Le principe de cet appareil consiste à maintenir sur l'air un

vaste plan auquel des hélices propulsives communiquent un rapide

mouvement de translation. Personne, que nous sachions, n'avait

obtenu de bons résultats au moyen des aéroplanes, avant Pénaud,

qui employa encore le caoutchouc tordu pour mettre en mouvement

ces petits appareils si étonnants par la simplicité de leur

mécanisme (fig. 36). Cet ingénieux expérimentateur n'a

malheureusement réalisé que des types d'aéroplanes de petites

dimensions. La maladie qui devait nous l'enlever, a sans doute

entravé ses recherches. Quelques années avant sa mort, il avait

cependant publié, avec le concours d'un de nos amis communs, M.

P. Gauchot, ingénieur distingué, un projet d'aéroplane de grandes

dimensions; la mort de Pénaud dut en empêcher la réalisation.

Cette construction eût sans doute entraîné d'assez fortes

dépenses, mais nous croyons qu'elle eût donné la preuve

victorieuse de la supériorité de l'aéroplane sur tous les

appareils que nous avons décrits ci-dessus.

[Illustration: Fig. 36.--Aéroplane d'Alphonse Pénaud.]

À l'époque où Pénaud se rattachait définitivement à l'emploi de

l'aéroplane comme à la méthode la plus capable de donner des

résultats pratiques, nous poursuivions encore la création

d'appareils basés sur l'imitation du vol de l'oiseau. Nos yeux

s'ouvrirent enfin à l'évidence et nous entrâmes dans la voie que,

depuis lors, nous n'avons plus cessé de suivre. Nous ne tardâmes

pas à nous applaudir de ce changement, car, dès nos premiers

essais, les résultats furent très satisfaisants.

[Illustration: Fig. 37.--Aéroplane à air comprimé de Victor Tatin,

expérimenté en 1879.]

Un petit aéroplane d'environ 0{mq},7 de surface était remorqué

par deux hélices tournant en sens inverse; le moteur était une

machine à air comprimé, analogue à une petite machine à vapeur

dont la chaudière était remplacée par un récipient relativement

grand et d'une capacité de 8 litres; malgré le peu de poids dont

nous pouvions disposer, nous avons pourtant pu donner à ce

récipient une solidité suffisante pour qu'il puisse résister, à

l'épreuve, à plus de 20 atmosphères: dans nos expériences, la

pression n'en a jamais dépassé 7; son poids n'était que de 700

grammes. La petite machine développant une force motrice

d'environ 2{kgm},6 par seconde, pesait 300 grammes; enfin, le

poids total de l'appareil, monté sur roulettes était de 1{k},750

(fig. 37); cet ensemble quittait le sol, à la vitesse de 8 mètres

par seconde, quoique les résistances inutiles fussent presque

égales à celles dues à l'ouverture de l'angle formé par les plans

au-dessus de l'horizon. L'expérience a été faite en 1879 dans

l'établissement militaire de Chalais-Meudon. L'aéroplane, attaché

par une cordelette au centre d'un plancher circulaire, tournait

autour de la piste; il a pu s'enlever du sol, et passer même une

fois au-dessus de la tête d'un spectateur. Nous ne pouvons que

renouveler ici les remerciements que nous avons déjà adressés à

MM. Renard et Krebs, pour leur extrême obligeance et l'intérêt

qu'ils semblaient prendre à nos essais.

Après ce résultat, nous avions formé le projet d'étudier avec cet

appareil les avantages ou les inconvénients de l'emploi de plans

plus ou moins étendus, d'angles plus ou moins ouverts, et enfin,

de diverses vitesses dans chacun de ces cas; mais nos ressources,

alors plus qu'épuisées par ces longs et coûteux travaux, ne nous

le permirent pas et, à notre grand regret, nous avons dû depuis,

nous contenter d'indiquer le programme de nos expériences, sans

pouvoir le réaliser nous-même.

L'expérience que nous venons de rapporter corroborait,

d'ailleurs, nos prévisions, et nous pensons aujourd'hui pouvoir

tracer les lignes principales d'un aéroplane, sans crainte de

commettre de grave erreur. Dans un aéroplane, comme dans un

ballon, la résistance à la translation croît comme le carré de la

vitesse; la force motrice devra donc, ici aussi, croître comme le

cube de cette vitesse, mais comme, pour un angle donné et supposé

invariable, la poussée de sustention et la résistance à la

translation seront toujours dans le même rapport, le poids

disponible augmentera avec le carré de la vitesse, de sorte qu'on

se trouve sur ce point, plus avantagé qu'avec l'emploi des

ballons.

Il faut remarquer, par contre, qu'avec le système aéroplane, les

grandes constructions ne procureront que l'avantage de pouvoir

obtenir des moteurs relativement plus légers et plus économiques.

Il est bien évident que les premiers essais qu'on pourrait

traiter avec des aéroplanes ne seraient que d'une courte durée.

Ayons d'abord des vues modestes. Qu'une machine aérienne

fonctionne seulement une heure, une demi-heure même, à la vitesse

d'une quinzaine de mètres par seconde, et le progrès accompli

sera immense; on peut même dire que le problème sera entièrement

résolu. Après ce premier pas, viendront rapidement les

perfectionnements qu'indiquera l'expérience; les moteurs nouveaux

deviendront un but de recherches qui ne tarderont pas à être

fécondes, et l'humanité se trouvera enfin en possession du plus

puissant engin qu'elle ait jamais imaginé.

Beaucoup d'autres systèmes ont été proposés par les aviateurs.

Michel Loup, en 1852, décrivit l'appareil que représente notre

gravure (fig. 38). C'était un système formé par un plan de

glissement devant s'avancer au moyen de quatre ailes tournantes.

L'appareil était muni d'un gouvernail et de roues; il affectait

l'aspect d'un oiseau quand on le voyait de profil.

[Illustration: Fig. 38.--Aéroplane de Michel Loup. (1852).]

Nous ne devons pas oublier de mentionner le nom d'un mathématicien

pratique dont les travaux étaient fort dignes d'intérêt: de Louvrié.

Il avait imaginé un système d'aéroplane, dont les ailes pouvaient

être repliées comme celles de l'oiseau. Son système de cerf-volant

parachute, dont nous donnons le schéma (fig. 39), fut soumis à

l'examen de l'Académie des sciences, mais aucune expérience ne put

avoir lieu.

[Illustration: Fig. 39.--Aéroscaphe de Louvrié.]

Dans cet appareil il devait y avoir une hélice de propulsion, ou un

moteur à mélange détonant produisant une réaction sur l'air.

[Illustration: Fig. 40.--Aéroplane monté sur roue de M. du Temple

(1857).]

Parmi les plus fervents disciples de l'aviation par les aéroplanes,

nous aurons encore à citer les frères du Temple. Dès l'année 1857,

M. Félix du Temple, alors lieutenant de vaisseau, prit un brevet

d'invention pour un appareil de locomotion aérienne imitant le vol

des oiseaux. Bientôt aidé de son frère, M. Louis du Temple,

capitaine de frégate, auteur d'ouvrages de mécanique estimés, il eut

l'idée de l'aéroplane que nous représentons (fig. 40). Cet

aéroplane, formé de deux grandes ailes et d'une queue, était monté

sur roue. À l'avant se trouvait une hélice d'aspiration, mise en

mouvement par une machine à vapeur très légère. M. Louis du Temple a

étudié avec un grand mérite les moteurs légers, et tout le monde

connaît la chaudière à vapeur qui lui est due. Malgré les efforts

les plus persévérants, aucun résultat d'expérimentation pratique de

l'aéroplane ne put être obtenu.

[Illustration: Fig. 41.--Aéroplane de Thomas Moy (1871).]

En 1858, Jullien, dont nous allons résumer plus loin les

remarquables expériences d'aérostat allongé, voulut étudier ce que

peuvent donner les appareils plus lourds que l'air. Il présenta à la

_Société d'encouragement pour l'aviation_[48] un modèle d'aéroplane

automoteur ne pesant que 36 grammes quoique ayant 1 mètre de

longueur. Les propulseurs étaient des hélices à deux palettes. Le

moteur, une simple lanière de caoutchouc analogue à celle

qu'employait Pénaud. M. de la Landelle en a donné la description:

L'appareil, qui marchait en ligne droite et horizontale,

papillonnait durant cinq secondes et parcourait une distance de

douze mètres. La force dépensée était de 72 grammètres par

seconde.

[Note 48: _Société d'encouragement pour l'aviation_, ou

Locomotion aérienne au moyen d'appareils plus lourds que

l'air. 1 broch. in-8º, Paris. J. Claye. 1867.]

L'inventeur se proposait de construire un appareil de plus grande

dimension, pesant 200 grammes et fonctionnant pendant 20 secondes,

mais il ne donna pas suite à cette idée.

Vers la même époque M. Carlingford prit en Angleterre et en France

un brevet d'invention pour un chariot ailé, muni d'une hélice de

traction. Cet aéroplane singulier était destiné à être lancé en

l'air au moyen d'une balançoire à laquelle on devait l'avoir

préalablement suspendu. La seule force de l'homme qui s'y trouvait

suspendu devait en outre permettre à l'appareil de voler comme

l'oiseau dans toutes les directions.

Les projets d'aéroplanes sont innombrables et les aviateurs se

nomment _légion_. Mais que de fois leurs projets sont absolument

chimériques! Figurons à titre de curiosité de ce genre, un projet

d'appareil proposé par Thomas Moy en 1871[49] (fig. 41). Deux plans

inclinés seraient animés de mouvement dans l'air sous l'influence de

grandes roues à hélice. Il est facile de figurer une machine sur le

papier; mais l'art de la construire et de la faire fonctionner est

plus difficile. C'est ce qu'oublient trop souvent les hommes que

leur imagination entraîne loin du domaine de la science

expérimentale.

[Note 49: Nous avons emprunté le dessin de cet aéroplane et

de quelques-uns de ceux que nous venons de mentionner au

_Tableau d'aviation_, dressé par M. E. Dieuaide, un de nos

plus zélés historiens de la navigation aérienne.]

Nous avons décrit les principes de l'aviation, nous avons parlé des

expériences qui ont été faites. On a vu que malgré l'incontestable

intérêt des études et des constructions exécutées, _le plus lourd

que l'air_ n'a pas réalisé jusqu'ici la navigation aérienne.

Est-ce à dire que la solution du problème de l'aviation n'est pas

possible? Nous nous garderons de prononcer ce mot; mais il nous

paraît certain qu'avec les ressources actuelles de la mécanique

contemporaine, le problème ne saurait être résolu d'une façon

pratique, les moteurs dont on dispose, étant beaucoup trop lourds.

TROISIÈME PARTIE

LE PROBLÈME DE LA DIRECTION DES BALLONS

On sent que tous les usages de l'aérostat se multiplieront,

lorsque cette machine aura été perfectionnée, et même qu'ils

deviendront d'une tout autre conséquence, si on parvient jamais à

la diriger, comme tout semble en annoncer la possibilité.

(_Rapport fait à l'Académie des sciences sur la machine

aérostatique_, par Lavoisier, Condorcet, etc., présenté le 24

décembre 1783.)

I

PREMIÈRES EXPÉRIENCES DE DIRECTION AÉRIENNE

Le ballon à rames de Blanchard. -- Expériences de direction de

Guyton de Morveau. -- Miolan et Janinet. -- Le projet du général

Meusnier. -- Études de Brisson. -- Le premier ballon allongé des

frères Robert. -- Le _Comte d'Artois_, aérostat de Javel. --

L'aéro-montgolfière de Pilâtre de Rozier. -- Masse et

Testu-Brissy.

Aussitôt que les frères Montgolfier eurent lancé dans l'espace le

premier ballon à air chaud, que Pilâtre et Rozier et le marquis

d'Arlandes eurent exécuté, à la date du 21 novembre 1783, le premier

voyage aérien, que Charles et Robert, quelques jours après, le 1er

décembre, se furent élevés du jardin des Tuileries dans le premier

ballon à gaz hydrogène, on songea à se diriger dans l'atmosphère.

Dès 1783, l'année même de la découverte, les projets surgirent, et,

en 1784, nous n'allons pas avoir à enregistrer moins de cinq

tentatives distinctes.

Blanchard est le premier en date. L'aviateur que nous avons vu dans

la première partie de ce livre expérimenter les ailes de sa voiture

volante, devint un des plus fervents disciples des frères

Montgolfier; il songea à appliquer aux ballons son système de rames

et conçut un système de direction très élémentaire. C'était un

ballon sphérique, à gaz hydrogène, dont l'appendice portait un

parachute: on pouvait manoeuvrer dans la nacelle, deux ailes ou

rames et un gouvernail (fig. 42).

Ce système ressemblait beaucoup à sa voiture volante, dont la

curieuse caricature de la première Partie représente l'aspect

d'ensemble. Blanchard avait, comme on le voit, appliqué à la nacelle

d'un ballon à gaz les ailes et le parachute de son appareil

d'aviation. C'est avec beaucoup de bon sens qu'il rendit hommage à

la découverte des frères Montgolfier, et dans une lettre insérée

dans le _Journal de Paris_, il convint de bonne grâce, qu'il ne se

serait jamais élevé dans l'air sans les ballons.

[Illustration: Fig. 42.--Aérostat dirigeable de Blanchard (1789).]

L'ascension de Blanchard eut lieu au Champ-de-Mars le 2 mars 1784;

elle fut signalée par un incident curieux. Un jeune officier de

l'école de Brienne, Dupont de Chamtbont, voulut monter de force dans

la nacelle, et ayant tiré son épée, il blessa l'aéronaute à la main.

Blanchard dut laisser ses ailes à terre: il n'emporta que son

gouvernail et descendit à Billancourt. Il raconta qu'il avait opéré

des manoeuvres particulières, et qu'il avait réussi à marcher contre

le vent[50] en manoeuvrant l'appendice de l'aérostat, mais rien ne

justifie ces affirmations: on se moqua de l'aéronaute, et des

dessins satiriques furent faits contre lui. Blanchard, hâtons-nous

de l'ajouter pour sa mémoire, se releva dignement de cet échec; il

eut l'honneur de traverser pour la première fois le détroit du

Pas-de-Calais en ballon, avec le Dr Jeffries, et il exécuta plus de

cinquante ascensions qui font de lui un des premiers aéronautes

français.

[Note 50: _Première suite de la description des expériences

aérostatiques de MM. de Montgolfier_, par M. Faujas de

Saint-Fond. Tome second, 1 vol. in-8º. Paris, 1784.--Compte

rendu par M. Blanchard, p. 170.]

Au moment où ces expériences de Blanchard attiraient l'attention

publique, un officier du génie d'un grand mérite, le général

Meusnier[51], étudiait la construction d'un ballon allongé muni d'un

propulseur, et Brisson, membre de l'Académie des sciences, se

préparait à exposer nettement les conditions du problème de la

direction des aérostats. Nous allons parler, un peu loin, des

travaux de ces savants, qui ont jeté les premières bases de la

navigation aérienne, mais nous voulons auparavant continuer ici

l'énumération des essais qui ont été entrepris à l'aide des ballons

sphériques.

[Note 51: Quelques écrivains modernes ont écrit Meunier.

C'est par erreur. Hugues-Alexandre-Joseph Meusnier, né dans

le Roussillon le 23 septembre 1758, mourut à Poitiers après

une magnifique carrière militaire, en 1851.]

Le 12 juin 1784 on vit s'élever, à Dijon, l'appareil dirigeable

construit sous les auspices de Guyton de Morveau, par les soins de

l'Académie de Dijon. Le célèbre physicien avait imaginé de fixer à

l'équateur d'un aérostat sphérique, un cercle de bois, portant d'une

part, deux grandes tablettes de soie tendue sur un cadre rigide, et

d'autre part, un gouvernail. En outre, deux rames placées entre la

_proue_ et le _gouvernail_ étaient destinées à battre l'air comme

les ailes d'un oiseau (fig. 43). Tous ces organes se manoeuvraient à

l'aide de cordes, par les aéronautes dans la nacelle. C'est avec ces

moyens d'action que Guyton de Morveau, de Virly et l'abbé Bertrand

essayèrent de se diriger dans les airs; les expériences furent

continuées longtemps, avec une grande persévérance, mais sans aucun

succès. L'Académie de Dijon, on doit le reconnaître, ne recula, pour

les mener à bonne fin, devant aucune dépense[52].

[Illustration: Fig. 43.--L'aérostat dirigeable _l'Académie de

Dijon_, expérimenté par Guyton de Morveau en 1784.]

[Note 52: _Description de l'aérostat «l'Académie de Dijon»._

À Dijon. 1 vol. in-8º avec planches, 1784.]

Pendant que ces essais s'exécutaient à Dijon, on ne parlait à Paris

que de la montgolfière dirigeable de deux physiciens, l'abbé Miolan

et Janinet. Le système consistait en un grand écran en forme de

queue de poisson, que les aéronautes devaient actionner dans la

nacelle, à la façon d'une godille (fig. 44).

[Illustration: Fig. 44.--La Montgolfière dirigeable de Miolan et

Janinet.]

Les infortunés physiciens essayèrent de gonfler leur montgolfière le

11 juillet 1784[53], ils n'y réussirent point; la foule envahit

l'enceinte de manoeuvre, brisa tout autour d'elle, pendant que le

feu dévorait le globe aérien. Miolan et Janinet furent l'objet d'une

raillerie sans pitié; on les ridiculisa dans les estampes, et je

possède dans ma collection aérostatique quelques curieuses

caricatures à ce sujet, notamment une gravure qui représente l'abbé

Miolan sous la forme d'un chat, Janinet sous celle d'un âne,

triomphalement traînés par des baudets et conduits à «l'Académie de

Montmartre».

[Note 53: Dans la plupart des traités d'aérostation, la date

de cette tentative est fixée en juillet 1785, mais les

nombreuses gravures et caricatures que j'ai dans ma

collection portent toutes la date du 11 juillet 1784; c'est

cette dernière date que je crois exacte.]

De toutes parts on songeait à diriger les ballons, et tandis que

Miolan et Janinet échouaient d'une façon si pitoyable, les frères

Robert allaient expérimenter le premier aérostat allongé.

L'idée de ce mode de navigation appartient, comme nous l'avons dit

précédemment, au général Meusnier, membre de l'Académie des

sciences. Le général Meusnier, dans un remarquable mémoire, a jeté

les bases de la navigation aérienne par les aérostats à hélice, et

il a eu la première idée du ballonnet compensateur qui permet de

monter et de descendre sans perdre de gaz et sans jeter de lest.

Voici le sommaire de ce que contient le travail de Meusnier.

Le savant officier du génie avait imaginé un aérostat à double

enveloppe. L'hydrogène est contenu dans le ballon intérieur formé de

soie rendue imperméable par un vernis au caoutchouc. Cette enveloppe

doit être aussi légère qu'il est possible, plus grande que le volume

du gaz qu'elle contient, en sorte qu'elle ne soit jamais

complètement tendue à la partie inférieure. On la nomme enveloppe

_imperméable_. La seconde enveloppe, dite de _force_, peut être de

toile et d'autant plus épaisse que l'aérostat est plus grand; on la

fortifie encore à l'extérieur par un réseau de cordes. Elle doit

être imperméable à l'air atmosphérique comprimé. On laisse entre les

deux enveloppes un assez grand espace dont nous allons voir l'usage.

Un tuyau de même tissu que l'enveloppe de force fait communiquer

cette enveloppe avec une pompe foulante établie dans la nacelle. On

peut, au moyen de cette pompe, comprimer l'air entre les deux

enveloppes et augmenter ainsi la pesanteur spécifique du système.

Comme l'enveloppe est disposée pour n'être presque pas extensible et

comme les cordes dont elle est enveloppée extérieurement ne lui

permettent pas de se déformer, on peut regarder le volume de

l'aérostat comme à peu près invariable, tandis que son poids

augmente ou diminue en raison de la densité moyenne des deux gaz

qu'il contient. Ces gaz, séparés l'un de l'autre par l'enveloppe

imperméable, sont constamment en équilibre de part et d'autre de

cette enveloppe, qui, n'étant jamais tendue et ne supportant aucun

effort, peut être du tissu le plus mince et le plus léger. Aussi,

lorsque les aéronautes sont à une grande hauteur, il leur suffit,

pour descendre, de faire agir la pompe foulante, tout le poids de

l'air atmosphérique qu'ils introduisent entre les deux enveloppes,

est ajouté à celui de l'aérostat, qui ne peut plus rester en

équilibre que dans une couche plus dense, et par conséquent située à

des niveaux inférieurs.

Quand on veut s'élever, il suffit d'ouvrir une soupape, et de

laisser échapper l'air atmosphérique comprimé entre les deux

enveloppes. Pour descendre à nouveau, on rétablit la compression de

l'air et ainsi de suite indéfiniment.

L'aérostat du général Meusnier était de forme allongée, comme le

montre la gravure ci-contre (fig. 45), empruntée à son mémoire. Le

moteur consistait en palettes analogues aux ailes d'un moulin à vent

et fixées à un axe horizontal que les hommes d'équipage devaient

faire tourner. Meusnier calculait que ce propulseur à bras d'homme,

ne procurerait qu'une marche assez lente de l'aérostat, à peu près

une lieue à l'heure, mais, suivant le savant officier, le mouvement

de translation ne devait servir, en le combinant avec le mouvement

ascensionnel, qu'à chercher dans l'atmosphère un courant qui portât

les aéronautes vers les lieux où ils voulaient se rendre. Il n'avait

pas le projet de les conduire à leur destination par la seule action

du propulseur.

L'aérostat du général Meusnier était muni d'un gouvernail à l'arrière

de la nacelle allongée, et d'une ancre pour l'atterrissage. Il devait

être d'un grand volume, afin d'avoir une force ascensionnelle

considérable et un équipage nombreux. Le mémoire du général Meusnier

est un des plus curieux documents de l'histoire de la navigation

aérienne à ses débuts.

[Illustration: Fig. 45.--Projet d'aérostat dirigeable du général

Meusnier (1784).]

Un autre membre de l'Académie des sciences, homme d'un grand mérite

et d'une haute érudition, Brisson, qui rédigea le 23 décembre 1783,

avec Le Roy, Tillet, Cadet, Lavoisier, Bossut, de Condorcet et

Desmarest, le célèbre _Rapport sur la machine aérostatique par MM.

Montgolfier_, insista aussi à cette époque sur l'importance de la

forme allongée, à donner aux ballons pour les diriger.

Le 24 janvier 1784, Brisson lut à l'Académie des sciences un mémoire

additionnel dont il était le seul auteur, _sur la direction des

aérostats_, et il émit d'excellentes idées sur ce problème.

La forme qui me paraît la plus convenable à adopter, dit Brisson,

est celle d'un cylindre qui ait peu de diamètre et beaucoup de

longueur; par exemple une longueur qui égale cinq ou six fois le

diamètre; que ce cylindre soit placé de manière que son axe soit

horizontal, et qu'il soit terminé en cône allongé à celle de ses

extrémités qui doit se présenter au vent, afin d'éprouver de sa

part une moindre résistance.

Brisson indique que dans ces conditions, il sera indifférent

d'appliquer à la machine telle ou telle force motrice, pourvu

qu'elle soit capable de vaincre celle du vent. «Mais où

trouverons-nous cette force motrice, capable de vaincre celle du

vent? J'avoue que je commence à en désespérer», ajoute le savant

académicien. Brisson parle de la force humaine actionnant des rames,

assurément insuffisante, et il ne semble pas supposer que, dans

l'avenir, apparaîtront de nouveaux moteurs qui pourront changer la

face du problème. Il ajoute que le judicieux emploi des courants

aériens superposés dans l'atmosphère pourra être souvent utilisé.

On sait, dit Brisson[54], et les expériences qu'on a faites avec

les aérostats ont prouvé qu'il y a dans l'atmosphère, à

différents hauteurs, des courants qui ont des directions

différentes. M. Meunier (_sic_), de l'Académie des sciences, a

donné le moyen simple de se soutenir à telle hauteur qu'on

voudra, en comprimant plus ou moins le gaz renfermé dans

l'aérostat. Ce moyen consiste à composer l'aérostat d'une double

enveloppe: on remplit l'enveloppe intérieure de gaz inflammable,

et lorsqu'on veut comprimer cette masse de gaz, on fait passer,

par le moyen d'un soufflet à soupape, de l'air atmosphérique

entre les deux enveloppes, ce qui rend la machine plus pesante et

l'oblige à descendre. Si l'on veut remonter, on permet à cet air

de sortir: le gaz reprend alors son premier volume et perd

l'excès de densité qu'on lui avait fait acquérir en le

comprimant. Si donc il y a, comme nous venons de le dire, à

différentes hauteurs, des courants qui ont des directions

différentes, on pourrait choisir celui de ces courants qui aurait

la direction la plus rapprochée de la route qu'on voudrait

suivre. De cette manière, on arriverait au terme de son voyage

par des chemins pris successivement à différentes hauteurs de

l'atmosphère. Par ce moyen on éviterait toute la manoeuvre

nécessaire à la direction: l'aérostat serait beaucoup moins

chargé et il n'aurait pas besoin d'être d'un aussi grand volume

pour produire l'effet qu'on en attend. Si tous ces moyens sont

insuffisants, il faudrait se résoudre à faire comme les marins,

attendre que le vent soit favorable.

La Navigation Aérienne L'aviation Et La Direction Des Aérostats Dans Les Temps Anciens Et Modernes · 第 8 / 17 段