18 mai.

Nous bouleversons nos plans de voyage. Nous devions aller à cheval

jusqu’à Sultanabad. Mais nos hôtes ne savent même pas le nombre et la

longueur des étapes. Il faudrait sept jours au moins pour traverser les

montagnes. Nous souffrons encore des blessures de nos mauvaises selles.

Ma mule a une patte endommagée. Comment ferions-nous ce long trajet?

Nous décidons de revenir sur nos pas. En trois jours nous pouvons gagner

l’asile charmant que nous offre Hadji-abad; de là une voiture pour

Ispahan.

Nous allons au cimetière, près de l’entrée du village. Depuis que nous

sommes au Bakhtyari j’ai remarqué des animaux étranges sculptés en

pierre sur les tombes. Ce sont des lions à l’allure hiératique, qui se

tiennent debout sur leurs pattes raides; ils ont l’air très anciens;

ont-ils été faits il y a trois mille ans ou hier? Leur présence étonne

dans ces cimetières persans si négligés, abandonnés de tous, sans

monuments aucuns.

Je demande ce qu’ils signifient. On m’apprend qu’ils sont placés sur les

tombes des hommes qui se sont montrés courageux à la guerre. J’en compte

cinq ou six dans le petit champ mortuaire de Djouné Khound. Les pattes

enfoncées dans la terre, les flancs creux, le mufle défiant, ils gardent

le sommeil des hommes qui sont morts dans les batailles.

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A la tombée de la nuit, on frissonne tant le froid tombe vite des

montagnes; on frissonne aussi par ce qu’on a un peu de fièvre, un peu de

la fièvre que, malgré toutes les précautions, on ramasse sur les routes

de Perse. Et nous rentrons dans notre grand salon des glaces où les

domestiques allument dans la cheminée des feux de sarments secs qui

brûlent en grandes flammes claires.

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Feuilles persanes; La route du Mazandéran, La femme lapidée, L'esprit persan · 第 28 / 33 题