À Breslau, le 21 mars 1759.
Vous ne vous êtes pas trompé tout à fait: je suis sur le point de me
mettre en marche. Quoique ce ne soit pas pour des sièges, toutefois
c'est pour résister à mes persécuteurs.
J'ai été ravi de voir les changements et les additions que vous avez
faits à votre ode. Rien ne me fait plus de plaisir que ce qui regarde
cette matière-là. Les nouvelles strophes sont très belles, et je
souhaiterais fort que le tout fût déjà imprimé. Vous pourrez y ajouter
une lettre selon votre bon plaisir: et quoique je sois très indifférent
sur ce qu'on peut dire de moi en France et ailleurs, on ne me fâchera
pas en vous attribuant mon _Histoire de Brandebourg_. C'est la trouver
très bien écrite, et c'est plutôt me louer que me blâmer.
Dans les grandes agitations où je vais entrer, je n'aurai pas le temps
de savoir si on fait des libelles contre moi en Europe, et si on me
déchire. Ce que je saurai toujours, et dont je serai témoin, c'est que
mes ennemis font bien des efforts pour m'accabler. Je ne sais pas si
cela en vaut la peine. Je vous souhaite la tranquillité et le repos
dont je ne jouirai pas, tant que l'acharnement de l'Europe me
persécutera. Adieu. FÉDÉRIC.