travail manuel, dans la société juive d'alors, occupait, très-peu. Tout
le monde y avait un métier, et ce métier n'empêchait nullement qu'on
fût un homme instruit ou bien élevé. Chez nous, les besoins matériels
sont si difficiles à satisfaire, que l'homme vivant de ses mains est
obligé de travailler douze ou quinze heures par jour; l'homme de loisir
peut seul vaquer aux choses de l'âme; l'acquisition de l'instruction
est une chose rare et chère. Mais, dans ces vieilles sociétés, dont
l'Orient de nos jours donne encore une idée, dans ces climats, où la
nature est si prodigue pour l'homme et si peu exigeante, la vie du
travailleur laissait bien du loisir. Une sorte d'instruction commune
mettait tout homme au courant des idées du temps. La nourriture et le
vêtement suffisaient[4]; avec quelques heures de travail peu suivi, on
y pourvoyait. Le reste appartenait au rêve, à la passion. La passion
avait atteint dans ces âmes un degré d'énergie pour nous inconcevable.
Les Juifs de ce temps[5] nous paraissent de vrais possédés, chacun
obéissant comme un ressort aveugle à l'idée qui s'est emparée de lui.
L'idée dominante, dans la communauté chrétienne, au moment où nous
sommes, et où les apparitions ont
[Pg 60]-[An 34]
cessé, était la venue de l'Esprit-Saint. On croyait le recevoir
sous la forme d'un souffle mystérieux qui passait sur l'assistance.
Plusieurs se figuraient que c'était le souffle de Jésus lui-même[6].
Toute consolation intérieure, tout mouvement de courage, tout élan
d'enthousiasme, tout sentiment de gaieté vive et douce qu'on ressentait
sans savoir d'où il venait, fut l'œuvre de l'Esprit. Ces bonnes
consciences rapportaient, comme toujours, à une cause extérieure les
sentiments exquis qui naissaient en elles. C'était particulièrement
dans les assemblées que ces phénomènes bizarres d'illuminisme se
produisaient. Quand tous étaient réunis, et qu'on attendait en silence
l'inspiration d'en haut, un murmure, un bruit quelconque faisait
croire à la venue de l'Esprit. Dans les premiers temps, c'étaient les
apparitions de Jésus qui se produisaient de la sorte. Maintenant, le
tour des idées avait changé. C'était l'haleine divine qui courait sur
la petite Église et la remplissait d'effluves célestes.
Ces croyances se rattachaient à des conceptions tirées de l'Ancien
Testament. L'esprit prophétique est montré dans les livres hébreux
comme un souffle qui pénètre l'homme et l'exalte. Dans la belle vision
d'Élie[7], Dieu passe sous la figure d'un vent léger, qui
[Pg 61]-[An 34]
produit un petit bruissement. Ces vieilles images avaient amené, aux
basses époques, des croyances fort analogues à celles des spirites de
nos jours. Dans l'_Ascension d'Isaïe_[8], la venue de l'Esprit est
accompagnée d'un certain froissement aux portes[9]. Plus souvent,
toutefois, on concevait cette venue comme un autre baptême, savoir
le «baptême de l'Esprit», bien supérieur à celui de Jean[10]. Les
hallucinations du tact étant très-fréquentes parmi des personnes aussi
nerveuses et aussi exaltées, le moindre courant d'air, accompagné d'un
frémissement au milieu du silence, était considéré comme le passage
de l'Esprit. L'un croyait sentir; bientôt tous sentaient[11], et
l'enthousiasme se communiquait de proche en proche. L'analogie de ces
phénomènes avec ceux que l'on retrouve chez les visionnaires, de tous
les temps est facile à saisir. Ils se produisent journellement, en
partie sous l'influence de la lecture du livre des _Actes des Apôtres_,
dans les sectes anglaises ou américaines de _quakers_,
[Pg 62]-[An 34]
_jumpers, shakers_, irvingiens[12], chez les Mormons[13], dans les
_camp-meetings_ et les _revivals_ de l'Amérique[14]. On les a vus
reparaître chez nous dans la secte dite des «spirites». Mais une
immense différence doit être faite entre des aberrations sans portée et
sans avenir, et des illusions qui ont accompagné l'établissement d'un
nouveau code religieux pour l'humanité.
Entre toutes ces «descentes de l'Esprit», qui paraissent avoir été
assez fréquentes, il y en eut une qui laissa dans l'Église naissante
une profonde impression[15]. Un jour que les frères étaient réunis, un
orage éclata. Un vent violent ouvrit les fenêtres; le ciel était en
feu. Les orages en ces pays sont accompagnés d'un prodigieux dégagement
de lumière; l'atmosphère est comme sillonnée de toutes parts de gerbes
de flamme. Soit que le fluide électrique ait pénétré dans la pièce
même, soit qu'un éclair éblouissant ait subitement illuminé la face
de tous, on fut convaincu que l'Esprit était entré, et qu'il s'était
épanché sur la tête de chacun sous forme
[Pg 63]-[An 34]
de langues de feu[16]. C'était une opinion répandue dans les écoles
théurgiques de Syrie que l'insinuation de l'Esprit se faisait par
un feu divin et sous forme de lueur mystérieuse[17]. On crut avoir
assisté à toutes les splendeurs du Sinaï[18], à une manifestation
divine analogue à celle des anciens jours. Le baptême de l'Esprit
devint dès lors aussi un baptême de feu. Le baptême de l'Esprit et du
feu fut opposé et hautement préféré au baptême de l'eau, le seul que
Jean eût connu[19]. Le baptême du feu ne se produisit que dans des
occasions rares. Les apôtres seuls et les disciples du premier cénacle
furent censés l'avoir reçu. Mais l'idée que l'Esprit s'était épanché
sur eux sous la forme de pinceaux de flamme, ressemblant à des langues
ardentes, donna origine à une série d'idées singulières, qui tinrent
une grande place dans les imaginations du temps.
La langue de l'homme inspiré était supposée recevoir une sorte de
sacrement. On prétendait que
[Pg 64]-[An 34]
plusieurs prophètes, avant leur mission, avaient été bègues[20];
que l'ange de Dieu avait promené sur leurs lèvres un charbon qui
les purifiait et leur conférait le don de l'éloquence[21]. Dans la
prédication, l'homme était censé ne point parler de lui-même[22]. Sa
langue était considérée comme l'organe de la Divinité qui l'inspirait.
Ces langues de feu parurent un symbole frappant. On fut convaincu que
Dieu avait voulu signifier ainsi qu'il versait sur les apôtres ses dons
les plus précieux d'éloquence et d'inspiration. Mais on ne s'arrêta
point là. Jérusalem était, comme la plupart des grandes villes de
l'Orient, une ville très-polyglotte. La diversité des langues était une
des difficultés qu'on y trouvait pour une propagande d'un caractère
universel. Une des choses, d'ailleurs, qui effrayaient le plus les
apôtres, au début d'une prédication destinée à embrasser le monde,
était le nombre des langues qu'on y parlait; ils se demandaient sans
cesse comment ils apprendraient tant de dialectes. «Le don des langues»
devint de la sorte un privilège merveilleux. On crut la prédication
de l'Évangile affranchie de l'obstacle que créait la diversité des
idiomes. On se figura que, dans quelques circonstances solennelles,
[Pg 65]-[An 34]
les assistants avaient entendu la prédication apostolique chacun dans
sa propre langue, en d'autres termes que la parole apostolique se
traduisait d'elle-même à chacun des assistants[23]. D'autres fois, cela
se concevait d'une manière un peu différente. On prêtait aux apôtres le
don de savoir, par infusion divine, tous les idiomes et de les parler à
volonté[24].
Il y avait en cela une pensée libérale; on voulait dire que l'Évangile
n'a pas de langue à lui, qu'il est traduisible en tous les idiomes,
et que la traduction vaut l'original. Tel n'était pas le sentiment du
judaïsme orthodoxe. L'hébreu était pour le juif de Jérusalem la «langue
sainte»; aucun idiome ne pouvait lui être comparé. Les traductions de
la Bible étaient peu estimées; tandis que le texte hébreu était gardé
scrupuleusement, on se permettait dans les traductions des changements,
des adoucissements. Les juifs d'Égypte et les hellénistes de Palestine
pratiquaient, il est vrai, un système plus tolérant; ils employaient le
grec dans la prière[25], et lisaient habituellement
[Pg 66]-[An 34]
les traductions grecques de la Bible. Mais la première idée chrétienne
fut plus large encore: selon cette idée, la parole de Dieu n'a pas
de langue propre; elle est libre, dégagée de toute entrave d'idiome;
elle se livre à tous spontanément et sans interprète. La facilité avec
laquelle le christianisme se détacha du dialecte sémitique qu'avait
parlé Jésus, la liberté avec laquelle il laissa d'abord chaque peuple
se créer sa liturgie et ses versions de la Bible en dialecte national,
tenaient à cette espèce d'émancipation des langues. On admettait
généralement que le Messie ramènerait toutes les langues comme tous les
peuples à l'unité[26]. Le commun usage et la promiscuité des idiomes
étaient le premier pas vers cette grande ère d'universelle pacification.
Bientôt, du reste, le don des langues se transforma considérablement
et aboutit à des effets plus étranges. L'exaltation des têtes amena
l'extase et la prophétie. Dans ces moments d'extase, le fidèle, saisi
par l'Esprit, proférait des sons inarticulés et sans suite, qu'on
prenait pour des mots en langue étrangère, et qu'on cherchait naïvement
à interpréter[27]. D'autres fois, on croyait que l'extatique parlait
des langues nouvelles et inconnues jusque-là[28];
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ou même la langue des anges[29]. Ces scènes bizarres, qui amenèrent des
abus, ne devinrent habituelles que plus tard[30]. Mais il est probable
que, dès les premières années du christianisme, elles se produisirent.
Les visions des anciens prophètes avaient souvent été accompagnées de
phénomènes d'excitation nerveuse[31]. L'état dithyrambique des Grecs
entraînait des faits du même genre; la Pythie se servait de préférence
de ces mots étrangers ou tombés en désuétude qu'on appelait, comme dans
le phénomène apostolique, _glosses_[32]. Beaucoup des mots de passe du
christianisme primitif, lesquels sont justement bilingues ou formés par
anagrammes, tels que _Abba pater_, _Anathema Maranatha_[33], étaient
peut-être sortis de ces accès bizarres, entremêlés de soupirs[34], de
gémissements
[Pg 68]-[An 34]
étouffés, d'éjaculalions, de prières, d'élans subits, que l'on tenait
pour prophétiques. C'était comme une vague musique de l'âme, épandue en
sons indistincts, et que les auditeurs cherchaient à traduire en images
et en mots déterminés[35], ou plutôt comme des prières de l'Esprit,
s'adressant à Dieu en une langue connue de Dieu seul et que Dieu sait
interpréter[36]. L'extatique, en effet, ne comprenait rien à ce qu'il
disait, et n'en avait même aucune conscience[37]. On écoutait avec
avidité, et on prêtait à des syllabes incohérentes les pensées qu'on
trouvait sur-le-champ. Chacun se reportait à son patois et cherchait
naïvement à expliquer les sons inintelligibles par ce qu'il savait en
fait de langues. On y réussissait toujours plus ou moins, l'auditeur
mettant dans ces mots entrecoupés ce qu'il avait au cœur.
L'histoire des sectes d'illuminés est riche en faits du même genre. Les
prédicants des Cévennes offrirent plusieurs cas de «glossolalie» [38].
Mais le fait
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le plus frappant est celui des «liseurs» suédois[39], vers 1841-1843.
Des paroles involontaires, dénuées de sens pour ceux qui les
prononçaient, et accompagnées de convulsions et d'évanouissements,
furent longtemps un exercice journalier dans cette petite secte.
Cela devint tout à fait contagieux, et un assez grand mouvement
populaire s'y rattacha. Chez les irvingiens, le phénomène des langues
s'est produit avec des traits qui reproduisent de la manière la plus
frappante les récits des _Actes_ et de saint Paul[40]. Notre siècle a
vu des scènes d'illusion du même genre qu'on ne rappellera pas ici; car
il est toujours injuste de comparer la crédulité inséparable d'un grand
mouvement religieux à la crédulité qui n'a pour cause que la platitude
d'esprit.
Ces phénomènes étranges transpiraient parfois au dehors. Des
extatiques, au moment même où ils étaient en proie à leurs
illuminations bizarres, osaient sortir et se montrer à la foule. On les
prenait pour des gens
[Pg 70]-[An 34]
ivres[41]. Quoique sobre en fait de mysticisme, Jésus avait plus d'une
fois présenté en sa personne les phénomènes ordinaires de l'extase[42].
Les disciples, pendant deux ou trois ans, furent obsédés de ces idées.
Le prophétisme était fréquent et considéré comme un don analogue à
celui des langues[43]. La prière, mêlée de convulsions, de modulations
cadencées, de soupirs mystiques, d'enthousiasme lyrique, de chants
d'action de grâce[44], était un exercice journalier. Une riche veine
de «cantiques», de «psaumes», d'«hymnes», imités de ceux de l'Ancien
Testament, se trouva ainsi ouverte[45]. Tantôt la bouche et le cœur
s'accompagnaient mutuellement; tantôt le cœur chantait seul, accompagné
intérieurement de la grâce[46]. Aucune langue ne rendant les sensations
nouvelles qui se produisaient, on se laissait aller à un bégayement
indistinct, à la fois sublime et puéril, où ce qu'on peut appeler «la
langue chrétienne» flottait à l'état d'embryon. Le christianisme, ne
trouvant pas
[Pg 71]-[An 34]
dans les langues anciennes un instrument approprié à ses besoins,
les a brisées. Mais, en attendant que la religion nouvelle se formât
un idiome à son usage, il y eut des siècles d'efforts obscurs et
comme de vagissement. Le style de saint Paul, et en général des
écrivains du Nouveau Testament, qu'est-il, à sa manière, si ce n'est
l'improvisation étouffée, haletante, informe, du «glossolale»? La
langue leur faisait défaut. Comme les prophètes, ils débutaient par
l'_a a a_ de l'enfant[47]. Ils ne savaient point parler. Le grec et le
sémitique les trahissaient également. De là cette énorme violence que
le christianisme naissant fit au langage. On dirait un bègue dans la
bouche duquel les sons s'étouffent, se heurtent, et aboutissent à une
pantomime confuse, mais souverainement expressive.
Tout cela était bien loin du sentiment de Jésus; mais pour des esprits
pénétrés de la croyance au surnaturel, ces phénomènes avaient une
grande importance. Le don des langues, en particulier, était considéré
comme un signe essentiel de la religion nouvelle et comme une preuve
de sa vérité[48]. En tout cas, il en résultait de grands fruits
d'édification. Plusieurs païens
[Pg 72]-[An 34]
étaient convertis par là[49]. Jusqu'au IIIe siècle, la «glossolalie»
se manifesta d'une manière analogue à ce que décrit saint Paul, et
fut considérée comme un miracle permanent[50]. Quelques-uns des mots
sublimes du christianisme sont sortis de ces soupirs entrecoupés.
L'effet général était touchant et pénétrant. Cette façon de mettre
en commun ses inspirations et de les livrer à l'interprétation de
la communauté devait établir entre les fidèles un lien profond de
fraternité.
Comme tous les mystiques, les nouveaux sectaires menaient une vie
de jeûne et d'austérité[51]. Comme la plupart des Orientaux, ils
mangeaient peu, ce qui contribuait à les maintenir dans l'exaltation.
La sobriété du Syrien, cause de sa faiblesse physique, le met dans un
état perpétuel de fièvre et de susceptibilité nerveuse. Nos grands
efforts continus de tête sont impossibles avec un tel régime. Mais
cette débilité cérébrale et musculaire amène, sans cause apparente, de
vives alternatives de tristesse et de joie, qui mettent l'âme en
[Pg 73]-[An 34]
rapport continuel avec Dieu. Ce qu'on appelait «la tristesse selon
Dieu[52]» passait pour un don céleste. Toute la doctrine des Pères de
la vie spirituelle, des Jean Climaque, des Basile, des Nil, des Arsène,
tous les secrets du grand art de la vie intérieure, une des créations
les plus glorieuses du christianisme, étaient en germe dans l'étrange
état d'âme que traversèrent, en leurs mois d'attente extatique, ces
ancêtres illustres de tous les «hommes de désirs». Leur état moral
était étrange; ils vivaient dans le surnaturel. Ils n'agissaient que
par visions; les rêves, les circonstances les plus insignifiantes leur
semblaient des avertissements du ciel[53].
Sous le nom de dons du Saint-Esprit se cachaient ainsi les plus
rares et les plus exquises effusions de l'âme, amour, piété, crainte
respectueuse, soupirs sans objet, langueurs subites, tendresses
spontanées. Tout ce qui naît de bon en l'homme, sans que l'homme y
ait part, fut attribué à un souffle d'en haut. Les larmes surtout
étaient tenues pour une faveur céleste. Ce don charmant, privilège des
seules âmes très-bonnes et très-pures, se produisait avec des douceurs
infinies. On sait quelle force les natures
[Pg 74]-[An 34]
délicates, surtout les femmes, puisent dans la divine faculté de
pouvoir pleurer beaucoup. C'est leur prière, à elles, et sûrement la
plus sainte des prières. Il faut descendre jusqu'en plein moyen âge, à
cette piété toute trempée de pleurs des saint Bruno, des saint Bernard,
des saint François d'Assise, pour retrouver les chastes mélancolies
de ces premiers jours, où l'on sema vraiment dans les larmes pour
moissonner dans la joie. Pleurer devint un acte pieux; ceux qui ne
savaient ni prêcher, ni parler les langues, ni faire des miracles,
pleuraient. On pleurait en priant, en prêchant, en avertissant[54];
c'était l'avénement du règne des pleurs. On eût dit que les âmes se
fondaient et voulaient, en l'absence d'un langage qui put rendre leurs
sentiments, se répandre au dehors par une expression vive et abrégée de
tout leur être intérieur.
[1] Matth., xviii, 20.
[2] _Act._, i, 15. La plus grande partie des «cinq cents frères» était
sans doute restée en Galilée. Ce qui est dit _Act._, ii, 41, est
sûrement une exagération, ou du moins une anticipation.
[3] Luc, xxiv, 53; _Act._, ii, 46. Comp. Luc, ii, 37; Hégésippe, dans
Eusèbe, _Hist. eccl._, II, 23.
[4] Deuter., x, 18; I Tim., vi, 8.
[5] Lire la _Guerre des Juifs_ de Josèphe.
[6] Jean, xx, 22.
[7] I Reg., xix, 11-12.
[8] Cet ouvrage paraît avoir été écrit au commencement du IIe siècle de
notre ère.
[9] _Ascension d'Isaïe_, vi, 6 et suiv. (version éthiopienne).
[10] Matth., iii, 11; Marc, i, 8; Luc, iii, 16; _Act._, i, 5; xi, 16;
xix, 4; I Joan., v, 6 et suiv.
[11] Comparez Misson, _le Théâtre sacré des Cévennes_ (Londres, 1707),
p. 103.
[12] _Revue des Deux Mondes_, sept. 1853, p. 966 et suiv.
[13] Jules Remy, _Voyage au pays des Mormons_ (Paris, 1860), livres ii
et iii; par exemple, vol. I, p. 259-260; vol. II, 470 et suiv.
[14] Astié, _le Réveil religieux des États-Unis_ (Lausanne, 1859).
[15] _Act._, ii, 1-3; Justin, _Apol. I_, 50.
[16] L'expression «langue de feu» signifie simplement, en hébreu, une
flamme (Isaïe v, 24). Comp, Virgile, _Æn._, II, 682-84.
[17] Jamblique (_De myst._, sect. III, cap. 6) expose toute la théorie
de ces descentes lumineuses de l'Esprit.
[18] Comparez Talmud de Babylone, _Chagiga_, 14 _b_, Midraschim, _Schir
hasschirin rabba_, fol. 10 _b_; _Ruth rabba_, fol. 42 _a_; _Koheleth
rabba_, 87 _a_.
[19] Matth., iii, 11; Luc, iii, 16.
[20] Exode, iv, 10; comp. Jérémie, i, 6.
[21] Isaïe, vi, 5 et suiv.; comp. Jérém., i, 9.
[22] Luc, xi, 12; Jean, xiv, 26.
[23] _Act._, ii, 5 et suiv. C'est le sens le plus probable du récit,
quoiqu'il puisse signifier aussi que chacun des idiomes était parlé
séparément par chacun des prédicants.
[24] _Act._, ii, 4. Comp. I Cor. xii, 10, 28; xiv, 21-22. Pour des
imaginations analogues, voir Calmeil, _De la folie_, I, p. 9, 262; II,
p. 357 et suiv.
[25] Talmud de Jérusalem, Sota, 21 _b_.
[26] _Testam. des douze patr._, Juda, 25.
[27] _Act._, ii, 4; x, 44 et suiv.; xi, 15; xix, 6; I Cor., xii-xiv.
[28] Marc, xvi, 17. Il faut se rappeler que, dans l'ancien hébreu,
comme du reste dans toutes les langues anciennes (voir mon _Orig. du
langage_, p. 177 et suiv.), les mots désignant «étranger», «langue
étrangère», venaient de mots qui signifiaient «bégayer», «balbutier»,
un idiome inconnu se présentant toujours aux peuples naïfs comme un
bégayement indistinct. V. Isaïe, xxviii, 11; xxxiii, 19; I Cor., xiv,
21.
[29] I Cor., xiii, 1, en tenant compte de ce qui précède.
[30] I Cor., xii, 28, 30; xiv, 2 et suiv.
[31] I Sam., xix, 23 et suiv.
[32] Plutarque, _De Pythiæ oraculis_, 24. Comparez la prédiction de
Cassandre dans l'_Agamemnon_ d'Eschyle.
[33] I Cor., xii, 3; xvi, 22; Rom., viii, 15.
[34] Rom., viii, 23, 26, 27.
[35] I Cor., xiii, 1; xiv, 7 et suiv.
[36] Rom., viii, 26-27.
[37] I Cor., xiv, 13, 14, 27 et suiv.
[38] Jurieu, _Lettres pastorales_, 3e année, 3_e_ lettre; Misson, _le
Théâtre sacré des Cévennes_, p. 10, 14, 15, 18, 19, 22, 31, 32, 36, 37,
65, 66, 68, 70, 94, 104, 109, 126, 140; Brueys, _Histoire du fanatisme_
(Montpellier, 1709), I, pages 145 et suiv.; Fléchier, _Lettres
choisies_ (Lyon, 1734), I, p. 353 et suiv.
[39] Karl Hase, _Hist. de l'Église_, § 439 et 458, 5; le journal
protestant _l'Espérance_, 1er avril 1847.
[40] M. Hohl, _Bruchstücke aus dem Leben und den Schriften Ed.
Irving's_ (Saint-Gall, 1839), p. 145, 149 et suiv.; Karl Hase, _Hist.
de l'Égl._, § 458, 4.--Pour les Mormons, voir Remy, _Voyage_, I, p.
176-177, note; 259-260; II, p. 55 et suiv.--Pour les convulsionnaires
de Saint-Médard, voir surtout Carré de Montgeron, _la Vérité sur les
miracles_, etc. (Paris, 1737-1741), II, p. 18, 19, 49, 54, 55, 63, 64.
80, etc.
[41] _Act._, ii, 13, 15.
[42] Marc, iii, 21 et suiv.; Jean, x, 20 et suiv.; xii, 27 et suiv.
[43] _Act._, xix, 6; I Cor., xiv, 3 et suiv.
[44] _Act._, x, 46; I Cor. xiv, 15, 16, 26.
[45] Col., iii, 16; Eph., v, 19 (Ψαλμοί, ὔμνοί, ᾠδαὶ πνευματικαἰ). Voir
les premiers chapitres de l'Évangile de Luc. Comparez, en particulier,
Luc, i, 46 à _Act._, x, 46.
[46] I Cor., xiv, 15; Col., iii, 16; Eph., v, 19.
[47] Jérémie, i, 6.
[48] Marc, xvi, 17.
[49] I Cor., xiv, 22. Πνεῦμα, dans les épîtres de saint Paul, est
souvent rapproché de δύναμις. Les phénomènes spirites sont regardés
comme des δυνάμεις;, c'est-à-dire des miracles.
[50] Irénée, _Adv. hær._, V, vi, 1; Tertullien, _Adv. Marcion._, V, 8;
_Constit. apost._, VIII, 1.
[51] Luc, ii, 37; II Cor., vi, 5; xi, 27.
[52]. II Cor., vii, 10.
[53] _Act._, viii, 26 et suiv.; x entier; xvi, 6, 7, 9 et suiv.
Comparez Luc, ii, 27, etc.
[54] _Act._, xx, 19, 31; Rom., viii, 23, 26.
[Pg 75]-[An 35]
CHAPITRE V.
PREMIÈRE ÉGLISE DE JÉRUSALEM; ELLE EST TOUTE CÉNOBITIQUE.
L'habitude de vivre ensemble, dans une même foi et dans une même
attente, créa nécessairement beaucoup d'habitudes communes. Très-vite,
des règles s'établirent et donnèrent à cette Église primitive quelque
analogie avec les établissements de vie cénobitique, tels que le
christianisme les connut plus tard. Beaucoup de préceptes de Jésus
portaient à cela; le vrai idéal de la vie évangélique est un monastère,
non un monastère fermé de grilles, une prison à la façon du moyen âge,
avec la séparation des deux sexes, mais un asile au milieu du monde,
un espace réservé pour la vie de l'esprit, une association libre ou
petite confrérie intime, traçant une haie autour d'elle pour écarter
les soucis qui nuisent à la liberté du royaume de Dieu.
Tous vivaient donc en commun, n'ayant qu'un
[Pg 76]-[An 35]
cœur et qu'une âme[1]. Personne ne possédait rien qui lui fût propre.
En se faisant disciple de Jésus, on vendait ses biens et on faisait don
du prix à la société. Les chefs de la société distribuaient ensuite
le bien commun à chacun selon ses besoins. Ils habitaient un seul
quartier[2]. Ils prenaient leurs repas ensemble, et continuaient d'y
attacher le sens mystique que Jésus avait prescrit[3]. De longues
heures se passaient en prières. Ces prières étaient quelquefois
improvisées à haute voix, plus souvent méditées en silence. Les
extases étaient fréquentes, et chacun se croyait sans cesse favorisé
de l'inspiration divine. La concorde était parfaite; nulle querelle
dogmatique, nulle dispute de préséance. Le souvenir tendre de Jésus
effaçait toutes les dissensions. La joie était dans tous les cœurs,
vive et profonde[4]. La morale était austère, mais pénétrée d'un
sentiment doux et tendre. On se groupait par maisons pour prier et se
livrer aux exercices extatiques[5]. Le souvenir de ces deux ou trois
premières
[Pg 77]-[An 35]
années resta comme celui d'un paradis terrestre, que le christianisme
poursuivra désormais dans tous ses rêves, et où il essayera vainement
de revenir. Qui ne voit, en effet, qu'une telle organisation ne pouvait
s'appliquer qu'à une très-petite Église? Mais, plus tard, la vie
monastique reprendra pour son compte cet idéal primitif, que l'Église
universelle ne songera guère à réaliser.