Ils remontèrent allègrement vers le château dès que se fit sentir le
serein. Le rire de Jacquette animait les vastes allées solitaires. Elle
se penchait, au-dessus des bordures de buis, pour respirer les roses; M.
de Fontcombes, si sérieux lorsqu’il convenait de l’être, avait l’esprit
rempli de gaminerie et tirait de Mlle de Chamarande des résonances
gentiment enfantines, que personne n’avait su éveiller durant tout le
temps de sa jeunesse. Et quand elle avançait la main pour cueillir une
fleur, M. de Fontcombes avançait parallèlement la sienne, moins pour
aider Jacquette que pour lui toucher un peu la main.
Du château, le marquis et la marquise les contemplaient. Volontiers
réunis en conciliabule, ces temps derniers, Foulques et Ninon
paraissaient de fort belle humeur. Il avait, quant à lui, une façon de
faire claquer le couvercle de sa tabatière et de se bourrer la narine,
qui en disait long. Elle, toujours agréable en sa maturité épanouie,
regardait, songeuse, le spectacle de belles amours naissantes; elle les
avait aimées de tout temps, et dès leur naissance et après.
Quand les jeunes gens arrivèrent, elle embrassa Jacquette, et, M. de
Fontcombes ayant demandé, par un compliment spirituel, à être admis à la
même faveur, la marquise de Chamarande l’y admit, aux applaudissements
du marquis et sous le regard bienveillant de Pomme-d’Api.
Il manquait Mlle de Quinconas.
--Elle arrive! dit le marquis Foulques qui avait l’oreille attentive à
tous les bruits insignifiants.
Et il discernait celui du carrosse qui avait été prendre la gouvernante
au coche d’eau.
On décida d’aller à la rencontre de la voyageuse, dans la cour
d’honneur.
M. de Chemillé, méditatif, y tournait en rond, poussant du pied des
marrons d’Inde enfermés dans leur bogue hérissée qui, à tout coup,
s’ouvrait en accouchant du fruit brun, lisse, quelquefois pie comme les
vaches au poil luisant qui paissent dans la prairie voisine.
Le carrosse poudreux pénétra, cahin-caha, dans la cour, car les chevaux
étaient vieux ainsi que le cocher. Mais Mlle de Quinconas en descendit,
aussi alerte, en donnant la main au marquis, qu’elle l’était il y a beau
temps, quand on l’en avait vue pour la première fois descendre.
L’excellente fille voulut, sans plus tarder, rendre compte de sa
mission. Elle avait fait de son mieux, elle avait vu monseigneur son
saint oncle, plein de mansuétude.
--Les petites poésies... Et, à ce propos, figurez-vous que j’ai fait
dans le coche d’eau, la rencontre de l’auteur.
--Il s’agit bien de petites poésies! coupa aussitôt le marquis. Vous
allez prendre une collation, mademoiselle; on change pendant ce temps
les chevaux, et vous retournerez, ne vous déplaise, près de monseigneur
votre saint oncle!...
Mlle de Quinconas, ahurie, crut qu’elle avait commis faute grave et
qu’on la jetait à la porte. Elle posa à terre quelques menus objets
qu’elle portait, pour contenir son cœur bien garni et pousser un cri de
circonstance.
--Mais non, sarpejeu! dit le marquis en s’esclaffant, seulement il
s’agit d’affaires d’importance et urgentes: veuillez retourner à Angers,
mademoiselle, et prier Sa Grandeur de venir le mois prochain, à sa
convenance, bénir l’union de Mlle de Chamarande, ma fille, avec M. de
Fontcombes!...
Tous applaudirent à ces paroles, y compris les jeunes gens qui se
trouvaient, par là même, fiancés, y compris le vieux parrain de
Jacquette, y compris les gens du château accourus, y compris la bonne
Quinconas qui en était pour ses frais d’ambassade et devait, à son corps
défendant, reprendre le coche d’eau:
--Enfin, soupira-t-elle, peut-être vais-je y retrouver le petit
poète!...
--Commandez-lui un épithalame! dit le rusé parrain de Jacquette.