Il y a quelques années,--c'est un missionnaire qui raconte le
fait,--j'avais dit en chaire quel es enfants pieux pouvaient convertir
leur famille. Dieu permit qu'une enfant innocente et pure se trouvât
dans mon auditoire; son père et sa mère l'aimaient comme une fille
unique qui doit hériter d'une grande fortune; c'était leur bonheur,
leur joie, leur amour. Le lendemain, près du saint tribunal, je vis
une enfant agenouillée comme un ange; je l'écoutai. La pauvre enfant
ne pouvait parler, les sanglots étouffaient sa voix, elle avait les
larmes aux yeux.
--Mon père, vous avez dit que les enfants sages qui avaient une foi
vive convertiraient leur père et leur mère. Depuis que je vous ai
entendu, j'ai prié, j'ai pleuré, mon père et ma mère ne sont pas
convertis.
--Mais, ma pauvre enfant, ce miracle, je vous le promets. Il
s'accomplira, pourvu que votre foi soit constante. Et j'ajoutai: «Je
vais vous préparer moi-même à la première communion.»
Elle revint les jours suivants, le temps passa bien vite. La pauvre
enfant disait toujours:
«Mon père, le miracle ne se fait pas; mes parents ne sont pas même
venus vous entendre.»
La veille de la communion arriva. Après avoir reçu l'absolution, la
pieuse enfant se relève heureuse. Elle ne parlait pas; dans le chemin
elle rencontre une de ses jeunes compagnes et parentes, qui l'embrasse
avec effusion et lui dit:
«Quel bonheur! mon père et ma mère doivent communier demain avec moi.»
Alors la pauvre enfant devint triste, et ses yeux se mouillèrent
de larmes. Son père et sa mère l'attendaient cependant, et ils se
disaient:
«Comme elle va être heureuse!»
À la vue de ses yeux gonflés par les pleurs, la mère la presse sur son
coeur et lui dit:
--Mon enfant, tu nous avais annoncé que tu serais si heureuse la
veille de ta première communion!
--Ma mère, je suis malheureuse aujourd'hui.
Et le père, témoin muet de cette scène, ne put s'empêcher de verser
des larmes et de dire:
«Mon Dieu! que faut-il donc pour la rendre heureuse?»
Aussitôt l'enfant quitte les bras de sa mère, se jette dans ceux de
son père en s'écriant:
--Ô père! si vous vouliez!
--Mais, ma fille, nous ne vivons que pour toi; dis-moi, que faut-il
faire?
--C'est vous qui êtes la cause de ma tristesse.
--Nous? répond la mère.
--Moi? répond le père étonné.
--Hélas! reprit l'enfant. J'étais heureuse il n'y a qu'un moment; mais
ma cousine est venue me dire:
--Tu ne sais pas, Berthe? mon père et ma mère communient demain avec
moi. Alors je me suis dit pendant le chemin: «Et moi, demain, je serai
donc heureuse toute seule!»
Le père et la mère n'y tinrent plus; les larmes coulèrent de leurs
yeux. Ils embrassèrent cet ange, et lui dirent:
«Oui, demain, tu seras seule; mais dans quelques jours tu
renouvelleras. Alors nous serons heureux tous les trois.»
Le surlendemain, ajoute le missionnaire, l'enfant triomphante
m'amenait son père et sa mère en me disant:
«Mon Père, vous aviez raison, le miracle est fait; nous serons, dans
quelques jours, tous les trois unis à la Table sainte et tous les
trois heureux sur la terre.»
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