36.--L'AMOUR MATERNEL.

Dans une des principales villes du midi de la France, un vénérable

ecclésiastique, vicaire de paroisse, fut soudainement appelé vers le

milieu de la nuit, près d'une malade qui, lui dit-on, se mourait,

privée tout à la fois des ressources matérielles capables d'adoucir

les souffrances de son corps, et des sentiments religieux propres à

soutenir l'énergie de son âme, profondément aigrie par la misère. Le

digne prêtre ne se fit point attendre. Sautant hors de sa couche et

s'habillant à la hâte, il est bientôt dans la rue, se dirigeant

avec son guide vers la demeure de la pauvre mourante, à travers des

tourbillons de neige dont une bise glaciale fouettait son visage. Il

arrive, gravit six étages et pénètre au fond du plus méchant réduit

que l'on puisse voir. Là, sur un grabat fétide, une malheureuse femme

se débattait avec angoisse, voulant et ne voulant pas mourir; car à

ses côtés dormait, ensevelie sous d'informes haillons, une petite

fille qui la rattachait encore à la vie quand le malheur la pressait

au contraire de quitter un monde devenu inhabitable pour elle.

Un tel spectacle émut l'envoyé de Dieu jusqu'aux larmes, et le frisson

d'une pitié sincère parcourut tous ses membres. Que faire devant une

pareille infortune? Comment ramener la paix et la joie dans une âme

ainsi torturée, toujours en présence d'une misère de plus en plus

poignante, de plus en plus irrémédiable? Tout autre qu'un prêtre

assurément eût reculé devant une mission si difficile. L'abbé ne se

découragea point; il prit conseil de sa foi, il prit conseil de son

coeur, et le plus doux triomphe couronna bientôt ses intelligents

efforts. Aux premiers mots sortis de sa bouche, la malade avait

brusquement détourné la tête, à ses exhortations toujours plus tendres

et plus pressantes, elle opposait une indifférence profonde, un de

ces sourires amers qui déconcertent les plus robustes espérances et

attestent une incrédulité systématique ou une ignorance absolue des

vérités chrétiennes. Il fallait donc tenter un dernier assaut décisif;

c'est alors qu'une inspiration soudaine vint illuminer l'esprit du

bon pasteur à la recherche de sa brebis égarée. «Elle résiste à mes

paroles, se dit-il en lui-même, elle ne résistera pas sans doute aux

saintes obligations de la maternité; l'amour maternel mène à Dieu, qui

aime si tendrement sa Mère.» Et, saisissant l'enfant endormi dans

un coin de la mansarde, il le présenta à la mourante en lui disant:

«Sauvez votre âme, vous sauverez celle de votre fille; si vous devez

la laisser orpheline ici-bas, au moins gagnez le ciel pour la protéger

et lui garder une place parmi les anges.» À la vue de cette innocente

et douce créature qui lui tendait ses petits bras et sollicitait ses

caresses, la pauvre femme jeta un cri perçant, serra convulsivement

son enfant sur sa poitrine haletante, et, au bout de quelques

instants, ses yeux desséchés s'emplirent de larmes; bienheureuses

larmes qui emportèrent avec elles toutes les barrières que l'esprit de

révolte avait placées entre son coeur et celui du souverain Juge, dont

la main ne nous frappe ici-bas que pour nous guérir. L'attendrissement

qui ouvrait son âme aux plus nobles sollicitudes d'une mère, l'ouvrit

en même temps à tous les sentiments chrétiens qui donnent la

résignation dans les souffrances et le courage dans l'adversité. «Mon

Dieu, s'écria-t-elle pleinement soumise et consolée, mon Dieu, que

votre volonté s'accomplisse! Je vous fais volontiers le sacrifice

de ma vie; que tous les maux que j'ai soufferts soient autant

d'infortunes épargnées à l'enfant qui doit me survivre. Et vous,

monsieur l'abbé, ajouta-t-elle, daignez, je vous en conjure, prendre

soin de l'orpheline; je vous la confie: si vous acceptez ce dépôt, je

mourrai contente et rassurée.» L'abbé promit tout, et la malade se

confessa avec de grands sentiments de contrition. L'amour maternel

l'avait ramenée à l'amour de Dieu.

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Les joies du pardon Petites histoires contemporaines pour la consolation des coeurs chrétiens · 第 42 / 61 题