Nous bouleversons nos plans de voyage. Nous devions aller à cheval
jusqu’à Sultanabad. Mais nos hôtes ne savent même pas le nombre et la
longueur des étapes. Il faudrait sept jours au moins pour traverser les
montagnes. Nous souffrons encore des blessures de nos mauvaises selles.
Ma mule a une patte endommagée. Comment ferions-nous ce long trajet?
Nous décidons de revenir sur nos pas. En trois jours nous pouvons gagner
l’asile charmant que nous offre Hadji-abad; de là une voiture pour
Ispahan.
Nous allons au cimetière, près de l’entrée du village. Depuis que nous
sommes au Bakhtyari j’ai remarqué des animaux étranges sculptés en
pierre sur les tombes. Ce sont des lions à l’allure hiératique, qui se
tiennent debout sur leurs pattes raides; ils ont l’air très anciens;
ont-ils été faits il y a trois mille ans ou hier? Leur présence étonne
dans ces cimetières persans si négligés, abandonnés de tous, sans
monuments aucuns.
Je demande ce qu’ils signifient. On m’apprend qu’ils sont placés sur les
tombes des hommes qui se sont montrés courageux à la guerre. J’en compte
cinq ou six dans le petit champ mortuaire de Djouné Khound. Les pattes
enfoncées dans la terre, les flancs creux, le mufle défiant, ils gardent
le sommeil des hommes qui sont morts dans les batailles.
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A la tombée de la nuit, on frissonne tant le froid tombe vite des
montagnes; on frissonne aussi par ce qu’on a un peu de fièvre, un peu de
la fièvre que, malgré toutes les précautions, on ramasse sur les routes
de Perse. Et nous rentrons dans notre grand salon des glaces où les
domestiques allument dans la cheminée des feux de sarments secs qui
brûlent en grandes flammes claires.
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