D'après les observations récentes de M. Lacaze-Duthiers, ces Polypes

des Pennatules sont tous mâles ou tous femelles, exclusivement;

de manière que chaque communauté ne présente qu'un seul sexe. On

sait qu'il existe des végétaux organisés d'une manière analogue,

c'est-à-dire à fleurs mâles et à fleurs femelles séparées sur des pieds

différents (dioïques): par exemple, les Pistachiers, les Dattiers, les

Épinards.....

II

L'_Ombellulaire_, qu'on ne rencontre que sur les côtes du Groenland, et

les _Virgulaires_ de Lamarck, sont des Pennatulides.

[Illustrations:

OMBELLULAIRE DU GROENLAND

(_Umbellularia groenlandica_ Lamarck).

VIRGULAIRE ADMIRABLE

(_Virgularia mirabilis_ Lamarck).]

La _Virgulaire admirable_ est un des plus beaux Polypiers de l'Océan.

Deux séries d'ailes en demi-lune, obliquement horizontales, sont

placées avec symétrie autour d'un axe étroit et léger, qu'elles

embrassent alternativement. On dirait deux larges rubans enroulés en

sens inverse, de manière à produire deux rampes opposées. Ces ailes

sont un peu onduleuses, découpées et frangées sur le bord libre, et

d'un jaune assez brillant. Les dentelures de leurs franges servent de

logement à de jolis petits Polypes, qui montrent de temps en temps leur

bouche béante et leurs barbillons étalés. Ces Polypes sont blanchâtres

et demi-transparents. Quand ils épanouissent leurs rayons, ils ajoutent

à la marge de chaque aile une bordure d'étoiles argentées.

III

Chez la plupart des Polypiers, les individus élémentaires, malgré

leur adhérence entre eux, possèdent une activité vitale propre, et, à

certains égards, indépendante. Ils ont des volontés _particulaires_

qu'il leur serait difficile de réunir, de confondre en une volonté

générale. C'est probablement à cause de cette difficulté insurmontable,

que la Nature a rendu ces corporations fixées et sédentaires. Elle a

empêché leurs Polypes de prendre aucune détermination collective, et de

mouvoir leur ensemble comme un seul individu.

Il n'en est pas ainsi chez les Plumes de mer; leur association

constitue un Polypier non adhérent. Ce Polypier se remue, obscurément à

la vérité, mais enfin il se remue. A quoi cela tient-il? A ce que les

parties communes qu'il présente, au lieu d'être cornées ou calcaires,

c'est-à-dire complétement inertes, sont charnues et contractiles,

c'est-à-dire manifestement animées. Par conséquent, les Polypes d'une

Plume de mer sont moins indépendants les uns des autres que les

Polypes d'un Corail. Ils ont un organe central irritable, peut-être

même sensible, qui appartient à tous, qui les relie plus intimement les

uns aux autres, et qui donne plus d'unité à leur ensemble. Le Corail

n'a pas de volonté, la Plume de mer en a une.

Les Polypiers fluviatiles (ou _Polypes à panache_ de Trembley),

véritables miniatures des Polypiers marins, ne sont pas tous fixés. Il

en existe aussi de libres, tels que les _Cristatelles_. L'Auteur de la

Nature a placé çà et là, dans les bassins et les ruisseaux, de petites

créatures imperceptibles, analogues aux grands Zoophytes vagabonds que

les ondes nourrissent et ballottent dans l'immensité de l'Océan!...

[Illustration]

[Illustration]

CHAPITRE XII

LES ANÉMONES DE MER.

..... Living flowers,

Which like a bud comparted,

Their purple lips contracted;

And now in open blossoms spread,

Stretched like green anthers many a seeking head.

(SOUTHEY.)

I

Qu'on suppose un Polype bien grand et bien trapu, possédant, au lieu

de six modestes barbillons, un grand nombre de brillants appendices

disposés comme une riche collerette, et l'on aura une _Anémone de mer_.

Le Polype d'eau douce semble l'ébauche de l'Anémone de mer.

Ce nom d'_Anémone_ est admirablement choisi; car ce Polype perfectionné

ressemble beaucoup plus à une fleur qu'à une bête. On dirait, en effet,

une gracieuse Anémone ou une jolie corolle de Cactus.

Les poëtes ont regardé ces fleurs vivantes comme les _Roses du monde

des Zoophytes_.

On a donné encore à ces charmantes créatures le nom d'_Actinies_

(Brown), pour indiquer leur conformation radiée ou étoilée.

Les Anémones de mer sont des animaux charnus, plus ou moins coriaces,

ordinairement fixés par la _base_, offrant un corps ou _colonne_ en

forme de bourse, avec un aplatissement terminal ou _disque_ bordé de

_tentacules_, au centre duquel est percée la _bouche_.

[Illustration: ANÉMONES DE MER.]

La _base_ des Anémones est, en général, une surface plane, au moyen

de laquelle l'animal adhère aux corps solides sous-marins (rochers ou

plantes). Dans quelques espèces, elle se dilate plus ou moins, et peut

même produire comme deux ailerons demi-circulaires; dans d'autres,

au contraire, elle se rétrécit considérablement, au point de ne plus

pouvoir remplir sa fonction. L'animal n'adhère plus.

La _colonne_ est raccourcie le plus souvent; mais, dans certains cas,

elle devient cylindrique et allongée comme une tige. Celle-ci est

lisse, verruqueuse ou sillonnée.

[Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. X.

P. Lackerbauer del. Lebrun fac-simile sc.

ANÉMONES DE MER

1 Caryophyllia Smithii (_Stokes et J. W. Brod._)

2 Sagartia coccinea (_Gosse_)

3 Phyllangia americana (_Gosse_)

4 Edwarsia callimorpha (_Gosse_)

5 Edwarsia carnea (_Gosse_)

6 Sagartia viduata (_Gosse_)

7 Sagartia rosæa (_Gosse_)

8 _et_ 9 Sagartia Sphyrodeta (_Gosse_)

10 Sagartia rosæa (_Gosse_)

11 Ceriantus Lloydii (_Gosse_)

12 Actinoloba dianthus (_Blainv._)

13 Sagartia rosæa (_Gosse_)

14 Sagartia venusta (_Gosse_)

15 Gregoria fenestrata (_Gosse_)

16 Balanophyllia regia (_Gosse_)

17 Sagartia chrysosplenium (_Gosse_)]

Le _disque_ varie en étendue.

Les _tentacules_ sont des cônes creux disposés circulairement sur un

ou plusieurs rangs horizontaux et concentriques. Ils sont très-longs

ou très-courts, filiformes ou pétaloïdes, renflés ou aplatis, souvent

pointus, quelquefois ciliés ou frangés, d'autres fois ramifiés. Il y

en a qui ressemblent à de gros Vers cylindriques, demi-transparents et

demi-laiteux.

[Illustration: ANÉMONE DE COUCH ANÉMONE ŒILLET

(_Aiptasia Couchii_ Gosse). (_Actinoloba dianthus_ Blainville).]

Charles Bonnet a compté dans une espèce cent cinquante tentacules,

alignés sur trois rangs. De ces jolis appendices s'élançaient de temps

en temps de petits jets d'eau.

La _bouche_ est presque toujours très-large. Elle présente une lèvre

circulaire généralement épaisse, tantôt déprimée, tantôt élevée sur une

sorte de saillie.

Linné n'a mentionné que cinq espèces d'Actinies. Rapp en a caractérisé

vingt-trois, et Lamarck vingt-cinq. Aujourd'hui on en connaît plus de

cent.

Ces brillants Zoophytes sont blancs, gris, roses, rouges, pourpres,

fauves, jaunes, nankins, orangés, lilas, azurés, verts.....

Regardez cette charmante espèce à barbillons violets finement

pointillés de blanc, et cette autre à tentacules rouges légèrement

maculés de gris. Examinez celle-ci qui les étale verts, terminés par

une pointe d'un blanc mat, et celle-là qui les agite d'un blanc de

lait, avec une belle écharpe rose!...

Le corps, le disque et les tentacules n'ont pas toujours la même

couleur; ce qui contribue puissamment à varier la parure de ces

corolles animées. Voici une Anémone à corps fauve et à disque couleur

d'abricot, entouré de tentacules d'un blanc mat. En voilà une seconde

dont le centre est rouge, avec des tentacules gris, et une troisième où

il est vert, avec des tentacules fauves.

Comme la Nature est féconde et diversifiée dans ses nombreuses

créations! Que de variations et de surprises avec le même thème!

II

Les Anémones de mer se tiennent parmi les rochers, souvent dans des

crevasses ou des fentes. Il y en a qui logent leur corps dans quelque

vieille coquille abandonnée, épanouissant leur collerette autour de son

ouverture.

Les individus laissés à découvert par les flots rapprochent leurs

tentacules et se dessèchent. Quand la mer revient, ils se gonflent,

s'ouvrent et rayonnent de nouveau.

Quoique ces animaux soient très-adhérents, ils peuvent cependant se

mouvoir, mais ils le font avec lenteur, par des contractions et des

relâchements successifs. Quand ils changent de place, ils étendent par

une action imperceptible un des bords de leur base, et retirent le bord

opposé. Ils se traînent quelquefois à l'aide de leurs tentacules, qui

leur servent alors comme de pieds.

Le professeur Forbes avait une Actinie qui se promenait sur les parois

d'un bocal, adhérant alternativement par sa base et par son disque, à

la manière des Sangsues (Rymer Jones). Il y a donc, dans la Nature, des

_fleurs qui se promènent!_

A l'approche de l'hiver, les Anémones de nos côtes détachent leur

bourse, se laissent emporter par les flots, et vont chercher une

température plus douce dans des eaux plus profondes. L'instinct de ces

délicieuses bêtes, si différentes des animaux terrestres, est plus

assuré, dans ses inspirations, que ne le sont souvent, dans leurs

conséquences, les _raisonnements_ suivis des Vertébrés supérieurs. La

connaissance de l'instinct chez les animaux est bien certainement une

des plus grandes et des plus nobles parties de l'histoire naturelle.

Cette partie devrait être étudiée beaucoup plus qu'on ne le fait

habituellement.

Lorsqu'une vive lumière éclaire une Anémone, elle épanouit ses

tentacules comme un capitule de Pâquerette qui étale ses demi-fleurons.

Ces organes s'allongent et se raccourcissent, vont et viennent, se

balancent et se tordent autour de sa bouche dilatée. Touchez l'animal

avec le bout d'une baguette, ou bien agitez l'eau qui l'environne, et

soudain tout se rapproche, se ferme, se contracte et s'amoindrit.

Pendant que l'Anémone étale sa brillante collerette, si un petit ver,

un jeune crustacé, un poisson nouvellement éclos, viennent s'y heurter

étourdiment, aussitôt, par un brusque mouvement, l'animal vorace pousse

l'imprudente victime vers sa gueule béante, et la précipite dans sa

bourse, c'est-à-dire dans son estomac... _et consummatum est!_ La vie

des Anémones est un affût continuel!

Les tentacules filamenteux de certaines espèces semblent être de

véritables armes offensives. M. Gosse a surpris un de ces filaments

au moment où il s'attachait à un petit poisson. La pauvre bête fit

quelques efforts pour fuir, et ne tarda pas à succomber. M. Hollard a

vu de jeunes Maquereaux se coucher sur le flanc et mourir au simple

contact d'une Actinie.

Quand on touche ces tentacules, dit M. Rymer Jones, ils occasionnent

une cuisson assez vive. Pendant plus d'une heure, la main demeure

rouge, enflammée et douloureuse. Si l'on mord un de ces organes, et

qu'on applique la langue sur la partie mordue, on éprouve une sensation

brûlante et corrosive.

La propriété toxique des tentacules réside dans de petits organes

qui s'étendent sur toute leur peau, et consistent en des capsules

innombrables, visibles seulement au microscope, lesquelles contiennent

un gros fil entortillé. Au moindre contact, ces capsules semblent se

crever et lancer leur fil au dehors. Celui-ci s'attache aux corps

étrangers, comme certains fruits épineux (Rymer Jones). Ce fil est

ordinairement entouré d'une ou de plusieurs bandes en spirale, dont

chacune porte une série de petites barbes. L'appareil tout entier sert

à l'émission d'un fluide très-venimeux (Gosse).

Les Anémones sont voraces et vigoureuses. Rien ne peut échapper à leur

gloutonnerie: tous les animaux qui s'approchent sont saisis, précipités

et dévorés.

Malgré la puissance de leur bouche, ces estomacs insatiables ne

retiennent pas toujours la proie qu'ils ont avalée. Dans certaines

circonstances, celle-ci réussit à s'échapper; dans d'autres, elle est

adroitement enlevée par quelque maraudeur du voisinage, plus rusé et

plus actif que l'Anémone.

On voit quelquefois, dans les aquariums, des Crevettes, qui ont senti

de loin la proie mangée, se précipiter sur le ravisseur, lui prendre

audacieusement sa nourriture et la dévorer à sa place, au grand

désappointement de celui-ci. Bien plus, lorsque le morceau savoureux a

été complétement englouti, la Crevette, redoublant d'efforts, réussit

à s'en emparer au milieu même de l'estomac. Elle fond en plein sur le

disque étendu de l'Anémone: avec ses petits pieds, elle l'empêche de

rapprocher ses tentacules; elle introduit en même temps ses pinces

dans la cavité digestive, et saisit l'aliment. L'Anémone essaye en

vain de contracter ses barbillons et de fermer sa bouche... Parfois le

conflit devient très-grave entre le Zoophyte sédentaire et le Crustacé

vagabond... Quand le premier est un peu robuste, l'agression est

repoussée, et la Crevette court le risque de former un supplément au

repas de l'Anémone.....

Pendant leur digestion, les Actinies semblent dormir; elles entrent en

torpeur. Elles tiennent alors leurs tentacules appliqués les uns contre

les autres, formant un dôme pointu au-dessus de leur bouche. Ainsi

resserrées, elles figurent assez bien un bouton de plante radiée, par

exemple celui d'une Marguerite ou d'un Souci.

La cavité viscérale de ces animaux paraît grande et régulièrement

divisée en loges rayonnantes.

Il est remarquable que les papiers réactifs plongés dans cet organe,

soit chez l'animal à jeun, soit pendant sa digestion, ne donnent aucun

signe, ni d'acidité, ni d'alcalinité. (Hollard.)

Comme les Polypes d'eau douce, les Anémones prennent souvent une

quantité de nourriture hors de proportion avec leur cavité stomacale.

En moins d'une heure elles peuvent vider la coquille d'une Moule

ou réduire un Crabe à ses parties dures, qu'elles ne tardent pas à

rejeter, en renversant leur poche digestive. (Hollard.)

Le docteur Johnson rapporte qu'il trouva une _Anémone crassicorne_[53]

qui avait avalé une valve de Pèlerine géante, laquelle était entrée en

travers et divisait l'estomac en deux compartiments, l'un supérieur

et l'autre inférieur. Ce dernier ne communiquait plus avec la bouche;

le corps, fortement distendu, était devenu d'une minceur extrême.

Une nouvelle bouche, pourvue de deux rangées de tentacules, s'était

formée du côté de la base et desservait l'estomac inférieur. L'animal

mangeait ainsi par en haut et par en bas!... Un accident qui aurait été

funeste à un animal vertébré avait _doublé les jouissances de l'Anémone

crassicorne!_...

[53] _Tealia crassicornis_ Gosse.

Les Actinies supportent des jeûnes prolongés. Cela devait être chez

des organismes adhérents, qui sont forcés d'attendre patiemment la

nourriture, et par conséquent exposés à ce qu'elle n'arrive pas

toujours à point nommé. Quand nos bêtes ne mangent pas, leur corps

diminue graduellement de volume; il s'atrophie, et peut se réduire au

dixième de sa masse. Mais quand l'abondance revient, il _regrossit_

avec rapidité, et reprend bientôt son premier embonpoint. On assure

qu'une Anémone peut vivre deux ans, même trois, sans nourriture.

Quand on irrite l'_Anémone rousse_[54], elle lance avec force l'eau

contenue dans sa bourse stomacale. Cette singulière habitude, bien

connue des pêcheurs provençaux, lui a fait donner le sobriquet peu

honnête de _pissuso_.

[54] _Actinia mesembrianthemum_ Ellis.

Les Anémones ont les sens très-obtus. Elles ne paraissent pas se

douter du voisinage de leurs proies; elles ne les sentent pas à la plus

faible distance; elles ne font rien non plus pour éloigner d'elles un

danger. Chose étrange! si l'eau qui les baigne s'évapore, elles n'ont

jamais l'_idée_ de s'approcher d'une flaque voisine, quand bien même

leurs tentacules pourraient y atteindre sans changer de place (Rymer

Jones). Cependant on a vu plus haut que dans certaines circonstances,

conseillées par leur instinct, elles savent à propos se détacher de

leur rocher et se laisser emporter par le flot.

L'abbé Dicquemare croit avoir reconnu qu'elles sentent les moindres

variations atmosphériques. Est-il vrai qu'elles montent et descendent

dans les bocaux, suivant le vent qui domine? (Hollard.)

Les Actinies vivent longtemps en domesticité. Une Anémone rousse a été

conservée chez sir John Dalyell l'espace de vingt ans; elle devait

avoir au moins dix ans lorsqu'elle fut prise dans la mer. Une autre

est restée chez le même observateur treize ou quatorze ans. Ces deux

patriarches étaient pleins de vigueur à l'époque où l'on a parlé de

leur longévité, et semblaient devoir vivre encore de longues années.

III

A certaines époques, on remarque, dans les tentacules des Anémones,

des germes et des embryons; les premiers en repos, les autres en

mouvement. Le meilleur moyen pour étudier ces corps, c'est de couper

les tentacules avec un instrument tranchant.

Sir J. Dalyell, ayant opéré vers la fin d'octobre sur une Anémone

rousse, il tomba de la blessure deux corpuscules. Le premier resta

immobile; mais le second déploya une sorte de double mouvement

rotatoire, tournant sur lui-même avec beaucoup d'activité. L'un était

un œuf, et l'autre une larve.

Ces animaux portent donc leurs œufs et leurs petits, non pas sur leurs

bras, mais _dans leurs bras!_

[Illustration: NAISSANCE D'ANÉMONES

(_Actinia equina_ Linné).]

Généralement, les larves passent des tentacules dans la cavité

stomacale, et sont ensuite rejetées par la bouche, en même temps que le

résidu de l'alimentation. Voilà une bouche qui cumule, en dehors de ses

fonctions habituelles, deux emplois bien singuliers!

Les _Anémones pâquerettes_[55] du Jardin zoologique de Paris ont vomi

plusieurs fois de jolis petits embryons, lesquels se sont éparpillés

et fixés dans divers endroits de l'aquarium, et ont produit des

miniatures d'Anémones exactement semblables à leur mère.

[55] _Sagartia bellis_ Gosse.

Une Actinie qui avait pris un repas trop copieux, rendit, au bout de

vingt-quatre heures, une portion de ses aliments, au milieu de laquelle

se trouvèrent trente-huit jeunes individus (Dalyell). C'était un

accouchement dans une indigestion!

Les animaux des classes inférieures ont en général, comme fondement de

leur organisation, _un sac avec une seule ouverture_. Cette ouverture

remplit (ainsi qu'on l'a vu) des usages très-divers; elle reçoit et

rejette, elle avale et vomit. Le _vomissement_, devenu nécessaire,

habituel, normal, ne doit plus être douloureux... Peut-être même

s'exécute-t-il avec quelque plaisir; car ce n'est plus une maladie,

c'est une fonction, et même une fonction multiple. Chez les Anémones,

il expulse l'excrément et pond les œufs; chez d'autres, il sert encore

à la respiration. Nos animaux-fleurs jouissent donc d'un vomissement

perfectionné et régularisé.

Chez quelques espèces, les petits se forment et naissent à la base

de la bourse, en dehors. Par exemple, dans l'_Anémone déchirée_[56],

la partie inférieure du corps devient rugueuse, surtout pendant les

mois d'août et de septembre. On aperçoit bientôt, aux bords de cette

base, des espèces de bourgeons ou gemmes, lesquels se transforment en

embryons, et se séparent de la mère pour constituer autant de nouvelles

Actinies. (Dalyell.)

[56] _Sagartia viduata_ Gosse (voy. planche X, fig. 6).

M. Rymer Jones a vu une Anémone déchirée donner vingt petites larves

dans un mois, et soixante et dix dans une année.

Parlons maintenant d'un autre mode reproducteur, bien plus

extraordinaire. Une _Anémone œillet_[57], de l'aquarium de M. J.

Hogg, adhérait si fortement à la paroi du réservoir, qu'au lieu de se

détacher sous l'influence d'efforts très-violents, elle se déchira

inférieurement, et laissa contre le verre six petits fragments du bord

extérieur de sa base. Ces morceaux, solidement collés, ne servirent,

pendant plusieurs jours, qu'à indiquer l'endroit où l'Anémone avait

vécu. Au bout d'une semaine, M. Hogg, essayant de les enlever avec

une baguette, découvrit, à sa grande surprise, que lesdits fragments

se contractaient lorsqu'ils étaient touchés. Peu de jours après, il

distingua une rangée de tentacules poussant sur la partie supérieure de

chacun d'eux. Bientôt il y eut autant d'Anémones parfaitement formées

qu'il y avait de petits morceaux!...

[57] _Actinoloba dianthus_ Blainville (voy. planche X, fig. 12).

De son côté, la mère s'était guérie de sa perte de substance, et se

trouvait aussi complète, aussi bien portante qu'avant la déchirure.

(Rymer Jones.)

IV

Les Anémones jouissent, comme les Polypes d'eau douce, de l'admirable

faculté de reproduire les morceaux qu'on leur enlève. Si on leur ampute

les tentacules, ces organes repoussent avec rapidité, et l'on peut

répéter l'expérience, pour ainsi dire, à l'infini.....

Si l'on coupe la bête transversalement par le milieu, la moitié

inférieure du corps produit une couronne de tentacules et se complète.

Quant à la moitié supérieure, elle continue à saisir des proies et

à les engloutir comme par le passé, sans faire attention que la

nourriture sort immédiatement par l'ouverture inférieure. Mais bientôt

l'Anémone se ravise, et apprend à retenir son repas; et voici ce qui

arrive. Tantôt cette seconde ouverture se resserre, se ferme, et il

s'organise une nouvelle base; tantôt il naît des tentacules à son

pourtour, et il se forme une seconde bouche, opposée à la première; en

sorte que l'animal saisit des proies et les avale par en haut et par

en bas. Plus tard, il s'opère un étranglement vers le milieu du corps,

d'abord faible, et graduellement plus fort. Il en résulte deux Anémones

attachées base à base ou dos à dos: _Ritta-Christina_-Anémone! A cet

étranglement succède une rupture, et l'on a des animaux parfaitement

indépendants. Ritta et Christina se sont émancipées.

Si l'on divise un de ces Zoophytes dans le sens vertical, de manière à

partager sa bourse en deux parties égales, en peu de jours les bords se

soudent dans chaque demi-bête, et l'on obtient deux Anémones complètes,

mais un peu plus étroites que dans l'état habituel.

Trembley a rendu célèbres les Polypes d'eau douce; l'abbé Dicquemare

a illustré les Anémones. Il a fait de nombreuses expériences sur ces

curieux animaux, plus remarquables encore par leur ténacité à la vie

que par la vivacité de leurs couleurs. Il les a mutilés de toutes les

manières; il a toujours vu les fragments isolés supporter vaillamment

les douleurs de la vivisection, et sortir tout à fait triomphants de

cette rude épreuve.

«On m'accusera peut-être de cruauté, dit cet excellent homme;

mais je crois que, vu le résultat de mes expériences, ces animaux

auraient plutôt lieu de _se féliciter_ d'en avoir été l'objet. Car,

non-seulement j'augmentais la durée de leur vie, mais encore je les

_rajeunissais_.»

V

Les Anémones sont bonnes à manger.

En Provence, on recherche la _rousse_ et l'_Anthée_. Du temps de

Rondelet, la _crassicorne_ se vendait à Bordeaux à un bon prix.

L'abbé Dicquemare regarde cette dernière comme la meilleure pour la

table. Lorsqu'elle a bouilli dans l'eau de mer, elle devient ferme et

très-appétissante: elle a l'odeur de l'Écrevisse. Le même auteur assure

que l'_Œillet_ est aussi très-estimé. Plancus a conseillé de l'apprêter

à la manière des Huîtres.

VI

Les _Lucernaires_, très-voisines des Anémones, en diffèrent par un

tissu plus mou et par leur partie supérieure dilatée comme un parasol

renversé. Leur corps est porté par un pédicule. Leurs tentacules sont

réunis en faisceaux; ils entourent quatre espèces de cornes qui partent

de la cavité digestive, et contiennent une matière grenue de couleur

rouge.

Elles s'attachent aux Varecs et aux autres corps marins.

Le monde de la mer · 第 8 / 36 段