On est vraiment saisi d'admiration, quand on réfléchit sur les énormes

masses de végétaux marins que chaque marée ou chaque tempête rejette

et accumule sur les plages tous les ans, tous les mois, même tous les

jours, sans que jamais leur quantité paraisse s'amoindrir.

[Illustration]

[Illustration]

CHAPITRE V

LES ANIMAUX INFUSOIRES.

«_Natura nusquàm magis quàm in minimis tota est._»

(PLINE.)

I

La Providence a distribué avec une grande profusion les espèces et les

individus inférieurs de l'animalité. Dieu semble avoir voulu consoler

(et même égayer) les abîmes de la mer en y répandant par millions et

par milliards les représentants les plus mobiles de la vie.

[Illustration: MICROSCOPE.]

L'Océan est donc peuplé de légions innombrables d'infiniment petits...

Ces infiniment petits échapperaient encore à nos regards, si nous ne

possédions pas le _microscope_, ce sixième sens de l'homme, comme

l'appelle M. Michelet.

Le microscope! merveilleux instrument qui a fait pour l'organisation ce

que le télescope a fait pour les étoiles[27]!

[27] «Le microscope précise les caractères des infiniment petits,

comme le télescope rapproche les infiniment grands.» (LEIBNITZ.)

La connaissance des Infusoires est, sans contredit, une des plus belles

conquêtes de l'optique. C'est un monde entièrement nouveau que nous a

révélé la précieuse lunette, et l'une des sources les plus fécondes de

notre admiration pour la puissance créatrice.

«Il n'y a chose, en ce monde, tant soit elle estimée petite et

lesgière, qui ne nous soit tesmoignage de la grandeur de nostre

supernaturel et plus que nonpareil Ouvrier.» (Belon.)

[Illustration: MICROSCOPE SOLAIRE.]

Les animalcules infusoires sont tellement petits, qu'une gouttelette de

liquide en contient plusieurs millions.

Toutes les eaux en présentent, les douces comme les salées, les froides

comme les chaudes. Les grands fleuves en charrient constamment des

quantités énormes dans la mer.

Le Gange en transporte, dans l'espace d'une année, une masse égale à

six ou huit fois le volume de la plus grande pyramide d'Égypte. Parmi

ces animalcules, on a compté soixante et onze espèces différentes.

(Ehrenberg.)

L'eau et la vase recueillies entre les îles Philippines et les îles

Mariannes, à une profondeur de 6600 mètres, en ont donné cent seize

espèces.

[Illustration: INFUSOIRES DIVERS.]

Près des deux pôles, là où de grands organismes ne pourraient pas

exister, on rencontre encore des myriades d'Infusoires. Ceux qu'on a

observés dans les mers du pôle austral, pendant le voyage du capitaine

James Ross, offraient une richesse toute particulière d'organisations

inconnues jusqu'ici et souvent d'une élégance remarquable. Dans les

résidus de la fonte des glaces qui flottent en blocs arrondis, par 70°

10´ de latitude, on a trouvé près de cinquante espèces différentes.

(Ehrenberg.)

A des profondeurs de la mer qui dépassent les hauteurs des plus

puissantes montagnes, chaque couche d'eau est animée par des phalanges

innombrables d'imperceptibles habitants. (Humboldt.)

Les Infusoires sont donc à la fois les animaux les plus petits et les

plus nombreux de la nature. Ces êtres microscopiques constituent, aussi

bien que l'espèce humaine, un des rouages de la machine si compliquée

de notre globe. Ils sont à leur rang et à leur échelon: ainsi l'a voulu

la grande Pensée première! Supprimez ces microscopiques bestiolettes,

et le monde sera incomplet! On l'a dit il y a longtemps, il n'est rien

de si petit à la vue qui ne devienne grand par la réflexion!

II

Les Infusoires sont tous plus ou moins translucides. Ils n'ont pas

assez de substance pour arriver à l'opacité!

[Illustration: COTHURNIE

(_Cothurnia pyxidiformis_ J. d'Udckem[28]).]

[28] Infusoire d'eau douce des environs de Lille, réduit d'après un

dessin communiqué par M. Lacaze-Duthiers.

Leur corps est plus ou moins globuleux ou ovoïde, quelquefois façonné

en navette ou courbé en croissant, enflé comme une ampoule, aplati

comme un disque, aminci comme une feuille.... Certains ressemblent à

un têtard, à un dé, à une clochette, à un sabot, à un bouton de rose, à

une fleur, à une graine....

[Illustration: MONADES.]

Les _Monades_[29], ces petits des petits, semblent n'être que des

molécules de substance absorbante, des atomes agités, des points qui se

meuvent. Ces délicates créatures n'ont environ qu'un trois-millième de

millimètre de grand diamètre!...

[29] _Monas termo_ Müller.

III

On a regardé d'abord les Infusoires comme privés de toute espèce

d'organisation. On a cru qu'ils se nourrissaient par absorption,

uniquement par absorption. Mais on a fini par découvrir que certaines

espèces étaient assez compliquées. Il en est (_polygastriques_) qui

n'ont pas moins de quatre estomacs (_vacuoles_) bien distincts. Les

mammifères ruminants n'en présentent pas davantage. M. Ehrenberg

assure avoir vu des Infusoires pourvus de deux cents estomacs!....

L'appétit de ces animaux est-il en rapport avec ce luxe stomacal?

[Illustration: INFUSOIRE GROSSI

(_Paramecium bursaria_ Pritchard).]

Pour étudier les organes de ces imperceptibles vies, il faut colorer

avec du carmin ou de l'indigo le liquide dans lequel elles s'agitent.

Puis, plaçant une goutte de cette liqueur colorée sur un morceau de

verre, auprès d'une goutte d'eau pure, on fait communiquer les deux

gouttes par un point, avec une aiguille. Les animalcules arrivent de

la goutte colorée dans la goutte incolore, et viennent s'offrir à

l'observateur avec les estomacs et le canal alimentaire remplis de

carmin ou d'indigo.

Les difficultés que présente l'examen des Infusoires et l'imagination

des observateurs ont été pendant longtemps des obstacles sérieux à

la connaissance de ces infiniment petits. Leuwenhoeck, si habile à

se servir des microscopes qu'il fabriquait lui-même, apporta dans

leur étude une préoccupation qui lui fit toujours supposer des faits

au delà de ceux qu'il voyait réellement. Il s'extasiait devant la

complexité et la perfection de ces êtres microscopiques, et voulait

admettre, jusque dans leur filament caudal, des vaisseaux, des muscles

et des nerfs (Dujardin). Joblot allait plus loin: il voyait, parmi

eux, des cornemuses vivantes, des poules huppées, des poissons d'or et

d'argent!.... On sait aujourd'hui que les Infusoires ne sont, ni aussi

compliqués que l'ont écrit certains auteurs, ni aussi simples que l'ont

voulu plusieurs autres. C'est au savant professeur Ehrenberg, et plus

tard à MM. de Siebold, Claparède, Lachmann, Lieberkühn et Balbiani, que

nous devons les travaux les plus complets et les plus intéressants que

possède la science sur ces jolis petits nains de l'animalité.

[Illustration: PARAMÉCIES.]

Les Infusoires sont pourvus, en avant ou tout autour du corps, d'un

certain nombre de cils plus ou moins fins, égaux ou inégaux, toujours

en mouvement, lesquels produisent des tourbillons et des courants qui

attirent dans la bouche de la plus petite bête (quand elle en a une)

les parcelles organiques qui doivent la nourrir. Les cils dont il

s'agit, servent non-seulement à l'alimentation de l'animalcule, mais

encore à sa respiration et à ses mouvements.

Les Infusoires ne possèdent pas de membres proprement dits.

Quelques-uns ont une queue plus ou moins longue.

Ces miniatures animales nagent comme des Poissons, rampent comme des

Serpents, ou se tortillent comme des Lombrics. Les _Volvoces_[30]

roulent et tournoient constamment sur eux-mêmes, semblables à des

boules abandonnées sur un plan incliné.

[30] _Volvox globator_ Linné.

[Illustration: VOLVOCES.]

La plus petite bête qui remue, comme la plus petite fleur qui éclôt,

éveille dans notre cœur un sentiment profond qui nous surprend et nous

réjouit, nous émeut et nous fait rêver!....

IV

Les Infusoires se propagent de diverses manières. D'abord par division

spontanée (_scissiparité_): ils se partagent en deux parties égales

qui deviennent chacune exactement semblables à l'individu primitif; de

telle sorte que, littéralement, le fils est la moitié de sa mère, et le

petit-fils le quart de son aïeule. D'autres se perpétuent par émission

de bourgeons (_gemmiparité_). Comme on le pense bien, ces sortes d'œufs

doivent être d'une excessive petitesse.

[Illustration: PROPAGATION D'UN INFUSOIRE PAR DIVISION SPONTANÉE.]

Dans l'espace de quelques jours, on voit naître, dans un verre d'eau de

mer, soit par division, soit par germes, plusieurs millions d'individus.

Tout récemment on a découvert, chez plusieurs espèces, des individus

mâles et des individus femelles[31].

[31] D'après M. Balbiani, les Infusoires seraient des

_hermaphrodites complets_ dans le genre des Limaçons. (Voyez le

chapitre XXIII et la planche V _bis_, communiquée par M. Gerbe.)

Deux Infusoires se rencontrent dans leurs courses vagabondes, se

réunissent, se greffent par leur partie antérieure (fig. 1), se

fusionnent (fig. 2, 3, 4, 5), et ne forment plus qu'une masse homogène

(fig. 6). Celle-ci s'entoure d'une enveloppe transparente, et laisse

voir dans son intérieur quatre points nébuleux (fig. 7) qui s'étendent

et se transforment en quatre corps oviformes (fig. 8). Bientôt

l'enveloppe se déchire et laisse échapper les corps oviformes (fig.

9), lesquels, comme certaines graines, attendront peut-être des années

avant de trouver les circonstances nécessaires à leur développement.

Alors la semence germe (fig. 10, 11), l'Infusoire se dessine (fig.

12), grossit rapidement (fig. 13, 14), et, devenu adulte (fig. 15),

reprend sa course capricieuse à la recherche de quelque autre Infusoire

de son espèce, auquel il unira sa destinée.

Il peut donc y avoir de l'amour et des caresses dans une goutte d'eau!

O Jéhovah!

V

La vie est répandue dans la Nature avec une telle abondance, que

de très-petits Infusoires s'établissent en parasites sur d'autres

Infusoires _un peu plus grands_, et servent à leur tour de demeure et

de pâture à d'autres animalcules _encore plus petits_. (Humboldt.)

[Illustration: UN INFUSOIRE ET SES PARASITES.]

[Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. V bis.

P. Lackerbauer del. d'après Mr Gerbe. Lebrun. sc.

REPRODUCTION ET DÉVELOPPEMENT D'UN INFUSOIRE.

(Kolpoda cucullus. O. E. Müller.)

1. 2. 3. 4. 5. Diverses phases de la fusion de deux individus.

--6.Fusion complète.--7. 8. Division de la masse commune en corps

oviformes.--9. Leur émission.--10. 11. Corps oviformes libres.

--12. 13. 14. Jeunes nés de ces corps; leur développement.

--15. Infusoire adulte.]

Les parasites de la _Paramécie Aurélie_[32] sont tantôt sous la forme

de massettes cylindriques, pourvues de quelques suçoirs assez courts

et revêtues de cils natatoires; tantôt sphériques et dépouillées de

leur revêtement ciliaire, mais conservant leurs suçoirs. Les premiers

nagent librement dans l'eau et vont à la chasse des Paramécies. Les

seconds attendent dans une immobilité complète qu'un Infusoire vienne

les effleurer en passant: ils sont à l'affût. Ils s'attachent à leur

victime et se laissent emporter par elle. Bientôt ils s'enfoncent dans

sa chair, où ils se multiplient avec une telle rapidité, qu'il y en a

quelquefois jusqu'à cinquante dans un seul individu.

[32] _Paramecium Aurelia_ Müller.

VI

Un des phénomènes les plus surprenants qu'on rencontre dans l'étude

des Infusoires, c'est leur désorganisation par _diffluence_. Cette

décomposition arrive entièrement ou partiellement. Müller a vu une

_Kolpode pintade_[33] se résoudre en molécules jusqu'à la sixième

partie du corps; puis le reste se mettre à nager, _comme si de rien

n'était!_

[33] _Kolpoda meleagris_ Müller.

Les Infusoires offrent encore un autre genre de décomposition. Si l'on

approche de la goutte d'eau dans laquelle ils nagent une barbe de plume

trempée dans de l'ammoniaque, l'animalcule s'arrête, mais continue à

mouvoir rapidement ses cils. Tout à coup, sur un point de son contour,

il se fait une échancrure qui s'agrandit peu à peu, jusqu'à ce que

l'animal entier soit _dissous_. Si l'on ajoute une goutte d'eau

pure, la décomposition est brusquement enrayée, et _ce qui reste_ de

l'animalcule recommence à se mouvoir et à nager (Dujardin), toujours

_comme si de rien n'était!_

[Illustration]

[Illustration]

CHAPITRE VI

LES FORAMINIFÈRES.

_Siès pichoto, ségur, maï qué dé souveni!_

(AUBANEL.)

I

Lorsqu'on examine au microscope le sable de la mer, on y distingue un

grand nombre de corpuscules solides, réguliers, souvent géométriques.

Beccaria paraît être le premier qui ait fait attention à ces petits

grains, à peine visibles à cause de leur taille; il les découvrit dans

le sable de Ravenne. On crut mal à propos, pendant longtemps, que ces

productions microscopiques n'existaient que sur les bords de la mer

Adriatique. On en recueillit plus tard en France, en Angleterre, en

Allemagne, et enfin sur les rivages de toutes les mers.

Des recherches d'une patience infinie, entreprises par Bianchi,

Soldani, Walker, Fichtel et Moll, et surtout par Alcide d'Orbigny, ont

fait connaître un grand nombre de ces petits corps.

Ces granulations ne sont autre chose que la charpente solide ou la

coquille d'une foule d'animalcules marins, lesquels constituent un

ordre tout entier des plus curieux parmi les habitants de l'eau salée.

La grève en est tellement remplie, dans certains endroits, qu'elles

forment presque la moitié de sa composition. Bianchi en a trouvé 6000

dans 30 grammes de sable de la mer Adriatique. D'Orbigny en a compté

3 millions 840 000 dans une quantité semblable recueillie dans les

Antilles. Par conséquent, un mètre cube de ce dernier sable en renferme

un nombre qui dépasse tout ce qu'on peut imaginer!

Ces petites coquilles varient beaucoup dans leurs figures. Les

micrographes y ont constaté plus de deux mille organisations

différentes, symétriques ou non symétriques, souvent remarquables par

leur bizarrerie et presque toujours par leur élégance. Il y en a de

globulaires, de discoïdes, d'étoilées, de festonnées, de contournées en

limaçon, d'allongées en massue, de façonnées en amphore..... Les unes

ont une ouverture très-élargie, les autres un orifice très-étroit.

Elles sont divisées généralement en plusieurs chambrettes

(_polythalames_), lesquelles communiquent entre elles par de petits

trous; elles offrent aussi des pores qui s'ouvrent à l'extérieur. De

là le nom de _Foraminifères_, c'est-à-dire _porte-trous_, donné par

d'Orbigny aux animalcules auxquels appartiennent ces dépouilles.

On a mis à profit la forme générale de ces coquilles, le nombre et

la disposition de leurs chambrettes, pour les grouper en familles.

La classification de d'Orbigny est assez heureuse et méritait d'être

adoptée, quoique ses dénominations ne brillent pas par l'euphonie. Ce

savant naturaliste (qui peut être regardé comme le grand historiographe

de ces infiniment petits) distingue cinq familles de Foraminifères,

lesquelles comprennent environ soixante genres.

Les cellules sont quelquefois simples et comme enfilées sur un axe

droit ou peu courbé (_Stichostègues_), ou bien disposées en deux séries

alternatives (_Énallostègues_), ou bien encore rassemblées en petit

nombre et ramassées comme en peloton (_Agathistègues_).

D'autres fois elles sont groupées en spirale (_Hélicostègues_), et dans

ce cas les tours de la spire s'enveloppent ou ne se recouvrent pas, ou

bien s'élèvent les uns au-dessus des autres.

[Illustration: STICHOSTÈGUES.]

Dans certaines espèces, les cavités ne sont plus simples comme dans les

familles précédentes, mais subdivisées par des cloisons transversales,

de manière que la coupe de la coquille représente une sorte de treillis

(_Entomostègues_). Que de géométrie, que de mécanique, que d'harmonie

dans les plus chétives des organisations!

[Illustrations: ÉNALLOSTÈGUES. AGATHISTÈGUES.]

La ressemblance de ces petits tests avec les coquilles polythalames des

Nautiles fit croire d'abord qu'ils étaient produits par des animaux

semblables ou analogues à ces derniers, mais extrêmement petits. C'est

pourquoi les naturalistes proposèrent de rapprocher les Foraminifères

des Mollusques céphalopodes[34]. Ils les regardèrent comme des Nautiles

microscopiques et dégradés. Mais la découverte de quelques espèces

vivantes, et un examen attentif de leurs caractères, apprirent bientôt

que ces animalcules constituaient une tribu beaucoup plus simple en

organisation que celle de ces derniers Mollusques. Dujardin les a

considérés comme des Infusoires[35]. D'autres ont conseillé de les

placer dans le voisinage des Méduses[36].

[34] Voyez le chapitre XXV.

[35] Voyez le chapitre V.

[36] Voyez le chapitre XIII.

[Illustration: HÉLICOSTÈGUES.]

[Illustration: ENTOMOSTÈGUES.]

Cuvier se borne à dire, sur les habitants de ces coquilles, qu'ils ont

le corps oblong, couronné par des tentacules nombreux et rouges.....

Les observateurs modernes ont reconnu qu'ils sont formés d'une gelée

transparente qui remplit les chambrettes dont nous avons parlé, et que

les différentes parties de la petite bête communiquent entre elles par

les pores des cloisons. Les trous extérieurs de la coquille laissent

sortir des filaments capillaires (_pseudopodies_) très-longs, flexueux,

de forme indéterminée, incessamment variables, diaphanes, semblables

à du verre filé, lesquels s'étendent en rayonnant autour de l'animal.

Dans certaines espèces, on en compte seulement huit ou dix; dans

d'autres, il y en a un plus grand nombre. Ces filaments se meuvent en

divers sens et avec assez de vivacité. Ce sont à la fois des pieds et

des bras, mais d'une ténuité excessive. L'animal s'en sert pour ramper

et pour saisir sa proie. Ces fils paraissent avoir quelque chose de

venimeux. Le docteur Schultze (de Greifswalde) a remarqué à plusieurs

reprises que des Infusoires vivants étaient privés tout à coup et tout

à fait de leurs mouvements par le simple contact de ces bras. C'est

probablement ainsi que le Foraminifère réussit à pêcher ses petits

aliments.....

[Illustrations: DISCORBINE. MILIOLE.]

N'est-il pas digne de remarque que des êtres si petits soient, malgré

leur taille exiguë, des _carnassiers impitoyables!_ Ainsi, avec une

dose homœopathique de venin, la bestiole la plus faible et la plus

microscopique peut devenir un redoutable destructeur!

Dujardin a constaté dans les _Milioles_, que lorsqu'un individu veut

grimper sur les parois d'un vase, il compose à l'instant, aux dépens

de sa substance, une sorte de pied _provisoire_, qui s'allonge et qui

fonctionne comme un membre permanent. Puis, le besoin satisfait, ce

pied temporaire _rentre dans la masse commune et se confond avec le

corps_.

La volonté d'une fonction à remplir a donc le pouvoir de créer un

organe? Et dire que l'Homme, malgré la perfection de son intelligence,

n'a pas le privilége de faire naître un tout petit cheveu! Comme c'est

humiliant!

Il paraît que les filaments de toutes les espèces peuvent aussi se

rétracter complétement, et se confondre avec le reste de la substance.

O Nature! que tes combinaisons sont admirables!

Les Foraminifères n'ont pas d'estomac proprement dit, mais la

Nature leur a donné ce tissu particulier, glaireux et contractile,

essentiellement assimilateur (_sarcode_), que Dujardin a découvert chez

les animalcules infusoires.

II

Les pseudopodies ne se rencontrent pas seulement dans les

Foraminifères; ces sortes de fils pêcheurs sont le caractère important

de toute une classe d'animalcules. Comme ces organes ressemblent au

chevelu des racines, on désigne ces animaux sous le nom collectif de

_Rhizopodes_ (pieds-racines).

Les Rhizopodes comprennent, avec les _Foraminifères_, dont le test est

calcaire, des animaux dépourvus de toute espèce de coquille, comme les

_Amœbinées_, et d'autres dont le test est siliceux: ces derniers sont

les _Radiolaires_.

[Illustration: PROTÉE

(_Amiba divergens_ Bory de Saint-Vincent).]

Les _Amœbinées_ sont des Infusoires à fils pêcheurs, des _Infusoires

rhizopodes_; elles peuvent être regardées comme des animaux non

encore asservis à un plan d'organisation nettement déterminé.

Ce sont des masses microscopiques informes, mais susceptibles

d'expansion et de contraction. Comme exemple, nous citerons les

_Amibes_[37]. Imaginez-vous une gouttelette de matière demi-solide,

demi-transparente, demi-gélatineuse, homogène, douée de mouvement

volontaire. Elle s'agite dans divers sens, se dilate ou se resserre,

adopte les figures les plus irrégulières et les plus inattendues. Quand

on place l'animalcule sur le porte-objet d'un microscope, il glisse

comme une gouttelette d'huile, se déforme et se reforme. Véritable

Protée, il est, suivant les moments, circulaire, oblong, échancré,

sinueux, lobé, étoilé et même tout à fait rameux.....

[37] _Amiba divergens_ Bory de Saint-Vincent.

La _Lieberkuhnia de Wagener_ est aussi une Amœbinée; elle présente un

nombre considérable de pseudopodies, qui roulent dans tous les sens, se

soudent ou se séparent, s'allongent ou se raccourcissent, paraissent ou

disparaissent.

[Illustration: LIEBERKUHNIA DE WAGENER

(_Lieberkuhnia Wageneri_ Claparède et Lachmann).]

Les _Radiolaires_ flottent en abondance à la surface de la mer. Sous

le beau ciel de Messine, on les voit parcourir les eaux bleues, aussi

profondément que l'œil peut les distinguer, sous l'aspect d'une masse

de gelée molle, diaphane, incolore, en apparence immobile. Leur taille

varie d'une ligne à un point, rarement plus, souvent moins. Leur

forme est sphérique ou elliptique, ou cylindrique, parfois contournée

en couronne. Si l'on essaye de les saisir avec une pince, elles se

déchirent; si l'on tente de les pêcher au filet, elles restent collées

aux mailles: on les mutile quand on essaye de les détacher. On ne peut

les avoir intactes qu'en les recueillant avec un vase de verre où elles

puissent flotter librement.

[Illustration: RADIOLAIRE MONOZOA

(_Amphilonche heteracantha_ Haeckel).]

[Illustration: RADIOLAIRE POLYZOA

(_Sphærozoum ovodimare_ Haeckel).]

Vues alors à la lumière, ces gelées ne tranchent sur l'eau par aucun

contour déterminé, et l'œil aperçoit à peine à leur surface quelques

points clairs ou sombres. Sous un fort grossissement, ces bestioles

montrent toute la délicatesse et la beauté de leur organisation.

On peut voir, dans le magnifique ouvrage de M. Haeckel, la variété

de forme, la bizarrerie des contours de ces légions innombrables

d'infiniment petits.

M. Haeckel a distingué les Radiolaires qui vivent isolées, et qu'il

appelle _Monozoa_, de celles qui forment des associations, sortes de

colonies flottantes qui sont emportées par les courants: ces dernières

sont les _Polyzoa_.

Les _Monozoa_ sont très-nombreux et forment vingt-neuf genres[38].

[38] Voyez planche VI, fig. 1, 2, 3, 4, 5, 7.

Les _Polyzoa_ ne comprennent que quatre genres[39].

[39] Voyez planche VI, fig. 6.

III

Les recherches de d'Orbigny, relativement à ces organisations

microscopiques, tendent à prouver que les débris des Foraminifères

constituent en grande partie les bancs sous-marins qui, par leur

accumulation, avec les Polypiers[40], interrompent les courses des

navigateurs, comblent les ports, ferment les baies et les détroits, et

donnent naissance à ces récifs et à ces îles qui s'élèvent dans les

régions chaudes de l'océan Pacifique.

[40] Voyez le chapitre VIII.

[Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. VI.

D'après Haeckel. Lebrun sc.

ANIMAUX RADIÉS

(Radiolaria Hel.)

1 Acanthostaurus purpurascens (_Hel._)

2 Amphilonche anormala (_Hel._)

3 Dyctiosoma trigonizon (_Hel._)

4 Dorataspis polyancistra (_Hel._)

5 Diploconus fasces (_Hel._)

6 Sphærozoum italicum (_Hel._)

7 Arachnocorys circumtexta (_Hel._)

_Imp. Geny-Gros r. Domat 28 Paris._]

Le monde de la mer · 第 4 / 36 段