43.--UNE CONQUÊTE DU SACRÉ-COEUR.

Dans une petite ville assez populeuse, près de Liège, une personne

dirigeait un café, où elle s'efforçait bien plus de conquérir des âmes

à Jésus-Christ que de grossir sa fortune. On y voyait en abondance les

publications les plus édifiantes, les cadres et les scapulaires du

Sacré-Coeur. Cette propagande fut bénie de Dieu et devint le principe

d'un grand nombre de conversions; nous allons reproduire ici la

relation de plus remarquable, en conservant au style sa naïve

simplicité.

«Un jour, la maîtresse de la maison voit entrer chez elle un inconnu

en haillons, de haute taille, ayant une longue barbe et une figure

portant l'empreinte d'une profonde misère. Cet homme inspire à la

zélatrice une grande compassion, il lui semble que Notre-Seigneur lui

envoyait une âme à gagner. J'ai toujours eu, dit-elle, le désir de

faire du bien, mais depuis que je suis zélatrice, il me semble en

avoir contracté l'obligation, de sorte que cela me donne du courage

pour vaincre ma timidité. Elle fit donc bon accueil à son nouvel hôte,

qui ne disait pas un mot, et le servit de son mieux, en priant le

Coeur de Jésus de l'inspirer. Croyant le moment favorable, elle entama

la conversation: «Ne vous étonnez pas, Monsieur, lui dit-elle, de

ce que je vais vous demander; je fais cette question a toutes les

personnes qui viennent ici, et je vous vois, je crois, pour la

première fois: avez-vous fait vos Pâques?--Non, répondit-il, je ne

fais pas mes Pâques, je suis libre-penseur.--Mais ce n'est pas

une religion, cela.--C'est ma religion à moi, je n'en ai pas

d'autre.--N'avez-vous pas été catholique autrefois?--Oui, j'ai fait ma

première communion; depuis, j'ai tout laissé: j'ai quitté ma femme,

mes enfants, j'ai été en Afrique... Je ne veux pas des prêtres, pas

plus qu'ils ne voudraient de moi.--Au contraire, Monsieur, ce serait

un grand bonheur pour eux de vous ramener à Dieu; dans l'Évangile, n'y

a-t-il pas la parabole de l'enfant prodigue où le père fête le retour

de son fils?--Ne me dites rien, répond-il avec animation, je ne veux

pas changer, vous ne me convertirez pas, vous dis-je; pensez-vous

mieux réussir que ma femme et mes enfants qui m'ont supplié de toutes

les façons? Non, vous ne me changerez pas, je devrais parler à des

prêtres, et je déteste les prêtres; quand ils arrivent, je m'en vais

d'un autre côté pour ne pas les voir.»

«Il ajouta encore beaucoup d'autres choses contre la religion. J'étais

toute tremblante en l'entendant, dit la zélatrice, et je priais

intérieurement le Coeur de Jésus. Quand il eut fini, j'allai chercher

un scapulaire du Sacré-Coeur.--Monsieur, lui dis-je, ne voudriez-vous

pas, avant de partir, accepter ceci? j'aimerais à vous le donner;

voyez, l'image est bien belle. Lisez, ajoutai-je, ce qui est écrit

dessous, ce sont de si bonnes paroles! Il le fait, puis se lève et

tenant le scapulaire des deux mains, il le baise, pleure et dit:

«Coeur de Jésus, je suis un des plus grands pécheurs, oui, un grand

pécheur.» Ses larmes coulaient en abondance, l'émotion l'oblige à

s'asseoir.--Un prêtre! dit-il, je veux me confesser. Qui êtes-vous,

pauvre femme, pour me convertir ainsi? car je suis converti.--C'est

le Coeur de Jésus qui a tout fait, dit la zélatrice, et elle le fait

entrer dans une chambre voisine, pendant qu'elle allait avertir le

vicaire. Celui-ci vint aussitôt, s'entretint avec le pauvre pécheur,

puis l'engagea à se rendre à l'église pour préparer sa confession.

En y allant, cet homme priait, et dès qu'il fut arrivé, il alla se

prosterner au pied d'un autel de la sainte Vierge; il pleurait et

disait à haute voix: «Vierge sainte, ayez pitié d'un grand pécheur

qui vous demande sa conversion.» Il fit le chemin de la croix, et,

lorsqu'il fut arrivé à la douzième station, il mit les bras en croix

sans s'occuper des personnes présentes, en disant: Jésus-Christ,

je vous demande pardon de mes péchés, oui, de tous mes péchés. La

contrition débordait de son âme, il était inondé par la grâce. Il

alla à la sacristie, et, quand il en sortit avec le prêtre, tous deux

pleuraient. Il ne reçut pas ce jour-là l'absolution: on préféra lui

laisser quelques jours pour se préparer. Il passa ce temps dans le

recueillement, vint prendre ses repas chez la zélatrice qui lui

fournit des lectures pieuses pour occuper ses loisirs, car il évitait

même de travailler pour ne pas se distraire des pensées de foi qui

nourrissaient son âme. Lorsqu'il rencontrait le vicaire, il lui

serrait la main en lui exprimant son désir de recevoir l'absolution.

Le temps d'épreuve fut abrégé, et la brebis perdue rentra dans le

bercail du Bon Pasteur, qui se donna à elle dans la sainte communion.

C'était la seconde de ce nouvel enfant prodigue qui n'avait plus reçu

son Dieu depuis cinquante ans.

«Il fut dès lors un modèle de piété, et son exemple en ramena

plusieurs qui travaillaient dans un atelier irréligieux où il

conduisit le prêtre qui l'avait réconcilié avec Dieu.»

Ah! si tous les bons catholiques avaient le zèle et le courage de

cette généreuse chrétienne, combien de pauvres pécheurs seraient

ramenés à la pratique de la religion! Le prêtre, hélas! n'a aucun

moyen d'atteindre ces infortunés qui ne viennent plus à l'église et

lui ferment leur porte. Qui les sauvera, qui les arrachera aux flammes

de l'enfer, si les pieux laïques de leur entourage ne s'intéressent

pas à l'oeuvre de leur conversion, la plus grande, la plus capitale de

toutes les oeuvres?...

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Les joies du pardon Petites histoires contemporaines pour la consolation des coeurs chrétiens · 第 49 / 61 题