17.--TEL EST PRIS QUI CROYAIT PRENDRE.

Ô Jésus! on me demande de parler, de dire comment je suis redevenu

chrétien. On m'affirme que c'est pour la gloire de votre Sacré

Coeur... Dès lors, comment résister?... Je parlerai donc; et puissent

beaucoup de pécheurs que je connais, qui sont mes amis, dont l'âme

m'est infiniment chère, se convertir comme moi!

De ma première enfance il ne me reste que des souvenirs très vagues;

cependant je vois toujours une grande image qui surmontait la statue

de la Vierge, et devant laquelle ma mère me faisait prier: c'était

Jésus montrant son Coeur. Cette image me fascinait en quelque sorte,

parce que ma mère me disait: «Jésus te voit, et si tu n'es pas sage,

il te chassera de son Coeur.» Le soir de ma première communion, quand,

selon la coutume, nous nous agenouillâmes pour la prière en famille,

je promis bien à Jésus de l'aimer toujours: en retour, je lui demandai

de me garder dans son Coeur... Mais, hélas! les passions l'emportèrent

bientôt, je le dis pour l'instruction des jeunes gens; je fus victime

de ces deux fléaux terribles qui, de nos jours, les font mourir

presque tous à la vertu et à l'honneur: les mauvaises compagnies et

les lectures dangereuses. À vingt ans, j'étais le premier débauché de

ma ville natale.

Pendant trente ans, j'ai entassé crimes sur crimes.... Je fus soldat,

et Dieu sait la vie que j'ai menée!... On m'envoya en Afrique à cause

de ma mauvaise conduite. N'osant plus me montrer à ma famille, j'y

restai longtemps; il fallut revenir cependant. Que faire? Me voilà

ouvrier errant, cherchant de l'ouvrage de ville en ville, obligé

parfois de tendre la main, couvert de honte. J'étais descendu aux

derniers degrés de l'impiété; je me traînais dans la fange des

passions. Ah! je rougis en écrivant ces lignes. Mais c'est pour la

gloire de votre Sacré Coeur, ô Jésus!...

Paray-le-Monial, comme par hasard, se trouve sur ma route. La

ville était en fête; des oriflammes brillaient aux fenêtres; des

arcs-de-triomphe étaient dressés; une foule immense remplissait les

rues; l'air retentissait d'un chant qu'il me semble entendre encore:

«Dieu de clémence, ô Dieu vainqueur!...» Surpris, je m'adresse à une

pauvre femme:

--Qu'est-ce donc, lui demandai-je?

--Comment! vous ne savez pas? C'est le grand pèlerinage...

--Ah!... quel pèlerinage? pour quoi faire?

--Mais pour honorer le Sacré Coeur de Jésus!

--Le Coeur de Jésus! où est-il donc? Peut-on le voir?...

--Vous savez bien que non; mais il s'est manifesté à une religieuse de

la Visitation, à la Bienheureuse Marguerite-Marie; il lui a recommandé

de le faire honorer par les hommes.

--Où est-elle, votre Visitation?

Et, sur les indications de la pauvre femme, je me dirige de ce côté:

tous les sarcasmes, lus dans les journaux de cabarets contre les

pèlerinages, me revenaient a l'esprit; je regardais avec ironie ces

hommes qui marchaient gravement, une croix rouge sur la poitrine; et

malgré tout cela, j'éprouvais une certaine émotion. En passant à côté

d'un groupe de jeunes gens, je fus même frappé de ces paroles:

Pitié, mon Dieu! pour tant d'hommes fragiles

Vous outrageant sans savoir ce qu'ils font!

Faites renaître en traits indélébiles

Le sceau du Christ imprimé sur leur front.

J'arrive à la Visitation; je veux pénétrer dans la chapelle; mais elle

était pleine.

En attendant que la foule se fût écoulée, je regardais autour de moi;

à quoi pensais-je? Je ne m'en rends pas compte. Mes regards sont

attirés par de grands tableaux en toile blanche sur lesquels des

inscriptions étaient gravées en lettres rouges. Je lis: _Promesses

de Notre-Seigneur Jésus-Christ à la Bienheureuse Marguerite-Marie_.

Je passe d'un tableau à l'autre, c'étaient des phrases absolument

vides de sens pour moi..., des mots auxquels je ne comprenais rien:

grâce, ferveur, miséricorde, tiédeur, perfection!... Mais tout à coup

une ligne me frappe:

_Je donnerai aux prêtres le talent de toucher les coeurs les plus

endurcis_.

Toute mon impiété me saisit. Toucher les coeurs les plus endurcis!

Voilà ce qu'ils écrivent!... Eh bien! nous verrons... Pourquoi ne pas

essayer? Prenons-les au mot. Demandons un prêtre... Quelle parole

pourra bien lui être inspirée pour toucher un coeur endurci comme

celui-là?... Et je ricanais en me frappant la poitrine.

Au même moment, une religieuse passait à côté de moi; je me retourne

brusquement:

--Je voudrais parler à un prêtre, à un prêtre de Paray-le-Monial.

Elle m'introduit dans une petite chambre dont les murs, blanchis à la

chaux, portaient des inscriptions noires; je n'y fais pas attention.

J'avais ma fameuse phrase comme une arme invincible contre tous les

pèlerins du monde! et je répétais en riant: _Je donnerai aux prêtres

le talent de toucher les coeurs les plus endurcis._ Que va-t-il me

dire?

Bientôt, un prêtre entre. Nous sommes en face l'un de l'autre.

Quelques secondes s'écoulent... Il me regarde, attendant que je lui

parle. Moi, je n'avais dans tout mon être que l'impiété et l'ironie;

et pourtant un tremblement passager me saisit. Le prêtre s'en

aperçoit:

--Eh bien! mon ami, me dit-il.

Ce seul mot me rend tout mon aplomb et toute mon arrogance.

--Votre ami!... Ah! vous ne me connaissez guère. Je n'ai pas la foi,

moi! Je ne crois pas un mot de tout ce que vous me dites, et de tout

ce que vous écrivez. Appelez-moi excommunié, mécréant, païen, tout ce

que vous voudrez; mais votre ami! à d'autres...

Longtemps je lui parle sur ce ton. La phrase lue sur le tableau blanc

retentissait à mes oreilles avec l'ironique question: «Que va-t-il me

dire?» Le prêtre était devenu pâle; mais pas un geste d'indignation

ne s'était manifesté en lui. Sans répondre à mes propos impies, il me

fait de nombreuses questions. Je riais... il le voyait bien; mais

il ne comprenait pas le signe de tête qui accueillait toutes

ses demandes, et qui voulait dire: «Ce n'est pas cela!» J'étais

vainqueur... je triomphais. J'allais éclater de rire et lui avouer

tout... quand, soudain... ah! j'en frémis encore:

--_Mon ami, avez-vous toujours votre mère?_

Dieu! quelle réaction se produit en moi! Coeur de Jésus, vous

m'attendiez là! Mon coeur se fond: les larmes jaillissent; mon corps

tremble.

--Ma mère! vous me parlez de ma mère! Mais c'est vrai!... le

Sacré Coeur de Jésus!... Oh! je vois l'image devant laquelle je

m'agenouillais petit enfant, à côté de ma mère! ... Je relis ces

lignes que sa main mourante m'a écrites, malheureux! auxquelles je

ne fis presque pas attention: «Mon enfant, je t'écris de mon lit

d'agonie; je meurs du chagrin que tu m'as causé; mais je ne te maudis

pas, parce que j'ai toujours espéré que le Sacré Coeur de Jésus te

convertirait.» Oh! ma mère!... Tenez, Monsieur, j'avais lu à l'entrée

de la chapelle que le Coeur de Jésus donnait aux prêtres le talent de

toucher les coeurs endurcis. J'étais venu pour savoir ce que vous me

diriez, pour me moquer de vous. Je le sens; vous m'avez converti.

Le prêtre était tombé à genoux. Il priait et il pleurait.

Quand j'entrai dans le sanctuaire du Sacré Coeur, ce fut pour aller me

prosterner dans un confessionnal. Ce fut, quelques jours après, pour

m'approcher de la Table sainte.

Et maintenant, que tout cela soit pour la gloire de votre Sacré Coeur,

ô Jésus!

--Prêtres! aimez le Sacré-Coeur, et vous convertirez des âmes.

Mères de famille qui pleurez sur les égarements de vos fils, priez

pour eux le Sacré Coeur de Jésus.»

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Les joies du pardon Petites histoires contemporaines pour la consolation des coeurs chrétiens · 第 23 / 61 题