31.--LE NOUVEL AUGUSTIN.

Un jeune homme du nom d'Augustin, emporté par ses passions ardentes,

était tombé dans le désordre presque au terme de ses études. Ne

connaissant plus ni frein ni règle, il n'écoutait même pas sa mère et

restait insensible à ses larmes comme à ses reproches. Par intervalles

cependant, le remords venait troubler la conscience du jeune libertin,

mais il tâchait de s'étourdir davantage et se plongeait dans la

dissipation. Soudain, une maladie de poitrine se déclara. Inquiète de

le voir partir pour la capitale avec une toux opiniâtre, sa plus jeune

soeur, Anna, cacha, sans le lui dire, une médaille de la sainte Vierge

dans l'habit qu'il portait. Ce pieux stratagème fut sans effet sur

lui. Loin de là: «On s'est donné une peine inutile, écrivit-il

bientôt; je prie qu'on ne recommence pas, mon tailleur a bien autre

chose à faire qu'à découdre des médailles.»

Les symptômes de la maladie ne tardèrent pas à devenir inquiétants,

et firent de rapides progrès; des crachements de sang menaçaient

d'étouffer tout à coup le malade. Ainsi la mort le pouvait frapper à

toute heure: pauvre Augustin! il n'était pas préparé à paraître devant

Dieu, il ne songeait pas même à s'y disposer. Un jour, dans une

entrevue qu'il eut avec sa soeur religieuse, celle-ci lui avait dit

avec tendresse: «Mon cher Augustin, songe donc à mettre ta conscience

en règle avec Dieu; moi qui t'aime tant, je ne puis soutenir la pensée

de te savoir loin de lui.» Pour toute réponse, le jeune homme avait

serré avec émotion la main de sa soeur, puis il avait cherché à

changer une conversation qui semblait le fatiguer. Un autre jour, une

crise violente ayant fait appréhender que sa dernière heure ne fût

arrivée, sa mère avait fait prier l'aumônier, premier dépositaire des

secrets du coeur de son fils, d'accourir en toute hâte. L'aumônier

s'était présenté sans retard avec sa douce parole, son regard ami.

Augustin n'avait voulu rien entendre, et le vieillard s'était retiré

les yeux pleins de larmes amères.

Mais pendant qu'Augustin repoussait le ministre de Dieu, on priait

pour lui dans les sanctuaires consacrés à Marie, si bien surnommée

l'espérance des désespérés: l'heure du triomphe de la grâce ne devait

pas tarder à sonner.

Soudain une crise affreuse se déclare, c'est le dernier avertissement

du ciel.

Surmontant alors sa douleur, la mère d'Augustin s'approche de son lit

et lui dit avec amour: «Mon fils, je t'en supplie, ne diffère pas

davantage; si cette crise continue, es-tu sûr d'en supporter l'effort,

dans l'état d'épuisement où tu es?» Courageuse mère, pour sauver

l'âme de votre enfant, vous avez su triompher des faiblesses du coeur

maternel; mais aussi, que votre âme abattue fut consolée quand le

pauvre malade, levant vers vous son regard mourant, vous dit: «Je le

veux bien, faites venir M. le Curé!»

Celui-ci arriva promptement, fut reçu à bras ouverts, et commença

avec le jeune homme un de ces mystérieux entretiens dont le ciel seul

connaît le secret et qui réhabilitent les âmes devant Dieu. Quand le

prêtre sortit, le malade était calme, une douce joie brillait sur son

visage. Augustin, qui depuis trois mois n'avait pour sa mère qu'une

froideur glaciale, triste fruit de son esprit aigri et chagrin,

l'appela près de son lit et l'embrassa avec tendresse; c'était le

témoignage de la réconciliation qu'il venait de cimenter avec Dieu,

l'expression filiale de sa conscience tranquillisée.

À partir de ce moment, le plus admirable contraste se fit remarquer

dans le jeune malade; on le voyait subir d'heure en heure l'influence

de l'action céleste.

Lui adressait-on des paroles de piété? il les recevait avec

reconnaissance. Lui faisait-on une lecture édifiante? il l'écoutait

avec une douce attention. Les _Confessions_ du grand évêque

d'Hippone faisaient, entre tous les autres livres, ses plus chères

délices. C'est mon histoire que je lis, disait-il avec un pieux

sentiment d'amour de Dieu. Il contemplait avec bonheur la croix de

Jésus, cherchant à participer à la vertu qui s'en échappe pour le

chrétien supportant sans se plaindre les plus cruelles douleurs. Il

fit publiquement ses excuses à tous les membres de sa famille et aux

personnes de la maison pour les scandales qu'il avait donnés, et

particulièrement au vénérable ecclésiastique dont il avait refusé le

ministère quelques mois auparavant.

Sa mort fut des plus édifiantes: le pécheur était devenu un saint.

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Les joies du pardon Petites histoires contemporaines pour la consolation des coeurs chrétiens · 第 37 / 61 题