La _Campanule_ est probablement la plus jolie espèce du genre. Son nom

de fleur lui convient à merveille. Figurez-vous une corolle en forme

de cloche, haute d'environ 25 millimètres, d'un brun foncé uniforme,

attachée par un pédicule mince et court. Sa gorge est fermée par une

lame transversale un peu concave, au milieu de laquelle s'ouvre une

petite bouche carrée, placée sur un mamelon. Les bords de la corolle

sont régulièrement découpés en huit lobes, portant chacun un bouquet

de tentacules microscopiques terminés par un bouton glandulaire d'un

rose vif. Quand on regarde cette charmante bestiole de côté, les

huit touffes de tentacules ressemblent aux étamines polyadelphes de

certaines Myrtacées (_Métaleuques_).

[Illustration: DEUX LUCERNAIRES CAMPANULES SUR UNE ALGUE

(_Lucernaria octoradiata_ Lamarck).]

Nous aurions bien des choses à dire encore sur les Anémones et sur

les animaux qui leur ressemblent, et cependant, malgré la belle

monographie de M. P. H. Gosse, ces Zoophytes sont encore très-mal

connus. «L'histoire naturelle est un vaste pays dont nous connaissons à

peine les frontières, et cependant nous voulons en dresser la carte!»

(Ch. Bonnet.) L'Homme est toujours pressé, il ne sait pas attendre.

Ératosthène et Hipparque ont rédigé la géographie du globe avant

Christophe Colomb et Vasco de Gama.

[Illustration]

[Illustration]

CHAPITRE XIII

LES MÉDUSES.

«Le Polypier fit la Méduse; la Méduse fait le Polypier.»

(MICHELET.)

I

[Illustration: MÉDUSE CROISÉE

(_Rhizostoma cruciata_ Lesson).]

Voyez ces cloches demi-transparentes qui flottent gracieusement dans

la mer! Ce sont des _Méduses_, organisations extraordinaires qui

constituent une grande classe d'animaux fragiles et vagabonds, désignés

par Cuvier sous le nom d'_Acalèphes_. Nous dirons plus loin pourquoi

ce nom.

[Illustration: MÉDUSE DE GAUDICHAUD

(_Chrysaora Gaudichaudii_ Lesson).]

Les Méduses ressemblent à des calottes, à des ombrelles, ou mieux

peut-être à des Champignons élégants et délicats, dont le pédicule

serait remplacé par un corps également central, mais profondément

divisé en lobes divergents. Ces lobes sont sinueux, tordus, crispés,

frangés..... Au premier abord, on serait tenté de les prendre pour des

espèces de racines.

Les bords de l'ombrelle sont entiers ou denticulés, quelquefois

découpés, souvent ciliés, ou bien pourvus de longs appendices

filiformes qui descendent verticalement dans l'eau.

Tantôt l'animal est incolore et d'une limpidité presque égale à celle

du cristal; tantôt il paraît légèrement opalin, d'un bleu tendre ou

d'un rose affaibli. D'autres fois il présente les teintes les plus

vives et les reflets les plus brillants.

[Illustration: MÉDUSE AUX BEAUX CHEVEUX

(_Cyanæa euplocamia_ Lesson).]

Dans certaines espèces, les parties centrales seulement sont colorées;

elles se montrent rouges ou jaunes, bleues ou violettes. Le reste est

sans couleur.

Dans d'autres, la masse centrale semble vêtue d'un voile extrêmement

mince, diaphane et irisé, semblable à la lame légère et fugace d'une

bulle de savon, ou bien à la cloche transparente qui recouvre un

bouquet de fleurs artificielles.

Les Acalèphes sont des animaux sans consistance, pénétrés de beaucoup

d'eau. On a de la peine à comprendre comment leur trame délicate

peut résister à l'agitation des flots et à la force des courants. La

vague les balance sans les meurtrir; la tempête les disperse sans les

tuer. Quand on retire de la mer ces favoris de la Nature et qu'on les

jette sur la plage, leur substance se dissout; l'animal se décompose,

il se réduit à presque rien. Si le soleil est bien ardent, cette

désorganisation s'opère en un clin d'œil.

Les vagues, en se retirant, déposent souvent sur la grève des amas de

pauvres Méduses, qui s'y fondent comme des glaçons.

On dit que certaines espèces très-grandes, du poids de 5 à 6

kilogrammes, ne contiennent que 10 à 12 grammes de matière solide.

M. Telfair vit, en 1819, sur le rivage de Bombay, une Méduse énorme

abandonnée; elle pesait plusieurs tonneaux. Trois jours après,

l'animal commençait à se putréfier. M. Telfair fit surveiller cette

décomposition par les pêcheurs du voisinage, afin de recueillir les os

ou les _cartilages_ de cette grosse bête, si par hasard elle en avait.

Mais elle se pourrit tout entière et ne laissa aucun reste. Il fallut

pourtant neuf mois pour qu'elle disparût complétement.

Les Acalèphes de nos côtes sont loin d'avoir une taille aussi

monstrueuse; beaucoup peuvent passer pour de petits animaux. Un des

plus délicats est la _Turris négligée_[58], qu'on a décrite comme une

clochette de verre rouge ornée de quatre raies transversales et de

quatre appendices blancs disposés en croix. Aux bords de la clochette

règne une frange neigeuse du plus joli effet.

[58] _Turris neglecta_ Lesson.

Les Acalèphes sont quelquefois réunis en nombre considérable. Les

barques qui traversent l'étang de Thau rencontrent, à certaines époques

de l'année, des colonies nombreuses d'une espèce de la taille d'un

petit melon, presque transparente, blanchâtre comme de l'eau troublée

par un nuage d'anisette. On serait tenté de prendre ces animaux pour

une collection flottante de bonnets grecs de mousseline.

[Illustration: LIZZIA DE KÖLLIKER (TRÈS-GROSSIE)

(_Lizzia Kœllikeri_ Gegenbauer).]

La _Lizzia de Kölliker_ est si petite, qu'on la distingue à peine dans

la transparence de l'eau.

Sur les côtes du Groenland, on remarque souvent de grands espaces

colorés en brun foncé par la jolie _Méduse brune_ tachetée. Un

centimètre cube d'eau en contient, dit-on, plus de 3000, et un de

leurs bancs, qui présente une étendue insignifiante par rapport à

l'Océan, se compose au moins de 1600 milliards de ces animalcules

(Schleiden). Quelle source de réflexions philosophiques et de poétiques

rêveries!

Les Méduses étant flottantes et légères, les courants et les autres

mouvements de la mer les entraînent souvent à de très-grandes distances

de leur pays natal. Les myriades d'individus que mangent les Baleines

sont transportés des côtes du Mexique jusqu'aux îles Hébrides, l'une

des principales stations de ces énormes Cétacés.

II

Pendant longtemps, les Acalèphes ont été négligés par les naturalistes,

qui les prenaient, comme l'avait fait Réaumur, pour des _masses de

gelée_ ou pour une _eau gélatinée_. On ignorait que c'étaient de

véritables animaux. Constant Duméril eut l'idée d'injecter leurs

cavités avec du lait. Il vit ce liquide se distribuer dans des canaux

nombreux, d'une grande régularité. On découvrit bientôt les organes de

la digestion et ceux de la circulation..... M. Ehrenberg montra, dans

une espèce d'_Aurélie_, une complication des plus inattendues. Enfin,

la science réussit à pénétrer tout à fait dans les mystères de leur

structure intérieure.....

Quoi qu'il en soit de ces études de plus en plus merveilleuses, les

gélatines vivantes dont il s'agit sont toujours des ébauches de la vie,

et, comme on l'a dit très-justement, elles fondent et refondent des

millions de fois avant que la Nature élabore avec leur substance une

portion quelconque d'un animal solidement constitué!

III

Les Méduses se nourrissent de petits animaux marins, principalement

de Vers et de Mollusques. Leur bouche est placée au milieu de leur

pédicule; quelques-unes possèdent plusieurs bouches.

Ces singulières bêtes sont très-gloutonnes et avalent leur proie

sans la mâcher, voire même sans la diviser. Quand celle-ci résiste,

l'Acalèphe tient bon, jusqu'à ce que la malheureuse victime soit

épuisée de fatigue. On a vu une Méduse ne pas lâcher un animal qu'elle

avait saisi par la tête, quoique celui-ci, par ses efforts énergiques,

lui eût _complétement tourné l'estomac à l'envers_.

Des Méduses emprisonnées dans un vase avec des Crustacés ou des

Poissons de petite taille les dévorent fréquemment. Et cependant

ces derniers, plus compliqués en organisation, sont doués d'une

intelligence plus que suffisante pour apercevoir le danger.

Apparemment, dit M. Forbes, les Méduses trouvent des jouissances

_toutes démocratiques_ dans la destruction des animaux des _classes

élevées!_ O rivalité des castes et des conditions! Il y a donc partout

de la démocratie et de l'aristocratie!

IV

Le corps des Méduses se dilate et se contracte alternativement. Ce

double mouvement est un des principaux éléments de leur progression.

Il avait été observé par les anciens, et comparé par eux à ceux de la

poitrine humaine pendant la respiration. C'est pourquoi ils appelaient

nos animaux, _Poumons de mer_.

Quand les Méduses voyagent, leur partie convexe est toujours en avant,

de manière que la petite calotte devient un peu oblique. Si, pendant

qu'elles naviguent, on les touche, même légèrement, elles replient

leurs tentacules, contractent leur ombrelle, et s'enfoncent dans la mer.

Une étude attentive des parties marginales des Acalèphes a fait

découvrir, chez un certain nombre, des organes visuels et auditifs. M.

Kölliker avait constaté l'existence des premiers dans une _Océanie_. M.

Gegenbauer les a retrouvés dans plusieurs autres genres (_Rhizostomes_,

_Pélagies_); il a reconnu en même temps la présence des seconds. Les

yeux consistent en de petites masses hémisphériques, celluleuses,

colorées, dans lesquelles sont enfoncés à moitié de petits cristallins

globuleux, dont la partie libre est parfaitement à nu.

Les appareils auditifs se trouvent accolés à ces organes; ce sont de

petites vésicules remplies de liquide. Il existe donc des yeux sans

paupières et sans cornée, et des oreilles sans ouverture et sans

pavillon!...

V

Mais c'est la reproduction de ces êtres fugitifs, parfaitement étudiée

de nos jours, qui a présenté de merveilleux phénomènes.

A une époque de l'année, les Méduses sont chargées d'œufs ornés des

couleurs les plus vives, suspendus en larges festons à leurs corps

flottants. Ces œufs sont très-petits.

Dans certaines espèces, ils se développent greffés au corps de la

Méduse, et ne se détachent qu'après leur complet développement.

Dans d'autres, les larves qu'ils produisent ne ressemblent nullement à

leur mère. Elles sont allongées, vermiformes, un peu élargies à leur

extrémité: on dirait des Sangsues microscopiques. Elles possèdent des

cils vibratiles à peine perceptibles, qui exécutent des mouvements

assez vifs. Au bout d'un certain temps, elles se transforment en

Polypes pourvus de huit tentacules.

[Illustration: NAISSANCE DE MÉDUSES

(D'après un dessin de M. Lacaze-Duthiers).]

Cette sorte d'animal préparatoire, créature vraiment surprenante, jouit

de la faculté de se reproduire par des tubercules ou bourgeons, qui

naissent à la surface de son corps, et aussi par des filaments qui en

surgissent çà et là. Un seul individu peut devenir ainsi la source

d'une nombreuse colonie.

Ce Polype subit une transformation des plus remarquables. Sa structure

se complique; son corps s'articule, et paraît composé d'une douzaine de

disques empilés les uns sur les autres, comme les rondelles d'une pile

de Volta.

[Illustration: LARVES DE MÉDUSES.]

Le disque supérieur est bombé; il se sépare de la colonne après

des efforts convulsifs: il devient libre. Il en résulte une Méduse

excessivement petite, assez semblable à une étoile[59].

[59] Voyez la planche XI.

Tous les disques, c'est-à-dire tous les individus, s'isolent les uns

après les autres et de la même manière.

Ainsi, des Zoophytes sexués se propagent suivant les lois ordinaires;

mais ils engendrent des enfants qui ne leur ressemblent pas, et qui

sont neutres, c'est-à-dire non sexués (_agames_). Ceux-ci produisent,

par bourgeonnement et par fissiparité, des individus semblables à eux.

Ils peuvent donner aussi des individus sexués; mais, avant l'apparition

de ceux-ci, l'animal, qui était simple, se transforme en animal

composé, et c'est de la désagrégation des éléments de ce dernier que

naissent des individus pourvus de sexe, c'est-à-dire les animaux les

plus complets.

[Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. XI.

Mesnel del. d'après Sars et Ehrenberg. Rapine sc.

DÉVELOPPEMENT D'UNE MÉDUSE.

(Cyanea capillata et Aurelia aurita.)

1. 2. 3. Larve libre.--4. 5. 6. 7. Phases diverses de la larve fixée.

8. 9. 10. Division en disques superposés 11. Séparation des disques.

12. 13. 14. Développement du disque et formation de la jeune Méduse.]

Ces deux modes de propagation si différents (la _sexuelle_ et la _non

sexuelle_) se succèdent d'une manière régulière. Ils constituent

ainsi une combinaison qui a reçu le nom de _génération alternante_,

génération dans laquelle, ainsi que nous venons de le dire, les enfants

ne ressemblent jamais à leur mère, mais bien à leur grand'mère.

On appelle _nourrices_ (dénomination assez mal choisie) les individus

neutres qui produisent les individus sexués.

Ces transformations successives qui ont lieu dans le même animal

paraissent, au premier abord, bien extraordinaires. Cependant il

se passe autour de nous, et chaque jour, des phénomènes analogues

auxquels nous n'accordons qu'une assez mince attention, probablement

parce qu'ils sont très-communs et que nous y sommes très-habitués. Par

exemple, les Papillons les plus brillants et les plus vagabonds pondent

des œufs immobiles, arrondis et sans aucune espèce d'élégance. Ces

œufs produisent des chenilles destinées à ramper avec peine, vêtues le

plus souvent avec simplicité. Ces chenilles, à leur tour, se changent

en chrysalides condamnées à un repos léthargique, ovoïdes, couleur de

corne, et ressemblant à des momies. Enfin, celles-ci se transforment

en riches, légers et pétulants Papillons. Supposons ces insectes

excessivement rares et cachés dans les profondeurs de l'Océan, n'est-il

pas vrai qu'il aurait fallu beaucoup de temps pour reconnaître que

l'œuf, la chenille, la chrysalide et le Papillon ne sont qu'un même

animal? Si cet insecte avait une organisation moins compliquée, il est

probable que sa chenille ou sa chrysalide (et peut-être même son œuf!)

pourraient se reproduire gemmiparement ou fissiparement, c'est-à-dire

par bourgeons et par scissions, et nous aurions des phénomènes

exactement semblables à ceux qui se présentent dans l'évolution d'une

Méduse.

Tous les médecins savent aujourd'hui que les _Ténias_, vers parasites

rubanés et articulés, ont des larves (_Cysticerques_) très-différentes

de l'état parfait, qui possèdent la faculté de produire d'autres

larves. Chose étonnante! ces curieux animaux sont simples à une époque

de leur vie, composés à une seconde époque, et redeviennent simples à

une troisième.

Nous ne saurions trop le répéter, tout change et rechange dans la

Nature. Dieu seul ne change pas!

Ce qui est digne de remarque chez les Papillons, c'est cette alternance

de vitalité exaltée et de vitalité latente, de mouvement et de repos,

qu'on observe dans la succession de leurs métamorphoses. L'œuf est

immobile, la chenille rampe, la chrysalide dort, et le Papillon

s'élance dans les airs. Chaque temps d'évolution est précédé par un

temps d'arrêt. C'est là une des grandes lois de la physiologie. Voyez

le modeste Ver à soie: toutes les fois qu'il se dispose à changer de

vêtement, il demeure quelque temps dans une sorte de torpeur. Il se

prépare, par un simulacre de la mort, aux mouvements d'une nouvelle vie.

«La tendance aux métamorphoses, dans le règne animal, considérée

dans son ensemble, devient de plus en plus prononcée, à mesure qu'on

s'éloigne davantage des types les plus élevés de l'organisation.»

(Quatrefages.)

VI

Quelques Méduses donnent naissance, quand on les touche, à une

sensation brûlante qui rappelle celle des Orties. De là les noms

d'_Orties de mer_ et d'_Acalèphes_ sous lesquels on a désigné ces

animaux.

Une des plus redoutables, parmi ces espèces remarquables, c'est la

_Méduse chevelue_[60], la terreur des baigneurs et des baigneuses.

L'animal représente une jolie ombrelle brune, découpée et festonnée,

avec un gros pédicule et des bras nombreux, longs et rubanés, qui

forment après elle une chevelure flottante, d'autant plus dangereuse

qu'elle est presque diaphane. Quand on s'embarrasse imprudemment au

milieu de ces filaments empoisonnés, on sent bientôt des douleurs

aiguës insupportables. La Méduse, en fuyant, abandonne souvent ses

cheveux, qui se détachent. Ces derniers, quoique isolés, agissent

toujours, comme si l'animal était présent et comme s'il voulait se

venger de leur séparation.

[60] _Cyanæa capillata_ Eschscholtz.

Les organes _urticants_ des Méduses sont des coques très-petites

disséminées dans leur peau, sur laquelle elles forment des saillies

plus ou moins tuberculeuses. On les observe surtout à l'extrémité ou le

long des tentacules. Ces coques sont dures, diaphanes et doublées d'une

membrane mince et flexible. Au fond de leur cavité se trouve un fil

long et ténu, enroulé sur lui-même pendant le repos. Ce fil peut sortir

de la bourse, et l'on voit alors à sa base une ou plusieurs pointes

aiguës en forme de dards. Ces poignards microscopiques, probablement

creusés d'un petit canal, sont portés par une glande qui sécrète une

sorte de venin. C'est avec ces petits appareils que les Méduses, dont

le tissu est si faible, si délicat, et l'intelligence si obtuse, si

bornée, peuvent se défendre et même attaquer. La sensation brûlante

qu'elles déterminent, quand on a l'imprudence de les toucher, est

si forte, qu'elle peut produire l'effet d'un vésicatoire, et donner

naissance à une affection qui dure quelques jours.

La _Méduse d'Aldrovande_[61], qui vit dans la Méditerranée, et la

_Méduse de Cuvier_[62], qui se trouve dans la Manche, sécrètent une

bave qui offre des propriétés assez irritantes. On assure qu'une seule

goutte suffit pour déterminer une inflammation de la conjonctive et

même des paupières. Cette bave fait naître sur la main de très-petites

élevures, accompagnées d'une vive démangeaison.

[61] _Rhizostoma Aldrovandi_ Péron.

[62] _Rhizostoma Cuvierii_ Péron.

VII

C'est dans la classe des Acalèphes que les naturalistes ont placé les

_Béroés_ et les _Vélelles_.

[Illustration: BÉROÉ

(_Beroe pileus_ Gmelin).]

Les Béroés ont un corps ovoïde ou globuleux, garni de côtes plus

ou moins saillantes ornées de dentelles et hérissées de filaments.

Ces côtes forment quelquefois des sortes d'ailes. Certains Béroés

ressemblent à de petits barils sans fond; leurs couleurs sont

éclatantes: on dirait des émaux vivants.

L'espèce des côtes de l'Irlande, appelée _pomiforme_[63], est une

petite sphère du plus pur cristal, nuancée des couleurs de l'iris.

Quand elle mange, on distingue sa proie à travers son tissu. Ses côtes

sont frangées; on y remarque des cils diaphanes très-mobiles, à l'aide

desquels le délicieux ballon glisse et avance dans les eaux, comme

un petit météore. Les mouvements des cils ont lieu avec alternance,

c'est-à-dire que ceux d'une rangée s'agitent avec vivacité pendant

que ceux de la rangée voisine se reposent, et que ces derniers, à

leur tour, se mettent en mouvement quand les premiers sont en repos.

Ce Béroé semble capricieux dans ses évolutions: quelquefois il monte

à la surface de la mer, lentement, comme une bulle qui s'élève, et

redescend avec la même lenteur; d'autres fois il opère une ascension

d'une excessive rapidité et une descente comme la chute d'une pierre.

D'autres fois encore, sans s'élever ni descendre, il pirouette sur son

axe vertical, et décrit une suite de cercles transversaux, comme un

gracieux valseur. (Rymer Jones.)

[63] _Cydippe pomiformia_ Patterson.

Cette jolie espèce possède deux tentacules six fois plus longs que

son corps, très-fins, très-délicats, composés d'un axe capillaire

flexueux, donnant des branches latérales courtes et arborisées. Ces

tentacules descendent en divergeant de la partie inférieure du corps;

ils sont très-onduleux et ressemblent à des fils d'Araignée. On assure

que leur surface est couverte de vésicules microscopiques étroites

et piquantes, qui servent probablement à étourdir ou à tuer la proie

(Strethill Wright). L'organe le plus faible a toujours quelque moyen

de perfection; il peut même devenir, comme on voit, un instrument

très-dangereux.

On connaît un Béroé phosphorescent[64]. Quand il tourbillonne, il

produit l'effet d'un petit corps lumineux en forme de colonne torse,

qui change constamment de place en tournant sur lui-même.

[64] On a signalé plusieurs autres Acalèphes avec une propriété

analogue, par exemple la _Dianæa cyanella_ de Lamarck, et

l'_Oceania phosphorica_ de Péron et Lesueur.

[Illustration: VÉLELLE

(_Velella limbosa_ Lamarck).]

Les _Vélelles_ ont un cartilage intérieur, ovale et transparent, qui

soutient la substance gélatineuse de leur corps. Celui-ci est une

ombrelle d'un bleu foncé, garnie en dessous de nombreux suçoirs. Une

crête verticale, en forme de voile, est implantée sur son cartilage et

croise obliquement son dos.

Les Vélelles flottent souvent en grand nombre à la surface des vagues,

maintenues à fleur d'eau par l'air qui les leste et poussées par le

zéphyr qui frappe sur leur voile.

VIII

On a nommé _Hydrostatiques_ ou _Hydroméduses_, les animaux de la même

classe, essentiellement nageurs, qui possèdent une ou plusieurs vessies

ordinairement remplies d'air, ou bien des cloches natatoires de forme

variée. Ces élégants animaux flottent souvent sur les ondes, au milieu

des plus grandes agitations de la mer, comme de faibles nacelles

surprises par la tempête; mais ils sont insubmersibles, et, quoi qu'il

arrive, ils restent toujours à la surface.

[Illustration: HYDROMÉDUSE

(_Vogtia_).]

Ces autres Acalèphes présentent généralement des tentacules grêles ou

_fils pêcheurs_, plus ou moins longs, souvent nombreux et de la plus

grande délicatesse.

Leurs vessies ou leurs cloches les soutiennent dans la mer; leurs

tentacules les dirigent dans leur marche, et leurs fils pêcheurs leur

servent à la fois d'organes de défense, d'organes de préhension et

d'organes de succion.

Les Hydroméduses sont des animaux _composés_, des sortes de Polypiers

voyageurs. Leurs colonies forment des franges, des guirlandes, des

grappes d'une légèreté remarquable. Ces colonies peuvent offrir trois

sortes d'animalcules élémentaires: des individus nourriciers stériles,

des individus prolifères sans bouche, et des individus à la fois

nourriciers et fertiles. Les premiers ne manquent à aucun genre; les

seconds et les troisièmes n'existent pas toujours. On rencontre encore,

chez les Hydroméduses, des bourgeons reproducteurs, soit isolés, soit

agglomérés. (C. Vogt.)

Ces curieux animaux présentent, ou bien une grande ampoule qui domine

toute leur organisation, ou bien des cloches natatoires égales ou

inégales, simplement rapprochées ou diversement emboîtées.

Les organes natatoires sont passifs dans les _Physalies_.

Voyez, sur la mer calme, cette grande vessie oblongue, relevée en

dessus d'une crête saillante, oblique et ridée, qui ressemble à une

petite voile de pourpre et d'azur tendue sur une nacelle de nacre. Ce

brillant Zoophyte est désigné par les marins sous les noms de _Vessie

de mer_, de _petite Galère_, de _Vaisseau de guerre portugais_.....

Les savants l'appellent _Physalie pélagique_[65]. En dessous de la

vessie, naissent un grand nombre de tentacules charnus, cylindriques,

tordus, rayés, qui descendent perpendiculairement comme des sondes de

soie bleue. Ceux du milieu portent des groupes de petits filaments; les

latéraux se divisent en deux branches grêles, souvent très-inégales.

Ces longs filaments sont semés de gouttelettes chatoyantes ou de perles

étoilées couleur indigo, qui dessinent des bordures, des zigzags ou des

spirales d'une élégance peu commune.

[65] _Physalia pelagica_ Lamarck.

[Illustration: PHYSALIE

(_Physalia antarctica_ Lesson).]

«Les Galères, dit Lesson, cheminent parées des plus riches couleurs. La

partie vésiculeuse et la crête, remplies d'air, sont d'un blanc nacré

argentin, auquel s'unissent les teintes les mieux fondues de bleu,

de violet et de pourpre. Un carmin vif colore les _bouillonnements_

du biseau de la crête, et le bleu d'outremer le plus suave teint les

divers tentacules.»

Gardez-vous de toucher à ce petit vaisseau vivant: une cuisson plus

brûlante que celle de la piqûre des Orties punirait la main téméraire

qui oserait le saisir. Cette sensation est produite par un liquide

corrosif bleu, de consistance légèrement sirupeuse (Lesson). Le mal

dure assez longtemps. Il entraîne quelquefois une tendance syncopale

(Dutertre, Leblond). Mais, en général, il ne s'étend pas au delà de la

main.

Le monde de la mer · 第 9 / 36 段