Premier hélicoptère de Launoy et de Bienvenu en 1784. -- Appareil

de Sir George Cayley en 1796. -- Le spiralifère et le strophéor.

-- Nadar et le manifeste de l'aviation. -- MM. de Ponton

d'Amécourt et de La Landelle. -- Babinet. -- Hélicoptères Pénaud,

Dandrieux. -- Tentative de M. Forlanini.

L'école du vol aérien peut être divisée en deux systèmes différents.

On peut essayer de s'élever de l'air par le battement d'ailes

artificielles; c'est ce mode d'action que nous venons d'étudier; on

peut encore tenter de s'insinuer en avant, à l'aide d'un _plan

incliné_ agissant sur l'air et poussé par un moteur. Le plan incliné

peut avancer horizontalement; il constitue alors l'aéroplane que

nous examinerons dans la suite; il peut encore tourner en forme

d'hélice, il constitue dans ce cas l'hélicoptère qui fait l'objet de

ce chapitre.

Nous avons vu, dans la première partie de cet ouvrage, que Léonard

de Vinci et Paucton, à des époques différentes, avaient eu l'idée

des hélicoptères.

La plus ancienne des petites machines de ce genre qui ait

fonctionné, est celle de MM. Launoy et Bienvenu; elle a été

présentée à l'Académie des sciences en 1784, et on l'a vue

fonctionner longtemps au Palais-Royal. Les ailes de l'hélice

avaient, d'après Dupuis Delcourt, 0{m},30 d'envergure. La rapidité

du mouvement déterminait l'ascension du système. L'exécution de

cette petite machine (fig. 24), dont le moteur consistait en un fort

ressort, était due à ses deux auteurs. Launoy, naturaliste, avait

fourni les idées relatives au vol des oiseaux, Bienvenu, mécanicien,

avait agencé et confectionné la machine.

Nous reproduisons ici une curieuse lettre que les inventeurs ont

publiée dans le _Journal de Paris_ à la date du 19 avril 1784. Cette

lettre est accompagnée d'une note du rédacteur, qui a vu fonctionner

le petit appareil.

[Illustration: Fig. 24.--Hélicoptère de Launoy et Bienvenu (1784).]

Nous ignorons quels sont les moyens dont M. Blanchard prétendait

se servir pour s'élever en l'air sans le secours d'un aérostat,

ni ceux qu'il a adoptés pour sa direction; nous présumons qu'il a

reconnu l'insuffisance des premiers, puisqu'il y a renoncé; à

l'égard du second, l'expérience n'ayant pu avoir lieu, on ne peut

savoir ce qu'il en aurait obtenu. Voulez-vous bien nous permettre

de prévenir le public, par la voie de votre journal, que nous

croyons être parvenus à pouvoir élever en l'air et diriger dans

l'atmosphère une machine par les seuls moyens mécaniques sans le

secours de la physique.

Notre machine en petit nous a parfaitement réussi. Cette

tentative heureuse nous a déterminés à en exécuter une un peu

plus grande qui puisse mettre le public à portée de juger de la

réalité de nos moyens. Nous nous proposons d'après elle de faire

l'expérience en grand et de monter nous-mêmes dans le vaisseau.

Nous n'avons dans ce moment d'autre but que de prendre date, et

nous attendons de votre goût pour les arts que vous ne nous

refuserez pas cette faveur.

Nous avons l'honneur d'être, etc.

BIENVENU, machiniste-physicien,

Rue de Rohan, 18.

LAUNOY, naturaliste.

Rue Plâtrière, au bureau des eaux minérales.

_Note des rédacteurs._--Avant de nous engager à insérer la lettre

de MM. Bienvenu et Launoy, nous avons cru devoir nous assurer de

l'essai en petit; nous ne pouvons dissimuler que nous avons été

singulièrement frappés de la simplicité du moyen qu'ils ont

adopté, et nous attestons que cet essai, dans son état

d'imperfection, s'est échappé plusieurs fois de nos mains et a

été frapper le plafond. Nous ignorons ce que deviendra ce moyen

appliqué en grand. Les auteurs paraissent n'avoir aucun doute sur

le succès. Avant de prévenir le public sur la machine qu'ils

travaillent dans ce moment, nous en prendrons nous-mêmes

connaissance, et ce ne sera qu'après des expériences répétées que

nous en ferons mention.

L'appareil de Launoy et Bienvenu fonctionna dans la salle des

séances de l'Académie des sciences, le 28 avril 1784; il fut l'objet

d'un rapport d'une commission. Ce rapport existe aux Archives de

l'Institut, écrit de la main de Legendre. Il est daté du 1er mai

1784 et signé par les quatre commissaires, Jeaurat, Cousin, général

Meusnier et Legendre. Nous le reproduisons textuellement.

Nous, Commissaires nommés par l'Académie, avons examiné une

machine destinée à s'élever dans l'air ou à s'y mouvoir suivant

une direction quelconque, par un procédé mécanique et sans aucune

impulsion initiale.

Cette machine, imaginée par MM. Launoy et Bienvenu, est une

espèce d'arc que l'on bande en faisant faire à sa corde quelques

révolutions autour de la flèche qui est en même temps l'axe de la

machine. La partie supérieure de cet axe porte deux ailes

inclinées en sens contraire, et qui se meuvent rapidement,

lorsqu'après avoir bandé l'arc, on le retient vers son milieu. La

partie inférieure de la machine est garnie de deux ailes

semblables qui se meuvent en même temps que l'axe et qui tournent

en sens contraire des ailes supérieures.

L'effet de cette machine est très simple. Lorsqu'après avoir

bandé le ressort et mis l'axe dans la situation où l'on veut

qu'il se meuve, dans la situation verticale, par exemple, on a

abandonné la machine à elle-même, l'action du ressort fait

tourner rapidement les deux ailes supérieures dans un sens, et

les deux ailes inférieures en sens contraire; ces ailes étant

disposées de manière que les percussions horizontales de l'air se

détruisent et que les percussions verticales conspirent à élever

la machine. Elle s'élève en effet et retombe ensuite par son

propre poids.

Tel a été le succès du petit modèle du poids de trois onces, que

MM. Launoy et Bienvenu ont soumis au jugement de l'Académie. Nous

ne doutons pas qu'en mettant plus de précision dans l'exécution

de cette machine, on ne parvienne facilement à en construire de

plus grandes, et à les élever plus haut et plus longtemps; mais

les limites en ce genre ne peuvent être que très étroites. Quoi

qu'il en soit, ce moyen mécanique par lequel un corps semble

s'élever de soi-même nous a paru simple et ingénieux.

Les Anglais ont revendiqué en faveur d'un de leurs compatriotes, sir

George Cayley, l'invention de l'hélicoptère. D'après M. J.-B.

Pettigrew, George Cayley aurait donné en 1796 une démonstration

pratique de l'efficacité de l'hélice appliquée à l'air.

Son appareil était presque identique à celui des deux constructeurs

français que nous venons de citer. Nous figurons ce système d'après

le dessin qui en a été publié dans le journal de Nicholson pour 1809

(fig. 25). Sir George Cayley a donné le mode de construction de cet

hélicoptère, nous reproduisons ce passage curieux de son travail.

[Illustration: Fig. 25.--Hélicoptère de sir Georges Cayley (1796).]

Comme ce peut être un amusement pour quelques-uns de nos lecteurs

de voir une machine s'élever en l'air par des moyens mécaniques,

je vais terminer cette communication en décrivant un instrument

de cette espèce que chacun peut construire en dix minutes de

travail: _a_ et _b_ sont deux bouchons dans chacun desquels on a

planté quatre plumes d'ailes d'un oiseau, de manière qu'elles

soient légèrement inclinées comme les ailes d'un moulin à vent,

mais dans des directions opposées pour chaque groupe. Un arbre

arrondi est fixé dans le bouchon _a_ et se termine en pointe

effilée. À la partie supérieure du bouchon _b_, l'on fixe un arc

de baleine avec un petit trou au centre pour laisser passer la

pointe de l'arbre. On joint alors l'arc par des cordes égales de

chaque côté, à la partie supérieure de l'arbre, et la petite

machine est complète. On monte le ressort en tournant les volants

en sens contraire de manière que le ressort de l'arc les déroule,

leurs bords antérieurs étant ascendants; on place alors sur une

table le bouchon auquel est attaché l'arc, et avec le doigt, on

presse suffisamment fort sur le bouchon supérieur pour empêcher

le ressort de se détendre; si on l'abandonne subitement, cet

instrument s'élèvera jusqu'au plafond.

En 1842, d'après M. Pettigrew, M. Philipps éleva un modèle beaucoup

plus volumineux au moyen de palettes tournantes. L'appareil de M.

Philipps était fait entièrement de métal et pesait complet et chargé

2 livres. Il consistait en un bouilleur ou générateur de vapeur et

quatre palettes soutenues par huit bras. Les palettes étaient

inclinées sur l'horizon de 20 degrés; à travers les bras s'échappait

de la vapeur d'après le principe découvert par Héron d'Alexandrie.

La sortie de la vapeur faisait tourner les palettes avec une énergie

considérable. Il paraît, si l'on en croit certains récits du temps,

que le modèle s'éleva à une très grande hauteur, et traversa deux

champs avant de toucher terre. La force motrice employée était

obtenue par la combustion d'un charbon mêlé de salpêtre. Les

produits de la combustion se mêlant à l'eau de la chaudière

sortaient à haute pression de l'extrémité des huit bras[42].

[Note 42: Rapport sur la première Exposition de la Société

aéronautique de la Grande-Bretagne, tenue au Palais de

Cristal à Londres en juin 1868, p. 10.--J. Bell Pettigrew.

_La locomotion chez les animaux._ 1 vol. in-8º. Germer

Baillière, 1874.]

Les expériences relatées précédemment des hélicoptères de

Launoy-Bienvenu et de Cayley ont été continuées par les marchands de

jouets. On sait que depuis de longues années, surtout vers 1853, on

trouve dans les bazars, sous le nom de _spiralifères_, des petites

hélices s'élevant dans l'air sous l'action de la rotation obtenue

par une tige de bois qui tourne quand on déroule violemment une

cordelette qu'on y a enroulée au préalable. Au spiralifère on vit se

joindre le _strophéor_, qui avait été exécuté déjà précédemment. Le

strophéor ne diffère de l'hélicoptère que parce qu'il est en métal

et monte beaucoup plus haut, avec une rapidité beaucoup plus

considérable. Ces constructions n'avaient pas dépassé le domaine du

fabricant de joujoux, quand, à la fin de 1863, Nadar lança son

fameux _Manifeste de l'automotion aérienne_, qui fut accueilli par

la presse dans tous les pays du monde, et souleva un mouvement

presque universel en faveur du _Plus lourd que l'air_. Voici

quelques-uns des principaux passages de ce manifeste, qui a fait

époque dans l'histoire de la navigation aérienne:

Ce qui a tué, depuis quatre-vingts ans tout à l'heure qu'on la

cherche, la direction des ballons, c'est les ballons.

En d'autres termes, vouloir lutter contre l'air en étant plus

léger que l'air, c'est folie.

À la plume--_levior vento_, si le physicien laisse parler le

poète,--à la plume vous aurez beau ajuster et adapter tous les

systèmes possibles, si ingénieux qu'ils soient, d'agrès,

palettes, ailes, rémiges, roues, gouvernails, voiles et

contre-voiles,--vous ne ferez jamais que le vent n'emporte pas du

coup ensemble, au moment de sa fantaisie, plume et agrès.

Le ballon, qui offre à la prise de l'air un volume de 600 à 1 200

mètres cubes d'un gaz de dix à quinze fois plus léger que l'air,

le ballon est à jamais frappé d'incapacité native de lutte contre

le moindre courant, quelle que soit l'annexe en force motrice de

résistance que vous lui dispensiez.

De par sa constitution et de par le milieu qui le porte et le

pousse à son gré, il lui est à jamais interdit d'être vaisseau:

il est né bouée et restera bouée.

La plus simple démonstration arithmétique suffit pour établir

irréfragablement, non seulement l'inanité de l'aérostat contre la

pression du vent, mais dès lors au point de vue de la navigation

aérienne, sa nocuité.

Étant donnés le poids qu'enlève chaque mètre cube de gaz et la

quotité de mètres cubés par votre ballon d'une part et, d'autre

part, la force de pression du vent dans ses moindres vitesses,

établissez la différence--et concluez.

Il faut reconnaître enfin que, quelle que soit la forme que vous

donniez à votre aérostat, sphérique, conique, cylindrique ou

plane, que vous en fassiez une boule ou un poisson, de quelque

façon que vous distribuiez sa force ascensionnelle en une, deux

ou quatre sphères, de quelque attirail, je le répète, que vous

l'attifiez, vous ne pourrez jamais faire que 1, je suppose, égale

20,--et que les ballons soient vis-à-vis de la navigation

aérienne autre chose que les bourrelets de l'enfance[43].

[Note 43: On verra dans la dernière partie de cet ouvrage que

des expériences récentes ont démontré l'inanité de ces

raisonnements.]

POUR LUTTER CONTRE L'AIR, IL FAUT ÊTRE SPÉCIFIQUEMENT PLUS LOURD

QUE L'AIR.

De même que spécifiquement l'oiseau est plus lourd que l'air dans

lequel il se meut, ainsi l'homme doit exiger de l'air son point

d'appui.

Pour commander à l'air, au lieu de lui servir de jouet, il faut

s'appuyer sur l'air, et non plus servir d'appui à l'air.

En locomotion aérienne comme ailleurs, on ne s'appuie que sur ce

qui résiste.

L'air nous fournit amplement cette résistance, l'air qui renverse

les murailles, déracine les arbres centenaires, et fait remonter

par le navire les plus impétueux courants.

De par le bon sens des choses,--car les choses ont leur bon

sens,--de par la législation physique, non moins positive que la

légalité morale, toute la puissance de l'air, irrésistible hier

quand nous ne pouvions que fuir devant lui, toute cette puissance

s'anéantit devant la double loi de la dynamique et de la

pondération des corps, et, de par cette loi, c'est dans notre

main qu'elle va passer.

C'est au tour de l'air de céder devant l'homme; c'est à l'homme

d'étreindre et de soumettre cette rébellion insolente et anormale

qui se rit depuis tant d'années de tant de vains efforts. Nous

allons à son tour le faire servir en esclave, comme l'eau à qui

nous imposons le navire, comme la terre que nous pressons de la

roue.

Nous n'annonçons point une loi nouvelle: cette loi était édictée

dès 1768, c'est-à-dire quinze ans avant l'ascension de la

première Montgolfière, quand l'ingénieur Paucton prédisait à

l'hélice son rôle futur dans la navigation aérienne.

Il ne s'agit que de l'application raisonnée des phénomènes

connus.

Et quelque effrayante que soit, en France surtout, l'apparence

seule d'une novation, il faut bien en prendre son parti si, de

même que les majorités du lendemain ne sont jamais que les

minorités de la veille, le paradoxe d'hier est la vérité de

demain.

L'automotion aérienne, d'ailleurs, ne sera pas absolument une

nouveauté pour tout le monde....

J'arrive à MM. de Ponton d'Amécourt, inventeur de l'_Aéronef_, et

de la Landelle, dont les efforts considérables, depuis trois

années, se sont portés sur la démonstration pratique du système,

à l'obligeance desquels nous devons la communication d'une série

de modèles d'hélicoptères s'enlevant automatiquement en l'air

avec des surcharges graduées.

Si des obstacles que j'ignore, des difficultés personnelles ont

empêché jusqu'ici l'idée de prendre place dans la pratique, le

moment est venu pour l'éclosion.

La première nécessité pour l'automotion aérienne est donc de se

débarrasser d'abord absolument de toute espèce d'aérostat.

Ce que l'aérostation lui refuse, c'est à la dynamique et à la

statique qu'elle doit le demander.

C'est l'hélice--la Sainte Hélice! comme me disait un jour un

mathématicien illustre--qui va nous emporter dans l'air; c'est

l'hélice, qui entre dans l'air comme la vrille entre dans le

bois, emportant avec elles, l'une son moteur, l'autre son manche.

Vous connaissez ce joujou qui a nom _spiralifère_?

--Quatre petites palettes, ou, pour dire mieux, spires en papier

bordé de fil de fer, prennent leur point d'attache sur un pivot

de bois léger.

Ce pivot est porté par une tige creuse à mouvement rotatoire sur

un axe immobile qui se tient de la main gauche. Une ficelle

enroulée autour de la tige et déroulée d'un coup bref par la main

droite lui imprime un mouvement de rotation suffisant pour que

l'hélice en miniature se détache et s'élève à quelques mètres en

l'air.--d'où elle retombe, sa force de départ dépensée.

Veuillez supposer maintenant des spires de matière et d'étendue

suffisantes pour supporter un moteur quelconque, vapeur, éther,

air comprimé, etc., que ce moteur ait la permanence des forces

employées dans les usages industriels, et, en le réglant à votre

gré comme le mécanicien fait sa locomotive, vous allez monter,

descendre ou rester immobile dans l'espace, selon le nombre de

tours de roues que vous demanderez par seconde à votre machine.

Mais rien ne vaut, pour arriver à l'intelligence, ce qui parle

d'abord aux yeux. La démonstration est établie d'une manière plus

que concluante par les divers modèles de MM. de Ponton d'Amécourt

et de la Landelle.

On voit en définitive que le manifeste de Nadar se résumait ainsi:

1º supprimer les ballons, que l'on ne saurait songer à diriger dans

l'atmosphère; 2º créer la navigation aérienne par la construction

d'un grand hélicoptère mécanique.

Pour trouver le capital nécessaire aux études et aux constructions,

Nadar construisit _le Géant_, dont on connaît les aventures

dramatiques. Quelle que fût ensuite l'ardeur dépensée en faveur du

_Plus lourd que l'air_, Nadar et ses amis n'arrivèrent à aucun

résultat pratique. On fit fonctionner de petits hélicoptères-jouets

dans l'une des séances de la nouvelle _Société de Navigation

aérienne_, mais nous allons voir un peu plus loin que les tentatives

faites pour aller au delà ne furent pas couronnées de succès, malgré

les affirmations de M. Babinet de l'Institut, que l'on peut

considérer comme le chef de l'École d'alors.

[Illustration: Fig. 26.--Hélicoptère à vapeur de M. de Ponton

d'Amécourt (1865).]

Voici, disait le savant physicien dans le _Constitutionnel_, ce

que dit le public, par lettres, de France, d'Espagne,

d'Angleterre, d'Italie; dans des rencontres au milieu des rues;

par des interpellations de salon; par des conseils d'amis, etc.:

«Parlez-nous de l'art de voler par l'hélice.»

Mais je n'ai rien à dire de nouveau: attendez la construction

d'un hélicoptère qui, avec le zèle de M. Nadar, ne peut tarder à

se produire. Surtout, ne confondez pas son ballon géant, qui est

réalisé, avec son hélicoptère, qui va être réalisée incessamment.

Un ballon monte et plane dans les airs. Un hélicoptère y vole,

s'y dirige, s'y maîtrise au gré du voyageur. Un enfant commence à

se tenir debout; plus tard, il marche. De même le ballon s'élève

et l'hélice marche ou plutôt _marchera_.

M. de Ponton d'Amécourt, un des plus fervents partisans de

l'aviation, qui, ainsi que notre savant et vénérable ami, M. de la

Landelle, s'était occupé de l'aviation par l'hélice, bien avant les

tentatives de Nadar, fit de grands efforts pour réussir. Il

construisit, en 1865, un hélicoptère à vapeur qui devait enlever son

moteur et son générateur. Ce charmant petit modèle, qui a figuré à

l'Exposition aéronautique de Londres en 1868, est fort gracieusement

construit (fig. 26). La chaudière et le bâti sont en aluminium et

les cylindres en bronze. Le mouvement de va-et-vient des pistons est

transmis par des engrenages à deux hélices superposées de 264

centimètres carrés de surface et dont l'une tourne dans le sens

inverse de l'autre. L'appareil vide qui se trouve actuellement au

siège de la _Société de navigation aérienne_, pèse 2{kgm},770. La

chaudière a 0{m},08 de hauteur sur 0{m},10 de diamètre. La hauteur

totale du système est de 0{m},62.

Malheureusement le générateur ne peut résister à une pression

suffisante; quand cet hélicoptère fonctionne, il parvient à

s'alléger notablement, il a une certaine force ascensionnelle, mais

il n'arrive pas à quitter le sol[44].

[Note 44: _L'Aéronaute_, 12e année. 1879, p. 35.]

Les journaux illustrés ont, à l'époque du _Géant_, publié un autre

projet de grand hélicoptère à vapeur (fig. 27), attribué à M. de la

Landelle, mais nul essai d'appareil de ce genre ne fut entrepris et

n'aurait pu être exécuté en raison de l'insuffisance des moteurs

dont on pouvait disposer. Il y eut beaucoup de projets et de

mémoires écrits sur le plus _lourd que l'air_ par l'hélice[45]; mais

on ne vit paraître aucune machine fonctionnant, et la grande

agitation produite par l'initiative de Nadar ne tarda pas à être

oubliée.

[Note 45: Voy. Collection de mémoires sur _La Locomotion

aérienne sans ballons_, publiée par le vicomte de Ponton

d'Amécourt, 6 brochures in-4º. Paris, Gauthier-Villars. 1864

à 1867.]

On en revint un peu plus tard au premier appareil de Launoy et

Bienvenu. Alphonse Pénaud le modifia en remplaçant le ressort dont

se servait ces premiers inventeurs par un fil de caoutchouc tordu;

cet appareil donna un résultat tellement supérieur à ce qu'on avait

obtenu qu'il put presque passer pour une création nouvelle. Voici en

quels termes Alphonse Pénaud a décrit son système.

[Illustration: Fig. 27.--Projet de navire aérien à hélice attribué à

M. de la Landelle.]

Tous les hélicoptères, pour la plupart coûteux, délicats, se

brisant facilement en retombant, avaient un grave défaut: c'est

que leur marche, qui ne durait qu'un instant, semblait plutôt un

saut aérien qu'un véritable vol; à peine étaient-ils partis,

leurs hélices s'arrêtaient, et ils redescendaient.

Préoccupé, il y a quelques années, de l'insuffisance de la

démonstration, je fis des recherches sur les moyens d'avoir des

modèles plus satisfaisants. La force des ressorts solides était

seule d'un emploi simple; mais le bois, la baleine, l'acier, ne

fournissent qu'une force minime en égard à leur poids; le

caoutchouc était bien plus puissant, mais la charpente nécessaire

pour résister à sa violente tension était nécessairement assez

lourde. J'eus alors l'idée d'employer l'élasticité de torsion du

caoutchouc, qui donna enfin la solution tant cherchée de la

construction facile, simple et efficace des modèles volants

démonstrateurs.

J'appliquai d'abord le nouveau moteur à l'hélicoptère, et la

figure 28 représente l'appareil que je montrai en avril 1870 à

notre vénérable doyen, M. de la Landelle. Il est extrêmement

simple: ce sont toujours deux hélices superposées tournant en

sens contraire; leur distance est maintenue par de petites tiges,

au milieu desquelles se trouve le caoutchouc.

[Illustration: Fig. 28.--Hélicoptère à ressort de caoutchouc

d'Alphonse Pénaud (1870).]

Pour mettre l'appareil en mouvement, on saisit de la main gauche

l'une de ces petites tiges, et l'on fait tourner avec la main

droite l'hélice inférieure dans le sens contraire, à celui de la

rotation utile. Lorsque la lanière de caoutchouc est ainsi tordue

sur elle-même d'une façon suffisante, il ne reste plus qu'à

abandonner l'appareil à lui-même; on le voit alors (selon les

proportions de ses différentes parties) monter comme un trait, à

plus de 15 mètres, planer obliquement en décrivant de grands

cercles, ou enfin, après s'être élevé de 7 à 8 mètres, voler

presque sur place pendant 15 à 20 secondes, et parfois jusqu'à 26

secondes.

Malgré les efforts de Pénaud et d'un certain nombre de chercheurs,

il fut impossible de tirer de l'hélicoptère aucun résultat pratique

et la petite machine fut condamnée à rester jouet.

Nous donnons (fig. 29) l'aspect d'un de ces hélicoptères-jouets

basés sur le même principe et construits par M. Dandrieux. Sous

l'action du ressort de caoutchouc, l'hélice tourne et s'enlève à

quelques mètres de hauteur avec les ailes de papillon en papier

mince dont elle est agrémentée.

Le seul appareil de ce genre qui ait laissé derrière lui ses

devanciers est celui de M. Forlanini, au sujet duquel nous allons

donner quelques renseignements précis.

[Illustration: Fig. 29.--Hélicoptère-jouet de M. Dandrieux.]

En 1878, le savant ingénieur italien M. Forlanini, ancien officier

du génie, construisit un petit modèle d'hélicoptère à vapeur dont

nous reproduisons l'aspect (fig. 30).

La Navigation Aérienne L'aviation Et La Direction Des Aérostats Dans Les Temps Anciens Et Modernes · 第 6 / 17 段