37.--UN PÉCHEUR MORIBOND ASSISTÉ PAR UN PRÊTRE MOURANT.

Il y a une dizaine d'années, l'église de Saint-Paul-Saint-Louis, de

Paris, avait parmi ses desservants un prêtre qui se faisait remarquer

par sa haute taille et son visage grave et basané.

À ses allures un peu militaires on devinait sans peine que ce prêtre

avait dû porter l'épée, et l'on écoutait sans surprise l'histoire de

ce brave officier de cavalerie, qui vaillamment s'était battu sous le

commandement de don Carlos, l'avait suivi, et enfin était entré dans

le sacerdoce.

Ce prêtre était l'abbé Capella.

Après être resté quelques années à Saint-Paul-Saint-Louis où il

s'était particulièrement attiré l'estime de tous, M. Capella fut

appelé à une petite cure des environs de Paris.

Là, il fut vénéré par ses bons et simples paroissiens, presque tous

jardiniers; son caractère aimable et sa franchise militaire avaient

vaincu tous les préjugés, toutes les antipathies mêmes; le bien que

fit là son court passage, est incalculable.

C'était la veille de sa mort; les derniers sacrements venaient de lui

être administrés, et il se recueillait dans son action de grâces,

offrant au Seigneur ses dernières souffrances et son agonie qui allait

commencer. À ce moment une personne entra inopinément et s'approchant

de lui:

--Monsieur le Curé, lui dit-elle, un tel, que vous connaissez bien,

est très malade; il va mourir; nous sommes bien en peine, car il ne

veut recevoir aucun prêtre. Ainsi, quand M. le curé est venu, il lui a

tourné le dos et ne veut pas l'entendre.

--Quel malheur! un si brave homme, fit M. Capella avec chagrin. Ah! si

moi-même je n'eusse pas été mourant, peut-être ne m'aurait-il pas si

mal reçu!

--Ah! vous, Monsieur le Curé, il vous aime et vous vénère trop pour

cela! Mais hélas!... Et elle se retira sans achever.

Une pensée sublime vint au saint prêtre; se soulevant sur sa couche

et joignant les mains: Mon Dieu, donnez-moi un peu de force!

s'écria-t-il. Faisant alors un effort suprême, il endossa une dernière

fois ses vêtements ecclésiastiques, puis il dit, d'un ton résolu, aux

amis qui l'entouraient:

--Soulevez-moi et portez-moi chez le malade.

Frappés de stupeur, pas un ne bougea. Ils écoutaient cette voix

expirante qui avait retrouvé le ton du commandement pour faire une

chose impossible, et ils crurent le curé dans le dernier délire.

Prenez-moi, répéta-t-il avec une suprême autorité. Une exclamation

assourdie sortit de toutes les bouches.

Mais le mourant, dont l'heure de vie s'était réfugiée dans son

inébranlable volonté, présenta ses bras tremblants, ses jambes inertes

déjà; on lui obéit donc et soutenant avec précaution ce corps qui

voulait reprendre la vie pour aller sauver une âme, on le déposa sur

une litière.

«Ah! mon Dieu! il va mourir en route!» s'écria l'un des porteurs avec

désespoir.

Lui, sans s'inquiéter de ce qui se passait ou se disait autour de sa

couche, absorbé dans son héroïque idée fixe, donnait des ordres pour

qu'on lui apportât ce qui était nécessaire à l'administration

des sacrements. Quand tout fut prêt: «En route, et hâtons-nous,»

commanda-t-il.

On se mit en marche vers la maison du malade. Le prêtre ne faisait

entendre ni un cri, ni une plainte, ni même un soupir dans ce chemin

douloureux dont tout choc était une angoisse, mais il priait avec

ferveur.

Le voilà près du lit de cet autre mourant. «Mon ami, lui dit-il d'une

voix entrecoupée, nous allons tous les deux paraître devant le bon

Dieu. Voulez-vous que nous fassions le voyage ensemble?... Moi, je

viens vous aider... et vous apporter les secours de cette dernière

heure...»

Un intraduisible cri échappa au malade, et sans pouvoir articuler un

mot, il saisit la main de son pasteur et la porta à ses lèvres avec un

mouvement d'adoration.

«Mon ami, continua celui-ci, le temps est court...; confiez-vous à

moi; vous ne me refuserez pas de vous confesser, n'est-ce pas?»

Le malade, subjugué par cet héroïsme de la foi, fondit en larmes. «Oh!

oui, je veux me confesser à vous!» s'écria-t-il.

Un sourire du ciel passa sur les lèvres blanches du pasteur. Il fit un

signe, et le vide s'établit autour des deux mourants.

Bientôt après, le ministre de Dieu fit un dernier effort pour

élever sa main au-dessus de la tête du pardonné, et les paroles de

l'absolution tombèrent comme une rosée sur cette âme ressuscitée. Le

prêtre appela; «L'Extrême-Onction!» demanda-t-il. On lui apporta ce

qui était nécessaire pour la réception du Sacrement. «Prenez mon bras,

et conduisez ma main,» dit-il à son aide. Et l'on conduisit cette main

mourante, se traînant refroidie déjà, comme une suprême bénédiction,

sur les membres du malade qui semblait se ranimer sous ce froid

attouchement et sous les onctions de l'huile sainte.

Quand tout fut achevé, le prêtre pencha sa tête alourdie vers celui

qu'il venait d'administrer, et dans un soupir de soulagement, il

dit tout bas: «Au revoir, mon ami!... Maintenant, remportez-moi,

ajouta-t-il d'une voix éteinte. _Nunc dimittis servum tuum, Domine,

secundum verbum tuum, in pare!_»

Puis sa tête tomba pesante sur sa poitrine; ses bras fatigués se

laissèrent pendre; ses yeux se fermèrent: et, pendant cette lugubre

route du retour, on aurait cru qu'il n'existait plus, si l'on n'avait

vu ses lèvres remuer sous un souffle de prière. Peu après, on le

déposa immobile sur son lit. Quelques heures plus tard, il était mort.

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Les joies du pardon Petites histoires contemporaines pour la consolation des coeurs chrétiens · 第 43 / 61 题