Si du fond de la mer un volcan soulève tout à coup au-dessus des

flots un rocher inerte couvert de scories, la force organique est

prête à faire naître la vie à sa surface (Humboldt). A peine l'air

a-t-il touché la pierre nue, qu'il s'y forme de toutes petites plantes

adhérentes qui la rongent et la détruisent peu à peu. Ce sont d'abord

des taches jaunâtres ou grisâtres, puis bleuâtres ou verdâtres,

simples ou doubles, bordées par des lignes saillantes ou traversées

par des sillons entrecroisés. A mesure que ces taches vieillissent,

leur couleur devient un peu plus foncée, et leur épaisseur un peu plus

grande. Au bout d'un certain temps, elles se transforment

en filets de velours. Mais bientôt ceux-ci se décomposent, et, du

milieu de leurs dépouilles, surgissent d'autres plantules à taille

un peu plus haute, à végétation moins chétive et à caractères plus

tranchés.

V

Les plantes de l'Océan qui végètent à sa surface, sans adhérence,

s'entrelacent souvent et forment des îles herbacées, lesquelles sont

poussées par les courants et vont échouer vers quelque plage inconnue,

ou bien sont dispersées par les orages.

[Illustration: VAREC PORTE-BAIES (1/4)

(_Sargassum bacciferum_ Agardh).]

Au sud-est de Terre-Neuve, non loin des Açores, on rencontre un

immense banc de plantes pélagiennes, composé du _Varec nageur_ ou

_porte-baies_[14], l'un des plus répandus parmi les Fucus de l'Océan.

On appelle ce banc, la _mer des Sargasses_ (_mar de Sargasso_).

C'est cette masse gigantesque qui frappa si vivement l'imagination

de Christophe Colomb, et qui est nommée par Oviédo, la _prairie des

Varecs_ (_praderias de Yerva_). (Humboldt.)

[14] _Sargassum bacciferum_ Agardh.

[Illustration: ULVE

(_Ulva Linza_ Linné).]

Ces lits d'herbes flottantes se rassemblent quelquefois autour des

vaisseaux d'une manière très-serrée. Les premiers navigateurs les

regardaient comme la limite de l'Océan navigable. On assure que Colomb

employa trois mortelles semaines à franchir la prairie des Sargasses.

Beaucoup d'autres Algues flottent aussi à la surface de la mer, tantôt

réunies, tantôt en petit nombre, et composant d'étroites plates-bandes

ou de petites oasis. Parmi ces plantes, nous devons citer surtout les

_Laitues de mer_ (_Ulves_), avec leur ample et mince feuillage, d'un

vert tendre ou d'un violet obscur. Une espèce ressemble à un long tube

comprimé; une autre, à un fil mince tortueux.

A ces Algues viennent s'entremêler différentes herbes marines, qui

s'étaient développées dans les bas-fonds, que les vagues ont détachées,

et dont les rameaux déliés ont été soulevés jusqu'à la surface par

leurs cellules gonflées d'air (Humboldt). M. de Martius croit que

beaucoup de ces Algues flottantes ont été arrachées par les Baleines.

Une fois arrivés à la surface de la mer, les Fucus poussent des

branches et des lobes dans toutes les directions, qui s'enlacent et

s'entortillent de toutes les manières.

Ces plantes de la surface de la mer ont une exubérance de végétation si

fougueuse, si l'on peut parler ainsi, qu'elle dépasse le développement

de l'_Anacharis du Canada_[15]. Cette plante d'eau douce, transportée

accidentellement, il y a quelques années, dans les eaux de la Tamise,

menace aujourd'hui d'encombrer ce fleuve et d'arrêter la navigation!

[15] _Anacharis canadensis_ G. Planchon.

Un des caractères des prairies de Varecs, c'est la simplicité de leur

composition. Dans une prairie terrestre, on observe un assez grand

nombre d'espèces végétales; dans une prairie marine, on n'en compte que

deux ou trois, et souvent même qu'une seule.

Mais les prairies flottantes sont bien moins nombreuses et moins

remarquables que les prairies sous-marines.

On voit au fond de l'Océan de riches pelouses étalées sur le sol, à

plantes serrées et comme confondues, semblables à des tapis de moquette.

On y découvre des buissons et des bosquets, des jardins et des bois. Il

existe un petit nombre de forêts vierges sur la terre; on en rencontre

presque partout sous les ondes, car la végétation des mers est mieux

défendue et mieux respectée que la végétation des continents. L'homme

mutile, exploite, arrache, incendie les bois de l'Amérique, mais

il n'aborde que très-timidement, avec beaucoup de précautions, et

seulement pour quelques minutes, les bois de l'Océan.

Les hydrophytes submergées confondent leurs feuillages d'une manière

très-lâche ou très-compacte, et composent des berceaux arrondis, des

galeries mystérieuses, ou des fourrés impénétrables... Il y a dans

les harmonies végétales de la mer comme une splendide répétition des

magnificences de la terre.

Quelques-unes de ces plantes sous-marines sont à peine couvertes d'eau,

d'autres se cachent plus ou moins profondément.

Dans les parages des îles Canaries, Humboldt et Bonpland ont retiré

d'une profondeur de 67 mètres une _Caulerpe à feuilles de Vigne_. Elle

offrait une admirable couleur verte.

Entre l'île de France et les îles Mascareignes, Bory de Saint-Vincent a

recueilli une touffe de _Varec turbiné_[16] à une profondeur d'environ

200 mètres.

[16] _Sargassum turbinatum_ Agardh.

[Illustration: CALLITHAMNE GRANIFÈRE.

(_Callithamnion graniferum_ Meneghini).]

Les _Céramies_ se font remarquer, entre toutes les plantes de la mer,

par la merveilleuse délicatesse de leur organisation, par l'élégance

de leur branchage et par leurs belles teintes écarlates ou violettes.

[Illustration: LAMINAIRES.]

Les _Laminaires_ s'allongent comme d'immenses courroies, souvent

frangées et plissées, qui flottent au gré des courants et se tordent

aux vents des tempêtes.

Les _Agares_ étalent leurs languettes onduleuses ou leurs larges

éventails à bords crispés ou découpés.

[Illustration: AGARE DE GMELIN (1/6)

(_Agarum Gmelini_ Mertens).]

Les _Alariées_ s'élancent dans le liquide avec leur support grêle

et roide, surmonté d'une délicieuse collerette de rubans étroits et

sinueux, du milieu de laquelle s'élève une lanière longue de plus de 15

mètres, d'abord étroite, puis égale, puis graduellement rétrécie.

Le _Varec porte-poire_[17] de la Terre de Feu compose de larges

buissons ramifiés, dont chaque branche est terminée par un renflement

creux, espèce de vessie natatoire gonflée d'air, qu'on serait tenté de

prendre pour un fruit. Ce Fucus peut atteindre jusqu'à une hauteur de

300 mètres (Cook, G. Forster); il dépasse, par conséquent, celle de nos

arbres verts les plus élevés.

[17] _Macrocystis pyrifera_ Agardh.

[Illustration: ALARIÉE (1/75)

(_Alaria fistulosa_ Postels et Ruprecht).]

Les _Néréocystées_ ont une fausse tige filiforme, flexueuse, haute de

20 à 30 mètres, grossissant légèrement vers l'extrémité, où elle se

dilate brusquement en une petite poire, de l'œil de laquelle s'échappe

une touffe d'appendices dichotomes longs de 10 à 12 mètres, étroits et

flexueux, composant un immense bouquet.

[Illustration: NÉRÉOCYSTÉE (1/350)

(_Nereocystis Lütkeana_ Postels et Ruprecht).]

N'oublions pas de mentionner les _Acétabules_, organisations

gracieuses, longtemps mal connues, regardées par Tournefort comme des

Algues[18], et par Linné comme des Polypiers[19].

[18] C'est aussi l'opinion de Donati, de Cavolini, d'Agardh, de

Delile, de Link, de Kützing, de Zanardini, de Nägeli, de Woronine.

[19] C'était aussi l'opinion de Cuvier, de Lamarck, de Blainville.

Ce sont de petits plateaux orbiculaires, minces, en forme de parasols

très-déprimés, striés en rayons, et plus ou moins semblables au chapeau

de certains champignons, par exemple celui de l'_Agaric androsacé_[20].

[20] _Agaricus androsaceus_ Linné.

Au centre de l'ombelle, en dessous, se voit une tige très-grêle, longue

et fistuleuse, qui sert de support. Les rayons sont creux, et leur tube

communique avec la grande cavité du chapeau. Le végétal tout entier ne

forme qu'_une seule cellule_. (Nägeli.)

La peau de la plante contient de la chaux carbonatée, grenue, disposée

par couches concentriques.

[Illustration: ACÉTABULE MARINE

(_Acetabulum mediterraneum_ Lamarck).]

Delile a laissé parmi ses papiers une monographie inédite de ce bizarre

végétal. M. Woronine vient de publier une excellente étude sur son

organisation.

«Les tiges grandissent par le sommet, et produisent plusieurs

verticilles successifs de rameaux confervoïdes. Les inférieurs

périssent, étant caducs, et leurs points d'attache s'oblitèrent. De

nouveaux verticilles supérieurs continuent de croître. Il arrive

un degré auquel il semble qu'une soudure de tubes verticillés

forme un bouton circulaire, véritable disque ou plateau celluleux

à compartiments rayonnants. Ce plateau, d'abord demi-transparent,

s'élargit jusqu'à maturité. Les verticilles confervoïdes inférieurs

subsistent quelquefois par fragments, ou laissent des traces

annulaires, tandis qu'une houppe de ramifications flottantes s'allonge

au milieu du plateau.» (Delile.)

Quelquefois on rencontre deux chapeaux l'un au-dessus de l'autre.

(Woronine.)

VI

Les plantes pélagiennes ne produisent ni calice, ni corolle; elles

n'ont ni vraies étamines, ni vrais pistils: mais, par une merveilleuse

compensation, ainsi qu'on le verra dans les chapitres suivants,

beaucoup d'animaux de la mer sont organisés et quelquefois groupés

comme de véritables fleurs!..... Bizarre élément, où le règne animal

_fleurit_, et où le règne végétal _ne fleurit pas!_

Pendant longtemps les botanistes ont ignoré le mode générateur des

végétaux de l'Océan. Ils les rangeaient parmi les plantes _à noces

cachées_ (_Cryptogames_). On sait aujourd'hui que les Algues se

reproduisent par le moyen de corpuscules, les uns mâles, les autres

femelles, souvent doués d'une mobilité singulière. Si les animaux

marins ont emprunté aux végétaux terrestres la forme de leurs fleurs,

les végétaux marins, à leur tour, ont pris aux animaux une partie de

leur locomotion!

En 1793, Girod-Chantrans signala, le premier, mais sans bien s'en

rendre compte, une _sorte de mouvement spontané_ dans la matière

granuleuse verte de certaines Algues. Il considérait mal à propos cette

matière comme une _agglomération d'animalcules_ analogues à ceux des

Polypiers[21].

[21] Voyez le chapitre VII.

En 1817, Bory de Saint-Vincent découvrit d'une manière certaine, et

démontra de la façon la plus évidente, la faculté locomotile des

granulations dont il s'agit. Ses observations furent confirmées par

Gaillon, à Paris, et par Agardh, à Stockholm. Les études plus récentes

de MM. Derbès et Solier, et surtout de MM. Thuret et Pringsheim, ont

jeté le plus grand jour sur la propagation des végétaux marins.

Les Algues rouges se reproduisent par des spores de deux espèces. Les

premières, ou _tétraspores_, se développent au nombre de quatre dans

des cellules appartenant à des frondes spéciales; elles paraissent

ressembler à des bulbilles, et portent en elles-mêmes la raison de leur

germination. Les spores proprement dites naissent dans des capsules,

ou _polyspores_; l'action des _anthéridies_ semble nécessaire à leur

entier développement: ce sont de véritables graines.

Les anthéridies sont de formes très-variables, et finissent par se

diviser en nombreuses cellules. Ces cellules deviennent libres; elles

ne germent pas, mais il est probable que leur action sur les polyspores

est analogue à ce que nous offrent celles des Algues vertes.

Le plus souvent chacun de ces organes appartient à une plante

distincte, de telle sorte que l'espèce comprend trois formes

d'individus; ce qui est encore plus compliqué que chez le Dattier, où

il y a seulement des pieds mâles et des pieds femelles.

Les Algues vertes se propagent principalement par des _zoospores_ et

par des _spores_.

Les _zoospores_ sont des corpuscules microscopiques d'environ un ou

deux centièmes de millimètre de longueur, de forme ovoïde ou turbinée,

et remplis aux deux tiers d'une matière verte (_chlorophylle_).

L'extrémité antérieure, ou rostre, est atténuée en pointe et surmontée

le plus souvent par deux ou quatre cils plus longs que le corpuscule

tout entier. Dans certaines Algues (_Phéosporées_), les cils sont

inégaux, le plus long dirigé en avant, le plus court traînant par

derrière comme une sorte de gouvernail. Vers la naissance du rostre,

on observe fréquemment un point rougeâtre, qui subsiste encore quelque

temps après que la germination est commencée.

[Illustration: ZOOSPORES.]

Le _Myrionema_, parasite qui forme sur la surface des autres Algues

de petites taches brunes ayant à peine quelques lignes de large, et

l'_Haligenia_, dont la fronde étalée atteint jusqu'à douze pieds de

diamètre, se reproduisent par des zoospores semblables, présentant la

même petitesse et la même simplicité d'organisation. L'analogie nous

conduit de même à supposer que les immenses _Lessonia_ arborescents de

l'océan Austral se propagent aussi par des zoospores dont la longueur

ne dépasse guère un centième de millimètre. (Thuret.)

Certaines Algues jouissent dans toutes les parties de leur tissu de la

faculté de produire des zoospores; dans d'autres espèces, au contraire,

leur formation est plus ou moins localisée dans quelques parties de la

fronde.

Ces corpuscules semblent toujours produits par une sorte de coagulation

de la matière contenue dans les cellules. Cette matière s'agglomère

en masses plus ou moins nombreuses, d'abord confuses et mal limitées

(fig. 1), plus tard nettement circonscrites (fig. 2), et constituant

alors autant de zoospores distinctes (fig. 3).

[Illustration: FORMATION ET ÉMISSION DES ZOOSPORES (1/330)

(_Bryopsis hypnoides_ Lamarck).]

L'émission des zoospores a presque toujours lieu avec une sorte de

violence, déterminée par la pression exercée sur les parois de la

cellule par le liquide mucilagineux qui en remplit la cavité. Ce

liquide augmente peu à peu de volume par endosmose, et finit par en

déterminer la rupture.

Aussitôt libres (fig. Z), les zoospores s'agitent dans tous les sens,

présentant presque toujours leur rostre en avant. Leurs mouvements sont

vifs et capricieux; quelquefois elles reviennent subitement en arrière;

souvent on les voit pirouetter sur leur grand axe. Si le vase qui les

contient est placé dans le voisinage d'une fenêtre, elles se dirigent

le plus souvent vers la lumière. (Thuret.)

[Illustration: DÉVELOPPEMENT DE LA ZOOSPORE ET FORMATION DE LA JEUNE PLANTE

(1/330)

(_Haligenia bulbosa_ Decaisne).]

Après s'être ainsi démenées pendant plusieurs heures ou plusieurs

jours, suivant les espèces, les zoospores (fig. Z) se fixent par leur

rostre au moyen d'une sécrétion mucilagineuse; leur corps s'arrondit;

les cils, décomposés ou détachés, disparaissent; en même temps

l'extrémité opposée grossit et s'allonge en un tube qui ne tarde pas

à se cloisonner. Souvent même ce développement est si rapide, qu'il

suffit de quelques jours pour voir se former une jeune fronde (fig.

11). (Thuret.)

La _spore_ est une petite masse ronde remplie d'une substance olivâtre,

et qui reçoit, de corpuscules ciliés (_anthérozoïdes_), la propriété

de reproduire un individu semblable à celui qui lui a donné naissance.

Elle est contenue dans un sac (_sporange_) fixé par un court pédicule

aux parois d'une cavité (_conceptacle_) qui s'ouvre à l'extérieur

par un petit orifice (_ostiole_). Le sporange contient, suivant les

espèces, une ou plusieurs spores.

[Illustration: CONCEPTACLE RENFERMANT LES SPORANGES

(_Fucus vesiculosus_ Linné).]

[Illustration: INSERTION DU SPORANGE, ÉMISSION DE L'OCTOSPORE

(_Fucus vesiculosus_ Linné).]

Les anthérozoïdes consistent en des corpuscules microscopiques d'un

ou deux centièmes de millimètre de longueur environ, renfermant un

granule coloré qui semble faire saillie à la surface, et muni de deux

cils locomoteurs très-ténus. Ils sont en grand nombre dans un petit

sac ovoïde transparent (_anthéridie_) inséré par sa base sur des poils

rameux et articulés. Ces poils naissent des parois d'un conceptacle,

et convergent vers l'ostiole, comme pour guider les anthérozoïdes à la

sortie de leur cavité.

[Illustration: CONCEPTACLE RENFERMANT LES ANTHÉRIDIES

(_Fucus vesiculosus_ Linné).]

[Illustrations:

1. INSERTION DES ANTHÉRIDIES.--2. ÉMISSION DES ANTHÉROZOÏDES

(_Fucus vesiculosus_ Linné).]

Les sporanges et les anthéridies peuvent être, selon les espèces,

réunis dans un même conceptacle, ou séparés dans des individus

différents et dans des conceptacles distincts.

Voici, d'après les beaux travaux de M. Thuret, la suite des

phénomènes auxquels donne lieu ce mode de reproduction dans le _Fucus

vésiculeux_[22]:

Les sporanges tirent leur origine des cellules de la cavité

conceptaculaire. Quelques-unes d'entre ces cellules forment au-dessus

des autres une petite protubérance qui se dédouble au moyen d'une

cloison transversale: l'inférieure cesse de grossir, et forme dès lors

le pédicule; la supérieure continue de s'accroître, se remplit d'une

matière olivâtre et s'organise en sporange. Bientôt cette matière se

segmente en huit parties qui constitueront autant de spores; leur

réunion est l'_octospore_. Ce corps se présente sous la forme d'une

masse opaque et brunâtre entourée de deux membranes transparentes.

La membrane extérieure (_périspore_) appartient au sporange, et

reste fixée au pédicule quand celui-ci crève. La membrane interne

(_épispore_) reste adhérente à la masse commune, et retient les spores

fortement serrées entre elles. Une fois sorties des sporanges, les

octospores glissent jusqu'à l'orifice du conceptacle et se dispersent

dans l'eau.

[22] Voyez les figures de la planche V, dont les éléments nous ont

été libéralement communiqués par M. Thuret.

Bientôt elles augmentent de volume; en même temps la membrane

enveloppante (épispore) commence à se dissoudre à la partie supérieure,

et l'on s'aperçoit alors (fig. 1) que les spores sont encore revêtues

d'une troisième membrane extrêmement délicate. La portion inférieure

de l'épispore, qui ne s'est pas dissoute, se replie sur elle-même

pour livrer passage aux spores (fig. 2), s'en sépare complétement et

ne tient plus que par sa base à la membrane interne (fig. 3); enfin,

cette dernière se brise et laisse échapper les spores (fig. 4). Tous

ces phénomènes s'accomplissent en moins d'une heure. Les spores libres

sont parfaitement rondes, d'un jaune olivâtre, absolument dépourvues

de tégument; c'est à ce moment que l'action des anthérozoïdes (fig.

A) devra intervenir pour féconder la spore dégagée de ses enveloppes.

Il suffit pour cela que quelques anthéridies soient mélangées à l'eau

qui contient les corps reproducteurs. Sous l'influence de l'humidité,

les anthérozoïdes se dégagent de leur anthéridie (fig. _a_), entourent

la spore, s'attachent à sa surface (fig. 5), et, au moyen de leurs

cils locomoteurs, lui communiquent un mouvement de rotation très-vif.

Peu à peu ce mouvement se ralentit, et au bout d'une demi-heure il

a entièrement cessé. Quelques heures après, la spore se revêt d'une

membrane; plus tard encore une cloison apparaît, qui la divise en

deux cellules (fig. 6). En même temps (fig. 7) se montre un petit

épaississement qui continue à s'allonger, et finit par se convertir en

un filament transparent, dépourvu de matière verte, et ne renfermant

que quelques grains jaunâtres à son extrémité. Bientôt plusieurs de ces

radicules naissent à la base de la spore, et servent à fixer la jeune

fronde (fig. 7, 8, 9, 10). Celle-ci, dont les cellules ont continué

à se multiplier par la production de nouvelles cloisons dans les

cellules déjà existantes, s'allonge peu à peu en une petite expansion

de forme obovale et de couleur brune (fig. 11, 12). La jeune fronde est

maintenant formée; elle présente déjà, en plus petit, il est vrai, les

organes fondamentaux de la plante mère. Encore quelques jours, elle

aura acquis son entier développement, et sera capable à son tour de

reproduire des individus semblables à elle-même.

[Illustration: L. HACHETTE & CIE. PARIS. PL. V.

Riocreux del. d'après Mr. Thuret. Rapine. sc.

REPRODUCTION ET GERMINATION D'UNE ALGUE.

(Fucus vesiculosus Linné.)

1. 2. 3. Formation des ovules.--4. Leur émission.--A. A. Anthérozoïdes.

_a._ Leur émission.--5. Union des Anthérozoïdes et de l'ovule.

6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. Germination et Développement de la jeune plante.]

VII

Chaque marée, et surtout chaque ouragan accumule sur les côtes

occidentales de l'Europe d'énormes monceaux de Varecs ou _Goëmons_.

On les recueille et on les transporte dans les champs pour y servir

d'engrais. Les pauvres gens les font sécher, c'est là leur combustible.

D'autres fois on prépare avec ces plantes marines la _soude de

Varec_, ou _soude naturelle_. Les Goëmons couvrent la plage et les

rochers submergés. Ils forment sur le sable de longues traînées

flexueuses indiquant la limite atteinte par la vague. Les principaux

sont le _Vraigin_, ou _Varec à nœuds_[23], renflé d'espace en espace

de vésicules pleines d'air; le _Craquet_, ou _Varec vésiculeux_,

caractérisé aussi par de petites outres semblables à des pois; et le

_Vraiplat_, ou _Varec dentelé_[24], dont les lanières ont les bords

découpés en scie et la surface parsemée de petits enfoncements. On

exploite aussi le _Varec à siliques_[25], qui porte des capsules

allongées et comprimées, marquées de cloisons transversales, comme les

fruits des choux et des navets.

[23] _Fucus nodosus_ Linné.

[24] _Fucus serratus_ Linné.

[25] _Fucus siliquosus_ Linné.

[Illustration: VAREC VÉSICULEUX

(_Fucus vesiculosus_ Linné).]

Dans certaines baies il y a jusqu'à 30 000 personnes qui accourent

sur la grève pour ramasser les Goëmons que la mer a jetés, ou pour

couper ceux qui végètent sur les rochers. Comme dans cette sorte de

récolte... ou de pillage, les plus riches, qui disposent de nombreux

attelages et de beaucoup de bras, seraient toujours les mieux partagés,

les prêtres catholiques du moyen âge avaient établi une coutume

aussi ingénieuse que noble. C'était de n'admettre, le premier jour,

à la récolte du Varec, que les habitants peu aisés de la paroisse.

Ceux-ci empruntaient à leurs voisins des charrettes et des chevaux, et

parvenaient ainsi à faire une bonne récolte. Dans le Finistère, où les

mœurs antiques sont en partie conservées, cet usage se retrouve encore:

le premier jour de la coupe du Goëmon s'y appelle le _jour du pauvre_.

Le prêtre vient à la grève dès le matin, et si un riche se présente

pour récolter:--«Laissez les pauvres gens ramasser leur pain», dit le

recteur. Et le riche se retire. (_Mag. pittor._)

Les ouvriers qui se livrent à la fabrication de la soude de Varec

sont appelés _barilleurs_ ou _soudiers_, aux environs de Brest et de

Cherbourg.

Les barilleurs se rendent dans les lieux les plus favorables par

groupes de six hommes, et construisent au centre de l'espace qu'ils

veulent exploiter une sorte de cabane dans laquelle ils se retirent

pour passer la nuit. Quand la mer est basse, les ouvriers se dispersent

sur les rochers, arrachent les Varecs et en forment de grands tas.

Ils transportent ceux-ci vers un endroit déterminé du rivage, soit

en les faisant flotter, soit avec des civières, soit tout simplement

sur leur dos. Ils les étalent sur la grève, au soleil. Quand la

dessiccation est suffisante, ils les empilent dans des fours formés

de quatre pierres plates disposées en rectangle, et y mettent le feu.

La combustion s'opère lentement en répandant une fumée abondante des

plus désagréables. Les Goëmons, constamment remués avec une barre de

fer, développent une forte chaleur; les cendres subissent une sorte

de vitrification, et se prennent en masse: c'est cette matière qui

constitue la soude de Varec.

Anciennement, dans les seules îles Orkneys, 20 000 hommes étaient

occupés toute l'année à ramasser des Fucus et à les brûler.

Aujourd'hui, dans ces mêmes îles, l'industrie de la soude a été

remplacée par celle de l'iode, laquelle est bien loin de donner les

mêmes avantages. (L. Wraxall.)

Un autre produit de la mer, exploité sur les bords de l'Océan,

c'est la _Zostère marine_[26], plante remarquable par ses longues

feuilles rubanées, d'un vert sombre. Cette plante n'est pas une

Algue; elle appartient à la famille des _Zostéracées_. Elle a des

racines très-grêles qui l'attachent aux sables mouvants; elle possède

de véritables fleurs, à la vérité bien petites et bien modestes. La

Zostère est employée, dans beaucoup d'endroits, pour les matelas, les

coussins, et surtout pour les emballages. En Hollande, à l'entrée du

Zuyderzée, on s'en sert, sous le nom de _Wier_, pour la construction

des digues. (De Candolle.)

[26] _Zostera marina_ Linné.

Le monde de la mer · 第 3 / 36 段