51--COMMENT ON RETROUVE LE BONHEUR.

Passant un jour sur la place des Capucins, à Lyon, une zélatrice du

rosaire y vit une petite fille âgée de six à sept ans, qui, après

avoir brisé la glace d'une fontaine, plongeait quelque chose dans

l'eau. La dame s'approcha et dit:

--«Que fais-tu là, mon enfant?--Je lave ma robe.--Quel est ton

nom?--Marie.--Où est ta mère?--À Loyasse (cimetière de Lyon).--Et ton

père?--Il est malade et triste là-bas...--Eh bien! conduis-moi à ta

maison.».

L'orpheline regarda l'inconnue avec une sorte de crainte, puis,

rassurée sans doute par l'affectueux sourire qui répondait à son

regard, elle mit sa petite main glacée dans celle que lui tendait

sa nouvelle amie, et se dirigea vers une de ces affreuses demeures,

ordinairement habitées par le vice ou par le malheur.

Arrivée au dernier étage, l'enfant ouvre une porte et dit:--Papa,

voilà une dame qui veut vous voir.--Me voir!... moi!... une dame!...

allons donc!... C'est, sans doute pour jouir du spectacle de ma

misère! Je suis chez moi; et, bien que je sois pauvre, malheureux, je

ne souffrirai pas que les riches viennent insulter à ma misère! Donc,

vous pouvez vous en aller,» s'écria-t-il en désignant du doigt la

porte restée entr'ouverte.--Je venais vous offrir des secours,»

murmura timidement la visiteuse, un peu effrayée.--Je n'ai besoin de

rien, que de rester tranquille chez moi, sans qu'on vienne se moquer

de ma pauvreté, reprend l'homme; et il lance par la porte de la

mansarde une pièce de monnaie qui vient d'être déposée sur la table.

Il n'y avait rien à faire... La charitable zélatrice embrassa la

petite fille et lui dit tout bas: «Viens me trouver quand tu auras

besoin de quelque chose.» Puis elle sortit.

Plusieurs semaines s'écoulèrent sans que la douce Marie reparût, bien

qu'on allât souvent, pour l'y rencontrer, à l'endroit où on l'avait

trouvée.

Mme L, l'aperçut enfin, un jour, amaigrie et toute en larmes; son

père, qui manquait d'ouvrage et par conséquent de pain, l'envoyait

mendier dans la rue. Elle l'emmena chez elle et lui fit raconter son

histoire, histoire bien simple et bien touchante, imprimée dans son

jeune coeur.

«Maman était très bonne; soir et matin, elle me faisait dire _Notre

Père_ et _Je vous salue, Marie_... Mon père était bon, lui aussi,

alors; mais depuis qu'ils ont emporté maman à Loyasse, il est devenu

triste, s'est mis à lire de grandes feuilles et ne parle plus de Dieu

ou des riches qu'en se fâchant bien fort.»

Ce récit fut un trait de lumière pour Mme L. Elle fit promettre à la

chère petite de dire, tous les jours, une fois, «Notre Père,» et dix

fois, «Je vous salue, Marie...» _pour obtenir que son père devînt

très heureux_, et la renvoya munie d'abondantes provisions.

Un mois après, l'enfant revint chez sa bienfaitrice, mais, cette fois,

avec un visage tout joyeux: «Madame, dit-elle, papa voudrait bien vous

voir; seulement il n'ose pas venir...»

La difficulté fut vite tranchée; Mme L... accourut à la mansarde, et

y trouva l'ouvrier. Si l'aspect du pauvre réduit était le même, on

lisait sur le visage du malheureux père l'expression humble et douce

du changement opéré dans son âme.

«Madame, dit-il avec respect, je ne sais comment cela est arrivé, mais

je ne peux plus me reconnaître... En entendant la petite réciter tant

de fois son _Notre Père_ et son _Je vous salue_, je me suis d'abord

impatienté, parce qu'elle le répétait trop... Puis j'ai fini par le

dire machinalement avec elle, en me rappelant que ma pauvre femme le

disait aussi... Alors, j'ai pleuré, j'ai senti le regret de ma

mauvaise vie, et je me suis reproché mon insolence envers la dame qui

a été si bonne pour nous... C'est pourquoi je voulais la voir, pour

lui demander pardon.»

Ce pardon fut accordé sans peine, et Dieu, après avoir purifié,

soulagé la misère de l'âme et du corps, par l'entremise de sa

généreuse servante, sauva aussi par elle le père et l'enfant.

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Les joies du pardon Petites histoires contemporaines pour la consolation des coeurs chrétiens · 第 57 / 61 题