Il y a quelques années, le Carême était prêché dans une grande ville
de France par deux saints missionnaires. Un soir, tandis que la foule
empressée se rendait à l'église, la petite Mathilde de C***, enfant de
dix ans, jouait sur le balcon de sa maison; tout à coup, poussée comme
par une inspiration divine, elle abandonne la poupée qu'elle tenait à
la main et, courant à son père qui lisait un journal: «Oh! papa, que
je serais heureuse!...--Que faudrait-il pour cela, mon enfant?--Je
n'ose pas... dites, me l'accorderez-vous?--Oui, ma fille!--Ah! bon!
eh bien! j'étais tout à l'heure sur le balcon et j'ai vu beaucoup
de messieurs qui allaient au sermon; il y en a même plusieurs qui y
conduisaient leurs petites filles; et vous, papa, vous ne m'y menez
jamais! Ce soir...--Tu veux que je t'y conduise, n'est-ce pas?--Oui!
je le désire beaucoup.»
Bientôt l'heureuse Mathilde entrait dans l'église avec son père. Il
la plaça près d'une dame de sa connaissance, parce que, dit-il, une
petite fille ne reste pas avec les messieurs; et... faisant semblant
d'aller du côté des hommes, il sortit.
Mathilde, qui le suivait des yeux, s'en aperçut, mais ne dit rien; le
lendemain elle voulut, comme par un caprice d'enfant, rester parmi les
messieurs avec son père. Le prêtre chargé de maintenir l'ordre, voyant
cette petite fille: «Mon enfant, lui dit-il, ce n'est point là votre
place.--Monsieur, répondit-elle tout bas, laissez-moi ici, _je garde
papa_!»
M. de C*** entendit cette parole, il fut ému et resta au sermon.
Le bon Dieu l'attendait, et la grâce, se servant des paroles du
prédicateur, pénétra dans son âme. Il voulut aller tous les soirs au
sermon; il fit mieux, il s'approcha de la sainte Table le jour de
Pâques.
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