DE M. DE VOLTAIRE

Aux Délices, le 27 mars 1759.

.....Votre Majesté me traite comme le monde entier; elle s'en moque

quand elle dit que le président se meurt. Le président vient d'avoir à

Bâle un procès avec une fille qui voulait être payée d'un enfant qu'il

lui a fait. Plût à Dieu que je pusse avoir un tel procès! j'en suis un

peu loin; j'ai été très malade, et je suis très vieux: j'avoue que je

suis très riche, très indépendant, très heureux; mais vous manquez à mon

bonheur, et je mourrai bientôt sans vous avoir vu; vous ne vous en

souciez guère, et je tâche de ne m'en point soucier. J'aime vos vers,

votre prose, votre esprit, votre philosophie hardie et ferme. Je n'ai pu

vivre sans vous, ni avec vous. Je ne parle point au roi, au héros, c'est

l'affaire des souverains; je parle à celui qui m'a enchanté, que j'ai

aimé, et contre qui je suis toujours fâché......

Correspondance de Voltaire avec le roi de Prusse · 第 62 / 125 题