VI

Reste l'induction, qui semble le triomphe de la pure expérience. Et

c'est justement l'induction qui est le triomphe de l'abstraction.

Lorsque je découvre par induction que le froid cause la rosée, ou que le

passage de l'état liquide à l'état solide produit la cristallisation,

j'établis un rapport entre deux abstraits. Ni le froid, ni la rosée, ni

le passage de l'état solide à l'état liquide, ni la cristallisation

n'existent en soi. Ce sont des portions de phénomènes, des extraits de

cas complexes, des éléments simples enfermés dans des ensembles plus

composés. Je les en retire et je les isole; j'isole la rosée prise en

général de toutes les rosées locales, temporaires, particulières, que je

puis observer; j'isole le froid pris en général de tous les froids

spéciaux, variés, distincts, qui peuvent se produire parmi toutes les

différences de texture, toutes les diversités de substance, toutes les

inégalités de température, toutes les complications de circonstances. Je

joins un antécédent abstrait à un conséquent abstrait, et je les joins,

comme le montre Mill lui-même, par des retranchements, des suppressions,

des éliminations. J'expulse des deux groupes qui les contiennent toutes

les circonstances adjacentes; je démêle le couple dans l'entourage qui

l'offusque; je détache, par une série de comparaisons et d'expériences,

tous les accidents parasites qui se sont collés à lui, et je finis ainsi

par le mettre à nu. J'ai l'air de considérer vingt cas différents, et

dans le fond je n'en considère qu'un seul; j'ai l'air de procéder par

addition, et en somme je n'opère que par soustraction. Tous les procédés

de l'induction sont donc des moyens d'abstraire, et toutes les oeuvres

de l'induction sont donc des liaisons d'abstraits.

Le positivisme anglais: Etude sur Stuart Mill · 第 22 / 32 题