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=EXPLICATION DES FIGURES=
PAR M. PERRON.
* * * * *
Toutes les figures de ce voyage ont été dessinées par mon ami M.
Machereau, ancien élève de M. Perron, peintre, élève de David. M.
Machereau (qui est aussi musicien, élève du Conservatoire de Paris) est
depuis longues années professeur de dessin à l’École de cavalerie de
Gyzeh, en Égypte. (Aujourd’hui cette école est supprimée.)
La ressemblance de tous les portraits est frappante de vérité, malgré la
rapidité avec laquelle ils ont été faits. Cette rapidité était une
condition indispensable ; il a fallu en quelque sorte saisir et
surprendre ceux qu’ils représentent, chez le cheykh El-Tounsy ; c’est là
que nous les ayons rencontrés tous, excepté deux, à plusieurs reprises.
Si ces braves Soudaniens se fussent seulement doutés que l’on dessinait
leur figure, ils se fussent enfuis à toutes jambes, persuadés que nous
voulions leur jeter un sort, les ensorceler. Il n’y a que le cheykh El-
Tounsy qui ait posé. (Voyez son portrait en face du _titre_.) Le
Barnâouyen a été dessiné, aussi par surprise, chez le sultan Abou-
Madiân, dont le portrait est dans le volume du voyage au Dârfour. Le
sultan, après avoir posé, fit appeler le Barnaouyen chez lui, le fit
causer, l’entretint longtemps et donna le loisir à M. Machereau de
tracer et de modeler notre homme.
Je dois encore à M. Machereau la notation musicale de quelques chants
que j’ai placés à la fin des planches de ce volume. M. Machereau a écrit
ces airs sous le chant même du cheykh El-Tounsy, tout comme il a tracé
et dessiné les instruments, les armes, l’accoutrement militaire, la vue
de Ouârah, etc., sur les croquis grossiers et les explications de ce
même cheykh.
PLANCHE I. _Essai de carte_ du Ouadây, ou Dar-Séleîh, pour le Voyage au
Soudan du cheykh Mohammed-el-Tounsy, dressée d’après les indications de
ce cheykh, du Ouadayen Ilaly, d’un Barnâouy, etc., par M. Perron. Kaire,
1845. Voyez, sur la construction de ce dessin, les observations insérées
dans l’ouvrage. On a reproduit dans un angle de la carte, et plus en
grand, les environs de la capitale.
_Nota._ Les collines entre lesquelles sont comprises les vallées de
Botayha et de Batha sont plus prononcées dans le dessin original que
dans cette planche.
FIGURE 1, PLANCHE II. Demeure de Sâboûn avant qu’il fût sultan : on voit
ici une double enceinte ou double zérybeh en branches de bois épineux.
L’enceinte extérieure est fermée par une branche brute, no 1, c’est la
porte. L’enceinte intérieure est fermée par une porte grossière, no 2,
faite d’ais liés entre eux à claire voie, et fixée au sol par un de ses
montants. Le tirdjeh, no 3, est une élévation située entre les deux
enceintes. _Voy._ chap. IV, 1re partie. La plus grande hutte est celle
du prince ; les autres sont celles de ses femmes ; de ses concubines et
de ses eunuques.
FIG. 2, PL. III. Aperçu de la ville de Ouârah, capitale du Ouadây, avec
les noms des demeures de plusieurs individus, placées aux endroits que
m’a indiqués le cheykh El-Tounsy, et que ces personnes occupaient
lorsqu’il était dans cette ville. _Voy._ chap. II, 2e partie. Ouârah est
divisée en deux grands quartiers, l’un au nord, l’autre au sud. Au
devant du _palais_ du sultan, au point A, est une mosquée de médiocre
grandeur et de construction plus médiocre encore. C’est la seule mosquée
qu’il y ait dans tout le Ouadây. A Tendelty, capitale du Dârfour, il y
en a quelques-unes ; plusieurs autres encore se trouvent dans quelques-
unes des principales localités du Dârfour, mais il n’y en a qu’une seule
dans chacune de ces localités, et toujours c’est une construction
grossière et de chétive apparence.
La partie la plus profonde de la demeure du sultan, c’est-à-dire
l’espace ou sorte de grande cour qui en forme la portion Est, à partir
du bâtiment E et de la quatrième porte, est réservée aux nombreuses
huttes ou cabanes du harem du prince. En arrière, à droite de H, au
nord-est de ce même bâtiment E, sont trois autres petites maisons
encloses d’un même mur, bâties en terre et en pierres, et terminées en
plates-formes au lieu de toit conique. De ces trois bâtisses, l’une
renferme le trésor du sultan ; les deux autres renferment ses hardes,
ses armes, tout l’attirail de parure et de représentation impériale.
Après la porte de fer, c’est-à-dire, entre le troisième et le quatrième
mur, à gauche en entrant, est la grande étable des chevaux du prince et
les huttes des saïs ou grooms.
L’enceinte de montagnes qui entoure Ouârah, forme trois masses d’inégale
longueur et trois échappées ou passages dont deux sont au midi et un au
nord. L’épaisseur et la hauteur de cette chaîne varient. A l’est, les
masses sont plus serrées, plus abruptes, plus élevées, plus larges, et
sont infranchissables. Cette disposition se modifie et s’adoucit
insensiblement à mesure que, venant des deux côtés nord et sud, on
arrive à la ligne de l’ouest. A l’ouest, il y a même un endroit par où
l’on peut sortir de l’enceinte et y entrer. Cette issue, praticable
seulement aux piétons, est au-dessus et vis-à-vis de la lettre G, fig.
2, et A, fig. 2 _bis._
Dans l’intérieur de Ouârah, il n’y a pas d’autres arbres que les
quelques seyâl (_mimosa seyâl_) qui sont sur la place du Fâcher. Les
environs de la ville sont également sans arbres et aussi sans culture,
jusqu à une distance d’un quart de lieue ; du côté du sud surtout,
jusqu’à une distance d’une heure au moins, le sol est dur et nu, sans
trace de végétation, même dans les premiers villages que l’on rencontre.
A la sortie la plus à l’est, du côté du sud de la chaîne des monts
Ouârah, est l’endroit appelé Byr-Ochar, ou encore Byr-Sâboûn, c’est-à-
dire les puits d’Ochar, ou de Sâboûn. Ce sont quelques puits d’eau
potable situés à quelques minutes des monts. La terre est élevée autour
de ces puits ; car tous les ans on est obligé de les déblayer et de les
débarrasser de la terre qu’y entraînent les grandes pluies.
Les demeures ou huttes entourées de zérybeh sont la plupart celles
d’individus riches ou de hauts fonctionnaires du gouvernement. Les gens
de leur suite ou de leur service ont leurs huttes en dehors et à
proximité des zéribeh.
La population de Ouârah, toujours selon notre cheykh El-Tounsy, peut
s’évaluer à 40,000 âmes, hommes, femmes, enfants et esclaves. Environ
8,000 hommes armés pourraient être fournis par cette population, en
supposant qu’on réunît tous les individus en état de porter les armes ;
car au Ouadây, et en général dans tout le Soudan, tout homme pouvant
porter les armes est soldat au jour du besoin.
Du reste, pour les guerres, il est de principe, au Ouadây, de ne lever,
au plus, que la moitié des hommes capables d’être soldats, et cela même
dans les grandes nécessités. Habituellement on reste au-dessous de cette
proportion. Les levées ordinaires peuvent amener sous les armes jusqu’à
80 et 90 mille hommes. L’effectif possible des forces militaires du
Ouadây s’élèverait au moins à 200,000 hommes. En tenant compte du nombre
d’individus qui composent les familles, terme général, et en considérant
que les Ouadayens adultes ont presque tous plusieurs femmes, un certain
nombre d’enfants et même d’esclaves des deux sexes, on peut évaluer les
habitants du Ouadây, au moins à 5,000,000 d’individus. Ce nombre,
comparé à l’étendue du pays, serait encore loin de ce que le cheykh El-
Tounsy et les faguyh Délyl et Ilâly, etc., m’ont répété si souvent, en
me parlant _des troupeaux de population_ (c’est leur terme) qui abondent
sur le sol ouadayen.
FIG. 2 _BIS_, PL. IV. Ville de Ouârah, capitale du Ouadây, d’après les
informations et les documents reçus du cheykh El-Tounsy. _Voy._ chap.
II, 2e partie.
FIG. 3, PL. V. _Dabboûz_ ou _dabboûs_, assommoir, casse-tête, sorte de
masse d’armes. C’est une tige en bois, longue de deux ou trois pieds au
plus, à renflement revêtu de rubans de fer. Il y a d’autres dabboûs en
bois, longs de quatre ou cinq pieds, comme des gourdins, et dont le
renflement arrondi, non garni de fer, est formé du haut de la racine
même de l’arbre. _Voy._ chap. IV, 1re partie.
FIG. 4, PL. VI. Oreille percée de plusieurs trous vers le bord du
pavillon. _Voy._ chap. III, 2e partie.
FIG. 5, PL. V. _Kourbâdj_ recourbé, ou couteau en forme de faucille.
Instrument ou arme d’attaque d’une peuplade anthropophage. _Voy._ chap.
III, 2e partie.
FIG. 6, PL. V. _Acrab_ ou scorpion, sorte d’entrave. C’est une barre de
fer recourbé en S. _Voy._ chap. V, 2e partie.
FIG. 7, PL. V. Brancard à traverses en cordes, pour transporter les
morts. _Voy._ chap. VI, 2e partie.
FIG. 8, PL. VI. Bras gauche armé du grand couteau Kirdâouy. _Voy._ chap.
V, 1re partie, et chap. IX, 2e partie.
FIG. 9, PL. VI. Couteau simple attaché au-dessus du coude. Dans la Nubie
et dans le Soudan, cette arme est portée presque constamment par les
hommes. _Voy._ chap. IX, 2e partie.
FIG. 10, PL. VI. Femme portant le Karandjalah. _Voy._ chap. IX, 2e
partie.
FIG. 11, PL. V. Gorgerin ou pièce antérieure du caparaçon des chevaux
harnachés en guerre. Des cordons attachent sur l’encolure et
maintiennent cette pièce en avant du poitrail. _Voy._ chap. XI, 2e
partie.
FIG. 12, PL. V. Pièce du caparaçon fixée sur la croupe, et garantissant
le train postérieur. Les deux extrémités se nouent sous le ventre du
cheval. La coupure facilite le rapprochement du bord, en avant, pour
nouer cette pièce à la pièce qui protége le ventre du cheval et sur
laquelle passe l’étrier. _Voy._ chap. XI, 2e partie.
FIG. 13, PL. V. Pièce du caparaçon garantissant le milieu du flanc du
cheval, elle s’attache à la pièce du poitrail et à celle de la croupe
par le moyen de cordons. _Voy._ chap. XI, 2e partie.
FIG. 14, PL. V. Sayon ou saie. Le dessin indique les losanges de
diverses couleurs et assez irréguliers qui couvrent le sayon en dehors.
La _châyeh_ ou saie est à manches qui viennent ordinairement jusqu’au
poignet ; elle descend jusqu’au milieu des cuisses et est fendue en
arrière depuis le bord inférieur jusqu’à la hauteur d’un pied environ
pour s’écarter suffisamment de chaque côté de la selle, ou pour ne pas
gêner la marche des fantassins. _Voy._ chap. XI, 2e partie. Sous la
châyeh, les soldats fôriens et surtout les cavaliers, portent la chemise
de mailles ou cotte de mailles en fer. Cette cotte de mailles est en
forme de chemise, fendue en bas par devant, descendant jusque vers le
milieu de la cuisse et parfois jusqu’aux genoux. Lorsque les manches de
cette cotte composée d’anneaux de fer entrés les uns dans les autres ne
viennent que jusque vers le coude, l’avant-bras est protégé par un
brassart formé de deux plaques de fer blanc arrangées et courbées de
façon à couvrir le bras, revêtues de drap à leur face interne et
maintenues sur l’avant-bras avec des crochets qui se trouvent alors sur
la direction du radius. Des charnières sur le bord opposé des deux
pièces du brassart, permettent d’écarter et de rapprocher les deux
parties de cette armure. Ce brassart porte le nom de komounah ou
koumou_n_ah. Du reste les soldats, fantassins ou cavaliers, sont
toujours jambes et pieds nus. La cavalerie n’a pas de boucliers. Le
cavalier a souvent deux lances kaukâb.
FIG. 15, PL. VI. Cheval préparé et harnaché pour le combat. Ce cheval,
haut monté sur jambes, a par là même un caractère dongolâouy ou de race
de Dongolah. Il est habillé de son caparaçon ; la tête est munie de
plaques ou joues en fer-blanc réunies par des liens au frontail qui est
bombé et aussi en fer-blanc. Toutes ces pièces en fer-blanc sont
doublées de drap qui les déborde à l’entour et fait ainsi une sorte de
parure. La têtière passe sous ces plaques qui d’ailleurs sont tenues
entre elles sur le front et derrière les oreilles du cheval.
Deux sabres droits sont suspendus par un bout à l’avant de la selle, et
par l’autre bout au troussequin.
Le cheval ainsi harnaché rappelle ceux dont se servaient en guerre les
anciens chevaliers, et les miniatures du _manuscrit des miracles de
Saint-Louis_ (époque du XIIIe siècle).
Lorsque le cheval s’abat, il s’embarrasse tellement dans ses caparaçons
et couvertures, qu’il ne parvient pas toujours à se remettre sur jambes.
Le cavalier lui-même risque d’être gravement blessé, ou d’être pris ou
tué, car il a, lui aussi, un embarras énorme dans ses lances, sa châyeh
et sa cotte de mailles qui parfois encore est double.
Le cavalier placé debout au côté droit du cheval est couvert de la saie
piquée et coiffé de la _tasse_ ou bassinet rond à trois baguettes, une
sur chaque tempe, et l’autre sur le front et le nez ; la nuquière est en
mailles de fer et tombe jusque sur les épaules. Ce cavalier porte la
grande lance kaukâh dont le kindâb ou talon est rendu pesant par une
pièce d’ébène qui y est fixée, ou bien par quelques tours d’un ruban de
fer. Un esclave est en tête du cheval ; un fantassin ordinaire est en
arrière. _Voy._ chap. XI, 2e partie.
FIG. 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 24 _bis_, 25, 25 _bis_, 26, 27,
PL. V. Différentes formes de fers de lances et de javelines. _Voy._
chap. XI, 2e partie. Le fer de lance, no 24 _bis_, est hérissé de
piquants au point _a_. La fig. 25 _bis_ a été dessinée sur une lance
d’une seule pièce et entièrement en fer. Vers le bas de la hampe, au
point _c_ (25 _ter_), elle était revêtue d’un morceau de peau d’animal
avec ses poils, servant à tenir l’arme plus fermement.
FIG. 28, 28 _bis_, 29, 30, 30 A, 30 B, PL. VI. Boucliers de différentes
formes. _Voy._ chap. XI, 2e partie. La fig. 28 porte deux courroies,
l’une, _a_, pour suspendre le bouclier à l’épaule ; l’autre, _bb_, pour
le porter en bandouillère. En _cc_, sont des lannières étroites qui ne
servent que d’ornement. La fig. 28 _bis_, _a, b_, représente un bouclier
assez grossièrement travaillé, d’une forme singulière, et qui est aussi
en usage chez les peuplades des bords du Nil ou Fleuve-Blanc, vers les
4o et 5o de latitude, m’a été donné par mon ami M. d’Arnaud, et je l’ai
envoyé avec d’autres objets au cabinet de la Société historique et
archéologique de Langres. Ce bouclier a 71 centimètres de long et 9
centimètres de large à son milieu. C’est une sorte de grosse pièce de
bois plus large à son milieu, bombée en dehors et en avant. La partie
saillante en avant forme une crête épaisse qui va en dédolant sur chaque
côté comme le représente la fig. 28 _bis_, _b_, où le bouclier est vu de
face. La partie opposée, tenue par la main, est amincie et forme une
longue crête, de haut en bas, creusée d’un sillon dans toute sa longueur
pour permettre d’y poser une lance _cc_ qui alors est maintenue
solidement le long du bouclier par la main qui le tient. Car l’individu
a toujours deux lances, l’une portée, comme je viens de le dire, par la
main qui a le bouclier, l’autre portée par la main droite et qui est
celle avec laquelle on combat réellement. Lorsque l’individu a cru
nécessaire de lancer cette dernière lance à un ennemi, il reprend
aussitôt celle qui est maintenue dans le sillon du bouclier par la main
gauche. Cette lance est toujours plus forte et plus longue que l’autre,
car l’individu ne s’en sépare jamais dans le combat. Le bouclier en
question ici est percé, au milieu et dans la direction d’une face
latérale à l’autre, d’un trou oblong assez grand, ce qui fait une sorte
d’anse par laquelle la main tient le bouclier et la lance _cc_. La fig.
28 _bis_, _a_, présente cette disposition ; le bouclier y est vu
latéralement.
La fig. 30 A, est un bouclier à deux échancrures très-bien arrondies,
dont l’entrée est un peu plus rétrécie que l’intérieur. L’_umbo_ porte
une côte ou saillie qui n’est qu’un repoussement du cuir en dehors, de
même que l’_umbo_ tout entier. Le bouclier sur lequel a été dessiné
cette fig. 30 A, et que j’ai envoyé aussi au musée de Langres, était en
peau de bufle. Autour de l’umbo il y avait une couronne de légers
dessins d’angles. L’échancrure du bouclier sert souvent à poser la lance
pour viser l’adversaire et la lui lancer plus sûrement. C’est ce
qu’indique la fig. 30 B. Les courroies servent à suspendre le bouclier à
l’épaule.
FIG. 31, PL. V. _Guerfeh_, sorte de grand sac de cuir pour voyager. Il
sert à mettre les hardes, les provisions de bouche. _Voy._ chap. III, 3e
partie.
FIG. 32, PL. VII. Femme ouadayenne coiffée de la parure appelée am-
chinga. _Voy._ chap. IX, 2e partie. L’arrangement des cheveux n’est
point disposé par étages et par renflement sur les côtés et derrière la
tête, comme chez les Fôriennes, _voy._ fig. 10, pl. VI ; c’est une
simple accumulation d’une foule de frisures très-fines et allongées,
laissées pendantes à leur place naturelle, comme chez nous dans les
_coiffures à l’enfant_. Les Ouadayennes de condition aisée passent
beaucoup de temps à l’arrangement de leur chevelure, à coordonner la
multitude des tuyaux de frisure qui leur forment comme une perruque
serrée. En arrière, ces cheveux finement bouclés, en boucles aussi
longues que le permet le crépu des cheveux, tombent sur le cou, d’une
oreille à l’autre, et arrivent même jusque sur les épaules ; mais, pour
cela, les Ouadayennes adaptent très-souvent de faux cheveux à leur
chevelure, et, par cette ressource, allongent la chute de leurs frisures
par derrière la tête. Il n’y a que les femmes d’origine arabe, me dit le
cheykh El-Tounsy, qui n’aient pas besoin de cet emprunt pour se coiffer
à la grande mode, à frisures tombantes.
Les tuyaux frisés du milieu du devant de la tête ne descendent pas du
côté du front. Ils sont au contraire remontés et couchés de bas en
haut ; de plus, il y a, au milieu, une ligne de séparation marquée
depuis le front jusqu’au bout de la tête ; c’est là que s’applique l’am-
chinga.
FIG. 32 D, PL. VII. L’am-chinga, parure que portent sur le devant de la
tête les femmes des personnages distingués. Les crochets supérieurs de
l’am-chinga se fixent dans les cheveux qui sont frisés et serrés comme
on l’a dit. _Voy._ chap. IX, 2e partie.
FIG. 33, PL. VIII. Portrait d’un Mandarâouy ou Mandaraouyen (habitant du
Mandarah), province méridionale du Barnau. Les Mandaraouyens sont une
population à part, conquise par le Barnau. L’individu représenté par le
portrait, était soldat au service du pacha d’Égypte. Il arriva au Caire
après la guerre de Syrie à laquelle il avait assisté. Je le fis
dessiner, sans qu’il s’en doutât, à l’hôpital de Casr-el-Ayny où il
était entré légèrement malade. Sa conversation (il parlait bien
l’arabe), ses mouvements, toute sa physionomie, exprimaient la vivacité
et l’intelligence.
FIG. 34, PL. VII. Le faguyh Délyl, grand câdi du Ouadây. Il était
d’origine arabe, mais né au Ouadây. Il avait fait ses études à la
mosquée El-Azhar, au Kaire. Il mourut en pèlerinage. _Voy._ chap. X, 1re
partie.
FIG. 35, PL. VII. Le faguyh Ilâly, Ouadayen d’origine, né à Ouârah qu’il
habite encore. Il occupe la maison même qu’occupait le cheykh El-Tounsy.
_Voy._ Introduction.
FIG. 36, PL. VII. Un Ouadayen du village de Koudkous dans la province du
Batha, au centre du Ouadây. Il accompagnait le faguyh Ilâly lorsque
celui-ci passa au Caire pour aller en pèlerinage à la Mekke. Sa
physionomie, fine d’expression et de malice, avait l’air railleur.
FIG. 37, PL. VIII. Portrait du Barnâouy ou Barnâouyen (habitant du
Barnau), dessiné chez le sultan Abou-Madiân, au Kaire. Le portrait de ce
Barnâouyen, comme tous les autres portraits précédents, est d’une
ressemblance parfaite : figure longue, lèvres grosses, nez peu saillant,
yeux petits, pommettes avancées ; air bénin, dévot et sanctifié,
assaisonné de l’expression un peu niaise qui va si harmoniquement avec
son tarbouche allongé. Ce Barnâouyen, né au Birny du Barnau, a passé
quatre ans au Caire à faire ses études. Il a appris ce que l’on enseigne
si médiocrement à la mosquée El-Azhar, la Sorbonne d’Égypte, et il s’est
en allé cheykh bréveté jugé digne d’être câdi au Barnau.
NOTA. Les détails relatifs aux figures ont été reçus du cheykh de vive
voix.
MUSIQUE.
PL. IX. Parmi les chants dont je donne la musique, il en est deux, le 7e
et le 8e, dont le texte n’est pas cité dans le courant de cet ouvrage.
Voici l’explication des mots qui composent ces deux chants :
No 7. _Chout-Koum_, vous pourriez. _Koum_ est le mot arabe _vous_,
régime. — _Toçalo_, que vous obteniez, atteigniez à, arriviez à. C’est
le mot arabe _toûçaloû_ qui a ce même sens. — _Lé_, préposition arabe,
_à, jusqu’à_. — _Khdeyrah_, diminutif arabe _Khodeyrah_, nom propre. —
Le sens est : « Vous pourriez arriver à ma belle Khodeyrah, celle que
j’aime ? vous pourriez y arriver ? vous le pourriez ? Non, jamais. Et si
vous le tentiez, je vous tuerais ; elle est à moi seul. »
No 8. _Yobané eyo ebné_. Ces mots n’ont pas de sens ; c’est une sorte de
mise en train, comme nos _la la déri déra_, etc. — _El-leyl_, la nuit ;
mot arabe. — _Bobé_, est avancée, avancée au tiers (et je suis encore
seule !). — _Dâr-Fôr_, le Dârfour, c’est-à-dire ici, le monde entier ;
car, pour les Fôriens, le Dârfour c’est l’univers. — _Guéfé_, c’est le
mot arabe _djafa_ ou _djéfé_, s’éloigner, c’est-à-dire : le monde se
disperse, s’éloigne ; ceux qui s’aiment dans ce monde sont souvent
éloignés l’un de l’autre, forcés de se séparer. — _Ana_, moi, je,
nominatif ; mot arabe. — _Râcy_, ma tête ; arabe. — _Naouei_, mot
d’origine arabe, pour _nâouy_, a désir ; c’est-à-dire : je veux fuir ;
ma tête, mon esprit veut que j’aille de par le monde à la recherche de
mon amant. — Cet air n’est chanté que par les femmes, il est fôrien.
* * * * *
=TABLE DES MATIÈRES=
CONTENUES DANS LE
VOYAGE AU OUADÂY.
[Décoration]
_Page_
PRÉFACE, par M. JOMARD I-LXXV
--------------
INTRODUCTION, par M. PERRON 1
--------------
PREMIÈRE PARTIE, OU PARTIE HISTORIQUE.
CHAPITRE Ier. — Causes qui ont déterminé le cheykh El-Tounsy 37
à passer du Dârfour au Dâr-Ouadây. — Reclusion ; délivrance.
— Départ du Dârfour. — Retards ; guides ; traversée de
l’espace qui sépare le Ouadây du Dârfour. — Quantité
d’animaux sauvages. — Entrée au Ouadây. — Formalités
singulières. — Bosses du courage. — Présentation à l’aguîd
ou gouverneur de la province de l’Est. — Envoyés du sultan.
— Départ pour Abâly. — Sorte de quarantaine. — Grand repas
envoyé au cheykh par le sultan. — Présents du cheykh au
sultan et du sultan au cheykh. — Présent d’œufs de pintade.
— Accidents
CHAPITRE II. — Le sultan Séleîh, dont le nom est aussi donné 68
au Ouadây. — De l’origine des familles régnantes au
Kordofâl, au Dârfour et au Ouadây
CHAPITRE III. — Conventions primitives de paix entre les 76
Fôriens et les Ouadayens. — Rupture ; guerres. — Victoires
des Ouadayens. — Deux sultans fôriens sont tués sur le champ
de bataille. — Paix
CHAPITRE IV. — Le sultan Mohammed-Abd-el-Kérym, surnommé 92
Sâboûn. — Sa jeunesse. — Ses qualités. — Il se prépare au
sultanat. — Il s’empare de la demeure impériale, et se fait
reconnaître souverain. — Prétentions de ses frères. — Guerre
civile. — Sâboûn triomphe ; il brûle les yeux à un de ses
frères. — Il prend l’autre par ruse, et le fait mettre à
mort
CHAPITRE V. — Tyrannie et déréglements d’Ahmed, sultan du 121
Bâguirmeh. — Incursions des Bâguirmiens sur le territoire
ouadayen. — Lettres de Sâboûn à Ahmed. — Expédition et
départ de Sâboûn. — Arrivée dans l’espace qui sépare le
Ouadây et le Bâguirmeh. — Un abou-carn se précipite sur les
Ouadayens ; il est tué par un esclave. — Plusieurs chefs
condamnés à mort. — Comparaison des Rézeigât et des
Djéâtenah. — Vénération pour le souverain. — Anecdote. — Le
souverain est toujours inspiré du ciel. — Autre anecdote
CHAPITRE VI. — Les Ouadayens pénètrent dans le Bâguirmeh ; 14
ils arrivent à peu de distance de la capitale. — Sâboûn
dispose ses corps d’armée. — Les Bâguirmiens sont battus. —
Prise du birny. — Siége et prise de la demeure du sultan. —
Pillage. — Richesses ; numéraire. — Disparition du sultan
bâguirmien. — Par le moyen de ses femmes, on le retrouve
parmi les morts. — Bas prix des esclaves. — Dons du sultan
Sâboûn