33.--LA FILLE DU FRANC-MAÇON.

J'ai été appelé, racontait en 1865 un vénérable religieux passioniste,

pour administrer un mourant à Brooklyn. C'était un allemand, que

j'avais eu l'occasion de rencontrer plusieurs fois. Sa fille unique,

excellente catholique, me prévint que son père était franc-maçon et

qu'il fallait exiger sa rétractation.

«Après avoir entendu sa confession, je lui demandai s'il n'avait

pas appartenu à quelque société secrète.--Oui, mon Père, je suis

franc-maçon; mais, vous le savez, en Amérique, cela n'est pas

mal.--C'est une erreur, lui dis-je; la franc-maçonnerie est condamnée

partout où elle existe. Il vous faut donc rétracter tout ce que vous

avez pu promettre et me délivrer vos insignes.

«Le malade fit bien quelques difficultés, mais il avait gardé la foi,

et il signa la rétractation que je rédigeai: puis il me fallut faire

de nouvelles instances pour obtenir son écharpe, son équerre et sa

truelle d'argent, son tablier de peau et son rituel, renfermés dans

une armoire près de son lit. Je dus lui expliquer la nécessité de se

dépouiller de tous ces objets s'il voulait faire preuve d'un repentir

sincère et d'un retour efficace à l'Église. Je sortais, emportant les

dépouilles opimes, et tout heureux d'avoir arraché son âme au démon.

«La jeune fille m'attendait sous le vestibule: Eh bien! dit-elle, mon

père vous a tout remis? Tout, n'est-ce pas? Il a fait la paix avec

Dieu?--Voyez plutôt, ma fille. Et je lui montrai les objets que

j'avais à la main. Elle les prend l'un après l'autre, et puis, d'un

air triste, elle dit: «Non, tout n'est pas là; il n'a pas eu de peine

à vous remettre ces insignes; il lui en a coûté davantage pour ce

livre, qui est particulier à son grade. Mais il y a encore autre

chose.--Quoi donc?--Un écrit dont j'ignore le contenu; mon père m'a

recommandé de le porter tout cacheté après sa mort au chef de sa Loge.

Ce doit être quelque secret important.»

«Je retourne près du malade, et je lui dis: «Mon pauvre ami, pourquoi

me trompez-vous? Vous allez paraître devant le tribunal de Dieu;

croyez-vous échapper à sa justice? Vous avez encore quelque chose à

me livrer.» Le malade parut consterné; je remarquai la pâleur de

son visage et le trouble de ses yeux; puis il dit avec un certain

embarras: «Mais vous avez tout emporté, je n'ai plus rien à

vous livrer.--Non, il y a un écrit comme en font tous les

francs-maçons.--C'est une erreur, mon Père, je n'ai plus rien.» Je

redoublai d'instances: tout était inutile, le démon allait triompher.

J'employais tous les moyens que je croyais efficaces en telle

occasion. Je n'obtins rien: le malade niait, ou ne répondait pas.

Alors, sa fille ouvre la porte et se jette à genoux au pied du lit:

«Oh! mon père, de grâce, sauvez votre âme; votre fille serait trop

malheureuse. Vous dites que vous m'aimez, prouvez-le maintenant.»

«Le malade ne s'attendait pas à cette secousse: les embrassements et

les larmes de sa fille l'émeuvent; elle lui prodigue les caresses les

plus vives; elle lui dit les paroles les plus tendres, lui parle du

ciel qu'il perd, et le malade veut répondre: «Tu sais que je n'ai rien

de caché.» Sa fille, prenant un ton inspiré: «Ne mentez pas, mon père;

vous avez toujours été franc; que je ne rougisse pas de votre nom.

Donnez au Père le papier que vous m'avez recommandé de porter au

vénérable de la Loge.»

«À ces paroles, le malade pousse un cri; puis, faisant un effort, il

dit en soupirant: «Non, ma fille, tu ne rougiras pas de ton père.

Tiens, prends cette clef à mon cou, ouvre le tiroir, et donne au Père

le papier qu'il renferme.» Puis il tombe affaissé.

«Sa fille, prompte comme l'éclair, avait exécuté ses ordres et me

remettait un pli cacheté en disant: «Victoire! mon père est sauvé!»

Cette scène m'avait profondément touché. Le courage de cette fille me

rappelait une chrétienne des premiers siècles. Le malade vécut

encore quelques heures, et ses dernières paroles étaient un acte de

contrition, en même temps que de foi et d'espérance. J'ouvris, en

présence de sa fille, le pli cacheté. C'était un serment signé avec du

sang. J'avais entendu parler de ce genre d'écrits en usage chez les

chefs de la franc-maçonnerie; mais quand je parcourus ce papier, je

n'en pouvais croire mes yeux. C'était le serment d'une guerre sans

fin, sans merci, contre l'Église, la papauté et les rois; avec les

plus exécrables malédictions s'il violait sa parole. Ce papier, je

l'ai remis entre les mains de l'archevêque, afin qu'il pût apprécier

aussi bien que moi la malice infernale de la franc-maçonnerie.»

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Les joies du pardon Petites histoires contemporaines pour la consolation des coeurs chrétiens · 第 39 / 61 题