des Pennatules sont tous mâles ou tous femelles, exclusivement;
de manière que chaque communauté ne présente qu'un seul sexe. On
sait qu'il existe des végétaux organisés d'une manière analogue,
c'est-à-dire à fleurs mâles et à fleurs femelles séparées sur des pieds
différents (dioïques): par exemple, les Pistachiers, les Dattiers, les
Épinards.....
II
L'_Ombellulaire_, qu'on ne rencontre que sur les côtes du Groenland, et
les _Virgulaires_ de Lamarck, sont des Pennatulides.
[Illustrations:
OMBELLULAIRE DU GROENLAND
(_Umbellularia groenlandica_ Lamarck).
VIRGULAIRE ADMIRABLE
(_Virgularia mirabilis_ Lamarck).]
La _Virgulaire admirable_ est un des plus beaux Polypiers de l'Océan.
Deux séries d'ailes en demi-lune, obliquement horizontales, sont
placées avec symétrie autour d'un axe étroit et léger, qu'elles
embrassent alternativement. On dirait deux larges rubans enroulés en
sens inverse, de manière à produire deux rampes opposées. Ces ailes
sont un peu onduleuses, découpées et frangées sur le bord libre, et
d'un jaune assez brillant. Les dentelures de leurs franges servent de
logement à de jolis petits Polypes, qui montrent de temps en temps leur
bouche béante et leurs barbillons étalés. Ces Polypes sont blanchâtres
et demi-transparents. Quand ils épanouissent leurs rayons, ils ajoutent
à la marge de chaque aile une bordure d'étoiles argentées.
III
Chez la plupart des Polypiers, les individus élémentaires, malgré
leur adhérence entre eux, possèdent une activité vitale propre, et, à
certains égards, indépendante. Ils ont des volontés _particulaires_
qu'il leur serait difficile de réunir, de confondre en une volonté
générale. C'est probablement à cause de cette difficulté insurmontable,
que la Nature a rendu ces corporations fixées et sédentaires. Elle a
empêché leurs Polypes de prendre aucune détermination collective, et de
mouvoir leur ensemble comme un seul individu.
Il n'en est pas ainsi chez les Plumes de mer; leur association
constitue un Polypier non adhérent. Ce Polypier se remue, obscurément à
la vérité, mais enfin il se remue. A quoi cela tient-il? A ce que les
parties communes qu'il présente, au lieu d'être cornées ou calcaires,
c'est-à-dire complétement inertes, sont charnues et contractiles,
c'est-à-dire manifestement animées. Par conséquent, les Polypes d'une
Plume de mer sont moins indépendants les uns des autres que les
Polypes d'un Corail. Ils ont un organe central irritable, peut-être
même sensible, qui appartient à tous, qui les relie plus intimement les
uns aux autres, et qui donne plus d'unité à leur ensemble. Le Corail
n'a pas de volonté, la Plume de mer en a une.
Les Polypiers fluviatiles (ou _Polypes à panache_ de Trembley),
véritables miniatures des Polypiers marins, ne sont pas tous fixés. Il
en existe aussi de libres, tels que les _Cristatelles_. L'Auteur de la
Nature a placé çà et là, dans les bassins et les ruisseaux, de petites
créatures imperceptibles, analogues aux grands Zoophytes vagabonds que
les ondes nourrissent et ballottent dans l'immensité de l'Océan!...
[Illustration]
[Illustration]
CHAPITRE XII
LES ANÉMONES DE MER.
..... Living flowers,
Which like a bud comparted,
Their purple lips contracted;
And now in open blossoms spread,
Stretched like green anthers many a seeking head.
(SOUTHEY.)
I
Qu'on suppose un Polype bien grand et bien trapu, possédant, au lieu
de six modestes barbillons, un grand nombre de brillants appendices
disposés comme une riche collerette, et l'on aura une _Anémone de mer_.
Le Polype d'eau douce semble l'ébauche de l'Anémone de mer.
Ce nom d'_Anémone_ est admirablement choisi; car ce Polype perfectionné
ressemble beaucoup plus à une fleur qu'à une bête. On dirait, en effet,
une gracieuse Anémone ou une jolie corolle de Cactus.
Les poëtes ont regardé ces fleurs vivantes comme les _Roses du monde
des Zoophytes_.
On a donné encore à ces charmantes créatures le nom d'_Actinies_
(Brown), pour indiquer leur conformation radiée ou étoilée.
Les Anémones de mer sont des animaux charnus, plus ou moins coriaces,
ordinairement fixés par la _base_, offrant un corps ou _colonne_ en
forme de bourse, avec un aplatissement terminal ou _disque_ bordé de
_tentacules_, au centre duquel est percée la _bouche_.
[Illustration: ANÉMONES DE MER.]
La _base_ des Anémones est, en général, une surface plane, au moyen
de laquelle l'animal adhère aux corps solides sous-marins (rochers ou
plantes). Dans quelques espèces, elle se dilate plus ou moins, et peut
même produire comme deux ailerons demi-circulaires; dans d'autres,
au contraire, elle se rétrécit considérablement, au point de ne plus
pouvoir remplir sa fonction. L'animal n'adhère plus.
La _colonne_ est raccourcie le plus souvent; mais, dans certains cas,
elle devient cylindrique et allongée comme une tige. Celle-ci est
lisse, verruqueuse ou sillonnée.
[Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. X.
P. Lackerbauer del. Lebrun fac-simile sc.
ANÉMONES DE MER
1 Caryophyllia Smithii (_Stokes et J. W. Brod._)
2 Sagartia coccinea (_Gosse_)
3 Phyllangia americana (_Gosse_)
4 Edwarsia callimorpha (_Gosse_)
5 Edwarsia carnea (_Gosse_)
6 Sagartia viduata (_Gosse_)
7 Sagartia rosæa (_Gosse_)
8 _et_ 9 Sagartia Sphyrodeta (_Gosse_)
10 Sagartia rosæa (_Gosse_)
11 Ceriantus Lloydii (_Gosse_)
12 Actinoloba dianthus (_Blainv._)
13 Sagartia rosæa (_Gosse_)
14 Sagartia venusta (_Gosse_)
15 Gregoria fenestrata (_Gosse_)
16 Balanophyllia regia (_Gosse_)
17 Sagartia chrysosplenium (_Gosse_)]
Le _disque_ varie en étendue.
Les _tentacules_ sont des cônes creux disposés circulairement sur un
ou plusieurs rangs horizontaux et concentriques. Ils sont très-longs
ou très-courts, filiformes ou pétaloïdes, renflés ou aplatis, souvent
pointus, quelquefois ciliés ou frangés, d'autres fois ramifiés. Il y
en a qui ressemblent à de gros Vers cylindriques, demi-transparents et
demi-laiteux.
[Illustration: ANÉMONE DE COUCH ANÉMONE ŒILLET
(_Aiptasia Couchii_ Gosse). (_Actinoloba dianthus_ Blainville).]
Charles Bonnet a compté dans une espèce cent cinquante tentacules,
alignés sur trois rangs. De ces jolis appendices s'élançaient de temps
en temps de petits jets d'eau.
La _bouche_ est presque toujours très-large. Elle présente une lèvre
circulaire généralement épaisse, tantôt déprimée, tantôt élevée sur une
sorte de saillie.
Linné n'a mentionné que cinq espèces d'Actinies. Rapp en a caractérisé
vingt-trois, et Lamarck vingt-cinq. Aujourd'hui on en connaît plus de
cent.
Ces brillants Zoophytes sont blancs, gris, roses, rouges, pourpres,
fauves, jaunes, nankins, orangés, lilas, azurés, verts.....
Regardez cette charmante espèce à barbillons violets finement
pointillés de blanc, et cette autre à tentacules rouges légèrement
maculés de gris. Examinez celle-ci qui les étale verts, terminés par
une pointe d'un blanc mat, et celle-là qui les agite d'un blanc de
lait, avec une belle écharpe rose!...
Le corps, le disque et les tentacules n'ont pas toujours la même
couleur; ce qui contribue puissamment à varier la parure de ces
corolles animées. Voici une Anémone à corps fauve et à disque couleur
d'abricot, entouré de tentacules d'un blanc mat. En voilà une seconde
dont le centre est rouge, avec des tentacules gris, et une troisième où
il est vert, avec des tentacules fauves.
Comme la Nature est féconde et diversifiée dans ses nombreuses
créations! Que de variations et de surprises avec le même thème!
II
Les Anémones de mer se tiennent parmi les rochers, souvent dans des
crevasses ou des fentes. Il y en a qui logent leur corps dans quelque
vieille coquille abandonnée, épanouissant leur collerette autour de son
ouverture.
Les individus laissés à découvert par les flots rapprochent leurs
tentacules et se dessèchent. Quand la mer revient, ils se gonflent,
s'ouvrent et rayonnent de nouveau.
Quoique ces animaux soient très-adhérents, ils peuvent cependant se
mouvoir, mais ils le font avec lenteur, par des contractions et des
relâchements successifs. Quand ils changent de place, ils étendent par
une action imperceptible un des bords de leur base, et retirent le bord
opposé. Ils se traînent quelquefois à l'aide de leurs tentacules, qui
leur servent alors comme de pieds.
Le professeur Forbes avait une Actinie qui se promenait sur les parois
d'un bocal, adhérant alternativement par sa base et par son disque, à
la manière des Sangsues (Rymer Jones). Il y a donc, dans la Nature, des
_fleurs qui se promènent!_
A l'approche de l'hiver, les Anémones de nos côtes détachent leur
bourse, se laissent emporter par les flots, et vont chercher une
température plus douce dans des eaux plus profondes. L'instinct de ces
délicieuses bêtes, si différentes des animaux terrestres, est plus
assuré, dans ses inspirations, que ne le sont souvent, dans leurs
conséquences, les _raisonnements_ suivis des Vertébrés supérieurs. La
connaissance de l'instinct chez les animaux est bien certainement une
des plus grandes et des plus nobles parties de l'histoire naturelle.
Cette partie devrait être étudiée beaucoup plus qu'on ne le fait
habituellement.
Lorsqu'une vive lumière éclaire une Anémone, elle épanouit ses
tentacules comme un capitule de Pâquerette qui étale ses demi-fleurons.
Ces organes s'allongent et se raccourcissent, vont et viennent, se
balancent et se tordent autour de sa bouche dilatée. Touchez l'animal
avec le bout d'une baguette, ou bien agitez l'eau qui l'environne, et
soudain tout se rapproche, se ferme, se contracte et s'amoindrit.
Pendant que l'Anémone étale sa brillante collerette, si un petit ver,
un jeune crustacé, un poisson nouvellement éclos, viennent s'y heurter
étourdiment, aussitôt, par un brusque mouvement, l'animal vorace pousse
l'imprudente victime vers sa gueule béante, et la précipite dans sa
bourse, c'est-à-dire dans son estomac... _et consummatum est!_ La vie
des Anémones est un affût continuel!
Les tentacules filamenteux de certaines espèces semblent être de
véritables armes offensives. M. Gosse a surpris un de ces filaments
au moment où il s'attachait à un petit poisson. La pauvre bête fit
quelques efforts pour fuir, et ne tarda pas à succomber. M. Hollard a
vu de jeunes Maquereaux se coucher sur le flanc et mourir au simple
contact d'une Actinie.
Quand on touche ces tentacules, dit M. Rymer Jones, ils occasionnent
une cuisson assez vive. Pendant plus d'une heure, la main demeure
rouge, enflammée et douloureuse. Si l'on mord un de ces organes, et
qu'on applique la langue sur la partie mordue, on éprouve une sensation
brûlante et corrosive.
La propriété toxique des tentacules réside dans de petits organes
qui s'étendent sur toute leur peau, et consistent en des capsules
innombrables, visibles seulement au microscope, lesquelles contiennent
un gros fil entortillé. Au moindre contact, ces capsules semblent se
crever et lancer leur fil au dehors. Celui-ci s'attache aux corps
étrangers, comme certains fruits épineux (Rymer Jones). Ce fil est
ordinairement entouré d'une ou de plusieurs bandes en spirale, dont
chacune porte une série de petites barbes. L'appareil tout entier sert
à l'émission d'un fluide très-venimeux (Gosse).
Les Anémones sont voraces et vigoureuses. Rien ne peut échapper à leur
gloutonnerie: tous les animaux qui s'approchent sont saisis, précipités
et dévorés.
Malgré la puissance de leur bouche, ces estomacs insatiables ne
retiennent pas toujours la proie qu'ils ont avalée. Dans certaines
circonstances, celle-ci réussit à s'échapper; dans d'autres, elle est
adroitement enlevée par quelque maraudeur du voisinage, plus rusé et
plus actif que l'Anémone.
On voit quelquefois, dans les aquariums, des Crevettes, qui ont senti
de loin la proie mangée, se précipiter sur le ravisseur, lui prendre
audacieusement sa nourriture et la dévorer à sa place, au grand
désappointement de celui-ci. Bien plus, lorsque le morceau savoureux a
été complétement englouti, la Crevette, redoublant d'efforts, réussit
à s'en emparer au milieu même de l'estomac. Elle fond en plein sur le
disque étendu de l'Anémone: avec ses petits pieds, elle l'empêche de
rapprocher ses tentacules; elle introduit en même temps ses pinces
dans la cavité digestive, et saisit l'aliment. L'Anémone essaye en
vain de contracter ses barbillons et de fermer sa bouche... Parfois le
conflit devient très-grave entre le Zoophyte sédentaire et le Crustacé
vagabond... Quand le premier est un peu robuste, l'agression est
repoussée, et la Crevette court le risque de former un supplément au
repas de l'Anémone.....
Pendant leur digestion, les Actinies semblent dormir; elles entrent en
torpeur. Elles tiennent alors leurs tentacules appliqués les uns contre
les autres, formant un dôme pointu au-dessus de leur bouche. Ainsi
resserrées, elles figurent assez bien un bouton de plante radiée, par
exemple celui d'une Marguerite ou d'un Souci.
La cavité viscérale de ces animaux paraît grande et régulièrement
divisée en loges rayonnantes.
Il est remarquable que les papiers réactifs plongés dans cet organe,
soit chez l'animal à jeun, soit pendant sa digestion, ne donnent aucun
signe, ni d'acidité, ni d'alcalinité. (Hollard.)
Comme les Polypes d'eau douce, les Anémones prennent souvent une
quantité de nourriture hors de proportion avec leur cavité stomacale.
En moins d'une heure elles peuvent vider la coquille d'une Moule
ou réduire un Crabe à ses parties dures, qu'elles ne tardent pas à
rejeter, en renversant leur poche digestive. (Hollard.)
Le docteur Johnson rapporte qu'il trouva une _Anémone crassicorne_[53]
qui avait avalé une valve de Pèlerine géante, laquelle était entrée en
travers et divisait l'estomac en deux compartiments, l'un supérieur
et l'autre inférieur. Ce dernier ne communiquait plus avec la bouche;
le corps, fortement distendu, était devenu d'une minceur extrême.
Une nouvelle bouche, pourvue de deux rangées de tentacules, s'était
formée du côté de la base et desservait l'estomac inférieur. L'animal
mangeait ainsi par en haut et par en bas!... Un accident qui aurait été
funeste à un animal vertébré avait _doublé les jouissances de l'Anémone
crassicorne!_...
[53] _Tealia crassicornis_ Gosse.
Les Actinies supportent des jeûnes prolongés. Cela devait être chez
des organismes adhérents, qui sont forcés d'attendre patiemment la
nourriture, et par conséquent exposés à ce qu'elle n'arrive pas
toujours à point nommé. Quand nos bêtes ne mangent pas, leur corps
diminue graduellement de volume; il s'atrophie, et peut se réduire au
dixième de sa masse. Mais quand l'abondance revient, il _regrossit_
avec rapidité, et reprend bientôt son premier embonpoint. On assure
qu'une Anémone peut vivre deux ans, même trois, sans nourriture.
Quand on irrite l'_Anémone rousse_[54], elle lance avec force l'eau
contenue dans sa bourse stomacale. Cette singulière habitude, bien
connue des pêcheurs provençaux, lui a fait donner le sobriquet peu
honnête de _pissuso_.
[54] _Actinia mesembrianthemum_ Ellis.
Les Anémones ont les sens très-obtus. Elles ne paraissent pas se
douter du voisinage de leurs proies; elles ne les sentent pas à la plus
faible distance; elles ne font rien non plus pour éloigner d'elles un
danger. Chose étrange! si l'eau qui les baigne s'évapore, elles n'ont
jamais l'_idée_ de s'approcher d'une flaque voisine, quand bien même
leurs tentacules pourraient y atteindre sans changer de place (Rymer
Jones). Cependant on a vu plus haut que dans certaines circonstances,
conseillées par leur instinct, elles savent à propos se détacher de
leur rocher et se laisser emporter par le flot.
L'abbé Dicquemare croit avoir reconnu qu'elles sentent les moindres
variations atmosphériques. Est-il vrai qu'elles montent et descendent
dans les bocaux, suivant le vent qui domine? (Hollard.)
Les Actinies vivent longtemps en domesticité. Une Anémone rousse a été
conservée chez sir John Dalyell l'espace de vingt ans; elle devait
avoir au moins dix ans lorsqu'elle fut prise dans la mer. Une autre
est restée chez le même observateur treize ou quatorze ans. Ces deux
patriarches étaient pleins de vigueur à l'époque où l'on a parlé de
leur longévité, et semblaient devoir vivre encore de longues années.
III
A certaines époques, on remarque, dans les tentacules des Anémones,
des germes et des embryons; les premiers en repos, les autres en
mouvement. Le meilleur moyen pour étudier ces corps, c'est de couper
les tentacules avec un instrument tranchant.
Sir J. Dalyell, ayant opéré vers la fin d'octobre sur une Anémone
rousse, il tomba de la blessure deux corpuscules. Le premier resta
immobile; mais le second déploya une sorte de double mouvement
rotatoire, tournant sur lui-même avec beaucoup d'activité. L'un était
un œuf, et l'autre une larve.
Ces animaux portent donc leurs œufs et leurs petits, non pas sur leurs
bras, mais _dans leurs bras!_
[Illustration: NAISSANCE D'ANÉMONES
(_Actinia equina_ Linné).]
Généralement, les larves passent des tentacules dans la cavité
stomacale, et sont ensuite rejetées par la bouche, en même temps que le
résidu de l'alimentation. Voilà une bouche qui cumule, en dehors de ses
fonctions habituelles, deux emplois bien singuliers!
Les _Anémones pâquerettes_[55] du Jardin zoologique de Paris ont vomi
plusieurs fois de jolis petits embryons, lesquels se sont éparpillés
et fixés dans divers endroits de l'aquarium, et ont produit des
miniatures d'Anémones exactement semblables à leur mère.
[55] _Sagartia bellis_ Gosse.
Une Actinie qui avait pris un repas trop copieux, rendit, au bout de
vingt-quatre heures, une portion de ses aliments, au milieu de laquelle
se trouvèrent trente-huit jeunes individus (Dalyell). C'était un
accouchement dans une indigestion!
Les animaux des classes inférieures ont en général, comme fondement de
leur organisation, _un sac avec une seule ouverture_. Cette ouverture
remplit (ainsi qu'on l'a vu) des usages très-divers; elle reçoit et
rejette, elle avale et vomit. Le _vomissement_, devenu nécessaire,
habituel, normal, ne doit plus être douloureux... Peut-être même
s'exécute-t-il avec quelque plaisir; car ce n'est plus une maladie,
c'est une fonction, et même une fonction multiple. Chez les Anémones,
il expulse l'excrément et pond les œufs; chez d'autres, il sert encore
à la respiration. Nos animaux-fleurs jouissent donc d'un vomissement
perfectionné et régularisé.
Chez quelques espèces, les petits se forment et naissent à la base
de la bourse, en dehors. Par exemple, dans l'_Anémone déchirée_[56],
la partie inférieure du corps devient rugueuse, surtout pendant les
mois d'août et de septembre. On aperçoit bientôt, aux bords de cette
base, des espèces de bourgeons ou gemmes, lesquels se transforment en
embryons, et se séparent de la mère pour constituer autant de nouvelles
Actinies. (Dalyell.)
[56] _Sagartia viduata_ Gosse (voy. planche X, fig. 6).
M. Rymer Jones a vu une Anémone déchirée donner vingt petites larves
dans un mois, et soixante et dix dans une année.
Parlons maintenant d'un autre mode reproducteur, bien plus
extraordinaire. Une _Anémone œillet_[57], de l'aquarium de M. J.
Hogg, adhérait si fortement à la paroi du réservoir, qu'au lieu de se
détacher sous l'influence d'efforts très-violents, elle se déchira
inférieurement, et laissa contre le verre six petits fragments du bord
extérieur de sa base. Ces morceaux, solidement collés, ne servirent,
pendant plusieurs jours, qu'à indiquer l'endroit où l'Anémone avait
vécu. Au bout d'une semaine, M. Hogg, essayant de les enlever avec
une baguette, découvrit, à sa grande surprise, que lesdits fragments
se contractaient lorsqu'ils étaient touchés. Peu de jours après, il
distingua une rangée de tentacules poussant sur la partie supérieure de
chacun d'eux. Bientôt il y eut autant d'Anémones parfaitement formées
qu'il y avait de petits morceaux!...
[57] _Actinoloba dianthus_ Blainville (voy. planche X, fig. 12).
De son côté, la mère s'était guérie de sa perte de substance, et se
trouvait aussi complète, aussi bien portante qu'avant la déchirure.
(Rymer Jones.)
IV
Les Anémones jouissent, comme les Polypes d'eau douce, de l'admirable
faculté de reproduire les morceaux qu'on leur enlève. Si on leur ampute
les tentacules, ces organes repoussent avec rapidité, et l'on peut
répéter l'expérience, pour ainsi dire, à l'infini.....
Si l'on coupe la bête transversalement par le milieu, la moitié
inférieure du corps produit une couronne de tentacules et se complète.
Quant à la moitié supérieure, elle continue à saisir des proies et
à les engloutir comme par le passé, sans faire attention que la
nourriture sort immédiatement par l'ouverture inférieure. Mais bientôt
l'Anémone se ravise, et apprend à retenir son repas; et voici ce qui
arrive. Tantôt cette seconde ouverture se resserre, se ferme, et il
s'organise une nouvelle base; tantôt il naît des tentacules à son
pourtour, et il se forme une seconde bouche, opposée à la première; en
sorte que l'animal saisit des proies et les avale par en haut et par
en bas. Plus tard, il s'opère un étranglement vers le milieu du corps,
d'abord faible, et graduellement plus fort. Il en résulte deux Anémones
attachées base à base ou dos à dos: _Ritta-Christina_-Anémone! A cet
étranglement succède une rupture, et l'on a des animaux parfaitement
indépendants. Ritta et Christina se sont émancipées.
Si l'on divise un de ces Zoophytes dans le sens vertical, de manière à
partager sa bourse en deux parties égales, en peu de jours les bords se
soudent dans chaque demi-bête, et l'on obtient deux Anémones complètes,
mais un peu plus étroites que dans l'état habituel.
Trembley a rendu célèbres les Polypes d'eau douce; l'abbé Dicquemare
a illustré les Anémones. Il a fait de nombreuses expériences sur ces
curieux animaux, plus remarquables encore par leur ténacité à la vie
que par la vivacité de leurs couleurs. Il les a mutilés de toutes les
manières; il a toujours vu les fragments isolés supporter vaillamment
les douleurs de la vivisection, et sortir tout à fait triomphants de
cette rude épreuve.
«On m'accusera peut-être de cruauté, dit cet excellent homme;
mais je crois que, vu le résultat de mes expériences, ces animaux
auraient plutôt lieu de _se féliciter_ d'en avoir été l'objet. Car,
non-seulement j'augmentais la durée de leur vie, mais encore je les
_rajeunissais_.»
V
Les Anémones sont bonnes à manger.
En Provence, on recherche la _rousse_ et l'_Anthée_. Du temps de
Rondelet, la _crassicorne_ se vendait à Bordeaux à un bon prix.
L'abbé Dicquemare regarde cette dernière comme la meilleure pour la
table. Lorsqu'elle a bouilli dans l'eau de mer, elle devient ferme et
très-appétissante: elle a l'odeur de l'Écrevisse. Le même auteur assure
que l'_Œillet_ est aussi très-estimé. Plancus a conseillé de l'apprêter
à la manière des Huîtres.
VI
Les _Lucernaires_, très-voisines des Anémones, en diffèrent par un
tissu plus mou et par leur partie supérieure dilatée comme un parasol
renversé. Leur corps est porté par un pédicule. Leurs tentacules sont
réunis en faisceaux; ils entourent quatre espèces de cornes qui partent
de la cavité digestive, et contiennent une matière grenue de couleur
rouge.
Elles s'attachent aux Varecs et aux autres corps marins.