CHAPITRE XXV.

Plans de l'empereur.--Son désir de faire la paix avec

l'Angleterre.--Tentatives par le roi de Hollande.--M. de Labouchère

autorisé par l'empereur.--M. Ouvrard employé par M. Fouché.--Une

intrigue renverse les espérances de pacification.--Détails.

Depuis que l'empereur s'était allié à la maison d'Autriche, il croyait

avoir atteint le but vers lequel il tendait, qui était de lier une

grande puissance au système établi en France, et par conséquent avoir

assuré la paix en Europe, c'est-à-dire qu'il ne se croyait plus exposé à

être encore traversé par quelque nouvelle coalition; il n'avait donc

plus que la paix à faire avec l'Angleterre, et pour que l'Espagne ne

devînt pas une difficulté, c'est-à-dire pour que sa possession ne pût

pas être contestée, et pût être comptée comme un effet négociable pour

la France au moment où l'on aurait pu entrer en négociation avec

l'Angleterre, il faisait marcher dans la Péninsule des forces tellement

considérables, que la conquête devait lui en être assurée. Elles se

réunirent toutes en Castille; ensemble elles composaient l'armée dont

l'empereur avait le projet d'aller prendre le commandement, et depuis

qu'il s'était déterminé à rester à Paris, il avait envoyé le maréchal

Masséna pour le commander, avec l'ordre de marcher droit à l'armée

anglaise en Portugal, en même temps que l'armée, sous les ordres du roi

et du maréchal Soult, qui était son major-général, marcherait en

Andalousie et sur Cadix. Avec ces deux grandes opérations se liaient

aussi celles que le général Suchet conduisait en Catalogne, où il

faisait les siéges successifs des places qui bordent le cours de l'Èbre,

et qui couvrent cette province.

Ce vaste plan d'opérations avait été dressé par l'empereur, et il

s'était flatté que, quoique absent de l'armée, la même obéissance et le

même désir de faire son devoir auraient animé tous ceux qui devaient y

coopérer; malheureusement il arriva le contraire. J'en parlerai

lorsqu'il en sera temps.

La paix avec l'Angleterre lui tenait plus à coeur; il se voyait entre les

mains de quoi donner des compensations à cette puissance, tant en retour

de ce qui lui était nécessaire d'en obtenir qu'en dédommagement des

sacrifices qu'on aurait pu lui demander, sans avoir de moyens d'appuyer

les réclamations qu'on était dans le cas de lui adresser; car telle

était notre position, qu'il fallait que l'Angleterre le voulût bien,

autrement il ne pouvait y avoir de terme à la guerre.

On avait employé deux fois l'intervention de la Russie pour ouvrir une

négociation avec le gouvernement anglais; celui-ci l'avait rejetée dans

des termes qui n'offraient même pas les moyens de lui faire préciser les

termes de son refus, de sorte que l'on en était encore à croire en

Angleterre au projet d'une puissance continentale universelle de la part

de l'empereur, comme on croyait en France à un projet de puissance

maritime et commerciale exclusive de la part de l'Angleterre.

L'empereur, malgré ces contrariétés, ne voulait pas croire à

l'impossibilité de faire comprendre des propositions raisonnables en

retour de celles qu'il était disposé à écouter; il chercha les moyens de

faire sonder les dispositions du ministère à Londres, afin de savoir ce

qu'il était permis d'en espérer. Cette démarche ne pouvait pas être

faite directement, parce qu'elle eût porté son cachet, et qu'en cas de

refus, tous les inconvéniens eussent été pour l'empereur

personnellement.

La Hollande avait encore plus besoin de la paix maritime que la France;

le roi Louis y jouissait de l'estime des peuples qu'il gouvernait, et

lui-même ne craignait pas de dire à l'empereur tout ce qu'il entrevoyait

de fâcheux pour lui, s'il devait encore régner long-temps sur un pays

auquel il ne restait plus de ressources, et qui était encore blessé

depuis la dernière réunion à la France, d'une partie de son territoire.

C'est par lui-même, avec l'approbation de l'empereur, que se firent les

premières démarches vis-à-vis de l'Angleterre; elles portèrent le masque

d'affaires de commerce simples. La maison Hopp d'Amsterdam était celle

qui avait le plus de relations avec l'Angleterre, et qui, par sa grande

considération, pouvait, en y traitant ses propres affaires, prendre le

caractère qui devait appartenir à celles qu'elle aurait traitées entre

les deux gouvernemens. Cette maison avait un de ses associés, M. de

Labouchère, qui était allié à une famille du haut commerce de Londres.

Ce fut sur lui que le roi de Hollande jeta les yeux pour la mission

qu'il s'était chargé de remplir; il donna des instructions à M. de

Labouchère, et un passe-port avec lequel il se rendit à Londres. Il

avait des moyens de se faire accueillir qui étaient naturels, et qui le

dispensaient de tout ce qui aurait pu apporter des entraves à ses

démarches; il était d'ailleurs connu pour un homme si estimable, que

tout ce qu'il aurait pu dire ne pouvait être atteint de la suspicion. M.

de Labouchère adressait ses rapports à la maison Hopp d'Amsterdam, qui

les remettait au roi, lequel les faisait parvenir à l'empereur.

Non-seulement M. de Labouchère, dans ses premières dépêches, était

rassurant sur les dispositions du gouvernement anglais, mais il était

encore encourageant, et il se flattait que, pour peu qu'il y eût un peu

de bonne volonté dans les concessions, tout pourrait s'arranger au gré

des impatiens désirs de tout le monde, parce que, lorsqu'on en serait

venu à négocier ouvertement sur le chapitre des sacrifices réciproques,

le premier une fois fait, on eût été facilement d'accord sur les choses

essentielles, et on ne se serait point arrêté à des bagatelles qui ne

pouvaient être mises en comparaison avec les pertes énormes que cet état

de guerre causait continuellement.

Les choses allaient assez bon train, lorsque M. le duc d'Otrante fut

informé que M. de Labouchère était en Angleterre; il faut observer qu'il

avait pu le savoir, soit par la correspondance du commerce de Londres

avec celui de Paris, ou par celle du commerce de Londres, d'abord, avec

Amsterdam, et ensuite d'Amsterdam avec Paris. Cet avis fut accompagné de

détails assez piquans pour éveiller la curiosité de M. le duc d'Otrante,

qui pouvait d'ailleurs avoir un autre motif, parce qu'un ministre de la

police est autorisé à tout suspecter; mais dans ce cas-ci, il paraît

n'avoir eu que celui d'être informé de ce qui se préparait à l'horizon

politique pour régler la marche qu'il devait prendre lui-même. Il lui

fut facile de se donner le moyen d'être bien informé de ce que faisait

M. de Labouchère à Londres, parce que celui-ci était fort lié avec M.

Ouvrard qu'il fit venir, et auquel il parla de circonstances qui

pouvaient favoriser des spéculations. Enfin, sans lui témoigner le

moindre désir de curiosité, il lui dit que c'était avec l'assentiment de

l'empereur qu'il lui tenait ce langage, et lui proposa d'aller à

Amsterdam pour être l'intermédiaire entre lui, Fouché, et M. de

Labouchère, qui était à Londres, et avec lequel il se mettrait en

communication en lui écrivant aussitôt son arrivée, pour tâcher de

pénétrer ce qu'il faisait à Londres, et enfin, que d'Amsterdam il lui

enverrait à Paris ses rapports. M. Fouché n'avait pas encore dit un mot

de tout cela à l'empereur, qui, de son côté, ne lui disait plus rien

depuis long-temps.

M. Ouvrard ne fut pas autorisé à se douter que le ministre abusait du

nom de l'empereur. Il partit donc pour Amsterdam, persuadé qu'il y était

envoyé par ordre de l'empereur, et écrivit en conséquence à M. de

Labouchère, qui, sans se départir de la marche qui lui avait été tracée

avant de quitter la Hollande, continua à lui adresser ses rapports à la

maison Hopp, pour qu'elle les remît au roi, qui les renvoyait à

l'empereur. Néanmoins, comme il connaissait beaucoup M. Ouvrard, il lui

accusa réception de ses lettres, et peut-être que pour se préserver

lui-même du soupçon d'intrigue particulière, dont on aurait pu accuser

sa discrétion, si les affaires étaient venues à mal tourner, il se

détermina à instruire sommairement M. Ouvrard de ce qui se passait et de

ce qu'il espérait, d'autant plus qu'il ne lui aurait pas été défendu de

saisir une occasion favorable pour une grande opération de commerce.

Ce ne fut qu'après que M. Fouché eut reçu les premières lettres que M.

Ouvrard lui écrivait comme à quelqu'un qu'il supposait non seulement au

fait de la mission de M. de Labouchère, mais qu'il croyait chargé de le

diriger, et qu'en un mot il regardait comme le véritable négociateur

entre la France et l'Angleterre; ce n'est qu'alors, dis-je, que M.

Fouché parla à l'empereur du voyage de M. Ouvrard en Hollande, ne disant

pas que c'était lui qui l'avait envoyé, mais qu'il n'avait pas eu de

raison pour lui refuser un passe-port, d'autant plus qu'il était

correspondant de la maison Hopp, avec laquelle il avait à régler, et que

de temps en temps il lui donnait des nouvelles. Il se crut suffisamment

en règle après avoir rendu ce compte à l'empereur; il ne parla même du

voyage de M. Ouvrard que pour se trouver à couvert si les choses étaient

venues à mauvaise fin, et qu'on les eût imputées à M. Ouvrard.

L'empereur retint cela, mais n'en devint pas plus communicatif avec M.

Fouché, qui fut obligé de deviner ce qui se traitait à Londres sur ce

que M. Ouvrard lui mandait d'Amsterdam, d'après les lettres qu'il

recevait de M. de Labouchère. Celui-ci avait trop d'esprit pour écrire

ce qui ne pouvait pas se dire, de sorte que la curiosité de M. Fouché

était continuellement excitée et jamais satisfaite; il en voyait

cependant assez pour juger que l'empereur travaillait à la paix, et il

en conclut qu'il fallait prendre ce langage: en même temps, il songea à

tirer sa part de la considération dans l'oeuvre de la paix, en faisant

tout ce qui était nécessaire pour fasciner les yeux de la multitude, et

en persuadant que c'était lui qui l'avait faite, ou qui avait forcé à la

faire. Il allait hardiment, parce qu'il la croyait sûre, persuadé que

l'empereur était en négociations ouvertes. Il en parlait aux uns pour

qu'ils en parlassent à leur tour, et en même temps il ne négligeait rien

de ce qui pouvait le tenir régulièrement informé de l'état de cette

question, autour de laquelle il tournait sans pouvoir la pénétrer. Il

était inquiet d'une chose, c'est que, comme il avait coutume de

s'attribuer tout ce qui était populaire, si la paix était venue à se

faire sans qu'il en fût prévenu, sa prévoyance aurait été en défaut, et

son crédit s'en serait altéré.

C'est en parlant ainsi de la paix avec l'Angleterre qu'il promettait à

tout le monde, qu'il fit attacher sur lui des yeux observateurs, et

qu'il revint aux oreilles de M. de Bassano, ou de M. de S***[38], que M.

Fouché traitait de la paix avec l'Angleterre par le canal de M. Ouvrard,

qui était à Amsterdam, et l'on ajoutait qu'il allait et revenait de

Londres dans cette ville: soit curiosité, soit jalousie de la part de

ceux qui, ayant fait le mariage de l'empereur, convoitaient des

ministères, ou au moins celui vers lequel ils voyaient que M. Fouché

tendait[39], ils voulurent déjouer son projet, ou son intrigue si elle

avait été tramée contre l'État.

Cela leur fut facile par le moyen de cet Hennecart[40], que M. de S***

avait tout-à-fait gagné. De son côté, Hennecart, quoiqu'attaché au

ministère de la police, avait gagné les sieurs Vera père et fils, qui

étaient tous deux employés supérieurs à la préfecture de police,

laquelle était presque continuellement en rivalité avec le ministère de

la police; par ce moyen, lorsqu'on voulait jouer un mauvais tour à M.

Fouché, on donnait un mauvais bulletin à Hennecart, qui le remettait au

sieur Vera, et celui-ci au préfet de police, qui ne manquait pas d'en

faire la matière d'une anecdote de police pour l'empereur. C'était par

de misérables moyens comme ceux-là qu'on entravait la marche des

affaires les plus importantes en faisant parade d'un zèle exclusif et

sans pareil pour le service de l'empereur. Je ne puis pas assurer si M.

de Bassano rapporta à l'empereur que M. Fouché était en négociations

ouvertes avec l'Angleterre par le moyen d'Ouvrard, et si c'est

l'empereur qui l'aurait, par suite, chargé de prendre des informations

sur ce que pouvait faire M. Ouvrard, soit à Amsterdam ou à Londres; ou

bien si lui, M. de Bassano, avait fait prendre des informations avant

d'en rendre compte à l'empereur. Néanmoins j'ai toujours cru qu'on lui

en avait fait parvenir le premier avis par la préfecture de police,

ainsi que je viens de le dire. Du reste, voici un fait exactement vrai.

Lorsque j'eus reçu la déclaration du sieur Fagan, dont j'ai parlé tout à

l'heure, je fis venir le sieur Hennecart et lui parlai un peu vivement

en ces termes:

«Monsieur, vous qui m'avez fait tant d'offres de service, qui m'avez

parlé de l'ingratitude du duc d'Otrante envers l'empereur, qui trouvez

si bien que l'on ait fait arrêter M. Ouvrard, je trouve, moi, que

personne ne mérite mieux que vous un pareil traitement, et si vous ne me

répondez pas catégoriquement, cela pourra bien vous arriver tout à

l'heure.

«Qui est-ce qui a dit d'aller engager Fagan à se charger d'une mission

pour l'Angleterre?» Il me répondit, d'un ton fort consterné, qu'à la

vérité il avait été le trouver et le lui proposer; que cela avait été

arrangé entre M. de S*** et lui, et que, sans cette intrigue, ils ne

seraient jamais parvenus à déplacer M. Fouché pour me faire entrer au

ministère. Je lui répondis: «Comment! vous ne me connaissiez pas, et

vous me vouliez tant de bien!»

Il crut m'en imposer en me disant que l'opinion me désignait comme le

seul homme, entre ceux dévoués à l'empereur, capable de bien remplir

cette place, etc., etc. Enfin il me raconta tout ce que je viens de dire

sur ce qui s'était passé entre Fagan et lui, en ajoutant qu'il n'avait

fait cela que de concert avec S***, et que c'était à S*** qu'il

remettait les bulletins que Fagan lui envoyait.

Ainsi M. Fouché, dont l'habileté a été tant vantée, avait employé dans

cette circonstance, si délicate pour lui, un agent qui, quoiqu'à ses

gages, lui avait été mis dans la main par M. de S***, qui préparait sa

perte[41]. Si M. de S*** n'était pas d'accord avec M. de Bassano, il l'a

dupé en lui remettant, comme venant d'une autre source, des bulletins

qui venaient de Fagan; et s'il était d'accord avec M. de Bassano, tous

deux ont complètement dupé M. Fouché.

Je n'ai pas encore dit quel était le motif de celui-ci en envoyant Fagan

à Londres: il pouvait en avoir deux.

1° Comme Fagan disait avoir des moyens d'introduction près du marquis de

Wellesley, il pouvait par là connaître l'état de la question entre le

ministre et les propositions de la partie dont M. de Labouchère était

l'organe, et au moyen de la correspondance de Fagan (qui avait causé

avec M. de Wellesley), comparée avec celle de M. Ouvrard, laquelle était

extraite des lettres de M. Labouchère, qui avait de même causé avec le

marquis de Wellesley. M. Fouché pouvait être très près de deviner les

intentions des deux partis qui traitaient, et juger d'avance du

résultat, et en même temps conjecturer quelles devaient être les

instructions des négociateurs.

C'est au retour du premier voyage que fit Fagan, que M. Fouché ne douta

plus du succès des négociations de paix, et qu'il s'arrangea, soit pour

s'attribuer dans l'opinion la gloire d'avoir amené l'Angleterre à

conclure la paix, ce que personne n'avait pu faire jusqu'alors; soit

pour s'emparer de la négociation, lorsque le moment serait arrivé où

l'empereur aurait voulu et en même temps pu traiter ouvertement, parce

qu'alors il lui aurait dit qu'il était au fait de la question, qu'il la

suivait des yeux depuis long-temps, ce qui, selon lui, aurait paru un

assez grand avantage pour que l'empereur le nommât négociateur, puis

enfin ministre des relations extérieures, où il aspirait à arriver,

étant las de la police. C'était là son motif en envoyant Fagan à

Londres; mais il s'empressa trop de faire le négociateur, et se trompa

de chemin comme un homme qui veut conduire ceux qui ne lui ont pas dit

où ils veulent aller. Il renvoya son messager à Londres, d'où il était

parti peu auparavant, ayant vu et entretenu le marquis de Wellesley. Il

se présenta de nouveau chez ce ministre, auquel il rapporta des

conversations, et peut-être même des légèretés de M. Fouché, qui était

aussi ministre, et qui pouvait paraître à Londres chargé par l'empereur

de négocier. Voilà donc ce Fagan qui se trouva avoir une sorte de

caractère, parce qu'enfin le marquis de Wellesley pouvait bien accorder

autant de confiance à ce que Fagan lui disait de la part de M. Fouché,

que M. Fouché paraissait en avoir accordé à ce que ce même Fagan lui

avait rapporté de la part du marquis de Wellesley; mais malheureusement

pour M. Fouché, ce que Fagan disait au marquis de Wellesley ne

ressemblait pas tout-à-fait à ce dont M. de Labouchère l'entretenait, et

que Fouché ne pouvait pas savoir aussi promptement, par la raison que ce

qui devait être envoyé à M. de Labouchère était adressé directement de

Paris au roi de Hollande, de là à Londres, et que M. Fouché ne pouvait

en être informé qu'après que l'avis était revenu sur ses pas,

c'est-à-dire lorsque M. de Labouchère avait bien voulu en écrire à M.

Ouvrard, qu'il croyait informé du motif de son séjour à Londres. Il

résulta de ce tripotage que le marquis de Wellesley fut autorisé à

croire qu'on voulait le duper, ou que l'on faisait jouer à M. de

Labouchère le rôle d'une dupe pour bercer les Hollandais de l'espérance

de la paix, puisqu'il lui parlait dans un sens, et que M. Fouché lui

faisait parler dans un autre qui ne pouvait pas être exactement conforme

au premier; il ne soupçonnait pas la sincérité de celui qui ne craignait

pas de prendre un caractère officiel, et n'accordait pas autant de

confiance à celui qui cependant la méritait mieux que l'autre, mais qui,

n'étant pas autorisé à prendre un caractère, pouvait être désavoué quand

on voudrait.

Il chercha auquel des deux il devait ajouter foi, et, ne voyant que des

contradictions dans ce que l'un et l'autre disaient, il ne put voir là

que de l'intrigue, et cessa toute communication avec tous deux, et

bientôt après leur fit donner l'ordre de quitter l'Angleterre, observant

que, si la France avait réellement envie de faire la paix, elle devait

avoir d'autres moyens à employer pour se faire entendre.

Il fallut bien rendre compte à l'empereur du retour de M. de Labouchère

à Amsterdam; on lui avait caché l'envoi du sieur Fagan à Londres, en ne

lui remettant les bulletins de ce Fagan, par M. de S***, que comme des

bulletins de la négociation de M. Fouché, sans explications. L'empereur

ne connaissait que le départ de M. Ouvrard pour Amsterdam, et comme on

se garda bien de l'éclairer sur celui de Fagan pour Londres (que M. de

Bassano ignorait peut-être lui-même), il attribua naturellement à M.

Ouvrard ces bulletins de la négociation de M. Fouché. C'est pourquoi

l'empereur crut d'abord que M. Ouvrard avait été lui-même à Londres, et

il ordonna son arrestation. On y poussa l'empereur, parce que l'on

voulait lui persuader que M. Ouvrard était le prête-nom de M. de

Talleyrand, que l'on voulait écarter comme un homme qui faisait peur.

Je laisse aux hommes éclairés à former leur opinion sur cette intrigue,

qui ressemble même plutôt à de la fourberie de laquais qu'à de la haute

intrigue. Ils jugeront, dans toute cette suite de piéges tendus à la

bonne foi, quel est celui qui a été le plus coupable.

Mémoires du duc de Rovigo, pour servir à l'histoire de l'empereur Napoléon, Tome 4 · 第 36 / 48 题