Quoi qu’il en fût, la prochaine visite de M. de Fontcombes était désirée
au château; désirée par les parents qui, on le sait, étaient pressés;
désirée par Jacquette avide d’entendre prononcer par quelqu’un, voire
par n’importe qui, le nom chéri d’Alcindor.
M. de Fontcombes ne se fit point attendre. Il vint, une après-midi, sans
s’être fait annoncer, car il se trouvait que ni marquis ni marquise
n’étaient là et que Jacquette étudiait, seule au clavecin, avec Mlle de
Quinconas.
Jacquette ne fit aucune difficulté pour recevoir le jeune homme. Elle
l’accueillit au lieu même où elle était, flanquée d’une gouvernante tout
à coup devenue si discrète qu’on ne savait où la prendre malgré ses
formes opulentes et qu’on la cherchait à droite quand elle était à
gauche, et qu’on la croyait toute proche alors qu’elle était passée dans
la pièce voisine, trottinant sur le bout des mules, et légère comme ces
duvets tombés des peupliers, en juin, et qu’un courant d’air emporte.
Tant et si bien que Jacquette dit au beau jeune homme:
--Heureusement que j’ai près de moi Pomme-d’Api, assise sur une tige de
fer, et, en outre, emprisonnée sous sa vitrine, car je me croirais un
peu seule à vous faire honneur, monsieur...
--Qui est cette Pomme-d’Api? demanda M. de Fontcombes.
--C’est ma poupée, monsieur, car j’ai été jeune.
--Je le crois aisément à vous voir, dit M. de Fontcombes.
--Oh! il ne faut pas juger sur la mine. N’est-il pas vrai, Pomme-d’Api?
Elle semblait sérieusement interroger sa poupée, en haussant le ton, à
cause de la cloison de verre. Elle se retourna vers M. de Fontcombes:
--Pomme-d’Api dit que oui, monsieur.