DU ROI

À Berlin, le 8 janvier 1766.

Non, il n'est point de plus plaisant vieillard que vous. Vous avez

conservé toute la gaieté et l'aménité de votre jeunesse. Votre lettre

sur les miracles m'a fait pouffer de rire. Je ne m'attendais pas à m'y

trouver et je fus surpris de m'y voir placé entre les Autrichiens et les

cochons. Votre esprit est encore jeune, et tant qu'il restera tel il n'y

a rien à craindre pour le corps. L'abondance de cette liqueur qui

circule dans les nerfs et qui anime le cerveau prouve que vous avez

encore des ressources pour vivre.

Si vous m'aviez dit, il y a dix ans, ce que vous dites en finissant

votre lettre, vous seriez encore ici. Sans doute que les hommes ont

leurs faiblesses, sans doute que la perfection n'est point leur partage,

je le ressens moi-même, et je suis convaincu de l'injustice qu'il y a

d'exiger des autres ce qu'on ne saurait accomplir et à quoi soi-même on

ne saurait atteindre. Vous deviez commencer par là, tout était dit, et

je vous aurais aimé avec vos défauts, parce que vous avez assez de

grands talents pour couvrir quelques faiblesses.

Correspondance de Voltaire avec le roi de Prusse · 第 66 / 125 题