[7] _Ibid._, XIX, vii, 4.

[8] Jos., _Ant._, XIX, vi, 3.

[9] Juvénal, Sat. vi, 158-159; Perse, Sat. v, 180.

[10] Philon, _In Flaccum_, § 5 et suiv.

[11] Jos., _Ant._, XIX, v, 2 et la suite; XX, vi, 3; _B. J._, II,

xii, 7. Les mesures restrictives qu'il prit contre les juifs de Rome

(_Act._, xviii, 2; Suétone, _Claude_, 25; Dion Cassius, LX, 6) tenaient

à des circonstances locales.

[12] I. Jos., _Ant._, XIX, vi, 3.

[13] Jos., _Ant._, XIX, vii, 2; _B. J._, II, xi, 6; V, iv, 2; Tacite,

_Hist._, V, 12.

[14] Tacite, _Ann._, VI, 47.

[15] Jos., _Ant._, XIX, vii, 2; viii, 1; XX, i, 1.

[16] Jos., _Ant._, XIX, viii, 1.

[17] Suétone, _Caius_, 22, 26, 35; Dion Cassius, LIX, 24; LX, 8;

Tacite, _Ann._, XI, 8. Comme type de ce rôle des petits rois d'Orient,

étudier la carrière d'Hérode Agrippa Ier dans Josèphe (_Ant._, XVIII et

XIX). Comp. Horace, _Sat._, I, vii.

[18] Ci-dessus, p. 143-144, 174-175, 191-192.

[19] _Act._, xii, 3.

[20] _Act._, xii, 1 et suiv.

[21] En effet, Jacques fut décapité et non lapidé.

[22] _Act._, xii, 3 et suiv.

[23] _Act._, xii, 9-11. Le récit des _Actes_ est tellement vif et

juste, qu'il est difficile d'y trouver place pour une élaboration

légendaire prolongée.

[24] Jos., _Ant._, XIX, viii, 2; _Act._, xii, 18-23.

[25] Jos., _Ant._, XIX, vii, 4.

[26] _Act._, xii, 23. Comp. II Macch., ix, 9; Jos., _B. J._, I, xxxiii,

5; Talm, de Bab, _Sota_, 35 _a_.

[27] Jos., _Ant._, XIX, vi, 1: XX, i, 1, 2.

[28] Jos., _Ant._, XX, v, 2; _B. J._, II, xv, 1; xviii, 7 et suiv.; IV,

x, 6; V, i, 6; Tacite, _Ann._, XV, 28; _Hist._, I, 11; II, 79; Suétone,

_Vesp._, 6; _Corpus inscr. græc._, n° 4957 (cf. _ibid._, III, p. 311).

[29] Jos., _Ant._, XX, i, 3.

[30] Jos., _Ant._, XX, v. 4; _B. J._, II, xii, 2.

[31] Josèphe, qui expose l'histoire de ces agitations avec un soin si

minutieux, n'y mêle jamais les chrétiens.

[32] Jos., _Contre Apion_, II, 39; Dion Cassius, LXVI, 4.

[33] Jos., _B. J._, IV, iv, 3; V, xiii, 6; Suét., _Aug._, 93; Strabon,

XVI, ii, 34, 37; Tacite, _Hist._, V, 5.

[34] Jos., _Ant._, XIII, ix, 1; xi, 3; xv, 4; XV, vii, 9.

[35] Jos., _B. J._, II, xvii, 10; _Vita_, 23.

[36] Matth., xxiii, 13.

[37] Jos., _Ant._, XX, vii, 1, 3. Comp. XVI, vii, 6.

[38] _Ibid._, XX, ii, 4.

[39] _Ibid._, XX, ii, 5, 6; iv, 1.

[40] Jos., _B. J._, II, XX, 2.

[41] Sénèque, fragm. dans S. Aug., _De civ. Dei_, VI, 11.

[42] Jos., _Ant._, XX, ii-iv.

[43] Tacite, _Ann._, XII, 13, 14. La plupart des noms de cette famille

sont persans.

[44] Le nom d' «Hélène» le prouve. Cependant il est remarquable

que le grec ne figure pas sur l'inscription bilingue (syriaque et

syro-chaldaïque) du tombeau d'une princesse de cette famille, découvert

et rapporté à Paris par M. de Saulcy. Voir _Journal Asiatique_,

décembre 1865.

[45] Cf. _Bereschith rabba_, xlvi, 51 _d_.

[46] C'est, selon toutes les apparences, le monument connu aujourd'hui

sous le nom de «tombeaux des rois». Voir _Journal Asiatique_, endroit

cité.

[47] Jos., _B. J._, II, xix, 2; VI, vi, 4.

[48] Talm. de Jérus., _Peah_, 15 _b_, où l'on prête à l'un des Monobaze

quelques maximes qui rappellent tout à fait l'Évangile (Matth., vi,

19 et suiv.); Talm. de Bab., _Baba Bathra_, 11 _a_; _Joma_, 37 _a_;

_Nazir_, 19 _b_; _Schabbath_, 68 _b_; Sifra, 70 _a_; Bereschith rabba,

xlvi, fol. 51 _d_.

[49] Moïse de Khorène, II, 35; Orose, VII, 6.

[50] Luc, xxi, 21.

[51] Τὰ πάτρια ἔθη, expression si familière à Josèphe, quand il défend

la position des Juifs dans le monde païen.

[Pg 261]-[An 45]

CHAPITRE XV.

MOUVEMENTS PARALLÈLES AU CHRISTIANISME OU IMITÉS DU CHRISTIANISME.

SIMON DE GITTON.

Le christianisme maintenant est bien réellement fondé. Dans l'histoire

des religions, il n'y a que les premières années qui soient difficiles

à traverser. Une fois qu'une croyance a résisté aux dures épreuves

qui accueillent toute fondation nouvelle, son avenir est assuré. Plus

habiles que les autres sectaires du même temps, esséniens, baptistes,

partisans de Judas le Gaulonite, qui ne sortirent pas du monde juif

et périrent avec lui, les fondateurs du christianisme, avec une rare

sûreté de vue, se jetèrent de très-bonne heure dans le vaste monde

et s'y firent leur place. Le peu de mentions que nous trouvons des

chrétiens dans Josèphe, dans le Talmud et dans les écrivains grecs et

latins, ne doit pas nous surprendre. Josèphe nous est arrivé par des

copistes chrétiens, qui ont supprimé tout ce qui était désagréable

[Pg 262]-[An 45]

à leur croyance. On peut supposer qu'il parlait plus longuement de

Jésus et des chrétiens qu'il ne le fait dans l'édition qui nous est

parvenue. Le Talmud a également subi, au moyen âge et lors de sa

première publication[1], beaucoup de retranchements et d'altérations,

la censure chrétienne s'étant exercée sur le texte avec sévérité, et

une foule de malheureux juifs ayant été brûlés pour s'être trouvés

en possession d'un livre contenant des passages considérés comme

blasphématoires. Il n'est pas étonnant que les écrivains grecs

et latins se préoccupent peu d'un mouvement qu'ils ne pouvaient

comprendre, et qui se passa dans un petit monde fermé pour eux. Le

christianisme se perd à leurs yeux sur le fond obscur du judaïsme;

c'était une querelle de famille au sein d'une nation abjecte; à quoi

bon s'en occuper? Les deux ou trois passages où Tacite et Suétone

parlent des chrétiens prouvent que, pour être d'ordinaire en dehors du

cercle visuel de la grande publicité, la secte nouvelle était cependant

un fait très-considérable, puisque, par une ou deux échappées, nous la

voyons, à travers le nuage de l'inattention générale, se dessiner avec

beaucoup de netteté.

Ce qui a contribué, du reste, à effacer un peu les

[Pg 263]-[An 45]

contours du christianisme dans l'histoire du monde juif au premier

siècle de notre ère, c'est qu'il n'y est pas un fait isolé. Philon,

à l'heure où nous sommes parvenus, avait terminé sa carrière, toute

consacrée à l'amour du bien. La secte de Judas le Gaulonite durait

toujours. L'agitateur avait eu pour continuateurs de sa pensée ses

fils Jacques, Simon et Menahem. Jacques et Simon furent crucifiés par

l'ordre du procurateur renégat Tibère Alexandre[2]. Quant à Menahem, il

jouera dans la catastrophe finale de la nation un rôle important[3].

L'an 44, un enthousiaste, nommé Theudas[4], s'était élevé, annonçant

la prochaine délivrance, invitant les foules à le suivre au désert,

promettant, comme un autre Josué, de leur faire passer le Jourdain

à pied sec; ce passage était, selon lui, le vrai baptême qui devait

initier chacun de ses fidèles au royaume de Dieu. Plus de quatre cents

personnes le suivirent. Le procurateur Cuspius Fadus envoya contre

lui de la cavalerie, dispersa sa troupe et le tua[5]. Quelques années

auparavant, toute

[Pg 264]-[An 45]

la Samarie s'était émue à la voix d'un illuminé, qui prétendait avoir

eu la révélation de l'endroit du Garizim où Moïse avait caché les

instruments sacrés du culte. Pilate avait comprimé ce mouvement avec

une grande rigueur[6]. Quant à Jérusalem, la paix désormais est finie

pour elle. A partir de l'arrivée du procurateur Ventidius Cumanus (an

48), les troubles n'y cessent plus. L'excitation était poussée à un tel

point, que la vie y était devenue impossible; les circonstances les

plus insignifiantes amenaient des explosions[7]. On sentait partout une

fermentation étrange, une sorte de trouble mystérieux. Les imposteurs

se multipliaient de toutes parts[8]. L'épouvantable fléau des zélotes

(_kenaïm_) ou sicaires commençait à paraître. Des misérables, armés de

poignards, se glissaient dans les foules, frappaient leurs victimes,

et étaient ensuite les premiers à crier au meurtre. Il ne se passait

pas de jour qu'on n'entendît parler de quelque assassinat de ce genre.

Une terreur extraordinaire se répandit. Josèphe présente les crimes des

zélotes comme de pures scélératesses[9]; mais il n'est pas douteux que

le fanatisme

[Pg 265]-[An 45]

ne s'en mêlât[10]. C'était pour défendre la Loi que ces misérables

s'armaient du poignard. Quiconque manquait devant eux à une des

prescriptions légales, voyait son arrêt prononcé et aussitôt exécuté.

Ils croyaient par là faire l'œuvre la plus méritoire et la plus

agréable à Dieu.

Des rêveries analogues à celles de Theudas se renouvelaient de toutes

parts. Des personnages, se prétendant inspirés, soulevaient le peuple

et l'entraînaient avec eux au désert, sous prétexte de lui faire voir,

par des signes manifestes, que Dieu allait le délivrer. L'autorité

romaine exterminait par milliers les dupes de ces agitateurs[11]. Un

juif d'Égypte qui vint à Jérusalem, vers l'an 56, eut l'art, par ses

prestiges, d'attirer après lui trente mille personnes, entre lesquelles

quatre mille sicaires. Du désert, il voulut les mener sur la montagne

des Oliviers, pour voir de là, disait-il, tomber à sa seule parole les

murailles de Jérusalem. Félix, qui était alors procurateur, marcha

contre lui et dissipa sa bande. L'Égyptien se sauva, et ne parut plus

depuis[12]. Mais, comme dans un corps malsain les maux se succèdent les

uns aux autres, on vit bientôt après

[Pg 266]-[An 45]

diverses troupes mêlées de magiciens et de voleurs, qui portaient

ouvertement le peuple à se révolter contre les Romains, menaçant de

mort ceux qui continueraient à leur obéir. Sous ce prétexte, ils

tuaient les riches, pillaient leurs biens, brûlaient les villages,

et remplissaient toute la Judée des marques de leur fureur[13]. Une

effroyable guerre s'annonçait. Un esprit de vertige régnait partout, et

maintenait les imaginations dans un état voisin de la folie.

Il n'est pas impossible qu'il y ait eu chez Theudas une certaine

arrière-pensée d'imitation à l'égard de Jésus et de Jean-Baptiste.

Cette imitation, au moins, se trahit avec évidence dans Simon de

Gitton, si les traditions chrétiennes sur ce personnage méritent

quelque foi[14]. Nous l'avons déjà rencontré en rapport avec les

apôtres, à propos de la première mission de Philippe à Samarie. C'est

sous le règne de Claude qu'il parvint à la célébrité[15]. Ses miracles

passaient pour constants, et tout le monde à Samarie le regardait comme

un personnage surnaturel[16].

Ses miracles, toutefois, n'étaient pas l'unique fondement de sa

réputation. Il y joignait, ce semble,

[Pg 267]-[An 45]

une doctrine, dont il nous est difficile de juger, l'ouvrage intitulé

_la Grande Exposition_, qui lui est attribué et qui nous est arrivé par

extraits, n'étant probablement qu'une expression fort modifiée de ses

idées[17]. Simon, pendant son séjour à Alexandrie[18], paraît avoir

puisé dans ses études de philosophie grecque un système de théosophie

syncrétique et d'exégèse allégorique analogue à celui de Philon. Ce

système a sa grandeur. Tantôt il rappelle la cabbale juive, tantôt les

théories panthéistes de la philosophie indienne; envisagé par certains

côtés, il semblerait empreint de bouddhisme et de parsisme[19]. En tête

de toutes choses est «Celui qui est, qui a été et qui sera[20]»,

[Pg 268]-[An 45]

c'est-à-dire le _Jahveh_ samaritain, entendu selon la force

étymologique de son nom, l'Être éternel, unique, s'engendrant lui-même,

s'augmentant lui-même, se cherchant lui-même, se trouvant lui-même,

père, mère, sœur, époux, fils de lui-même[21]. Au sein de cet infini,

tout existe éternellement en puissance; tout passe à l'acte et à la

réalité par la conscience de l'homme, par la raison, le langage et la

science[22]. Le monde s'explique soit par une hiérarchie de principes

abstraits, analogues aux Æons du gnosticisme et à l'arbre séphirotique

de la cabbale, soit par un système d'anges qui semble emprunté aux

croyances de la Perse. Parfois, ces abstractions sont présentées comme

des traductions de faits physiques et physiologiques. D'autres fois,

les «puissances divines», considérées comme des substances séparées,

se réalisent en des incarnations successives, soit féminines, soit

masculines, dont le but est la délivrance des créatures engagées dans

les liens de la matière. La première de ces «puissances» est celle qui

s'appelle par excellence «la Grande», et qui est l'intelligence de ce

monde, l'universelle Providence[23]. Elle est masculine. Simon

[Pg 269]-[An 45]

passait pour en être l'incarnation. A côté d'elle est sa syzygie

féminine, «la Grande Pensée». Habitué à revêtir ses théories d'un

symbolisme étrange et à imaginer des interprétations allégoriques

pour les anciens textes sacrés et profanes, Simon, ou l'auteur de _la

Grande Exposition_, donnait à cette vertu divine le nom d'«Hélène»,

signifiant par là qu'elle était l'objet de l'universelle poursuite, la

cause éternelle de dispute entre les hommes, celle qui se venge de ses

ennemis en les rendant aveugles, jusqu'au moment où ils consentent à

chanter la palinodie[24]; thème bizarre qui, mal compris, ou travesti

à dessein, donna lieu chez les Pères de l'Église aux contes les plus

puérils[25]. La connaissance de la littérature grecque que possède

l'auteur de _la Grande Exposition_ est, en tout cas, très-remarquable.

Il soutenait que, quand on sait les comprendre, les écrits des païens

suffisent à la connaissance de toutes choses[26]. Son large éclectisme

embrassait toutes les révélations et cherchait à les fondre en un seul

ordre de vérités.

Quant au fond de son système, il a beaucoup d'analogie avec celui de

Valentin et avec les doctrines sur

[Pg 270]-[An 45]

les personnes divines qu'on trouve dans le quatrième Évangile, dans

Philon, dans les Targums[27]. Ce «Métatrône[28]», que les Juifs

plaçaient à côte de la Divinité et presque dans son sein, ressemble

fort à «la Grande Puissance». On voit figurer dans la théologie

des Samaritains un Grand Ange, chef des autres, et des espèces de

manifestations, ou «vertus divines[29]», analogues à celles que la

cabbale juive se figura de son côté. Il semble donc bien que Simon

de Gitton fut une sorte de théosophe, dans le genre de Philon et des

cabbalistes. Peut-être se rapprocha-t-il un moment du christianisme;

mais sûrement il ne s'y attacha point d'une manière définitive.

Fit-il réellement quelques emprunts aux disciples de Jésus, c'est ce

qu'il est fort difficile de décider. Si la Grande Exposition est de lui

à un degré quelconque, on doit admettre que sur plusieurs points il

devança les idées chrétiennes, et que sur d'autres il les adopta avec

beaucoup de largeur[30]. Il paraît

[Pg 271]-[An 45]

qu'il essaya d'un éclectisme analogue à celui que pratiqua plus tard

Mahomet, et qu'il tenta de fonder son rôle religieux sur l'acceptation

préalable de la mission divine de Jean[31] et de Jésus. Il voulut

être en rapport mystique avec eux. Il soutint, dit-on, que c'était

lui, Simon, qui était apparu aux Samaritains comme Père, aux Juifs

par le crucifiement visible du Fils, aux gentils par l'infusion du

Saint-Esprit[32]. Il prépara aussi la voie, ce semble, à la doctrine

des docètes. Il disait que c'était lui qui avait souffert en Judée

dans la personne de Jésus, mais que cette souffrance n'avait été

qu'apparente[33]. Sa prétention à être la Divinité même et à se faire

adorer a été probablement exagérée par les chrétiens, qui n'ont cherché

qu'à le rendre odieux.

On voit, du reste, que la doctrine de _la Grande Exposition_ est celle

de presque tous les écrits gnostiques; si vraiment Simon a professé ces

doctrines, c'est avec pleine raison que les Pères de l'Église ont fait

de lui le fondateur du gnosticisme[34]. Nous croyons que _la Grande

Exposition_ n'a qu'une authenticité

[Pg 272]-[An 45]

relative; qu'elle est, ou peu s'en faut, à la doctrine de Simon ce que

le quatrième Évangile est à la pensée de Jésus; qu'elle remonte aux

premières années du IIe siècle, c'est-à-dire à l'époque où les idées

théosophiques du _Logos_ prirent définitivement le dessus. Ces idées,

que nous trouverons en germe dans l'Église chrétienne vers l'an 60[35],

purent cependant avoir été connues de Simon, dont il est permis de

prolonger la carrière jusqu'à la fin du siècle.

L'idée que nous nous faisons de ce personnage énigmatique est donc

celle d'une espèce de plagiaire du christianisme. La contrefaçon

semble une habitude constante chez les Samaritains[36]. De même qu'ils

avaient toujours imité le judaïsme de Jérusalem, ces sectaires eurent

aussi leur copie du christianisme, leur gnose, leurs spéculations

théosophiques, leur cabbale. Mais Simon fut-il un imitateur respectable

et à qui il n'a manqué que de réussir, ou un prestidigitateur immoral

et sans sérieux[37], exploitant au profit de

[Pg 273]-[An 45]

sa vogue une doctrine formée de lambeaux recueillis çà et là? voilà

ce qu'on ignorera probablement toujours. Simon garde ainsi devant

l'histoire la position la plus fausse; il marcha sur une corde tendue

où nulle hésitation n'est permise; en cet ordre, il n'y a pas de milieu

entre une chute ridicule et le plus merveilleux succès.

Nous aurons encore à nous occuper de Simon et à rechercher si les

légendes sur son séjour à Rome renferment quelque réalité. Ce qu'il

y a de certain, c'est que la secte simonienne dura jusqu'au IIIe

siècle[38]; qu'elle eut des Églises jusqu'à Antioche, peut-être même

à Rome; que Ménandre de Capharétée et Cléobius[39] continuèrent la

doctrine de Simon, ou plutôt imitèrent son rôle de théurge, avec un

souvenir plus ou moins présent de Jésus et de ses apôtres. Simon et

ses disciples furent en grande estime chez leurs coreligionnaires. Des

sectes du même genre, parallèles au christianisme[40], et plus ou moins

empreintes de gnosticisme, ne cessèrent de se produire

[Pg 274]-[An 45]

parmi les Samaritains jusqu'à leur quasi-destruction par Justinien. Le

sort de cette petite religion fut de recevoir le contre-coup de tout

ce qui se passait autour d'elle, sans rien produire de tout à fait

original.

Quant aux chrétiens, la mémoire de Simon de Gitton fut chez eux en

abomination. Ces prestiges, qui ressemblaient si fort aux leurs,

les irritaient. Avoir balancé le succès des apôtres fut le plus

impardonnable des crimes. On prétendit que les prodiges de Simon et de

ses disciples étaient l'ouvrage du diable, et on flétrit le théosophe

samaritain du nom de «Magicien[41]», que les fidèles prenaient en

très-mauvaise part. Toute la légende chrétienne de Simon fut empreinte

d'une colère concentrée. On lui prêta les maximes du quiétisme et les

excès qu'on suppose d'ordinaire en être la conséquence[42]. On le

considéra comme le père de toute erreur, le premier hérésiarque. On se

plut à raconter ses mésaventures risibles, ses défaites par l'apôtre

Pierre[43]. On attribua au plus vil motif le mouvement

[Pg 275]-[An 45]

qui le porta vers le christianisme. On était si préoccupé de son

nom, qu'on croyait le lire à tort et à travers sur des cippes où il

n'était pas écrit[44]. Le symbolisme dont il avait revêtu ses idées fut

interprété de la façon la plus grotesque. L'«Hélène» qu'il identifiait

avec «la première intelligence», devint une fille publique qu'il avait

achetée sur le marché de Tyr[45]. Son nom enfin, haï presque à l'égal

de celui de Judas, et pris comme synonyme d'_antiapôtre_[46], devint la

dernière injure et comme un mot proverbial pour

[Pg 276]-[An 45]

désigner un imposteur de profession, un adversaire de la vérité,

qu'on voulait indiquer avec mystère[47]. Ce fut le premier ennemi du

christianisme, ou plutôt le premier personnage que le christianisme

traita comme tel. C'est dire assez qu'on n'épargna ni les fraudes

pieuses ni les calomnies pour le diffamer[48]. La critique, en

pareil cas, ne saurait tenter une réhabilitation; les documents

contradictoires lui manquent. Tout ce qu'elle peut, c'est de constater

la physionomie des traditions et le parti pris de dénigrement qu'on y

remarque.

Au moins doit-elle s'interdire de charger la mémoire du théurge

samaritain d'un rapprochement qui peut n'être que fortuit. Dans un

récit de l'historien Josèphe, un magicien juif, nommé Simon, né à

Chypre, joue pour le procurateur Félix le rôle de proxénète[49]. Les

circonstances de ce récit ne conviennent pas assez bien à Simon de

Gitton pour qu'il soit

[Pg 277]-[An 45]

permis de le rendre responsable des faits d'un personnage qui peut

n'avoir eu de commun avec lui qu'un nom porté alors par des milliers

d'hommes, et une prétention aux œuvres surnaturelles que partageaient

malheureusement une foule de ses contemporains.

[1] On sait qu'il ne reste aucun manuscrit du Talmud pour contrôler les

éditions imprimées.

[2] Jos., _Ant._, XX, v, 2.

[3] Jos., _B. J._, II, xvii, 8-10; _Vita_, 5.

[4] Le rapprochement du christianisme avec les deux mouvements de Judas

et de Theudas est fait par l'auteur des _Actes_ lui-même (v, 36-37).

[5] Jos., _Ant._, XX, v, 1; _Act._, v, 36. On remarquera l'anachronisme

commis par l'auteur des _Actes_.

[6] Jos., _Ant._, XVIII, iv, 1-2.

[7] Jos., _Ant._, XX, v, 3-4; _B. J._, II, xii, 1-2; Tacite, _Ann._,

XII, 54.

[8] Jos., _Ant._, XX, viii, 5.

[9] Jos., _Ant._, XX, viii, 5; _B. J._, xiii, 3.

[10] Jos., _B. J._, VII, viii, 1; Mischna, _Sanhédrin_, ix, 6.

[11] Jos., _Ant._, XX, viii, 6, 10; _B. J._, II, xiii, 4.

[12] Jos., _Ant._, XX, viii, 6; _B. J._, II, xiii, 5; _Act._, xxi, 38.

[13] Jos., _Ant._, XX, viii, 6; _B. J._, II, xiii, 6.

[14] Voir ci-dessus, p. 153, note.

[15] Justin, _Apol. I_, 26, 56. Il est singulier que Josèphe, si bien

au courant des choses samaritaines, ne parle pas de lui.

[16] _Act._, viii, 9 et suiv.

[17] On ne peut le tenir pour une composition totalement apocryphe, vu

l'accord qui existe entre le système énoncé dans ce livre et le peu que

nous apprennent les _Actes_ de la doctrine de Simon sur les «puissances

divines».

[18] Homil. pseudo-clem., ii, 22, 24.

[19] Justin, _Apol. I_, 26, 56; II, 15; _Dial. cum Tryphone_, 120;

Irénée, _Adv. hær._, I, xxiii, 2-5; xxvii, 4; II, præf.; III, præf.;

Homiliæ pseudo-clementinæ, i, 15; ii, 22, 25, etc.; _Recogn._, I, 72;

II, 7 et suiv.; III, 47; _Philosophumena_, IV, vii; VI, i; X, iv;

Épiphane, _Adv. hær._, hær. xxi; Origène, _Contra Celsum_, V, 62; VI,

11; Tertullien, _De anima_, 34; _Constit. apost._, VI, 16; S. Jérôme,

_In Matth._, xxiv, 5; Théodoret, _hæret. fab._, I, 4. C'est dans les

extraits textuels que donnent les _Philosophumena_, et non dans les

travestissements des autres Pères de l'Église, qu'il faut prendre une

idée de _la Grande Exposition_.

[20] _Philosophum._, IV, vii; VI, i, 9, 12, 13, 17, 18. Comparez

Apocalypse, i, 4, 8; iv, 8; xi, 17.

[21] _Philosophum._, VI, i, 17.

[22] _Ibid._, VI, i, 46.

[23] _Act._, viii, 10; _Philosophum._, VI, i, 18; Homil. pseudo-clem.,

ii, 22.

[24] Allusion à l'aventure du poëte Stésichore.

[25] Irenée, _Adv. hær._, I, xxiii, 2-4; Homil. pseudo-clem., ii, 23,

25; _Philosophumena_, VI, i, 19.

[26] _Philosophum._,VI, vi, 16.

[27] Voir _Vie de Jésus_, p. 247-249.

[28] _Ibid._, p. 247, note 4.

[29] _Chron. samarit._, c. 10 (édid. Juynboll, Leyde, 1848). Cf.

Reland, _De Sam._, § 7; dans ses _Dissertat. miscell._, part. II;

Gesenius, _Comment. de Sam. Theol._ (Halle, 1854), p. 21 et suiv.

[30] Dans l'extrait donné par les _Philosophumena_, VI, i, 16 _sub

finem_, on lit une citation empruntée aux Évangiles synoptiques,

laquelle semble être présentée comme se trouvant dans le texte de _la

Grande Exposition_. Mais il peut y avoir ici quelque inadvertance.

[31] Homil. pseudo-clem., ii, 23-24.

[32] Irénée, _Adv. hær._, I, xxiii, 3; _Philosophum._, VI, i, 19.

[33] Homil. pseudo-clem., ii, 22; _Recogn._, II, 14.

[34] Irénée, _Adv. hær._, II, præf.; III, præf.

[35] Voir l'épître, très-probablement authentique, de saint Paul aux

Colossiens, i, 15 et suiv.

[36] Épiph., _Adv. hær._, hær., lxxx, 1.

[37] Ce qui ferait incliner vers cette seconde hypothèse, c'est que la

secte de Simon se changea vite en une école de prestiges, une fabrique

de philtres et d'incantations. _Philosophumena_, VI, i, 20; Tertullien,

_De anima_, 57.

[38] _Philosophum._, VI, i, 20. Cf. Orig., _Contra Cels._, I, 57; VI,

11.

Les apôtres · 第 18 / 25 段