches inégales ou deux individus différents
sont toujours ensemble, mais bien autrement unis que Philémon et
Baucis. Un des individus s'emboîte dans une cavité de l'autre.
L'emboîtant produit une sorte de chapelet qui traverse un demi-canal de
l'emboîté!
Ces animaux sont gélatineux, pyramidaux, ovoïdes, quelquefois en forme
de Campanule ou de sabot. On peut les séparer sans mutilation, et les
conserver vivants. Mais quand un individu est isolé, on reconnaît sans
peine qu'il s'ennuie, qu'il souffre, qu'il dépérit..... Il lui manque
quelque chose!
[Illustration: DIPHYE
(_Diphyes Bory_ Guoy et Gaimard).]
Quelques auteurs regardent chaque paire d'individus comme un mâle et
une femelle, comme deux époux étroitement unis. Singulière destinée
qu'une vie d'embrassements continus, sans trêve ni repos! L'amour n'est
qu'un épisode dans la vie des trois quarts des animaux; c'est la vie
entière dans les Diphyes.
[Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. XII.
P. Lackerbauer Chr Lith d'après C. Vogt. Imp. Becquet à Paris.
GALÉOLAIRE ORANGÉE.
MÉDUSE DE LA CÔTE DE NICE
1 Colonie mâle
2 Colonie femelle]
Si l'on fait naître entre les deux cloches d'une Diphye un long
filament capillaire, plus ou moins transparent, avec de nombreuses
branches unilatérales parallèles, descendant verticalement dans l'eau
et portant de petits corps piriformes colorés, on aura la _Galéolaire
orangée_[66], merveilleuse colonie hydrostatique découverte par M.
Vogt aux environs de Nice. Ici les deux cloches n'ont pas de sexe; on
les considère comme des vessies natatoires communes aux individus, et
destinées à les soutenir dans l'eau. Ceux-ci sont les corps piriformes
dont nous venons de parler. Il y en a de mâles et de femelles, les
premiers orangés, et les seconds jaunâtres; ils ne vivent pas ensemble,
ils forment des associations unisexuées. Il est probable que plusieurs
Diphyes sont des animaux mutilés, c'est-à-dire privés de leurs
filaments, et par conséquent incomplets.
[66] _Galeolaria aurantiaca_ C. Vogt (voy. planche XII, exécutée
d'après ce savant auteur).
[Illustration: PHYSOPHORE
(_Physophora hydrostatica_ Forskål).]
Les _Physophores_, ou _Porte-vessies_, ont des cloches nombreuses.
[Illustration: PHYSOPHORE DISTIQUE
(_Physophora disticha_ Lesson).]
La _Physophore distique_ est une des espèces les plus délicates et les
plus jolies de ce groupe. A l'extrémité supérieure d'un axe grêle et
flexueux s'élève une petite vessie oblongue et transparente, mamelonnée
en dessus. A droite et à gauche de cet axe naissent trois appendices
opposés, d'un jaune de soufre, trilobés, c'est-à-dire composés d'une
sorte de clochette courte, pourvue de chaque côté d'une ampoule ovoïde.
En dessous, l'axe supporte une trentaine de tentacules composant un
bouquet renversé, cylindriques, atténués à leur naissance et à leur
terminaison, par conséquent légèrement fusiformes, demi-transparents,
d'un rose pourpre, plus pâle vers l'extrémité inférieure, se terminant
chacun par un petit suçoir. Ils sont traversés par un filament
capillaire d'un pourpre vif, tordu en zigzag. Cette association
est-elle complète? N'avait-elle pas des filaments capillaires, comme la
Galéolaire dont nous venons de parler?
Dans les _Apolémies_, les cloches sont encore plus nombreuses.
La _contournée_[67] réunit la forme la plus gracieuse à une délicatesse
de tissu et une transparence étonnantes (Vogt). Elle ressemble, en
nageant, à un plumet formé de petites floques très-déliées, d'une
couleur rouge ardente. Cette charmante espèce a été décrite avec une
rare exactitude par MM. Milne Edwards et C. Vogt. Ce dernier savant en
a publié une excellente figure que nous reproduisons.
[67] _Apolemia contorta_ C. Vogt (voy. planche XIII).
Les cloches natatoires de cette espèce composent une masse ayant
la forme d'un œuf allongé, coupé par le milieu, au sommet duquel
s'élève une vésicule aérienne très-petite, portée par un col court.
Dans cette masse, on compte une douzaine de séries verticales de
cloches de cristal, emboîtées mutuellement par les bords et attachées
symétriquement à un axe commun, tordu en spirale. Chacune d'elles
présente une tache jaune. L'axe commun est un ruban rose garni dans
toute sa longueur d'aspérités creuses. Les longs filaments capillaires
qui en naissent sont onduleux, transparents et à peine visibles à l'œil
nu; ils portent de petits corps oblongs, suspendus comme des boucles
d'oreilles.
Les individus nourriciers sont très-petits et remarquables au premier
coup d'œil par la teinte pourpre de leur cavité digestive. Ils sont
fixés sur le tronc commun, à des distances assez égales, et presque
toujours en quinconce, au moyen de pédicules allongés.
La partie antérieure de l'animalcule est armée de capsules urticantes.
Sur sa partie moyenne existent douze bourrelets longitudinaux (cellules
biliaires) qu'on est tenté de prendre pour des ovules. A la base de la
tige naît le fil pêcheur, qui est extrêmement délié et garni d'une
multitude de vrilles urticantes rouges attachées à des fils secondaires
dépendant du fil pêcheur. Les organes urticants sont de deux sortes: de
petits _sabres_ serrés verticalement les uns contre les autres, et des
_fèves_, un peu plus grandes, posées sur les bords du cordon rouge. La
vrille se termine par un fil incolore tordu en spirale et couvert de
_lentilles_ urticantes. (C. Vogt.)
Les individus reproducteurs sont placés entre les individus
nourriciers. On les a comparés à des boyaux allongés et dilatables;
ils n'ont pas de bouche et sont toujours disposés par paire sur un
pédoncule bifide. A leur base se voit souvent un fil pêcheur rabougri,
court, hérissé sur toute sa surface de capsules urticantes. (C. Vogt.)
Quelle complication, quelle variété et quel développement dans ces
petits appareils d'attaque et de défense! Mais aussi les élégantes
Apolémies, si légères et si fragiles, n'ont guère plus de consistance
qu'un amas de bulles de savon.
[Illustration]
[Illustration]
CHAPITRE XIV
LES ÉTOILES DE MER.
_Vos etz l'Estèla dé la mar._
(R. STAIREM, 1468.)
I
Que de formes variées dans les populations aquatiques! _Nature se plaît
en diversité_[68], disait avec raison un ancien roi de France. Voici
des animaux dont la charpente paraît dessinée par quelque géomètre: on
les appelle _Étoiles de mer_ ou _Astéries_.
[68] «_Ludens polymorpha natura._» (LINNÉ.)
[Illustration: ÉTOILES DE MER.]
Leur ressemblance avec la figure bien connue que nous nommons
_étoile_ a frappé depuis longtemps tous les naturalistes et tous les
amateurs. Cependant l'organisation de nos bêtes marines est loin
d'être rigoureusement régulière; car la puissance créatrice, dans la
construction des animaux, emploie bien rarement les lignes parfaitement
droites: elle préfère les cercles ou les arcs, elle ondule!
[Illustration: ASTÉRIE VIOLETTE
(_Uraster violaceus_ Müller).]
Les Étoiles de mer sont des animaux sans vertèbres, le plus souvent
déprimés, pentagonaux, à branches à peu près égales entre elles
et disposées comme des rayons. Ces rayons sont plus ou moins
triangulaires. L'animal en offre habituellement cinq: il a cinq
branches, comme une croix d'honneur.
Les Étoiles de mer jonchent le sol des forêts sous-marines.
Les sondages récemment faits par le capitaine Mac Clintock, pour
explorer le trajet du télégraphe nord-atlantique, ont fait découvrir,
à une profondeur de plus de 500 mètres, des Astéries vivantes, qui
appartiennent à des espèces dont on a retrouvé les traces dans les
couches de terrain les plus anciennes, et qui prospèrent, sous cette
énorme pression, dans une région presque inaccessible à la lumière du
soleil.
Il n'existe rien dans les eaux douces qui ressemble aux Astéries. Ce
sont par conséquent des animaux essentiellement marins.
Certaines espèces sont extrêmement nombreuses, à tel point qu'on en
charge des tombereaux pour les transporter dans les champs et pour en
fumer les terres.
Edward Forbes a observé, dans les _Luidies_, une singulière faculté.
L'animal peut se détruire en quelque sorte de lui-même, en détachant et
abandonnant d'abord ses bras, qui se rompent, et en se divisant ensuite
par morceaux. Ne pouvant pas se défendre tout entier, il se tue en
détail. C'est un suicide partiel!
II
Les Étoiles de mer offrent les couleurs les plus variées: il y en a
d'un gris jaunâtre, d'un jaune orangé, d'un rouge grenat, d'un violet
enfumé, d'un roux obscur.....
Leur corps est soutenu par une enveloppe calcaire composée de pièces
juxtaposées réunies par des fibres tendineuses, et armé de tubercules
et de piquants.
M. Gaudry a évalué à plus de 11 000 les pièces solides qui se trouvent
dans l'_Étoile de mer rougeâtre_[69], une des espèces les plus communes
de l'Europe.
[69] _Asteracanthion rubens_ Müller et Troschel.
Les Astéries ont la bouche au centre de la surface inférieure. De cette
bouche partent autant de gouttières ou sillons qu'il y a d'appendices
brachiaux. Ces gouttières donnent passage aux organes du mouvement.
[Illustration: ASTÉRIE VUE EN DESSUS ET EN DESSOUS
(_Astropecten spinulosus_ Müller et Troschel).]
Ceux-ci forment une double ou quadruple rangée. Ils consistent en des
cylindres charnus, grêles, tubuleux, terminés, dans le plus grand
nombre, par une petite vésicule globuleuse remplie d'un liquide
aqueux. Ils sont très-extensibles. Quand les pieds sortent, la vessie
contractée pousse l'eau dans le tube, qui se roidit. Quand les pieds
rentrent, leur peau musculaire renvoie leur contenu dans la vessie.
L'Étoile s'accroche aux corps étrangers au moyen de ces organes,
et réussit à exécuter les faibles mouvements qui constituent sa
progression.
Malgré ce prodigieux attirail de jambes, l'animal ne va guère plus vite
que beaucoup d'habitants de l'eau salée qui n'en ont qu'une seule ou
qui n'en possèdent pas.
[Illustration: ASTÉRIE ÉQUESTRE
(_Goniaster equestris_ Gmelin).]
Si l'on renverse une Astérie sur le dos, elle reste d'abord immobile,
les pieds enfermés. Bientôt elle fait sortir ces derniers, semblables
à autant de petits Vers; elle les porte en avant et en arrière, comme
pour reconnaître le terrain; elle les incline vers le fond du vase, et
les fixe les uns après les autres. Quand il y en a un nombre suffisant
d'attachés, l'animal se retourne.
On croit que ces organes jouent en même temps un rôle important dans la
respiration. Par moments, même pendant le repos, ils sont traversés par
des courants intérieurs de corpuscules.
La bouche des Astéries se rend presque immédiatement dans l'estomac.
Celui-ci forme un grand sac qui envoie un long prolongement dans
l'intérieur de chaque bras. Ces prolongements sont des espèces
d'intestins... _Des intestins dans des bras!_
Ces animaux sont très-voraces: ils engloutissent leur proie vivante
d'un seul morceau. Quand la victime est trop grosse pour la bouche,
l'estomac se porte au-devant d'elle.
Chez la plupart des animaux, les lèvres sont les pourvoyeuses de la
cavité digestive. Ici cette dernière se passe des lèvres, elle se
pourvoit toute seule!
Les Étoiles de mer peuvent manger jusqu'à des Huîtres. Est-ce bien
vrai? Leur bouche est étroite et non dilatable, et une Huître est
un morceau assez volumineux! Voici comment procèdent les Astéries,
suivant M. Rymer Jones. Elles saisissent l'Huître entre leurs rayons,
et la maintiennent sous leur bouche au moyen de leurs suçoirs; elles
retournent leur estomac, qui enveloppe de ses replis le malheureux
mollusque, et distille peut-être sur son corps un liquide stupéfiant
(?). Bientôt la pauvre victime écarte les volets de sa coquille, livre
ses organes à merci, et devient la proie du ravisseur étoilé.
Les Astéries jouent un rôle important dans la police et l'hygiène de
la mer. Elles aiment les viandes mortes de toute nature, et déploient
une activité merveilleuse à rechercher, à dévorer, à faire disparaître
les diverses matières animales corrompues. Cet important travail
de propreté et de salubrité est accompli sur une immense échelle,
silencieusement, tranquillement et continuellement... Gloire à Dieu!
C'est M. Ehrenberg qui a découvert les yeux des Astéries. Ils sont
placés à l'extrémité inférieure, au bout de chaque bras. (L'œil dans
la main, comme Figaro!) Ce sont des globules d'un rouge vif, entourés
d'un rempart de cils épineux. Pour s'en servir, l'animal est obligé de
les ramener en dessous en relevant son rayon. Du reste, ces organes
doivent être bien imparfaits, puisque, malgré les recherches les plus
minutieuses, on n'a pu y trouver un cristallin (Valentin). Cependant
Edward Forbes raconte avec beaucoup d'esprit l'histoire d'une Étoile
de mer de la Méditerranée, la _Luidie ciliaire_[70], qui, après lui
avoir échappé, en sacrifiant ses bras, ouvrait et fermait sa paupière
épineuse, et _le regardait avec un air moqueur!_
[70] _Luidia ciliaris_ Dujardin.
III
Le frai des Étoiles de mer passe pour un poison violent.
Leurs œufs sont en nombre très-considérable. La mère les porte dans une
cavité formée par la courbure du corps et des rayons. Ils sont logés de
manière que l'animal est obligé de fermer sa cavité digestive et de se
passer de nourriture pendant tout le temps de sa gestation. On a vu une
Astérie rester ainsi onze jours sans aliments. Les femelles de presque
tous les animaux mangent double, quand elles sont dans une situation
intéressante!
Les œufs sont jaunâtres ou rougeâtres; ils produisent des petits
ovoïdes et sans rayons, mais pourvus de cils vibratiles qui leur
donnent l'aspect des Infusoires. Ils nagent avec vivacité.
Au bout de quelques jours, des appendices bourgeonnent sur la partie
antérieure du corps, et forment comme quatre petits bras, à l'aide
desquels la larve se fixe sur sa mère. Ce ne sont encore que des
membres provisoires. Le corps s'aplatit ensuite graduellement, et se
transforme en un disque d'abord arrondi, sur une des faces duquel, vers
le milieu, surgissent, sous forme de protubérances globulaires, les
rudiments des suçoirs. Il y en a dix rangées concentriques. Enfin, le
corps devient pentagonal et plus ou moins semblable à une étoile. Les
rayons sortent des angles, et l'animal est complet.
[Illustration: ASTÉRIE EN PLEINE REPRODUCTION DE SES RAYONS
Dessinée d'après le vivant (Concarneau).]
Les Étoiles de mer jouissent à un haut degré du phénomène vital de
la _rédintégration_; elles reproduisent avec une facilité étonnante
des parties qui leur ont été enlevées. Les individus qui perdent par
accident un ou plusieurs bras, les remplacent plus tard par des bras
exactement semblables. Ces nouveaux membres en voie de développement
sont d'abord très-petits, d'où il résulte nécessairement une aberration
dans la figure étoilée de l'Astérie.
Il existe une espèce de l'océan Indien[71], qui offre souvent quatre
bras, sur cinq, nouvellement reproduits, et par conséquent plus petits
que le cinquième. L'_étoile_ a pris l'aspect d'une _comète_.
[71] _Ophidiaster miliaris_ Müller et Troschel.
Sir John Dalyell recueillit, le 10 juin, un rayon isolé d'une Astérie.
Ce rayon ne donnait aucun signe de reproduction. Mais, le 15, parurent
les rudiments de quatre nouveaux rayons, indiqués par de petites
proéminences. Vers le soir, un de ces rudiments avait grossi du double;
les autres se trouvaient moins avancés. Un orifice, c'est-à-dire une
bouche, commençait à se former au centre du nouveau groupe. Le travail
reproducteur fut alors en pleine activité, et, trois jours plus tard,
l'animal possédait cinq rayons, dont quatre lilliputiens, comparés
au rayon primitif. Au bout d'un mois, ce dernier tomba par morceaux,
laissant l'Étoile nouvelle composée de quatre petites branches
symétriques. Le vieux rayon était remplacé par un jeune animal complet.
(Rymer Jones.)
IV
Les Astéries sont tourmentées par des parasites. Il n'est peut-être pas
d'animal, marin ou non marin, qui ne serve de retraite et de nourriture
à un autre animal ou à plusieurs autres animaux. Vivre aux dépens
d'autrui, est une des grandes lois de la physiologie. Généralement, les
parasites appartiennent à un groupe moins élevé en organisation que
la victime qu'ils exploitent. Le contraire arrive rarement. En voici
un exemple: c'est un petit Poisson qui passe sa vie dans la cavité
intestinale d'une Astérie. Ce petit poisson s'appelle _Oxybate de
Brandes_[72]; l'Astérie se nomme _Culcite discoïde_[73]. Un Vertébré
vivant dans un Invertébré[74]!
[72] _Oxybates Brandesii_ Bleker.
[73] _Culcita discoidea_ Agassiz.
[74] Un autre petit Poisson, le _Fierasfer Fontanesii_ de Risso,
habite en parasite dans le gros intestin de l'_Holothurie royale_
de Cuvier.
V
Certaines Étoiles de mer ont un corps en forme de petit disque plus ou
moins rond, d'où partent des rayons soutenus par une série d'osselets:
ce sont les _Ophiures_, ainsi appelées à cause de la ressemblance
grossière qui existe entre leurs bras et la queue d'un Serpent. Ces
bras sont allongés, grêles, flexibles, onduleux, quelquefois garnis sur
les côtés d'épines ou de soies.
Chez plusieurs espèces, dites _Astrophytes_, ils se bifurquent vers
leur origine, puis se subdivisent en deux ou trois rameaux qui émettent
des ramuscules plus ou moins nombreux, très-fins et très-contournés.
Dans un individu, on a compté 81 920 ramifications.
Les rayons élégants des Ophiures s'agitent et se tordent suivant les
besoins; ils saisissent les proies qui sont à leur portée, et les
dirigent vers la bouche, placée toujours au-dessous et au centre de
l'Étoile.
Chez les Astrophytes, l'ensemble des bras forme comme un filet pour
prendre les victimes, et même comme un panier pour les tenir en réserve.
La cavité viscérale est absolument limitée au centre de la bête, et ne
se prolonge pas dans les bras, comme chez les Astéries.
Quand on met une Ophiure dans une eau malpropre, ses rayons tombent
les uns après les autres, morceau par morceau, jusqu'à ce qu'il ne
reste plus que le disque. Figurez-vous une roue réduite à son moyeu.
Cependant l'animal vit encore et mange toujours avec avidité. (Rymer
Jones.)
[Illustration: ASTROPHYTE VERRUQUEUX
(_Astrophyton verrucosum_ Müller et Troschel).]
Vers le commencement d'avril, les bords du disque se gonflent; l'espace
intermédiaire entre les rayons est envahi par le frai. Les œufs sont
ovoïdes et d'un rouge brillant.
Vers les mois d'août et de septembre, paraissent les petits. Au moment
de leur naissance, ils sont presque microscopiques, transparents et
légèrement verdâtres; ils présentent une forme très-bizarre. On les
a comparés au _chevalet d'un peintre_. La partie supérieure du corps
semble conoïde; la partie inférieure est divisée en huit prolongements
de diverses dimensions, disposés en deux groupes divergents. Ces
prolongements offrent des cils, et sont légèrement orangés vers leur
extrémité. Chacun est soutenu par un petit support calcaire intérieur.
Ces larves singulières ont été décrites sous le nom de _Pluteus
paradoxus_.
[Illustration: LARVE GROSSIE D'ÉCHINODERME
(_Pluteus paradoxus_ J. Müller).]
VI
En terminant ce chapitre, nous devons dire un mot de la _Tête de
Méduse_[75], l'une des productions les plus extraordinaires de la mer.
[75] _Pentacrinus caput Medusæ_ Müller.
Cet animal est très-rare. Il a été pêché plusieurs fois, à de grandes
profondeurs, dans la mer des Antilles. On l'a désigné d'abord sous le
nom de _Palmier marin_.
Son corps est pédiculé et revêtu d'un test calcaire (_calice_)
semblable à une fleur. Cette enveloppe a des plaques polygonales et des
rayons élégants.
La Tête de Méduse est une Astérie adhérente (nous allions dire une
étoile fixe!), et par conséquent imparfaite.
[Illustration: PENTACRINE D'EUROPE
(_Pentacrinus europæus_ Thompson).]
Elle n'a pas de bouche, et son appareil digestif paraît
très-rudimentaire. Son pédicule est grêle, anguleux et articulé; il
permet à l'animal de se balancer dans tous les sens, et semble jouir
d'une sorte de sensibilité.
Entre les animaux qui ne changent pas de place et les animaux qui se
meuvent, il faut mettre, comme intermédiaires, les animaux fixés qui se
balancent. Toujours des transitions!
En 1823, M. Thompson a découvert une seconde espèce de Tête de Méduse,
dans les mers d'Europe.
La _Pentacrine d'Europe_ est très-petite. Ses rayons sont profondément
divisés en deux parties; l'animal semble en avoir dix. Ils sont ornés
de cils tentaculaires disposés avec régularité. Le pédicule de cette
espèce est grêle comme un fil.
Que d'organisations encore inconnues renfermées dans les profondeurs de
l'Océan!
[Illustration]
[Illustration]
CHAPITRE XV
LES OURSINS.
_Atra magis pisces et ECHINOS æquora celent._
(HORACE.)
I
Les Astéries ressemblent à des étoiles, les _Oursins_ ressemblent à
des melons. Tous appartiennent pourtant à la même classe: ce sont des
_Échinodermes_.
Les Oursins sont vêtus d'une tunique calcaire souvent globuleuse
ou ovoïde, quelquefois déprimée, composée de plaques (_assules_)
hexagonales ou polygonales soudées intimement entre elles, formant
vingt rangées symétriques distribuées par paires. Les rangées les plus
larges portent des piquants mobiles (_baguettes_), qui sont à la fois
des organes de protection et des organes de mouvement; les autres sont
percées de pores en séries longitudinales régulières comme les allées
d'un jardin (_ambulacres_), lesquels donnent issue à des filaments
(_tentacules_) dont l'animal se sert pour respirer et pour marcher.