3.--LES DEUX FRÈRES

Deux frères entrèrent en même temps dans un collège de France; ils

se ressemblaient si parfaitement quant à la taille et aux traits du

visage, qu'il fallait les avoir vus souvent pour les distinguer l'un

de l'autre: mais ils étaient bien différents de caractère: l'aîné

n'avait presque aucun sentiment de religion; le cadet était d'une

piété angélique. On ne saurait imaginer tous les moyens que sa charité

lui suggéra pour gagner son frère. C'était peu pour lui de lui

accorder ce qu'il demandait; il allait au-devant de tout ce qui

pouvait lui être agréable; il se privait, en sa faveur, de tout

l'argent qu'on lui accordait pour ses menus plaisirs. On leur donna à

tous deux un costume neuf de très grand prix; l'aîné, en peu de temps,

mit le sien en mauvais état; celui du cadet était encore très propre.

Ne sachant plus quel présent faire à son frère, il imagina de lui

donner son habit.

«Vous êtes mon aîné, lui dit-il, il convient que vous soyez mieux

habillé que moi: votre habit est gâté; si le mien vous fait plaisir,

je vous le donnerai, on n'en saura rien chez nous.»

L'offre est aussitôt acceptée et l'échange fait.

Quelques jours après, le pieux enfant appelle son frère et lui dit

qu'il avait quelque chose à lui communiquer.

«Auriez-vous encore un habit à me donner? lui dit celui-ci.

--Oui, lui répond l'enfant, et un bien plus précieux que celui que je

vous ai donné dernièrement; allez demain à confesse; réconciliez-vous

avec Dieu, c'est lui-même qui vous en revêtira.

--À confesse, répondit l'autre, vraiment j'y vais assez souvent; si,

cependant, il ne faut que cela pour vous contenter, j'irai bien encore

demain, mais je ne vous garantis pas que j'en deviendrai meilleur.

--Promettez-moi au moins, répliqua le cadet, que vous ferez pendant

deux jours quelques efforts pour le devenir.»

L'aîné le lui promit.

Le lendemain, ils allèrent tous deux à confesse; ils avaient le même

confesseur. Le cadet se confessa le premier, et se retira devant le

Saint-Sacrement, pour demander à Dieu qu'il lui plût de toucher son

frère. L'aîné raconta depuis, qu'en entrant au confessionnal, tout ce

que son frère avait fait pour lui se présentant à son esprit, il eut

honte de lui-même, et ne fut plus maître de retenir ses larmes. Il

dit à son confesseur qu'il voulait bien sincèrement se convertir et

consoler son frère des chagrins qu'il lui avait causés jusqu'alors.

Pendant toute sa confession, il versa un torrent de larmes. Le cadet

qui de l'endroit où il était, l'avait entendu éclater en soupirs,

était remonté dans son quartier, comblé de joie et bénissant le

Seigneur. Un moment après, on vint le demander à la porte; c'était

son frère qui se jeta à ses genoux, et les arrosa de ses larmes, lui

demandant pardon de tous les sujets de mécontentement qu'il lui avait

donnés et lui promettant de suivre, à l'avenir, aussi bien ses avis

que ses exemples. L'enfant, ravi des dispositions de son frère, se

jeta a son cou, et lui dit tout ce que sa charité put lui suggérer de

plus tendre et de plus affectueux pour l'encourager. Le jeune homme

demeura si ferme dans ses bonnes résolutions, qu'en peu de temps, il

devint, comme son frère, un modèle de vertu, et ne se démentit jamais.

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Les joies du pardon Petites histoires contemporaines pour la consolation des coeurs chrétiens · 第 9 / 61 题