III

D'abord la définition. Il n'y a pas, dit Mill, de définition des choses,

et quand on me définit la sphère le solide engendré par la révolution

d'un demi-cercle autour de son diamètre, on ne me définit qu'un nom.

Sans doute on vous apprend par là le sens d'un nom, mais on vous apprend

encore bien autre chose. On vous annonce que toutes les propriétés de

toute sphère dérivent de cette formule génératrice. On réduit une donnée

infiniment complexe à deux éléments. On transforme la donnée sensible en

données abstraites; on exprime l'essence de la sphère, c'est-à-dire la

cause intérieure et primordiale de toutes ses propriétés. Voilà la

nature de toute vraie définition; elle ne se contente pas d'expliquer un

nom, elle n'est pas un simple signalement; elle n'indique pas simplement

une propriété distinctive, elle ne se borne pas à coller sur l'objet une

étiquette propre à le faire reconnaître entre tous. Il y a en dehors de

la définition plusieurs façons de faire reconnaître l'objet; il y a

telle autre propriété qui n'appartient qu'à lui; on pourrait désigner la

sphère en disant que, de tous les corps, elle est celui qui, à surface

égale, occupe le plus d'espace, et autrement encore. Seulement ces

désignations ne sont pas des définitions; elles exposent une propriété

caractéristique et dérivée, non une propriété génératrice et première;

elles ne ramènent pas la chose à ses facteurs, elles ne la recréent pas

sous nos yeux, elles ne montrent pas sa nature intime et ses éléments

irréductibles. La définition est la proposition qui marque dans un objet

la qualité d'où dérivent les autres, et qui ne dérive point d'une autre

qualité. Ce n'est point là une proposition verbale, car elle vous

enseigne la qualité d'une chose. Ce n'est point là l'affirmation d'une

qualité ordinaire, car elle vous révèle la qualité qui est la source du

reste. C'est une assertion d'une espèce extraordinaire, la plus féconde

et la plus précieuse de toutes, qui résume toute une science, et en qui

toute science aspire à se résumer. Il y a une définition dans chaque

science; il y en a une pour chaque objet. Nous ne la possédons pas

partout, mais nous la cherchons partout. Nous sommes parvenus à définir

le mouvement des planètes par la force tangentielle et l'attraction qui

le composent; nous définissons déjà en partie le corps chimique par la

notion d'équivalent, et le corps vivant par la notion de type. Nous

travaillons à transformer chaque groupe de phénomènes en quelques lois,

forces ou notions abstraites. Nous nous efforçons d'atteindre en chaque

objet les éléments générateurs, comme nous les atteignons dans la

sphère, dans le cylindre, dans le cercle, dans le cône, et dans tous

les composés mathématiques. Nous réduisons les corps naturels à deux ou

trois sortes de mouvements, attraction, vibration, polarisation, comme

nous réduisons les corps géométriques à deux ou trois sortes d'éléments,

le point, le mouvement, la ligne, et nous jugeons notre science

partielle ou complète, provisoire ou définitive, suivant que cette

réduction est approximative ou absolue, imparfaite ou achevée.

Le positivisme anglais: Etude sur Stuart Mill · 第 20 / 32 题