L'eussiez-vous jamais deviné? certes, celui qui trouva la

gravitation n'était pas un sot, au moins je le présume. Mais que

doit-on penser du savant mécanicien dont le génie fait de l'homme

un oiseau, et nous apprend à planer dans les airs contre vent et

marée? Depuis cette admirable découverte, il ne faut plus

regarder les pieds que d'un air de dédain, et comme une de ces

superfluités dont on sait bien se passer au besoin, car lorsqu'on

peut voler ce n'est que par complaisance que l'on consent à

marcher. Mais voyez donc toutes ces personnes qui s'offrent à

votre rencontre: ne leur trouvez-vous pas une démarche plus

légère, plus vive et plus animée? ne diriez-vous pas qu'elles

sont prêtes à s'envoler? elles effleurent à peine la terre qui

n'est plus leur seul élément; il y a dans leur allure, dans leurs

mouvemens, quelque chose d'aërien: n'en soyez pas surpris;

«Même quand l'oiseau marche, on sent qu'il a des ailes.»

Chacun va s'empresser de profiter de cette heureuse invention.

Pour en venir à M. Degen, je crois très fermement qu'il fera à

Paris tout ce qu'il a fait à Vienne, mais je l'invite à bien

prendre ses mesures. Nous avons ici des gens bien prudens, bien

avisés, qui regardent toujours d'où le vent souffle.

Le deuxième essai de l'infortuné Degen ne fut pas plus heureux que

le premier.

EXTRAIT DU _Journal de Paris_ 8 JUILLET 1812.

La deuxième expérience aérostatique de M. Degen a eu lieu hier

soir, par un très beau temps, devant une grande affluence de

curieux; elle n'a pas été moins contrariée que la première; les

personnes qui avaient été chargées de remplir le ballon avaient

mal préparé et employé le gaz, il en est résulté que le ballon

s'est chargé dans son intérieur de beaucoup d'eau, et qu'il n'a

pu s'élever d'abord qu'à 15 pieds de terre. Bientôt il s'est

dégagé d'une grande partie de son lest, et il s'est élevé

majestueusement dans les airs. Au mouvement de ses ailes on eût

dit un oiseau colossal; son ballon, dominé par le vent, a suivi

la direction du nord-est; pendant quelques instans il a résisté

au courant qui l'entraînait, et il a paru stationnaire, mais il a

disparu. Ces différentes circonstances peuvent faire croire

qu'avec un ballon mieux préparé, il obtiendra plus de succès.

Les extraits suivants, qui donnent le funeste dénouement de la

troisième expérience de Degen, termineront l'histoire de ce

malheureux homme volant.

EXTRAIT DU _Journal de Paris_ DU 4 OCTOBRE 1812.

La troisième expérience de M. Degen aura lieu au champ de Mars

demain 5 octobre, à 3 heures après-midi, si le tems le permet,

sinon, le premier beau jour suivant. Prix des places: premières

10 francs, deuxièmes 5 francs, troisièmes 2 francs. On trouve

tous les jours des billets chez M. Degen, Avenue du Champ de

Mars, numéro 10; chez M. Cardinaux, horloger, boulevard

Poissonnière, numéro 18; chez M. Auger, parfumeur, rue de la

Michodière, numéro 12; et au café de la Rotonde (Palais-Royal).

Les billets de 2 francs on les aura dans ces 4 endroits à 1 fr.

50, pour la facilité du public et pour prévenir la foule à la

caisse; mais on les payera 2 francs dans les bureaux qui seront

établis à l'entrée du champ de Mars.

EXTRAIT DU _Journal de Paris_ DU 6 OCTOBRE 1812.

M. Degen, qui a été accueilli en France avec indulgence, a prouvé

hier qu'il n'était qu'un misérable charlatan qui ne cherchait

qu'à tromper le public; ne pouvant remplir ses promesses, il a

été exposé à l'indignation des spectateurs, et l'intervention de

la police a été nécessaire pour prévenir les désordres auxquels

il avait donné lieu. La recette a été saisie et envoyée au bureau

de bienfaisance, de sorte que M. Degen n'a volé en aucune

manière.

On voit que ce dernier article était d'une sévérité extrême. Le

malheureux Degen, lors de sa troisième expérience au champ de Mars,

fut roué de coups par la foule, et il fut ensuite bafoué, caricaturé

et chansonné. L'acteur Brunet le représenta avec grand succès sous

le nom de _Vol-au-Vent_, dans une pièce comique du théâtre des

Variétés, intitulée: _Le Pâtissier d'Asnières._

Il paraîtrait cependant, d'après Dupuis Delcourt, que Degen était un

honnête homme, plein de sincérité et de bonne foi. Il aurait fait à

Vienne quelques expériences d'étude, à l'aide de son système d'ailes

artificielles équilibré par une corde soutenue par des contrepoids.

Voici l'appréciation que nous trouvons sur Degen dans les notes

inédites de Dupuis Delcourt:

En examinant à distance les travaux de Jacob Degen, on en vient à

lui rendre plus de justice. M. Degen, dans les ascensions

publiques qu'il a faites à Paris, non plus que dans celles qu'il

avait exécutées précédemment (1809, 1810) à Vienne et à

Luxembourg, n'avait point exécuté le _vol à tire-d'ailes_ qu'il

avait annoncé; son expérience n'était pas complète; mais il y

serait parvenu, je n'en doute pas, s'il avait été convenablement

encouragé et soutenu. Sa machine, très ingénieuse, était

imparfaite encore sans doute; n'en est-il pas ainsi de tous les

travaux humains? Rien ne vient à sa perfection du premier jet.

Minerve, dit la Fable, sortit un jour tout armée du cerveau de

Jupiter. Mais Jupiter était un dieu, et nous ne sommes que des

hommes.

M. Degen était un habile horloger, fort expert en mécanique[38].

[Note 38: Collection Tissandier. Manuscrits.]

La force d'un homme est assurément impuissante à faire fonctionner

des ailes capables de l'enlever dans l'atmosphère. Nombre de

physiciens ont essayé de recourir à la mécanique pour lui emprunter

une force motrice suffisante.

[Illustration: Fig. 17.--Machine volante de Kaufmann (1860).]

Lors de l'exposition aéronautique qui eut lieu à Londres en 1860, on

a beaucoup parlé d'une grande machine volante à vapeur imaginée par

M. Kaufmann. Cette machine que nous représentons ci-dessus (fig. 17)

était destinée à pouvoir se mouvoir sur terre au moyen de roues, sur

l'eau en flottant comme un bateau, et dans l'air à l'aide de grandes

ailes qu'un mécanisme puissant devait mettre en mouvement. Un modèle

de petite dimension fut construit par M. Kaufmann; l'appareil

fonctionna sur terre et sur l'eau, mais il se trouva absolument

incapable de s'élever dans l'air au moyen de ses ailes.

Le poids de l'appareil de M. Kaufmann était de 5 175 kilogrammes

sous un volume de 7 mètres cubes. Il devait avoir pour moteur une

machine à vapeur de 50 chevaux. Il ne fut jamais construit en grand

et n'aurait assurément pas fonctionné.

[Illustration: Fig. 18.--Appareil volant d'Edison.]

Dans ces derniers temps, les journaux américains ont prétendu que

leur célèbre inventeur Edison s'était préoccupé de construire une

machine volante de grande dimension. Quelques-uns d'entre eux ont

même donné l'aspect de la machine que le physicien aurait imaginée.

Nous reproduisons ce dessin à titre de curiosité (fig. 18), non sans

ajouter qu'il s'agit probablement d'une fantaisie, due à quelque

_reporter_ à court de nouvelles.

Ce qu'il a été jusqu'ici impossible de réaliser en grand, quelques

habiles constructeurs ont pu le faire en petit, sous forme

d'appareils très légers et fonctionnant pendant un temps très court.

En 1857, Le Bris construisit un petit oiseau artificiel dont nous

donnons l'aspect (fig. 19), et qui, paraît-il, permit de réaliser

quelques essais intéressants.

L'auteur produisait l'abaissement des ailes au moyen de leviers

articulés, que des ressorts relevaient avec une grande énergie; mais

le système en définitive ne quittait pas le sol pour s'élever dans

l'air.

[Illustration: Fig. 19.--Oiseau artificiel de Le Bris (1857).]

Nous avons vu que dès 1870, M. Marey a pu faire faire un premier pas

très remarquable au problème du vol artificiel en faisant

fonctionner des insectes artificiels attelés à un petit manège; il

restait encore, après ces essais, à gagner les deux tiers restants

du poids en perfectionnant l'action de l'aile, et à faire emporter

aux appareils leur moteur au lieu de les mettre en mouvement par une

force extérieure. C'est ce que réalisa Alphonse Pénaud vers la fin

de l'année 1871, en employant le caoutchouc tordu, comme moteur de

petits oiseaux artificiels. Nous reproduisons ici une partie d'un

remarquable mémoire de M. Pénaud, travail considérable qui a été

couronné par l'Académie des sciences:

Au milieu des théories diverses de l'aile que donnaient Borelli,

Huber, Dubochet, Strauss-Durckheim, Liais, Pettigrew, Marey,

d'Esterno, de Lucy, Artingstall, etc., et des mouvements si

compliqués qu'ils assignaient à cet organe et à chacune de ses

plumes, mouvements dont la plupart étaient inimitables pour un

appareil mécanique, nous nous décidâmes à chercher nous-même par

le raisonnement seul, appuyé sur les lois de la résistance de

l'air et quelques faits d'observation la plus simple, quels

étaient les _mouvements rigoureusement nécessaires de l'aile_.

Nous trouvâmes: 1º une _oscillation double_, abaissement et

relèvement, transversale à la trajectoire suivie par le volateur;

2º le _changement de plan de la rame_ pendant ce double

mouvement; la face inférieure de l'aile regardant en bas et en

arrière pendant l'abaissement, de façon à soutenir et à

propulser; cette même face regardant en bas et en avant pendant

le relèvement, de façon que l'aile puisse se relever sans

éprouver de résistance sensible et en coupant l'air par sa

tranche, tandis que l'oiseau se meut dans les airs. Ces

mouvements étaient d'ailleurs admis par un grand nombre

d'observateurs, et fort nettement exposés, en particulier, par

Strauss-Durckheim et MM. Liais et Marey.

Mais, en considérant la difficulté de la construction de notre

oiseau mécanique, nous dûmes, malgré notre désir de faire un

appareil simple et facile à comprendre, chercher à perfectionner

ce jeu un peu sommaire. Il est évident d'abord que les

différentes parties de l'aile, depuis sa racine jusqu'à son

extrémité, sont loin d'agir sur l'air dans les mêmes conditions.

La partie interne de l'aile, dénuée de vitesse propre, ne saurait

produire aucun effet propulsif à aucune période du battement,

mais elle est loin d'être inutile, et l'on comprend que pendant

la rapide translation de l'oiseau dans l'espace elle peut, en

présentant sa face inférieure en bas et un peu en avant, faire

cerf-volant pendant le relèvement comme pendant l'abaissement, et

soutenir ainsi d'une façon continue une partie du poids de

l'oiseau. La partie moyenne de l'aile a un jeu intermédiaire

entre celui de la partie interne de l'aile et celui de la partie

externe ou rame. De la sorte, l'aile, pendant son action, est

tordue sur elle-même d'une façon continue depuis sa racine

jusqu'à son extrémité. Le plan de l'aile à sa racine varie peu

pendant la durée des battements; le plan de l'aile médiane se

déplace sensiblement, de part et d'autre de sa position moyenne;

enfin la rame, et surtout sa portion extrême, éprouvent des

changements de plans notables. Ces gauchissements de l'aile se

modifient à chaque instant du relèvement et de l'abaissement,

dans le sens que nous avons indiqué; aux extrémités de ses

oscillations l'aile est à peu près plane. Le jeu de l'aile se

trouve ainsi intermédiaire entre celui d'un plan incliné et celui

d'une branche d'hélice à pas très long et incessamment variable.

Malgré les différences de leurs théories entre elles et avec

celle-ci, divers auteurs nous donnaient, tantôt l'un, tantôt

l'autre, des confirmations de la plupart de ces idées. Ainsi la

torsion de l'aile avait été déjà très bien signalée par Dubochet

et M. Pettigrew, qui a longuement insisté à son égard; il a

seulement pris, selon nous, le galbe du relèvement pour celui de

l'abaissement, et _vice versa_. Ces auteurs ont bien vu comment

les articulations osseuses, les ligaments de l'aile,

l'imbrication et l'élasticité des pennes concouraient à cet

effet. M. d'Esterno avait expliqué l'effet continu de cerf-volant

de la partie interne de l'aile pendant son abaissement et son

relèvement, et M. Marey avait donné à cette partie de l'aile

l'épithète heureuse de «passive», tout en accordant un rôle

prépondérant, dans le vol, à un changement de plan général de

l'aile, dû à la rotation de l'humérus sur lui-même.

Selon nous, il y a une distinction complète à établir entre le

vol sur place et le vol avançant ordinaire, et l'amplitude des

changements de plans de la rame est essentiellement fonction de

la vitesse de translation du volateur. À l'extrémité de l'aile,

où se produisent les changements de plans les plus considérables,

ils atteignent 90 degrés et plus dans le vol sur place, mais ils

sont bien moindres dans le vol avançant. D'après nos calculs, les

portions extrêmes de la surface de la rame du corbeau ne sont, en

plein vol, inclinées vers l'avant pendant l'abaissement que de 7

à 11 degrés au-dessous de l'horizon, et de 15 à 20 degrés

au-dessus pendant le relèvement. Le plan de l'aile à sa racine

fait d'ailleurs, pendant ce temps, cerf-volant sous un angle de 2

à 4 degrés seulement.

Il est facile de vérifier la petitesse des inclinaisons de l'aile

et, par suite, de ses angles d'attaque sur l'air, en regardant

voler un oiseau qui se meut sur un rayon visuel horizontal. On ne

voit, en effet, alors, à peu près que la tranche de ses ailes. Il

est, en somme, inexact de dire que l'aile change de _plan_; à

peine pourrait-on dire qu'elle change de _plans_. La vérité est

qu'elle passe d'une façon continue par une série de

gauchissements gradués et d'une intensité généralement assez

faible. C'est du reste ainsi que l'avait compris un auteur

anglais, dont nous avons retrouvé les travaux depuis la

construction de notre oiseau, et dont la connaissance nous eût

évité plusieurs recherches. La théorie de sir G. Cayley, publiée

en 1810, ne diffère de la nôtre que par un petit nombre de

points; il pensait que la rame remontante a toujours une action

propulsive, et il attribuait aux parties propulsives et

cerf-volant de l'aile des proportions relatives inverses de

celles que nous avons été conduit par le calcul à leur attribuer.

C'est avec ces idées, qui ont été jugées favorablement par

l'Académie au dernier concours de mathématiques, que nous

entreprîmes, en septembre 1871, l'application du caoutchouc tordu

au problème de l'oiseau mécanique. Les ailes de notre oiseau

battent dans un même plan par l'intermédiaire de bielles et d'une

manivelle. Après quelques essais grossiers, nous reconnûmes la

nécessité d'avoir, pour cette transformation de mouvement, un

mécanisme très solide relativement à son poids, et je m'adressai

à un habile mécanicien, M. Jobert, pour la construction d'un

mécanisme d'acier, que mon frère, M. E. Pénaud, avait imaginé.

[Illustration: Fig. 20.--Oiseau artificiel d'Alphonse Pénaud

(1871).]

Nous représentons ci-dessus (fig. 20) l'appareil qu'Alphonse Pénaud

est arrivé à construire. Le caoutchouc moteur est placé au-dessus de

la tige rigide qui sert de colonne vertébrale à l'appareil. Le

mécanisme des battements des ailes est disposé au-dessus d'un volant

régulateur. À la partie postérieure est une queue régulatrice formée

par une longue plume de paon, que l'on peut incliner vers le haut,

le bas ou par le côté, et que l'on peut aussi charger de cire, de

façon à amener le centre de gravité de tout l'appareil au point

convenable.

Les gauchissements des ailes sont obtenus par la mobilité du voile

de l'aile et de petits doigts qui le supportent autour d'une grande

nervure. Un petit tenseur en caoutchouc part de l'angle

intéro-postérieur de la surface de l'aile, et vient s'attacher

d'autre part vers le milieu de la tige centrale de l'appareil.

Cet appareil fut présenté le 20 juin 1872 à la Société de navigation

aérienne. Quand le caoutchouc était bien tendu, on abandonnait le

système à lui-même, les ailes battaient, et l'oiseau artificiel

franchissait la salle des séances, de 7 mètres de longueur, en

s'élevant d'une façon continue par un vol accéléré, suivant une

rampe de 15 à 20 degrés. En espace libre, l'oiseau artificiel

d'Alphonse Pénaud parcourait 12 à 15 mètres et parvenait à 2 mètres

environ au point le plus haut de sa course.

MM. le docteur Hureau de Villeneuve, Jobert, Gauchot,

Crocé-Spinelli, et d'autres expérimentateurs exécutèrent des petits

appareils du même genre. Un peu plus tard la question fut reprise

avec une grande ardeur par M. Victor Tatin, qui ne construisit pas

seulement de petits oiseaux à ressorts de caoutchouc, mais qui

entreprit de faire fonctionner un oiseau artificiel de plus grande

dimension, actionné par un moteur à air comprimé.

En 1874, cet habile et ingénieux mécanicien commença ses études

expérimentales sur le vol artificiel dans le laboratoire de M.

Marey, et il parvint, en 1876, à réussir dans des conditions

particulièrement intéressantes, ses premiers essais réalisés en

petit.

[Illustration: Fig. 21.--Oiseau mécanique de M. Victor Tatin

(1876).]

Les efforts de M. Tatin ont sans cesse tendu à la reproduction du

vol de l'oiseau sur des schémas plus ou moins compliqués; il a

recherché, sur de petits appareils mis en mouvement par un ressort

de caoutchouc, quelles étaient les meilleures formes d'ailes, afin

de les adapter à un grand appareil fonctionnant par l'air comprimé.

Après plusieurs essais, il s'est arrêté à l'emploi d'ailes longues

et étroites. Wenham avait montré qu'une aile peut avoir une aussi

bonne fonction quand elle est étroite que lorsqu'elle est large, et

M. Marey avait signalé ce fait, que «les oiseaux dont l'amplitude

des battements est faible, ont toujours l'aile très longue». Avec

ces ailes étroites et longues (fig. 21), M. Tatin a rendu aussi

court que possible le temps pendant lequel le voile prend la

position convenable pour agir sur l'air pendant l'abaissée.

Étant donné ce fait depuis longtemps établi, qu'un oiseau vole plus

facilement s'il peut appuyer son aile sur une grande masse d'air en

peu de temps, on comprend que la vitesse de translation maxima sera

l'allure la plus avantageuse au point de vue de la réduction de la

dépense de force. L'auteur ne pouvant empêcher que ses oiseaux

mécaniques dépensent précisément des forces considérables pour

obtenir la vitesse utile, a remédié à cet inconvénient _en portant

en avant le centre de gravité_. Dès lors l'oiseau en plein vol

conserve le même équilibre que l'oiseau qui plane, et sa vitesse est

en quelque sorte passive, de nouvelles couches d'air inertes venant

se placer comme d'elles-mêmes sous ses ailes: toute la dépense de

force peut alors être utilisée pour la suspension. C'est ainsi que

M. Tatin a pu augmenter le poids de ses appareils sans en augmenter

la force motrice, et obtenir un parcours double.

Le mouvement que fait l'aile autour d'un axe longitudinal, et qui

lui permet de présenter toujours la face inférieure en avant pendant

la relevée, a été obtenu par un organe de l'appareil schématique.

Cet appareil, vu latéralement et par derrière, se compose d'un bâti

en bois léger, à l'avant duquel sont implantés deux petits supports

traversés par un arbre coudé et contre-coudé, de façon à former deux

manivelles en vilebrequin, à 90 degrés l'une de l'autre. Cet arbre

reçoit un mouvement circulaire d'un ressort de caoutchouc (fig. 22).

La manivelle placée sur le plan le plus avancé produit l'élévation

et l'abaissée des ailes, qui sont mobiles autour d'un axe commun. Ce

même axe est fortement incliné en bas et en arrière par la seconde

manivelle, lorsque la première passe au point mort et que les ailes

sont au bas de leur course.

Mais l'aile ne doit pas seulement changer de place dans son

ensemble; chaque point de l'aile doit avoir, surtout pendant la

relevée, une inclinaison d'autant plus marquée qu'il est plus voisin

de l'extrémité; la partie voisine du corps doit seule conserver

sensiblement la même obliquité. M. Tatin a pensé que c'était par le

carpe qu'il fallait commander le mouvement de torsion venant

s'éteindre graduellement près du corps, et pour obtenir avec toutes

ses transitions, il avait substitué aux ailes de soie qui se

plissent, des ailes entièrement construites en plumes très fortes,

disposées de telle façon qu'elles arrivassent à glisser un peu l'une

sur l'autre pendant les mouvements de torsion: la fonction de cette

nouvelle voilure était parfaite; mais, adaptée au grand oiseau, ces

ailes ne donnèrent que des résultats médiocres. L'auteur a donc dû

revenir aux ailes de soie, qu'il semble avoir définitivement

adoptées.

[Illustration: Fig. 22.--Appareil de M. Victor Tatin pour l'étude du

mouvement des ailes.]

Grâce à certaines modifications qu'il a fait subir à son grand

appareil (léger changement de forme des ailes, variation de

l'amplitude des battements, renouvellement de quelques organes de la

machine), M. Tatin a pu réaliser un grand progrès: l'oiseau à air

comprimé, qui, attelé à un manège, ne soulevait d'abord que les

trois quarts de son poids, est arrivé à soulever son poids entier.

Malheureusement ce résultat n'a pu être dépassé[39].

[Note 39: Voy. notice de M. le docteur François Franck,

publiée dans _la Nature_. 1877, premier semestre, p. 148.]

Nous donnerons en terminant quelques-unes des conclusions présentées

par M. Tatin dans son mémoire:

Pour que l'oiseau puisse se soulever par ses coups d'aile, il

faut théoriquement, d'après M. Marey, que le moment de la force

motrice soit un peu supérieur à celui de la résistance de l'air,

ce dernier ayant pour valeur, sous chaque aile, la moitié du

poids de l'oiseau multipliée par la distance qui sépare le centre

de pression de l'air sur l'aile du centre de l'articulation

scapulo-humérale. Mes expériences montrent que, pour les

appareils mécaniques, il faut un plus grand excès de la force

motrice sur la résistance de l'air. Peut-être cet écart entre la

force théorique et la force pratiquement nécessaire existe-t-il

également chez l'oiseau, dont on n'a pu encore mesurer la dépense

de travail pendant le vol.

J'ai essayé de donner la mesure expérimentale du travail dépensé

par une machine qui vole. J'insiste pour rappeler que de

pareilles mesures ne représentent pas le minimum de force

nécessaire, mais la dépense actuellement faite par nos

appareils[40].

[Note 40: _Comptes rendus des travaux du laboratoire du

professeur Marey_, 1 vol. in-8º. G. Masson, 1876.]

On ne saurait croire combien d'efforts ont été tentés, souvent de la

part des hommes les plus distingués, pour réaliser une machine

volante. En 1845, un mécanicien nommé Duchesnay, avait exposé dans

l'intérieur de la grande salle de l'ancien cloître de Saint-Jean de

Latran, à Paris, un grand oiseau mécanique dont les ailes

recouvertes de plumes avaient plus de dix mètres d'envergure. Dupuis

Delcourt a vu cette machine, mais il ne l'a pas vue fonctionner.

[Illustration: Fig. 23.--Oiseau mécanique de Brearey (1879).]

Marc Seguin, vers 1849, étudia l'aviation avec beaucoup de

persévérance. Il parvint à se soulever du sol au moyen d'ailes

battantes qui se trouvaient fixées sur un châssis[41]. Mais ce

résultat n'offre pas une grande importance s'il n'est obtenu que

pendant un temps très court; l'homme en sautant, quitte également le

sol par le seul effort de ses jarrets.

[Note 41: _Mémoire sur l'aviation_, par M. Séguin aîné. 1

broch. in-8. Extrait du _Cosmos_, Paris. A. Tremblay. 1866.]

Depuis les expériences plus heureuses des Pénaud et des Tatin, on

essaya souvent encore de construire des appareils de vol mécanique à

battements d'aile. En 1879, M. Brearey, en Angleterre, étudia un

système de ce genre, que nous représentons (fig. 23). Il s'agissait

d'un oiseau à ailes flexibles mues par la vapeur. L'appareil devait

être monté sur roues, et le centre de gravité était variable pour

l'ascension ou la descente. Ce projet ne fut pas réalisé. M. le

docteur Hureau de Villeneuve et M. Clément Ader, l'ingénieux

inventeur électricien, ont également tenté de construire de grands

oiseaux artificiels. Ces deux aviateurs ont fait chacun isolément

les plus louables efforts pour arriver aux résultats qu'ils

croyaient pouvoir atteindre.

Ces tentatives ont échoué; on n'a jamais obtenu jusqu'ici aucun

résultat dans le vol artificiel, dès que l'on a abandonné les

minuscules appareils à ressort de caoutchouc.

III

LES HÉLICOPTÈRES

La Navigation Aérienne L'aviation Et La Direction Des Aérostats Dans Les Temps Anciens Et Modernes · 第 5 / 17 段