L'appareil comprend deux hélices, mais une seule d'entre elles est

mise en mouvement par le moteur à vapeur à deux pistons. Les deux

pistons sont calés à angles contrariés sur un arbre de couche,

transmettent le mouvement à un arc qui porte l'hélice par

l'intermédiaire de deux roues d'engrenage. La seconde hélice est

fixée sur le bâti; elle est destinée, comme dans le premier système

de Launoy et Bienvenu, à empêcher l'appareil de tourner sur

lui-même. Le manomètre est gradué jusqu'à 15 atmosphères. La

distribution et la détente s'obtiennent pour chaque cylindre au

moyen de deux bielles calées sur des excentriques fixés à l'arbre de

couche[46].

[Note 46: _L'Aéronaute_, 1879.]

[Illustration: Fig. 30.--Hélicoptère à vapeur de M. Forlanini

(1878).]

Le poids total de l'appareil est de 3 kilogrammes et demi, la

surface totale des hélices est de 2 mètres carrés, la force motrice

varie de 18 à 25 kilogrammètres. Le moteur proprement dit pèse 1

kilogramme et demi, celui de la petite chaudière sphérique chargée

d'eau pèse 1 kilogramme.

Quand on veut expérimenter l'appareil, on chauffe le petit moteur

sphérique représenté à la partie inférieure de notre figure, jusqu'à

ce que la pression soit suffisante. On retire le système du feu, on

ouvre le robinet: les hélices se mettent en mouvement.

L'auteur affirme que lors d'une expérience faite devant le

professeur Giuseppe Colombo et quelques autres spectateurs,

l'appareil se serait élevé à 13 mètres de hauteur, et serait resté

20 secondes en l'air.

Quel que soit l'intérêt de ce résultat, nous ferons observer qu'il

est encore loin de donner la solution du problème de la navigation

aérienne par l'hélice.

La machine de M. Forlanini n'enlève pas son foyer. Elle ne

fonctionne que pendant quelques secondes!

Voilà tout ce qu'a pu donner jusqu'ici l'hélicoptère.

IV

CERFS-VOLANTS, PARACHUTES ET AÉROPLANES

Archytas de Tarente et le cerf-volant. -- Le parachute de

Sébastien Lenormand. -- Jacques Garnerin. -- Cocking. -- Letur.

-- De Groof. -- Aéroplanes de Henson et de Stringfellow. --

Aéroplane à air comprimé de Victor Tatin. -- De Louvrié. -- Du

Temple.

Archytas de Tarente, celui-là à qui l'on a attribué la construction

d'une colombe mécanique, est l'inventeur du cerf-volant à plan

incliné formé d'une matière solide, plus dense que l'air et qui se

soutient dans l'air sous l'influence d'un point d'appui: c'est le

plus simple des aéroplanes. Le cerf-volant d'Archytas remonte à 400

ans avant notre ère, et la théorie du cerf-volant n'est pas encore

faite. Elle a dérouté les mathématiciens. «Le cerf-volant, ce jouet

d'enfant méprisé des savants, disait le grand Euler en 1756, peut

cependant donner lieu aux réflexions les plus profondes.»

Marey-Monge disait que le cerf-volant obéit à des conditions

_mystérieuses_, il s'est livré à de nombreuses études sur cet

intéressant appareil et il arrivait à conclure que la queue du

cerf-volant est un organe indispensable, et qu'un cerf-volant

«chargé d'une queue qui a la moitié de son poids, monte deux fois

plus haut qu'un cerf-volant sans queue!

Cependant les cerfs-volants japonais, en forme d'oiseau aux ailes

étendues, fonctionnent admirablement et ils n'ont pas la moindre

queue!

Plan incliné dans l'air, le cerf-volant a conduit les aviateurs à

l'idée de l'aéroplane, plan qui doit être poussé dans l'air par un

moteur, sous un angle déterminé. Nous allons arriver à l'aéroplane

en partant du cerf-volant et passant par le parachute.

Quand les ballons firent leur apparition dans le monde en 1773, on

avait depuis longtemps oublié les descriptions de Léonard de Vinci

et de Veranzio et le parachute fut découvert une seconde fois. À qui

revient l'honneur d'avoir construit le premier parachute à la fin du

siècle dernier? Il est certain que Blanchard dès ses premières

ascensions se servit de petits parachutes pour lancer des chiens et

des animaux dans l'espace. Son vaisseau volant était muni d'un

parachute. Il n'est pas moins certain que Sébastien Lenormand, peu

de mois après l'ascension des premiers aérostats, effectua du haut

de la tour de l'Observatoire de Montpellier une descente en

parachute qui excita vivement l'attention publique. Ceci résulte

d'une enquête qui a été faite à ce sujet, lorsque Garnerin prit un

brevet d'invention pour le système qu'il venait d'expérimenter.

Voici en quels termes Sébastien Lenormand a revendiqué lui-même son

invention; on va voir que son droit de propriété a été reconnu.

Le 26 décembre 1783 je fis à Montpellier, dans l'enclos des

ci-devant Cordeliers, ma première expérience en m'élançant de

dessus un ormeau ébranché, et tenant en mes mains deux parasols

de trente pouces de rayon, disposés de la manière dont je vais

l'indiquer. Cet ormeau présentait une saillie à la hauteur d'un

premier étage un peu haut; c'est de dessus cette saillie que je

me suis laissé tomber.

Afin de retenir les deux parasols dans une situation horizontale

sans me fatiguer les bras, je fixai solidement les extrémités des

deux manches aux deux bouts d'un liteau de bois, de cinq pieds de

long, je fixai pareillement les anneaux aux deux bouts d'un autre

liteau semblable et j'attachai à l'extrémité de toutes les

baleines des ficelles qui correspondaient au bout de chaque

manche.

Il est facile de concevoir que ces ficelles représentent deux

cônes renversés, placés l'un à côté de l'autre, et dont les bases

étaient les parasols ouverts. Par cette disposition j'empêchais

que les parasols ne fussent forcés de se reployer en arrière par

la résistance de la colonne d'air. Je saisis la tringle

inférieure avec les mains et me laissai aller: la chute me parut

presque insensible lorsque je la fis les yeux fermés. Trois jours

après, je répétai mon expérience, en présence de plusieurs

témoins, en laissant tomber des animaux et des poids du haut de

l'Observatoire de Montpellier.

M. Montgolfier était alors dans cette ville, il en eut

connaissance et répéta mes expériences à Avignon avec M. de

Brante, dans le courant de mars 1784, en changeant quelque chose

à mon parachute, dont j'avais communiqué la construction à M.

l'abbé Bertholon, alors professeur de physique.

L'Académie de Lyon avait proposé un prix d'après le programme

suivant:

_Déterminer le moyen le plus sûr, le plus facile, le moins

dispendieux et le plus efficace de diriger à volonté les globes

aérostatiques._

J'envoyai un mémoire au concours, ce fut dans les premiers jours

de 1784, j'y insérai la description de mon parachute dans la vue

de m'assurer la priorité de la découverte.

L'abbé Bertholon fit imprimer quelque temps après un petit

ouvrage, sur les avantages que la physique et les arts qui en

dépendent peuvent retirer des globes aérostatiques; et l'on y

trouve, page 49 et suivantes, des détails sur le parachute et sur

les expériences que nous fîmes ensemble.

Le citoyen Prieur avait inséré dans le tome XXI des _Annales de

chimie_ une note historique sur l'invention et les premiers

essais des parachutes, il en attribuait la gloire à M. Joseph

Montgolfier; je réclamai, et ce savant distingué s'empressa

d'insérer dans le tome XXXVI, page 94, une notice qu'il termine

par cette phrase: «La justice et l'intérêt de la vérité

prescrivaient également la publicité que nous donnons à la

réclamation du citoyen Lenormand, ainsi qu'aux preuves, qui

paraissent en effet lui assurer la priorité de date pour les

premières expériences des parachutes.» Plusieurs journaux

répétèrent ce qu'avait avancé le citoyen Prieur.

Voici, monsieur, l'article relatif à mon parachute, que j'extrais

mot à mot du mémoire que j'adressai à l'Académie de Lyon, et dont

j'ai parlé plus haut; j'y joins aussi la copie de la planche qui

l'accompagnait.

_Description d'un parachute._

Je fais un cercle de 14 pieds de diamètre avec une grosse corde;

j'attache fortement tout autour un cône de toile dont la hauteur

est de 6 pieds; je double le cône de papier en le collant sur la

toile pour le rendre imperméable à l'air; ou mieux, au lieu de

toile, du taffetas recouvert de gomme élastique. Je mets tout

autour du cône des petites cordes, qui sont attachées par le bas

à une petite charpente d'osier, et forment avec cette charpente,

un cône tronqué renversé. C'est sur cette charpente que je me

place. Par ce moyen j'évite les baleines du parasol et le manche,

qui feraient un poids considérable. Je suis sûr de risquer si

peu, que j'offre d'en faire moi-même l'expérience, après avoir

cependant éprouvé le parachute sur divers poids pour être assuré

de sa solidité.

[Illustration: Fig. 31.--Premier parachute de Sébastien Lenormand.]

Les propriétés du parachute étaient donc très connues, lorsqu'un

élève du physicien Charles, Jacques Garnerin, ayant été fait

prisonnier de guerre, et se trouvant enfermé en Autriche, eut l'idée

de s'évader à l'aide d'un appareil qui lui permettrait de se

précipiter du haut d'une tour. Il ne réussit pas à s'échapper par ce

procédé, mais quand il eut recouvré la liberté, il résolut de mener

à bien l'expérience qu'il avait imaginée pendant sa captivité.

La première tentative d'une descente de ballon exécutée en parachute

eut lieu le 22 octobre 1797, au parc Monceau, en présence d'une

foule considérable, parmi laquelle se trouvait l'astronome Lalande.

Jacques Garnerin s'éleva sous un parachute plié, attaché à un

ballon. À 1 000 mètres de hauteur, il coupa la corde qui le

maintenait sous l'aérostat, et il s'abandonna dans les airs. Des

cris de stupeur retentirent, mais on vit le parachute s'ouvrir et

osciller au milieu de l'atmosphère. Ce premier parachute avait

seulement 7{m},80 de diamètre. La descente fut très rapide, elle se

termina par un choc violent qu'eut à subir Garnerin dans sa petite

nacelle, en touchant la terre. L'intrépide expérimentateur, en fut

quitte pour une contusion au pied, légère blessure, puisqu'elle ne

l'empêcha pas de revenir à cheval, vers son point de départ, où il

fut accueilli par des acclamations.

Lalande courut à l'Institut pour annoncer à ses collègues le succès

de cette grande expérience d'aviation.

Le parachute ne subit presque aucune modification après Garnerin. Il

fut muni d'une ouverture centrale circulaire, destinée à laisser

passer l'air à sa partie supérieure; cette ouverture tend à éviter

les oscillations de la descente, mais elle n'est pas nécessaire,

d'après l'avis des spécialistes compétents.

Après un grand nombre de descentes en parachute, exécutées par

Garnerin et par sa nièce Élisa Garnerin, par Blanchard, par Mme

Blanchard, par Louis Godard et par Mme Poitevin, on abandonna cet

appareil; il n'a en réalité aucune utilité aérostatique, et ne sert

qu'à donner une démonstration expérimentale intéressante.

L'appareil de Garnerin n'est-il pas susceptible d'être perfectionné?

Sa forme est-elle le plus favorable au but qu'il s'agit d'atteindre?

Certains aviateurs pensent que le parachute de Garnerin pourrait

être avantageusement modifié. En 1816, Cayley, dont nous avons déjà

parlé précédemment, et qui est considéré comme l'un des partisans

les plus distingués du plus lourd que l'air dans la Grande-Bretagne,

exprimait l'opinion suivante: Les machines de ce genre, qui ont

certainement été construites en vue de procurer une descente

équilibrée, ont reçu, chose étonnante, la pire des formes qu'on

puisse imaginer pour atteindre ce but.

L'inventeur anglais Cocking partageait ces idées, mais il eut la

témérité de se confier à des surfaces de dimensions insuffisantes,

disposées à l'inverse d'un parachute ordinaire. Son appareil avait

la forme d'un cône renversé: il devait fonctionner la pointe en bas.

Le 27 septembre 1836, Cocking exécuta son expérience avec

l'aéronaute anglais Green, qui, convaincu de la justesse des

raisonnements de l'inventeur, n'hésita pas à l'enlever attaché à la

nacelle de son ballon. Il s'élevèrent tous deux du Wauxhall à

Londres, et montèrent jusqu'à l'altitude de 1 200 mètres. À cette

hauteur, Green coupa la corde, qui reliait au ballon Cocking et son

appareil. Le parachute retourné se précipita dans l'air avec une

vitesse désordonnée; sa surface mal calculée se déforma, et l'on vit

avec stupeur le malheureux aviateur être précipité vers le sol avec

une rapidité toujours croissante (fig. 32). Cocking fut broyé par le

choc, et l'on releva son corps en lambeaux.

En 1853, un Français, Letur, imagina de munir un parachute de deux

grandes ailes analogues à celles des coléoptères, et qui lui

permettraient de se diriger pendant la descente vers un point

déterminé (fig. 33). Il exhiba son appareil à l'Hippodrome de Paris

à la fin de mai 1853[47], mais il n'exécuta pas son expérience.

L'année suivante, le 27 juin 1854, Letur fut enlevé à Londres dans

le ballon de William Henry Adam. Celui-ci était accompagné par un

ami. Le parachute volant de Letur était attaché à 25 mètres

au-dessous de la nacelle de l'aérostat. Une catastrophe analogue à

celle de Cocking allait se produire. En voici le récit d'après le

journal anglais le _Sun_:

[Note 47: _Le Constitutionnel_ du 1er juin 1853 donne le

récit d'une visite faite à l'Hippodrome pour voir l'appareil

de Letur, par M. le duc de Gênes, accompagné de l'aide de

camp de l'Empereur.]

[Illustration: Fig. 32.--Mort de Cocking, le 26 septembre 1836.]

La descente en parachute de l'aéronaute français, M. Letur, dont

l'ascension avait eu lieu à Cremorn-Gardens, il y a quelques

jours, s'est terminée d'une manière fatale pour lui. Il paraît

que lorsque le ballon fut arrivé au-dessus de Tottenham, M. Adam,

l'une des personnes qui occupaient des places dans la nacelle,

trouvant l'endroit favorable, se prépara à descendre. Il coupa

deux des cordes qui attachaient le parachute au ballon; mais il

s'aperçut que la troisième corde était engagée dans l'appareil de

la machine.

Tout près de la station du chemin de fer de Tottenham, deux

employés du chemin de fer s'étaient d'abord saisis de l'ancre

attachée au parachute, mais force leur fut bientôt de lâcher

prise. M. Adam, pour éviter les dangers que présentaient des

arbres dans le voisinage, se mit à jeter du lest; néanmoins, on

heurta les arbres.

[Illustration: Fig. 33.--Appareil de Letur (1854).]

Le parachute fut ballotté avec une grande violence dans les

branchages, que l'on entendait craquer de la station, à la

distance d'un quart de mille. Cependant M. Adam parvint à

descendre sur le champ, tout près de la station de Marshlane. Les

ancres du parachute étant demeurées attachées à des branches, à

peu de distance de l'endroit où M. Adam et son ami étaient

descendus, ceux-ci s'empressèrent de courir au secours du

malheureux Français, qui n'avait pas voulu quitter le parachute

et s'y tenait accroché avec force.

Une foule immense fut bientôt sur le théâtre de l'accident, et

l'on parvint après beaucoup d'efforts à dégager le malheureux M.

Letur, qui, n'ayant pas perdu connaissance, quoique fortement

brisé par de nombreuses contusions, poussait des cris et des

gémissements. On le transporta à la taverne du chemin de fer près

de la station. M. Barrett, propriétaire, le fit placer dans une

chambre. On courut chercher un médecin. M. le docteur Lieks

arriva.

Ce pauvre M. Letur, qui ne parle pas du tout anglais, ne cessait

de répéter: «Mon Dieu! mon Dieu!» On le mit dans un lit. Le

docteur Lieks examina attentivement ses blessures. Les contusions

extérieures parurent peu graves, mais le docteur jugea qu'une

lésion interne d'une nature grave et mortelle devait avoir eu

lieu.

Dans la soirée, plusieurs personnes arrivèrent de

Cremorn-Gardens, et entre autres M. Franchel, l'ami intime du

blessé, et qui l'avait engagé à venir en Angleterre par

spéculation. M. Franchel, très ému et rempli de compassion pour

le sort du malheureux, déclara qu'il ne le quitterait pas. Cette

assurance parut améliorer beaucoup l'état moral du blessé, qui

pensa que sa famille pourrait avoir de ses nouvelles par

l'intermédiaire de cet ami.

M. Franchel n'a pas quitté le blessé jusqu'à son dernier soupir,

qu'il a rendu jeudi dernier, et il avait même déclaré qu'il ne

quitterait l'hôtel qu'après avoir rendu les derniers devoirs à

son ami. Jusqu'à sa mort, M. Letur a gardé sa pleine

connaissance. Il s'est entretenu avec calme avec M. Franchel, à

qui il a exprimé ses dernières volontés. Il avait quarante-neuf

ans. On dit qu'il laisse sa famille dans l'indigence, à Paris. Sa

malheureuse femme est dans un état de grossesse très avancé.

Parmi les personnes qui ont montré le plus d'intérêt pour ce

malheureux a été M. Simpton, propriétaire de Cremorn-Gardens. Le

parachute n'a pas été très endommagé. Il reste déposé à la

taverne pour être examiné par le coroner et le jury.

Cette catastrophe causa une vive émotion et donna lieu à une enquête

du coroner. Nous extrayons les passages les plus intéressants du

procès-verbal qui a été publié à cette époque.

Aujourd'hui, à quatre heures de l'après-midi, M. Baker, coroner

d'East-Middlesex, et un jury composé d'hommes très

recommandables, se sont réunis à l'hôtel du Chemin-de-Fer, pour

s'y livrer à une enquête sur la mort de M. Letur, aéronaute

français, âgé de quarante-neuf ans, mort des suites de ses

blessures dans une descente en parachute.

Un grand nombre de personnages spéciaux et scientifiques

assistaient à l'enquête, et notamment MM. Green, Coxwell,

Hampton, aéronautes distingués. M. Adam, secrétaire, de M.

Simpson, propriétaire de Cremorn-Gardens, où avait eu lieu

l'ascension, représentait ce dernier.

M. William Henry Adam, aéronaute à Cremorn-Gardens, dépose en ces

termes: «Le 27 juin, le défunt s'est enlevé à Cremorn-Gardens

avec son parachute. Il était accompagné de M. Adam et d'un ami de

ce dernier. La nacelle du ballon était à environ 80 pieds

au-dessus du parachute de M. Letur. Celui-ci, attaché au siège

sur lequel il était placé, faisait mouvoir, à l'aide de ses

pieds, deux vastes ailes avec lesquelles il guidait sa machine.

Ses mains étaient entièrement libres.

L'ascension se fit très heureusement; en arrivant à Conden-Town,

M. Adam songea à descendre. La descente étant déjà commencée, M.

Adam demanda à M. Spearham, armateur, qui était avec lui dans la

nacelle, si le parachute s'était ouvert, ce qui aurait dû être

fait immédiatement. M. Spearham répondit que non.

M. Adam vit alors que le parachute et les cordes se trouvaient

mêlées. L'humidité du gazon sur lequel le parachute était resté

deux heures avant l'ascension avait exercé de l'influence sur les

cordes toutes neuves.

Il fallut songer à descendre définitivement. C'est alors que le

parachute se heurta avec violence contre les branches des arbres

que l'on avait vainement tenté d'éviter. De là et par suite des

secousses et des commotions, la mort de M. Letur.

Le coroner, après l'interrogatoire des témoins, a résumé l'affaire,

et le jury, après une courte délibération, a rendu un verdict

constatant que la mort avait été accidentelle.

[Illustration: Fig. 34.--Machine volante de de Groof.]

En 1872, un Belge, nommée de Groof, voulut réaliser une machine

volante jouant à la fois le rôle d'ailes battantes et de parachute.

Comme Cocking et Letur, il entreprit d'expérimenter son système de

vol planeur, en se séparant d'un aérostat qui l'enlèverait à une

assez grande hauteur dans l'atmosphère. En 1873, il voulut commencer

ses essais à Bruxelles, mais il ne réussit pas. Comme jadis Degen,

il fut roué de coups par la foule et devint ensuite l'objet des

railleries impitoyables de ses concitoyens.

De Groof ne se lassa point; au commencement de l'année suivante il

fit insérer dans un grand nombre de journaux politiques l'annonce

suivante, que nous reproduisons textuellement:

POUR

faire des expériences à Paris ou ailleurs

on demande pour le mois de mai prochain

UN AÉRONAUTE

ayant un

BALLON

pouvant enlever et lâcher à une certaine hauteur

le soussigné et un appareil volateur pesant ensemble

125 kilos.--Pour les conditions s'adresser

à M. de Groof, à Bruges (Belgique).

L'aéronaute demandé, se présenta dans la personne de M. Simmons,

praticien anglais, et les expériences furent préparées à Londres,

pour être exécutées dans les jardins de Cremorne, comme cela avait

eu lieu précédemment pour Cocking et Letur. Le sort de de Groof fut

le même que celui de ses prédécesseurs!

Nous allons, avant de donner le récit de cette catastrophe, faire

connaître quel était le système du malheureux inventeur.

L'appareil de de Groof se composait de deux ailes de 11 mètres et

d'une queue de 9 mètres, à l'aide desquelles il prétendait descendre

lentement dans une direction déterminée, quand on le détacherait de

dessous la nacelle d'un aérostat qui l'aurait élevé à une assez

grande hauteur (fig. 34). Ce n'était pas le problème du vol complet

que cet inventeur cherchait à résoudre, mais une sorte de vol

partiel.

Une première expérience, exécutée le 29 juin 1873 à Cremorne, a

réussi, en ce sens que de Groof parvint à conserver l'équilibre et à

descendre à terre sans mésaventure, à peu près dans la direction où

l'aurait porté un simple parachute.

Il avait été, dans cette première expérience, lâché dans l'air à une

hauteur de 300 mètres au-dessus du sol. De Groof donna lui-même à

l'aéronaute Simmons le signal de la séparation. Il déclare avoir

crié: «Lâchez!» Il se trouva à terre sans accident, la queue de

l'appareil ayant été légèrement endommagée.

Enhardi par ce succès relatif, de Groof voulut donner une nouvelle

représentation de son expérience. Le 5 juillet 1874, il exécuta une

ascension dans les mêmes circonstances que précédemment, se faisant

attacher au-dessous de la nacelle du ballon de M. Simmons, un des

aéronautes ordinaires de Cremorne.

Il paraît qu'après être monté à quelques centaines de mètres, le

ballon s'est mis à descendre rapidement, sans doute à cause d'une

condensation subite. De Groof, craignant d'être écrasé sous le

ballon, prit peur et cria à M. Simmons de couper la corde. Il

n'était plus à ce moment qu'à trente mètres de terre.

Les ailes n'ayant pu faire parachute, le malheureux de Groof tomba

aussi lourdement qu'une pierre. Il avait perdu connaissance en

arrivant à terre, où il reçut un coup terrible sur la nuque, et il

expira, avant qu'on eût pu le transporter à l'hôpital de Chelsea, où

sa femme accourut en même temps que son cadavre arrivait.

Après les applications si malheureuses et si funestes qui ont été

faites du parachute aux appareils de vol aérien, arrivons aux

aéroplanes que les aviateurs considèrent actuellement comme le

système le plus avantageux que l'on puisse préconiser.

[Illustration: Fig. 35.--Machine aérienne à vapeur de Henson.]

En 1843, MM. Henson et Stringfellow, en Angleterre, construisirent

successivement de grands appareils formés de plans inclinés que deux

roues en hélice devaient faire progresser au sein de l'air.

L'appareil de M. Henson, qui fut présenté sous le nom de machine à

vapeur aérienne, consistait en un chariot adapté à un grand cadre

rectangulaire de bois et de bambou, couvert de canevas ou de soie

vernie. Le cadre formant plan incliné, s'étendait de chaque côté du

chariot, de la même manière que les ailes étendues d'un oiseau, mais

avec cette différence qu'il devait rester immobile (fig. 35).

Derrière, se trouvaient deux roues verticales en éventail, munies de

palettes obliques destinées à pousser l'appareil. Ces roues jouaient

donc le rôle de propulseurs. Cet appareil curieux, dont on parla

beaucoup à l'époque où il fut imaginé, ne fonctionna jamais

convenablement.

M. Stringfellow étudia de son côté un grand projet, dans lequel il

avait eu l'idée de superposer en trois étages les plans de

glissement dans l'atmosphère. Aucune expérience ne fut exécutée.

Ce que MM. Henson et Stringfellow ne surent réaliser, M. Victor

Tatin, dont nous avons déjà parlé précédemment, l'exécuta en petit à

une époque beaucoup plus récente.

Voici comment l'auteur a décrit lui-même son ingénieux aéroplane

après avoir résumé quelques intéressantes considérations d'ensemble

que nous reproduisons.

On désigne sous le nom d'aéroplanes, des appareils dont

l'invention est assez récente, car le premier projet rationnel

qu'on en ait publié est dû à Henson, et ne remonte qu'à 1842.

C'est, du reste, le type qui depuis lors a toujours été

reproduit.

La Navigation Aérienne L'aviation Et La Direction Des Aérostats Dans Les Temps Anciens Et Modernes · 第 7 / 17 段