CONCLUSION.

XIII. Le second Ministre étoit malade. Je fus appellé pour le voir; je

lui fis au moins mal que je pus. Se trouvant un peu bien, il me parla de

ce Monsieur le Principal, & me dit qu'il étoit fallot. A ce mot, il

arriva; & moi bien aise, & aussi, parce qu'il y avoit occasion de rire,

_inter privatos parietes_, je me mis à faire des contes, & lui aussi;

mais les miens alloient plus vîte: de sorte que, soit ou pour

m'éprouver, ou pour se venger, comme il me l'a confessé depuis, il lui

prit fantaisie de changer de propos, & dit: O nous misérables réformés,

de proférer tant de paroles oiseuses, dont nous rendrons compte; & vous

le premier. Il est bien vrai, dis-je; mais, monsieur, il faut ici

_distingo_ Genevoisien; venons à l'écriture. Le sage dit qu'il y a tems

de rire & de pleurer. Et bien j'avons ri; ce que nous avons dit

n'offense personne. Les paroles oiseuses, sont celles qui offensent, &

qui sont dites pour ôter l'office, ou le bénéfice, ou la renommée à un

homme; comme si je disois, monsieur le principal abuse des graces de

Dieu; & que, pour le prouver, je misse en avant cette démonstration:

c'est que, tous les matins, il fait de son vit un chausse-pied. Ce bon

ministre se prit si fort à rire, qu'il fut tout guéri: & puis dites

qu'il ne se fait point de miracle à Genève. Dis que tu en as, papiste.

Recevez donc ce présent, ce passé, ce futur, beaux & fidèles esprits.

Vous y trouverez un insigne profit, attendu que tous les livres qui

furent jamais faits, ou seront faits par hommes ou femmes, filles ou

garçons, ou neutres, sont signes, ou marques, ou paraphrases, ou

prédictions de cettui-ci tant naïf, clair & évident, lequel est la fin

finale & intelligible de tous: & ainsi que tous ne sont & ne seront

qu'interprétation des secrets ici exposés, & qui ne se trouvent que par

dessein en ce beau & petit abondant moule de perfection exemplaire.

Quiconque le saura, sera capable de toutes sciences, & n'ignorera que ce

qu'il ne saura pas; d'autant que tout est ici au petit-pied en parfaite

idée, clarifiant tout autant qu'il est possible. Que si quelque mauvais

opiniâtre, incrédule, hérétique, stupide, conscientieux, faussonnier, ou

autre ribaudaille ne me veut croire; je parle à vous qui êtes de telle

qualité, & vous dis que, si vous ne croyez, je veux & désire qu'en guise

de personne demi-sainte, chacun pour soi, vous puissiez recevoir une

bonne secouade d'estrapade, qui vous dure une semaine, redoublant

toujours pour mignarder votre constance, ou une gêne de rage de

fondement, ou une cuisson de carnosités intolérable, ou un

chatouillement de fines goutes, ou passion colique, voire tout ensemble

avec toutes autres sortes d'incommodités à la sauce d'Allemagne, tant

qu'à votre requête je vous donne remede. Et ne vous scandalisez, si, en

l'excès de mes charités, je vous souhaite, avec si bonne & sainte

affection, tel & si grand bien. Assurez-vous que ce n'est sans cause,

d'autant que je sais qu'il vous en aviendra un merveilleux émolument; à

cause que, chatouillés de telles friandises de maux & trouble, de l'aise

cruel que vous en sentirez, aurez connoissance de votre faute, & ne

serez plus juges ingrats d'autrui, qui peut-être vaut mieux que vous.

Ainsi ce mal vous réussira en bien, afin que, vous souvenant de ce livre

en vos rigueurs, vous y aurez recours; & vous vous en trouverez ou de

même, ou mieux, ou pis, au grand avantage du salut de votre ame, si vous

en savez bien user, & comme nos bons peres de familles, qui traitent

bien leurs hôtes, & entretiennent les toîts de leurs maisons, de peur

d'être incommodés.

Le moyen de parvenir, tome 1/3 · 第 29 / 52 题