Parmi les voyageurs, il y avait Mohammed-el-Benzerty, Arabe du village

de Benzert, dans les États de Tunis ; mon oncle Tâher, frère utérin de

mon père ; Mohammed-el-Hantâty, Arabe de la tribu des Hantâtah, dans le

Gharb, mais né à Tunis ; Mohammed-el-Tayb, fils de Djallâun, marchand au

bazar du Ghoûryeh, au Caire. Ces trois derniers avaient fait bourse

commune ; ils s’étaient associés commercialement. Une certaine

antipathie les tenait éloignés du sellier ; car au Caire, lorsqu’il les

apercevait arrêtés ou qu’il les voyait passer, il disait à ceux qui

étaient auprès de lui : « Examinez-donc ces juifs du Ghoûryeh. » Dans le

voyage aussi, il leur adressa souvent des paroles méprisantes ; mais ils

ne lui répondirent pas.

On arriva au Ouadây. Le sellier s’empressa d’offrir au sultan les deux

femmes esclaves et les deux selles. Ces présents furent parfaitement

accueillis et attirèrent au Tripolitain la bienveillance de Sâboûn. Le

sellier fut même nommé vizir, et il reçut du prince, en cadeau, sept à

huit cents esclaves, des chameaux et des bœufs en grand nombre. En un

mot, il captiva les bonnes grâces du sultan, et eut la parole haute et

puissante.

Il n’était à Ouârah que depuis une quinzaine de jours, lorsque mon père

mourut et passa au sein de la miséricorde et de la clémence divines. En

arrivant au Ouadây, le Tripolitain avait appris de quelle faveur mon

père jouissait auprès du sultan. Mohammed alors craignit l’influence de

mon oncle Tâher et de ses deux compagnons, et il ne parla plus d’eux.

Mais après la mort de mon père, il ne connut plus de frein ; il versa

mille injures sur sa mémoire ; il outrageait son nom partout où il se

trouvait. Toutes les fois qu’il entendait citer mon père, il s’écriait :

« Le vieux fou est entré en triomphe en enfer, précédé de sept torches

flambantes. » Mon oncle Zarroûk fut bientôt informé des propos et des

dires malveillants du sellier, et résolut de s’en venger. Mais de peur

de s’attirer l’animadversion de Sâboûn, il attendit l’occasion

d’attaquer et d’humilier l’insolent Trâbloucy, si fier de sa position

auprès du prince.

Or un jour, dans une réunion où était Zarroûk, on vint à parler du

sellier. « On ne sait vraiment pas, dit un des assistants, si ce

Tripolitain est musulman ou chrétien. — Pourquoi ? reprit un autre. —

Jamais on ne le voit faire un bout de prière. » Ces quelques paroles

mirent à mon oncle la joie au cœur. « Ce que tu dis là, ajouta Zarroûk,

est-il bien vrai ? — Certainement. — En témoignerais-tu devant le câdi,

si le câdi t’appelait en témoignage ? — Certainement. — Et connais-tu

des gens qui pourraient témoigner avec toi ? — J’en connais beaucoup ; »

et il nomma plusieurs individus qui fréquentaient assidûment le sellier.

Le lendemain Zarroûk se rendit au mehkémeh (le tribunal de justice), et

y fit appeler le Tripolitain. Celui-ci comparut. Alors mon oncle dit :

« Que Dieu vienne en aide au câdi ! Je déclare ici, pour la seule gloire

de Dieu, sans aucune pensée d’intérêt mondain, je déclare que ce

Tripolitain ne fait jamais de prière, pas même un seul _réka_[245]. —

L’accusation portée contre toi est elle vraie ? dit le câdi au sellier.

— Je fais mes prières ; cet homme est un imposteur. — Sur quelles

preuves appuies-tu ton inculpation ? dit le câdi à mon oncle ; as-tu des

témoins ? » Zarroûk présenta alors ses témoins, et ils déposèrent que le

Tripolitain ne faisait jamais de prières, qu’ils l’avaient observé en

voyage et ailleurs, et qu’ils ne l’avaient jamais vu s’acquitter d’un

seul de ses devoirs religieux. Malgré ces témoignages, le câdi craignit

de déplaire au sultan en condamnant le sellier tout d’abord et sans

autre forme de procédure. Il verbalisa donc, et soumit l’affaire à

Sâboûn. Le prince ordonna de prononcer selon la loi de Dieu, l’accusé

fût-il de ses propres enfants.

Le câdi, rassuré par cette réponse, condamna le sellier à subir une

punition des plus humiliantes, à recevoir une vigoureuse bastonnade. La

suite de cette condamnation fut que le Tripolitain eut toute l’aversion

du sultan, qui dès lors lui interdit l’entrée du palais. Le sellier,

ainsi disgracié, fit demander à Sâboûn la permission de quitter le

Ouadây, ce qui lui fut facilement accordé. Il s’adjoignit à une caravane

qui partait pour le Maghreb par la route d’Audjalah. La traversée fut

sans accident, sans pertes et sans malheurs. D’Audjalah, le sellier, se

dirigea sur Ben-Ghâzy avec ce qu’il possédait ; mais il fut arrêté par

Mohammed-Bey, fils de Yoûcef-Pacha, dépouillé de tout ce qu’il avait, et

laissé dans le plus complet dénûment. Plus tard il revint en Égypte ; il

était alors dans la plus profonde misère, le plus pauvre des pauvres.

Peu après Mohammed-Bey se révolta contre son père et prit les armes

contre lui. Mohammed-Bey, débouté de ses prétentions et forcé de

s’enfuir, se sauva en Égypte et se confia à la généreuse protection de

Mohammed-Aly-Pacha, qui le reçut avec bienveillance et lui assigna un

traitement régulier. Le sellier adressa une pétition à Mohammed-Aly, lui

exposant que Mohammed-Bey l’avait injustement dépouillé et ruiné. Le

pacha ne crut pas devoir donner suite à cette plainte, et répondit :

« Je ne suis pas juge de la conduite d’un homme qui, chez lui, a usé de

sa puissance envers un de ses sujets. » Le sellier vécut en mendiant et

mourut dans la détresse.

Je demande salut et persistance dans ma religion, bonheur dans ce monde

et dans l’autre. Celui qui reçoit les bienfaits de Dieu et ne lui en

rend pas grâce, les voit s’évanouir au moment où il y pense le moins.

Bénédiction sur le poëte qui a dit :

« Quand tu jouis des bienfaits de Dieu, conserve-les ; car le mal les

dissipe bien vite.

« Sache les faire durer et continuer par la reconnaissance ; car la

vengeance céleste ne tarde pas à frapper l’ingratitude. »

(S.)

NOTE 28. PAGE 230.

Le _djaramah_ est un fonctionnaire qui se rapproche de l’aguyd

proprement dit. C’est un administrateur d’un ou de plusieurs pays, mais

sans caractère militaire. Souvent il correspond directement avec le

sultan.

(S. P.)

NOTE 29. PAGE 232.

Les Malangais ont le privilége honorifique de visiter tous les ans la

demeure du sultan, et d’en réparer les dégradations à leurs frais.

(S. P.)

NOTE 30. PAGE 244.

De semblables malheurs ont agité et troublé les temps des quatre

premiers khalifes ; la mort les emporta rapidement et les envoya trop

vite au jugement de Dieu.

Omar, fils d’Abd-el-Azyz l’Ommyade, fut un khalife ami de la justice.

C’est d’Omar, fils d’Abd-el-Azyz, que l’on a dit : « Pourquoi la vie des

autres princes Ommyades[246], malgré leur tyrannie et leur injustice,

dura-t-elle tant d’années, et pourquoi la vie d’Omar fut-elle si courte,

Omar qui, mis en parallèle avec eux pour sa vertu et son équité, fut

comme l’or le plus pur ? En voyant cette existence si tôt finie, et si

pleine de bien, on s’est écrié : « Oui, le monde est un séjour de peines

et de souffrances, de soucis et de vicissitudes ; si Omar eût compté

plus d’années, le monde vieilli et décrépit serait revenu au bel âge de

la jeunesse. » Ces paroles rappellent une même pensée du Prophète, qui

dans toutes ses œuvres avait la pensée de Dieu.

Pourquoi en effet le monde n’aurait-il pas recouvré sa jeunesse ? Car

Omar était d’une piété d’anachorète, d’une dévotion exemplaire. C’est

lui qui a interdit les injurieuses malédictions que dans les prêches on

lançait contre Aly, et qui ordonna de les remplacer par ces mots du

Coran : « Dieu commande la justice et les bonnes œuvres. »

Tels furent les fruits de la rigide équité d’Omar, que dans les jours de

son règne on vit les loups paître avec les brebis et, grâce au Dieu de

toute science, oublier leur férocité.

Citons un exemple de la justice d’Omar. Un envoyé de rois kurdes vint se

présenter à ce khalife. Omar le reçut avec honneur. On servit à manger ;

parmi les mets se trouvaient deux perdrix cuites dans leur jus. Le Kurde

remarque les perdrix et se met à pleurer, à fondre en larmes. Omar

étonné lui demande quel est le motif de ses larmes. L’étranger refuse

d’abord de s’expliquer ; puis, après quelques tergiversations, il dit :

« Autrefois j’étais voleur de grands chemins. Un jour que j’étais à

attendre des voyageurs sur un passage très-fréquenté, vint à passer un

marchand monté sur une mule et ayant sous lui un sac rempli d’argent.

J’arrête le marchand, je m’empare de la mule, et je me dispose à tuer

mon homme, qui alors me dit : « Ton but n’est-il pas de prendre cet

argent ? — Certainement, lui répondis-je. — En ce cas garde la mule et

le sac qu’elle porte, et laisse-moi partir. — Impossible, mon cher ! »

Et je le saisis par le bras pour le tuer. Le malheureux me voyant ainsi

résolu : « Tu veux donc irrévocablement me faire mourir ? me dit-il. —

Oui, et de suite. — Me permettras-tu au moins de faire deux _réka_ de

prière ? — Je le veux bien ! fais ta prière. » Et mon homme de faire ses

ablutions, et puis sa prière. Ensuite il me dit : « Je t’en conjure au

nom du Dieu unique, laisse-moi m’en aller. — C’est impossible. Il faut

que je te tue ici. » Alors mon voyageur regarde autour de lui ; il

aperçoit à terre deux perdrix, et tout à coup il leur crie : « Soyez

témoins que je meurs sans motif. » Je me mis à rire de cette singulière

apostrophe, je tuai l’homme, et j’emmenai la mule avec son sac d’argent.

En voyant ici ces deux perdrix devant nous, je me suis rappelé cette

triste aventure. — Eh bien ! reprit Omar, ces deux perdrix viennent

aujourd’hui déposer contre toi auprès de celui qui doit te punir de ton

crime. » Et il fit mettre à mort l’envoyé kurde.

(S.)

NOTE 31. PAGE 256.

L’adultère, en mariage, est puni de lapidation par la loi musulmane. La

fornication, de la part du célibataire, est punie de cent coups de

courroie ou de fouet.

(S. P.)

NOTE 32. PAGE 268.

_Charganyeh_ est un mot ouadayen et fôrien ; il signifie cloison mobile

faite en tissu croisé composé de tiges herbacées. Cette cloison dont il

est question ici est fixée au ligdâbeh par des cordes, et peut s’enlever

et se replacer à discrétion.

(S P.)

NOTE 33. PAGE 282.

Je trouve dans les Arabes anciens des idées analogues, imitations des

rêveries des Grecs. Le livre du _Fikh el-loghah_ (connaissance de la

langue arabe), ouvrage de l’iman Abou-Mansoûr-el-Thalaby, dit : « Les

Amalécites étaient une race mixte née de l’union d’hommes avec de

grandes ogresses. Les anciens Arabes, de l’antique tribu des

Djourhoumides, étaient le produit de l’union d’anges femelles et

d’hommes Bilkis, la reine de Saba, était un produit de cette espèce. Les

Yâgog et les Mâgog furent les résultats de la cohabitation des filles

des hommes avec certains animaux. Le prophète Alexandre le Bicorne, cité

dans le Coran (et qui me paraît être une image défigurée de Bacchus et

de Zoroastre), eut, d’après plusieurs docteurs musulmans, Cabra pour

mère, et Abra pour père. Abra était un ange, Cabra était une fille des

hommes. Du reste, le commerce des Djinn avec la race adamique est

indiqué dans le Coran par ces mots, que Dieu adresse à Iblîs ou

Lucifer : « Sois de pair avec eux, associé avec eux pour leurs biens et

leurs enfants. » Les Djinn femelles donnent l’épilepsie à ceux d’entre

les hommes dont elles deviennent amoureuses ; et quand ces amants

humains sont renversés, étourdis par l’attaque épileptique, c’est

qu’elles vont se mettre en union charnelle et _matrimoniale_ avec eux.

De même, les Djinn mâles frappent d’épilepsie les filles des hommes,

pour en jouir comme amantes au moment de l’étourdissement épileptique. »

(P.)

NOTE 34. PAGE 298.

Les marchands choisissent et prennent des esclaves pour commis, et les

dressent à gérer les affaires de commerce. Ces esclaves ont certains

profits dont ils se forment un pécule. Souvent ils sont intéressés

directement par leur maître dans les ventes et achats. Après qu’ils sont

affranchis, ils se livrent au commerce, soit seuls, soit avec leur

ancien patron ou avec d’autres. Parfois ils acquièrent ainsi des

fortunes assez considérables.

(S. P.)

NOTE 35. PAGE 302.

C’est probablement de la fondation de la ville de Saccatou que veut

parler ici le cheykh El-Tounsy ; mais il ignore absolument le nom de

Saccatou. Ce nom ne fut donné que plus tard, en 1805, à la ville de Zâky

ou Dam-Fôdio.

(P.)

NOTE 36. PAGE 307.

En Orient, le terme de _philosophe_ est une injure, un paronyme

d’_impie_ ; de même, franc-maçon, qu’on prononce, au Caire, _farmaçôn_,

est synonyme d’impie, de corrompu, et surtout d’homme sans foi

religieuse.

(P.)

NOTE 37. PAGE 319.

La lecture du Coran par de simples fakhy, sortes de lecteurs exercés à

la psalmodier, est une œuvre pie. On loue ces lecteurs mercenaires, aux

anniversaires des morts, aux fêtes, pendant le Ramadân ou mois de jeûne,

etc., et on invite plusieurs personnes à venir entendre la sainte

psalmodie.

(P.)

NOTE 38. PAGE 328.

Le _zoukhmeh_, en Égypte, est fait de plusieurs lanières de cuir

enfermées dans une enveloppe aussi de cuir et cousue sur ces lanières,

qui ne la débordent que de quelques pouces à l’extrémité par laquelle on

frappe. Le zoukhmeh a environ un mètre et demi de longueur et environ

cinq ou six centimètres de largeur ; il est légèrement aplati dans toute

sa longueur, et épais de deux centimètres. L’extrémité par laquelle on

frappe le patient, est un peu plus étroite et plus mince que le reste.

(P.)

NOTE 39. PAGE 329.

Les té_n_a (prononcez l’_n_ par un son nasal seulement) sont les

kamkolak ou justiciers, ou administrateurs de la justice. Leur tribunal

est en plein air et en permanence sur le Fâcher. Il y a les grands

kamkolak et les kamkolak de second ordre. Comme chargés de la justice,

ce sont des magistrats de première importance dans l’État, et ils ont

une part considérable dans l’administration gouvernementale. Ils sont

les substituts, les représentants du souverain, au nom duquel ils

jugent, et dont la sanction donne force et valeur à leurs jugements.

C’est pour ces raisons qu’ils sont appelés les appuis de l’État. Quant

au terme de té_n_a, c’est le nom général et collectif par lequel les

Ouadayens désignent le corps des kamkolak tous ensemble.

(S. P.)

NOTE 40. PAGE 332.

Le _chichm_ est une graine noire fournie par le _cassia apsus_. On

enlève la pellicule noire après avoir laissé macérer la graine dans de

l’eau de rose. Ensuite cette graine, ainsi mondée, est réduite en poudre

et sert comme collyre sec. Il est astringent et très-employé en Égypte

dans les ophthalmies chroniques indolentes.

Le _nabk-el-karnau_ est une sorte de pâte assez friable préparée avec le

fruit de l’arbre dit nabk-el-karnau, qui est un _rhamnus_ dont le fruit

est jaune roux. On pile la pulpe de ce fruit encore frais, après en

avoir séparé le noyau. La pâte s’emploie, au Caire, comme médicament

astringent et analeptique.

(S. P.)

NOTE 41. PAGE 341.

Les monnaies qui ont cours en Égypte sont très-nombreuses. Je vais en

donner une indication avec les altérations ou variations qu’elles ont

subies dans leurs noms.

L’abou-medfa ou ryâl abou-medfa, _ryâl_ ou _talari à canon_, est ainsi

appelé en Égypte, et chez la plupart des Arabes, parce qu’on a pris les

deux colonnes de l’empreinte pour deux canons. Ce ryâl est la colonnate

ou talari d’Espagne, ou piastre forte, _peso fuerte, peso duro_, que

nous écrivons _douro_ d’après la prononciation espagnole.

Le ryâl adjoûz, le _ryâl vieux_, est l’ancienne piastre forte d’Espagne,

dont l’empreinte est en partie effacée et qui a perdu de son poids et de

sa valeur.

Le ryâl abou-arba, le _ryâl à quatre_ I, est très-recherché au Soudan ;

c’est le même que l’abou-medfa ; il diffère seulement par ce qu’il a

IIII auprès de la figure empreinte ; c’est la piastre forte de 1798,

frappée à l’effigie de Charles IIII.

La talari d’Autriche ou thaler, aussi à cause de quelques particularités

interprétées plus ou moins bizarrement dans le dessin de l’une ou

l’autre empreinte, est appelé en Égypte ryâl abou-tâcah ou abou-tâgah,

ou abou-chebbâk, _ryâl_ ou _talari à fenêtre_ ; ou abou-ébreh, _talari à

aiguille_ ; ou ryâl abou-noctah, _talari à point_, à cause de deux

petites rosaces qui sont sur la parure de l’effigie.

Le ryâl abou-teyrah, _talari à oiseau_, est de Russie.

Ces différents ryâl sont compris collectivement sous la dénomination

générale de ryâl frânsa, c’est-à-dire ryâl d’Europe. Le cinq francs de

France est le ryâl fransâouy ; mais le nom général et presque exclusif

par lequel on le désigne est ryâl chinco ; c’est le mot _cinco_, au lieu

de _cinque_, italien. Mais pour les Arabes et les Turks, ce mot n’a pas

la signification _cinq_, c’est un nom abstrait. La pièce de cinq francs

de France est appelée parfois aussi ryâl abou-chagarah, le _ryâl à

l’arbre_, allusion aux deux rameaux que présente une des deux

empreintes ; et encore abou-choûcheh, _ryâl à toupet_, à cause de la

touffe de cheveux que porte l’effigie royale. Le _ryâl à canon_ est

préféré à tous.

Les autres monnaies fractions du cinq francs, ou de la piastre forte

d’Espagne, ou du thaler, ou de l’abou-teyrah, ne se voient que très-

rarement en Égypte.

En monnaies d’or étrangères, la guinée anglaise est de beaucoup la plus

abondante ; après elle, ce sont les sequins et ensuite les doublons. La

première est appelée _guiné_ ; les sequins sont les _boundoucah_ ou

boundouky (vénitien), les _madjiar_ ; les autres sont appelés _dèbloûn_.

La _guiné fransâouy_ ou le vingt francs français est appelé

généralement, surtout dans les divans, par le nom de _binto_, corruption

de l’italien _venti_, vingt. Par les changeurs, le vingt francs est

appelé encore _louïgui_ ; c’est le mot _luigi_ italien, Louis. Le _binto

moufred_ est le vingt francs _simple_, et le binto _mizoueg_

(_mizouedj_), est le vingt francs _double_ ou pièce de quarante francs.

Le sequin de Venise est désigné souvent par la dénomination de boundouky

abou-laûzeh, le _vénitien à amande_. Le sequin madjiar, dit _magar_ ou

_madjiar_, est spécifié par le nom de magar abou-chebbâk, le _sequin à

fenêtre_.

L’or du doublon équivalant à seize piastres fortes d’Espagne, est assez

recherché en Égypte. Mais celui qu’on préfère à tout autre est l’or du

boundouky ; et lorsqu’on veut désigner un or du meilleur titre possible,

on dit _dèhèb_ boundouky, _or de sequin de Venise_ ; quand on veut

désigner un or de mince qualité, on dit _dèhèb frengui_, or européen, et

_dèhèb fransâouy_, or français.

Voici les noms usuels et les valeurs des monnaies qui ont cours en

Égypte, c’est-à-dire principalement au Caire et à Alexandrie ; car les

fellâh ou paysans d’Égypte n’ont guère occasion de les voir et à plus

forte raison de les connaître. La liste que je donne, je l’ai traduite

du dernier tarif du gouvernement pour la fixation des valeurs

comparatives des monnaies. Au moment où j’insère ici cette liste (3 juin

1845), le tarif n’a que deux mois de publication. Cette fixation des

valeurs monétaires est indispensable pour régulariser le cours des

transactions et surtout des ventes et achats de détail ; car pas une

seule des monnaies n’est donnée et reçue à son taux réel : toutes sont

comptées par la population à un prix plus élevé. On met la plus grande

sévérité à prévenir et à détruire ces incertitudes dans le cours des

monnaies. Pour avoir un point de comparaison nécessaire à l’intelligence

de la liste ci-dessous, il suffit de savoir que la pièce de cinq francs

française vaut actuellement, en valeur monétaire égyptienne, 19 piastres

et 10 paras, que la piastre se subdivise en 40 paras, et le para en 10

djédyd.

=MONNAIES D’OR.=

=NOMS.= _ =VALEURS.= _ =POIDS.= =TITRE.=

/ \

Piastres. Paras. Carats Carats.

[247].

Doublon (d’Espagne) 313 + 30 140 20 7/8

Demi-doublon 156 + 35 120 »

Quart de doublon 78 + 17 1/2 60 »

Huitième de doublon 39 + 8 3/4 30 »

Guinée anglaise 97 + 20 41 22 1/16

Demi-guinée 48 + 30 20 1/2 »

Portugais ancien 174 + 4 73 1/2 21 47/48

Portugais nouveau 173 + 10 73 1/2 21 7/8

Boundouky 46 + 17 18 23 23/24

Magar, madjiar 45 + 26 18 23 13/24

Binto 77 + 6 33 21 17/24

=Monnaies d’or de Constantinople.=

Mahmoûdyeh ancien 60 + 22 24 1/2 22 15/16

Demi-mahmoûdyeh 30 + 11 12 1/4 »

Mahmoûdyeh nouveau 50 + 33 24 1/2 19 1/4

Demi-mahmoûdyeh 25 + 16 1/2 12 1/4 »

Foundoucly mahmoûdy ancien 43 + 10 17 1/2 22 15/16

Demi-foundoucly [248] 21 + 25 8 3/4 »

Quart de foundoucly 10 + 32 1/2 4 3/8 »

Foundoucly mahmoûdy nouveau 34 + 10 16 1/2 19 1/4

Demi-foundoucly 17 + 5 8 1/4 »

Quart de foundoucly 8 + 22 1/2 4 1/8 »

Foundoucly sélîmy ancien 36 + 12 17 1/2 19 1/4

Demi-foundoucly 18 + 6 8 3/4 »

Quart de foundoucly 9 + 3 4 3/8 »

Mahboûb sélîmy nouveau 25 + 13 12 1/4 19 11/48

Adlyeh ancien 17 + 16 8 1/8 19 7/8

Demi-adlyeh 8 + 28 4 1/16 »

Quart d’adlyeh 4 + 14 2 1/32 »

Adlyeh nouveau 15 + 28 8 1/8 17 29/48

Demi-adlyeh 7 + 34 4 1/16 »

Quart d’adlyeh 3 + 37 2 1/32 »

Zaryf ancien 3 + 2 2 5/24 13 17/24

Zaryf nouveau 2 + 28 1 29/48 15 2/3

Khairyeh ancienne 20 + 5 9 20 3/4

Demi-khairyeh 10 + 2 1/2 4 1/2 »

Khairyeh nouvelle 17 + 10 8 20

Demi-khairyeh 8 + 25 4 »

Khairyeh medjydy 17 + 10 8 20

Demi-khairyeh 8 + 25 4 »

Quart de khairyeh 4 + 12 1/2 2 »

=Monnaies d’or d’Égypte.=

Yuzlik (ou 100) 100 + 0 44 21

1/6

Demi-yuzlik 50 + 0 22 »

1/12

Khairyeh de 20 20 + 0 8 21

1/3

Demi-khairyeh 10 + 0 4 »

1/6

Quart de khairyeh 5 + 0 2 1/12 »

Khairyeh ancienne 8 + 32 4 1/2 18 1/8

Khairyeh plus nouvelle 8 + 32 3 15/16 20 7/8

Sàdyeh ancienne 3 + 37 2 18 1/8

Sàdyeh nouvelle 3 + 37 1 17/24 20 7/8

Mahboûb moustafâouy 24 + 8 12 7/8 17 5/16

Demi-mahboûb 12 + 4 6 7/16 »

Quart de mahboûb 6 + 2 3 7/32 »

Mahboûb mahmoûdy 20 + 34 12 16 1/8

Demi-mahboûb 10 + 17 6 »

Quart de mahboûb 5 + 8 1/2 3 »

=MONNAIES D’ARGENT=

Ryâl abou-medfa 20 + 28 140 88 17/24

[249]

Demi-ryâl 10 + 14 70 »

Quart de ryâl 5 + 7 35 »

Ryâl chinco 19 + 10 128 90 1/4

Ryâl amérîca 19 + 0 139 82

Ryâl napolitân 19 + 22 142 82 5/8

Demi-ryâl 9 + 31 71 »

Ryâl châl (moscovite) 13 + 27 146 56 1/4

Ryâl couchly (à oiseau) (Le 20 + 0 144 83 1/3

même que l’abou-tâcah, ou

abou-teyrah.)

=Monnaies d’argent de Constantinople.=

Bechlik ancien 16 + 20 135 73 1/2

Bechlik nouveau 2 + 24 71 1/2 20 3/4

Iklik 10 + 0 129 1/2 46 1/4

Yuzlik 11 + 23 150 1/4 46 1/4

Altmichlik 3 + 0 33 1/2 54

Altlik médjydy 4 + 30 66 1/5 43

Demi-médjydy 2 + 15 32 3/8 »

Ryâl nouveau 16 + 35 6 81 3/4

Sittyny médjydy 1 + 3 15 15/16 41

Achrynyeh médjydy 0 + 8 7 2/3 15 3/4

Acharât médjydy 0 + 4 3 1/3 17 1/4

Faddah fart médjydy 10 + 18 88 7 3/4

Altlik 5 + 0 68 44

Piastre 0 + 24 15 24

Altlik hamydy 9 + 15 118 1/2 47 1/2

Catàh mahmoûdy 6 + 6 77 48

Yârimlik sélymy 1 + 14 17 48

=Monnaies d’argent d’Égypte.=

Ryâl masry (égyptien) 20 + 0 144 83 1/3

Demi-ryâl 10 + 0 72 »

Quart de ryâl 5 + 0 36 »

Piastre 1 + 0 7 1/4 83 1/3

Achrynyeh (vingt) 0 + 20 3 5/8 83 1/3

Achrâouyeh, ou acharât 0 + 10 1 13/16 83 1/3

Yârimlik sélymy 1 + 14 17 48

Il y a encore les _khamsât_ ou pièces de _cinq_ paras, sorte de monnaie

de billon dont la plupart sont anciennes. Enfin, il y a les _acharât_ ou

_dix_ paras en cuivre et les _khamsât_ ou _cinq_ paras en cuivre aussi,

et dont on frappe en Égypte une très-grande quantité. On les désigne par

le nom de achara faddah et khamseh faddah. On les désigne les uns et les

autres par les noms de _nahâs_, cuivre, khourdet nahâs (turk), brins,

morceaux de cuivre, rognures, et dans le vulgaire par _cazârah_, saleté,

et par _amryty_, du nom d’un village qui ne fournit que des objets

grossiers et mauvais. On frappe encore, en assez grande quantité, des

paras en cuivre. Le nom de _para_ est un mot turk ; il est parfois

employé sous le nom de _bara_, car l’arabe n’a pas la lettre _p_. On les

appelle _nouss_, _méïdy_, _faddah_. Cependant ces trois noms ne

s’emploient pas indifféremment. Le nom de méïdy ne se dit que quand on

veut parler d’_un_ seul para[250]. Quant à l’emploi du premier nom, on

dit seulement _nouss_, _nousseyn_ et _kâm nouss_, c’est-à-dire 1 para, 2

paras, quelques paras. Le mot de faddah ne s’emploie que depuis _trois_

paras inclusivement, et au delà indéfiniment ; ce mot _faddah_ reste

toujours invariable. On dit, par exemple, télâté faddah, khamseh faddah,

achara faddah, myé faddah, elf faddah, etc., c’est-à-dire trois paras,

cinq paras, dix paras, cent paras, mille paras ou 25 piastres. Quand on

dit _ryâl_ simplement, ce mot signifie 90 paras. Ainsi, 60 ryâl

signifient 135 piastres.

Les monnaies d’or et d’argent de Constantinople ne sont pas très-

abondantes en Égypte comparativement aux autres. Les monnaies

actuellement frappées en Égypte et les seules frappées en Égypte

maintenant, c’est-à-dire les pièces d’or de 100 piastres, de 50

piastres, de 20 piastres, de 10 piastres, de 5 piastres, les pièces

d’argent de 20 piastres, de 10 piastres, de 5 piastres, la piastre, les

pièces de 20 paras, de 10 et de 5 paras, et enfin les pièces de cuivre

de 10 paras, de 5 paras et de 1 para, sont les plus répandues dans le

commerce et dans le public.

Voyage au Ouadây · 第 48 / 55 段