Tripoli, à des valeurs bien différentes ; au Caire, le ryal de 40 parats
vaut aujourd’hui 0 fr. 25 ; le ryal de Tunis, 1 fr. 65 ; le ryal de
Tripoli (de 650 au ryal de Tunis), 0 fr. 0015 ; cette dernière valeur
n’est pas représentée par une pièce, et n’est autre chose qu’une monnaie
de compte.]
[Note 18 : Voy. d’autres vocabulaires dans le tome III des _Mémoires de
la Société de géographie_, in-4o, Paris, 1820.]
[Note 19 : Voir _Recherches sur l’Afrique septentrionale_, par M.
Walckenaer, page 486.]
[Note 20 : Voir _Annales des voyages_, t. XIX, p. 164, année 1812.
Seetzen ajoute que les gens de Bornou le connaissent sous le nom de
Wadsey : ce nom paraît altéré pour Wadey ; l’erreur ne peut être
attribuée à Seetzen.]
[Note 21 : Appendice no II, _Nubia_, page 484 et suiv.]
[Note 22 : M. Fresnel corrige ce nom des cartes en _Kebâbo_.]
[Note 23 : On pourrait dire, sans trop d’exagération, que les comptes de
_journées de marche_ font le désespoir des géographes consciencieux. On
ne saurait établir une _moyenne_ entre 8 et 18 milles géographiques ; il
faudrait se borner à chercher une _moyenne_ pour chacune des 4 ou 5
espèces de _journées_ que je viens d’indiquer, et il faudrait surtout
pouvoir l’appliquer avec justesse dans chaque cas particulier, c’est-à-
dire connaître, avec exactitude, comment a _cheminé_ l’informateur qui
rend compte de son itinéraire.]
[Note 24 : J’avais cru pouvoir publier le résultat de ce travail dans le
présent ouvrage ; c’est une publication ajournée pour quelque temps.]
[Note 25 : M. Berghaus ne marque pas du tout, dans sa carte, de 1826, il
est vrai, la ville de Ouârah. Un itinéraire assez détaillé, en douze
journées fortes, place Bergou à l’ouest-sud-ouest de Kobeyh ; il est à
croire que Bergou ici représente, non le chef-lieu du Ouadây, mais un
des points de sa frontière orientale.]
[Note 26 : Toutefois il pense que sur la route de Bornou les journées de
voyage ne sont guère que de neuf minutes ; la différence me paraît trop
grande et inadmissible.]
[Note 27 : Sâboûn a été surnommé l’Abbacide, selon M. Fresnel. Le cheykh
présente aussi Mohammed Abd-el-Kerim Sâboûn comme descendant du sultan
Sâleh l’_Abbacide_.]
[Note 28 : Le nom commun de tous ces idolâtres est Madjou.]
[Note 29 : Les mois d’automne correspondent, comme au Dârfour, aux mois
de juin, juillet, août et partie de septembre.]
[Note 30 : Burckhardt dit que la principale rivière du Ouadây, _Omm_ ou
_Abou Teymâm_ (lisez _Teymân_), est encore appelée _Djyr_. Comme c’est
aussi le nom donné à plusieurs courants et lieux d’Afrique très-
éloignés, il est à croire que c’est un mot générique. Ce nom est ancien
et bien antérieur à Ptolémée, qui place sur le fleuve γεὶρ une grande
ville de Gira.]
[Note 31 : Voir l’intéressant mémoire de M. Fresnel sur le Ouadây,
_Bulletin de la Société de géographie_, 1850.]
[Note 32 : Je l’ai conjecturé, mais M. Fresnel l’a prouvé. Voyez _Voy.
au Dârfour_, page LXV de la préface, et _Bulletin de la Société de
géographie_.]
[Note 33 : _Voyage au Dârfour_, Préface, pages XXII et suivantes.]
[Note 34 : M. Fresnel, qui a judicieusement reconnu l’incertitude des
données, pose cette alternative : faut-il mettre en doute la latitude de
Kobeyh ou celle du lac Tchâd, ou bien toutes les deux ? Cette
observation s’applique surtout à la longitude ; quant à la latitude, il
pense, avec raison, qu’on a placé Ouârah trop au nord sur les cartes,
surtout si le lac Tchâd n’y est pas trop au sud.]
[Note 35 : V. _Bulletin de la Soc. de géogr._ pour 1844, tome Ier, 3e
série, p. 138.]
[Note 36 : Il paraît qu’il a tenu exactement un journal astronomique
circonstancié et recueilli beaucoup de faits, dont une partie est
consignée dans un opuscule imprimé à Laybach, écrit qu’il m’a été
impossible d’obtenir de Vienne. Ce voyageur est élève de Mezzofante.]
[Note 37 : Cette position serait à peu près celle du 22e méridien 45′ E.
de Paris, sur la ligne qui joint Mombasa (mer des Indes) à Madschumba
(mer du Congo.)]
[Note 38 : _Bulletin de la Société de géographie_, tome VI, pages 169 et
suivantes.]
[Note 39 : Il doit y avoir, sans doute, exagération dans cette distance
de cinq mois de marche ; mais l’intervalle, même réduit et calculé en
journées très-courtes, suppose encore un immense intervalle entre ce
point extrême et les lieux connus.]
[Note 40 : M. Kœnig étant à Khartoum, a entendu parler d’un lac à
quatre-vingts journées de distance dans le sud ; cet intervalle
conduirait à l’emplacement du lac des révérends Krapf et Rebmann.]
[Note 41 : Voir _Comptes rendus de l’Académie des sciences_, 1851, tome
XXXII, page 221.]
[Note 42 : J’ai toujours soupçonné un lac dans ces parages, c’est-à-dire
là où on place le mont Kenia ou un peu plus à l’ouest ; pourquoi ne
serait-ce pas le lac même que les écrivains arabes mettent sous
l’Équateur, Edrici (climat I, section IV, etc.). Un grand lac a été
signalé au voyageur anglais Tuckey vers cette latitude, à la vérité plus
à l’ouest. Or, les pluies et les neiges fondues qui descendent du mont
Kénia, arrêtées dans leur marche par un obstacle quelconque, suffisent
pour expliquer la présence d’un grand lac dans cette région ;
maintenant, que ces eaux en sortent dirigées vers le nord, et elles
n’ont plus d’issue que par la vallée du Nil.]
[Note 43 : Il existe, selon les rapports de MM. Lafargue et Castelli,
qui ont pratiqué plusieurs fois, depuis sa découverte, le haut fleuve
Blanc (Bahr-el-Abiad), une rivière dite Fleuve-Noir ou Fleuve des Noirs
(Bahr-el-Esoued.) Si les auteurs arabes en avaient fait mention (ce qui
n’est pas), on pourrait croire qu’ils ont fait ici une application d’un
nom des anciens, en _traduisant_ le mot _niger_ ; mais le mot de Niger
lui-même n’est-il pas simplement transcrit de Νίγειρ de Ptolémée (liv.
IV, chap. 6), mot qui lui-même doit être tiré de γεὶρ, _Gir_, autre
fleuve de l’Afrique septentrionale, selon ce géographe. Voir ci-dessus,
p. XXXVIII.]
[Note 44 : Voyez le savant recueil de la Société royale géographique de
Londres, année 1845, p. 374-75.]
[Note 45 : Le recueil de la Société géographique de Londres, cité plus
haut, renferme cet itinéraire de 68 journées, partant de l’Orient et
conduisant, droit à l’ouest, à New-Calabar ; celui qui l’a communiqué,
le nommé Wogga de Kimcoul, avait été racheté de l’esclavage en 1815. Son
pays natal est censé situé vers la source de la Tchadda et placé vers le
16e degré est à l’Orient de Paris ; ces données sont curieuses, mais
malheureusement un peu trop vagues. M. Henri Kiepert en a fait usage
dans sa carte d’Afrique de 1849.]
[Note 46 : Les dernières nouvelles qu’on a de lui et de ses compagnons
de voyage annonçaient son départ d’Ahir pour Aghadès et Kano.]
[Note 47 : Toutefois, il noua des relations avec le vice-roi d’Égypte,
comme je l’ai dit, et celui-ci expédia, de son côté, des caravanes qui
furent pillées en route par des tribus du Dârfour : de là l’expédition
d’Ismayl-pacha et l’occupation du Kordofân.
Burckhardt parle de la première caravane expédiée du Ouadây par le nord
comme ayant été organisée en 1811. M. Fresnel fait remonter l’expédition
à 1809 ou 1810 ; il en cite d’autres de 1814, 1815, 1818, et de 1832,
1837, 1840, 1843 ; on lui doit l’histoire de ces caravanes, depuis
l’origine jusqu’en 1846.]
[Note 48 : Le récit est présenté différemment par les informateurs de M.
Fresnel : peut-être la mémoire du cheykh l’aura trompé sur les détails.]
[Note 49 : Ou Toubou, Tibboo, tribus nombreuses échelonnées entre le
Ouadây et la Marmarique.]
[Note 50 : Il faut lire dans ce mémoire la part qu’a prise un négociant
français de Benghâzy, en 1837, au rétablissement des relations du
commerce avec le Ouadây.]
[Note 51 : _Journal de la Société asiatique de Paris_ (mars 1844).]
[Note 52 : Ces trois mots sont exactement synonymes.]
[Note 53 : Traduction Jaubert, t. I, p. 74. L’auteur fait partir la
corne du milieu du front, comme chez l’abou-carn.]
[Note 54 : Voir la _Relation des voyages dans l’Inde_, etc., t. II,
in-18, notes de M. Reinaud.]
[Note 55 : Mémoire de M. Fresnel, 4e partie.]
[Note 56 : M. Lefebvre (_Voyage en Abyssinie_, page 89 de l’avant-
propos) distingue le rhinocéros à deux cornes, appelé _aourarisse_, du
rhinocéros à une corne, _arisse_. (Voyez p. LX ci-après.)]
[Note 57 : Il est vrai que le cheykh, interrogé expressément par M. le
docteur Perron, depuis la rédaction de son Voyage, a répondu qu’il ne
connaissait pas deux espèces d’abou-carn ; qu’il n’y avait que le
rhinocéros ordinaire et _unicorne_ ; mais c’est précisément ce dernier
caractère qui constitue l’_abou-carn_ de M. Fresnel. Ensuite, qu’on
l’appelle _khertit_ comme l’autre rhinocéros, faute d’un autre nom, ce
n’est pas une raison pour les confondre. On fait une faute analogue en
donnant le nom d’_abou-carn_ au rhinocéros ordinaire bicorne : double
équivoque que la sagacité des savants aurait dû dissiper depuis
longtemps.]
[Note 58 : Le _réem_ était aussi un animal rare, d’une légèreté et d’une
force extraordinaires ; toutefois, cette assimilation laisse encore
quelques doutes.]
[Note 59 : Voyez _procès-verbal_ dressé au cap de Bonne-Espérance, le 3
avril 1791, et _Correspondance astronomique_ du baron de Zach, t. XI, p.
274.]
[Note 60 : John Barrow, et après lui Malte-Brun (t. II de la traduction
de son _Voyage dans l’Afrique méridionale_ et t. XVI, p. 223, des
_Annales des voyages_), ont admis l’existence d’un monocéros, d’un
unicorne, dans l’Afrique australe : ces savants n’étaient pas des hommes
très-crédules. Le baron Ruppell a eu connaissance d’un unicorne, mais
qui paraît être une antilope.]
[Note 61 : L’unicorne décrit par M. Fresnel. _Voy._ page LV, note 1.]
[Note 62 : _Ludovici (Barthema) itinerarium novum Æthiopiæ et latine
redditum_. Milani, 1511.]
[Note 63 : Le moine Cosmas en entendit parler en Éthiopie comme d’un
animal terrible et indomptable.]
[Note 64 : Voy., _Journal de l’Institut_, 1848, p. 57, etc., les
observations du docteur Roulin, à la suite de la 3e lettre de M.
Fresnel. Sa conclusion est pour l’existence réelle de l’abou-carn dans
le sud de l’Afrique, avec les caractères que lui assigne M. Fresnel.]
[Note 65 : La singularité de la corne de l’abou-carn, d’être _rouge_ à
sa partie supérieure, se retrouve chez l’unicorne de ce même Ctésias :
comment expliquer l’accord des informateurs ouadayens de M. Fresnel avec
le médecin d’Artaxerxès-Mnémon sur un caractère aussi fugitif, sinon par
l’existence de l’animal ?]
[Note 66 : On doit au général Marey-Monge, non-seulement d’excellentes
observations sur le mehary, mais un essai d’organisation régimentaire
qui déjà avait réussi. Dans mes _Observations sur les Arabes_ de
l’Égypte moyenne, j’ai eu occasion de parler du chameau considéré comme
coursier rapide. Voyez aussi _Bulletin de la Société de géographie_,
année 1847.]
[Note 67 : On verra que le cheykh, qui à la vérité ne se pique pas du
tout d’être un antiquaire, donne le nom de _tour_ au grand amphithéâtre
d’El-Djem.]
[Note 68 : _Narrative of discoveries in central Africa_, appendix, p.
152-159, Londres, in-4o, 1826. Comparez avec le récit du cheykh.]
[Note 69 : Cette carte n’est pas datée, mais la carte générale du globe,
insérée dans l’Atlas, est datée de 1719.]
[Note 70 : L’occasion se présente ici (et je ne puis la laisser
échapper) de citer M. Ferdinand Werne, non pour son ouvrage sur
l’expédition à la découverte des sources du Nil-Blanc, publication dont
le mérite a été apprécié (_Expedition zur entdeckung der quellen des
Weissen-Nil_ ; Berlin, 1848), mais pour la tentative, qu’on peut y voir,
d’enlever à M. d’Arnaud la gloire du premier voyage exécuté sur le Nil
supérieur jusqu’à la latitude de 4° 42′ N. Ses efforts n’ont réussi qu’à
relever le mérite et le courage de M. d’Arnaud, aux yeux des hommes
équitables et de bonne foi ; tandis que les violentes et odieuses
attaques de M. F. Werne n’ajouteront rien à ses titres personnels. Libre
à lui de chercher à jeter du ridicule sur l’expédition française en
Égypte ; il a écrit dans une ville où tout le monde, grâce à Dieu, ne
partage pas sa manière de voir. Ce grand événement, après tout, a été le
point de départ de bien des brillantes découvertes ; il a ouvert la voie
à cent voyageurs, à M. F. Werne lui-même, qui se montre bien peu
reconnaissant pour la France, et se fait le triste détracteur d’une
époque si mémorable sous tous les rapports : j’ose en appeler à
l’illustre baron de Humboldt, qui m’honore de son amitié depuis près
d’un demi-siècle, à M. Carl Ritter, à MM. Lepsius, Ehrenberg, etc., et
même à l’Académie royale des sciences de Berlin.]
=NOTE=
AU SUJET DE L’OPUSCULE : _THE STORY OF JA’FAR_, ETC.
_Voyez_ ci-dessus, pages VII et XXII.
Pour que le lecteur puisse comparer à la relation du cheykh celle du
prince Dja’far, je rapporterai ici quelques passages de cette dernière.
Le Wadâi est une monarchie absolue héréditaire ; Ja’far se dit le
onzième descendant d’un _blanc_[71]. Son oncle a été placé sur le trône
de Bâghermeh par Sâboûn, lors de l’expulsion, en 1804, du sultan de ce
pays à cause de sa vie licencieuse.
Il y a dans le Bâghermeh un lac d’eau douce ; il faut _quinze jours_ de
marche pour en faire le tour. Ce pays, ainsi que le Wadâi, renferme des
montagnes, des plaines, de grandes et de petites rivières. Le climat est
très-chaud ; il tombe, au commencement de l’été, des pluies
torrentielles. Le pays possède une grande variété de fruits ; le _café_
y abonde et forme un grand article d’exportation. Il n’y a point de
mines, pas de poudre d’or ni de pierres précieuses ; le commerce
consiste principalement en esclaves, dents d’éléphants et plumes
d’autruche. Le peuple se nourrit de riz (_indian-corn_) et de
millet[72], de la chair des animaux domestiques et de poisson, denrée
qui abonde dans les lacs et dans les rivières. On y voit la girafe et
l’hippopotame, mais non le crocodile. Les hommes d’armes sont très-
nombreux ; ils sont armés d’arcs, de lances, de boucliers faits de cuir
de buffle et d’hippopotame ; quelques-uns ont des épées et des armes à
feu qu’on se procure de Tripoli. Dans la capitale, il y a quatre petites
pièces de campagne. La principale force est la cavalerie, montée sur
d’excellents chevaux de sang arabe.
Wârah est bâti de briques faites de terre et séchées au soleil. Les
maisons n’ont qu’un étage, excepté le palais et la grande mosquée, qui
sont construits en pierre et charpente. Le harem est gardé par un grand
nombre d’eunuques[73].
Les revenus du royaume consistent en impôts établis sur les produits du
sol ; les provinces sont tenues de les payer en argent à Wârah, à
époques fixes. Le taux de la somme est constaté d’une manière bizarre ;
on en charge une branche d’un certain arbre ; quand cette branche rompt,
le tribut est jugé complet.
Les mahométans sont les plus nombreux ; il y a, en outre, beaucoup
d’idolâtres, des adorateurs du feu et _quelques chrétiens_. Les premiers
sont tous noirs, les derniers ont le teint cuivré et habitent une
montagne.
Ici le rédacteur de la relation ajoute ce qui suit :
« L’existence d’une race non musulmane ni idolâtre n’est pas un fait
unique. Nous avons entendu parler plusieurs fois, à l’arrivée des
caravanes de l’intérieur, d’un établissement de _Nazaréens_ au midi de
Jebel-Kumri. Les uns supposent que ces gens sont des chrétiens, parce
qu’ils n’ont pas de mosquées et qu’ils sont d’une autre couleur que
leurs voisins ; les autres croient que ce sont des juifs appartenant à
une tribu depuis longtemps dispersée. En tout cas, il paraît certain
qu’il existe au centre de l’Afrique une famille isolée, d’habitudes
très-différentes de celles des nègres. Voici, sur ce point, l’extrait
d’une lettre officielle du 24 février 1817 :
« Je dois vous informer de ce que j’ai appris de l’existence de
certaines tribus chrétiennes dans l’intérieur de l’Afrique. On les
représente comme une race de nègres très-robustes ; mais je n’ai pu
découvrir qu’on ait observé chez eux aucun signe caractéristique
religieux, croix ou autre symbole ; leurs croyances ont laissé chez eux
si peu de traces, qu’à leur arrivée au marché ils embrassent aussitôt
l’islamisme. Un capitaine français, qui est resté vingt-cinq ans au
service du pacha de Tripoli, m’a dit que plusieurs de ces hommes avaient
été amenés par une caravane, il y a quelques années, et qu’il avait été
chargé d’en conduire à Alger vingt-huit, choisis parmi les plus beaux.
En abordant au port, on entendit, à bord d’un vaisseau chrétien,
résonner la cloche du soir ; aussitôt ceux qui étaient sur le pont
manifestèrent une grande joie ; ils appelèrent leurs compagnons, et les
embrassèrent, leur montrant le vaisseau d’où venait le son, et répétant
le mot _campaani_ (mot corrompu de l’italien). L’interprète les ayant
interrogés, ils dirent que, dans leur ville natale, il existait un grand
bâtiment, sans idole, sans natte ni divan, et que là ils entendaient les
exhortations d’un prêtre. Un autre fait curieux est que le dernier bey
de Benghazi, qui dans sa jeunesse avait été amené esclave, se souvenait
d’une cérémonie de son pays semblable à la célébration de la messe, avec
l’usage du vin consacré..... Le fait de la non-circoncision, joint à
celui de l’usage de la cloche et à l’emploi du vin, indiquent
suffisamment que l’islamisme ne domine pas dans ce pays. »
Il m’a semblé que ces diverses relations méritaient d’être rappelées au
moment où de nouveaux voyageurs songent à pénétrer au cœur de l’Afrique,
et d’être rapprochées du fait que j’ai cité plus haut d’après la légende
de la carte de Hermann Moll, fait qui, je crois, a été absolument
négligé.
J—D.
[Décoration]
[Note 71 : M. Barker croit avec raison qu’il faut entendre par là un
Arabe ou un Berbère venu du mont Atlas.]
[Note 72 : Ou plutôt de dourâh et doukhn.]
[Note 73 : Ja’far croyait que la pratique de l’émasculation était
abandonnée de son temps.]
INTRODUCTION
=PAR M. PERRON.=
[Décoration]
Le Dâr-Ouadây[74], c’est-à-dire le pays du Ouadây, est encore moins
connu que le Dârfour.
Lorsque l’on publia, il y a plusieurs années, un aperçu sur Tounbouctou,
composé d’après des notions communiquées par un cheykh sur les contrées
occidentales du Soudan, cette publication attira l’attention des
géographes. Le travail que je présente aujourd’hui a, ce me semble, une
importance plus grave, par les données qu’il offre aux voyageurs qui
voudront tenter l’exploration surtout des centres orientaux de
l’Afrique.
Il ressort de certains passages de ce voyage (et mes entretiens avec mon
cheykh m’en ont fourni la confirmation) que les divisions du Soudan,
admises par ses habitants, différent de celles qu’admettent les
géographes d’Europe. J’ai cherché à déterminer, à force de questions,
l’ordre successif de ces divisions, leurs rapports itinéraires, leurs
rapports de distances et de positions, leurs limites et leurs étendues
absolues et comparatives, et, sur les informations que j’ai recueillies,
j’ai essayé de construire une sorte de _plan_ du Soudan. J’y ai indiqué
ce que m’a pu préciser mon cheykh El-Tounsy, c’est-à-dire ce
qu’admettent les Soudaniens, comme divisions, dénominations, distances,
etc. Mon cheykh, l’auteur de ce livre, pendant son voyage, a eu sans
cesse occasion de voir et de questionner des marchands voyageurs, et
surtout des _négriers_ ou commerçants et chasseurs d’esclaves qui vingt
fois ont porté leurs courses sur tous les points de la Soudanie ; et
souvent il a reçu, de ces _négriers_, des notions et des récits utiles
sur ces contrées et sur leurs habitants.
D’autre part, j’ai eu maintes fois occasion de rencontrer au Caire des
Fôriens, des Ouadayens, des Barnâouyens, des Bâguirmiens, des hommes du
Mandarah, de l’Afnau, et je me suis toujours empressé de m’informer
d’eux des dispositions locales des contrées qu’ils avaient parcourues ou
habitées dans le Soudan.
C’est de la mer de Coulzoum au golfe Arabique que part la vaste zone de
terrain qui, s’allongeant vers l’ouest, représente le sol de la
Soudanie, commençant au rivage où se trouve la pointe de Saouâken, et se
terminant au Dâr-Mella, empire des Foullân ou Félâta, au sud-ouest du
Dâr-Tounbouctou, et même aux limites ouest de la Sénégambie, c’est-à-
dire qui s’étend depuis la mer Rouge jusqu’à l’océan Atlantique ; car
une partie de la Sénégambie est considérée par les Soudaniens comme
entrant dans le Dâr-Mella ; ils comptent comme étant du Dâr-Mella les
Foûta, situés à la contrée est de la Sénégambie. Nous avons vu plus
d’une fois, dans le voyage au Dârfour, le nom du faguyh ou cheykh Mâlik,
désigné, comme Foullân de Foûta, par le terme de Foûtâouy ou originaire
de Foûta.
Toutes les contrées situées au sud de la série des États musulmans font
aussi partie intégrante de la Soudanie.
La limite sud-ouest de l’Abyssinie est aussi comptée, par les Sennâriens
au moins, dans la composition du Soudan ; et toutes les peuplades qui
occupent les régions sud-ouest du Sennâr, par delà le Fâz-Oglou, forment
pour eux le Dâr-Noûbah. En Égypte, lorsqu’on désigne un esclave par la
qualification de _noûby_, on veut dire qu’il est des peuplades qui
habitent au delà du Sennâr méridional, c’est-à-dire du Dâr-Noûbah.
Jamais on n’entend par _noûby_ un esclave né dans le pays qu’on appelle
communément Nubie. Dioclétien, sur la fin du IIIe siècle de l’ère
chrétienne, engagea une peuplade noûby, les _Nobades_, à aller s’établir
sur les frontières de l’Égypte ; de là l’origine du nom de Nubie donné à
l’espace compris entre l’Égypte et l’île de Méroé. Avant cette époque,
il n’y avait pas d’autre Nubie que celle de par delà le Sennâr. Ce nom
de Noûba paraît venir du mot copte νούβ, or ; on trouve en effet, dans
cette contrée, des sables aurifères.
Les peuplades _madjoûs_, c’est-à-dire idolâtres, ou non musulmanes, qui
habitent les espaces situés au delà du Kordofâl, au sud, sont désignées
par le nom général de _Terjâouy_ ou _Terdjâouy_, c’est-à-dire
Touroûdjien, ou individu du Dâr-Touroûdj. Terjâouy est le pluriel de
Touroûdjy.
Au delà des limites sud du Dârfour, les Madjoûs, chez lesquels les
Fôriens vont capturer des esclaves, sont appelés du nom général de
Fertytes. Par delà le midi du Ouadây, les Madjoûs, décimés pour
l’esclavage par les Ouadayens, sont compris sous la dénomination commune
de _Djounkharâouy_, Djounkhariens, c’est-à-dire naturels du Dâr-
Djenâkhérah. Enfin les _idolâtres_ répandus au delà des confins
méridionaux du Bâguirmeh et du Barnau, à la suite du Mandarah, ont reçu
le nom de _Kirdâouy_, Kirdâouyens, habitants du Dâr-Kirdy.
Il est très-probable que les autres peuplades qui continuent cette zone
méridionale de la Soudanie, au delà du midi de l’Adiguiz ou Aghadès, de
l’Afnau, du Tounbouctou et du Mella, ont également des noms collectifs
spéciaux ; mais notre cheykh les ignore. Il paraît aussi qu’une partie
des contrées nord de la Guinée septentrionale est comptée par les
habitants du Mella et du Tounbouctou comme partie de la Soudanie, et
qu’ils poussent jusque-là leurs chasses aux esclaves.
D’autre part, les séries des monts que nos géographes désignent sur les
cartes par le nom de Monts de la Lune, ne sont pas les limites de la
Soudanie au sud. Notre cheykh a pénétré assez loin dans le Dâr-Fertyt ;
il y a vu des cultures, des pays bien boisés, et de plus trois cours
d’eau, dont un, au delà du By_n_a[75], du Schâla, du Goula, est une
rivière assez étroite, le Bahr-Ada. Il a vu de nombreuses montagnes,
mais placées à distance les unes des autres, un terrain inégal, rempli
de courants d’eau temporaires ; mais jamais il n’a entendu parler d’une
chaîne considérable qui portât un nom général, tel que celui de Monts de
_Coumr_, que l’on a si maladroitement traduit par Monts de la _Lune_. Il
ignore, du reste, où se limite la Soudanie au sud.