Aujourd’hui, ma femme va rendre visite dans l’anderoun à la sœur aînée
de Sardar Assad, Bibi Khanoum. Cette vieille femme est célèbre en Perse
par son énergie. C’est elle, dit-on, qui poussa son frère à marcher sur
Téhéran. C’est elle--je ne sais la vérité de cette histoire--qui jura de
venger la mort de son père, l’ilkhani des Bakhtyares que Zill es Sultan
fit mettre à mort, et peut-être tua lui-même, voici plus de trente ans,
à Ispahan. Bibi Khanoum reçoit les Bakhtyares chez elle à visage
découvert. Mais je suis un étranger et, même au Bakhtyari, l’étiquette
ne veut pas que je puisse voir cette vieille princesse.
Ma femme passe deux heures dans l’anderoun en compagnie de Bibi Khanoum
et de la femme de Zia Sultan. Puis, l’on me fait dire qu’une dame
bakhtyare vient me rendre visite, et voici que je vois soudain arriver
sous le portique où je prends le frais une dame entourée de serviteurs
et accompagnée du hakim. Elle est vêtue d’un justaucorps de soie couleur
aurore, d’une jupe de soie or à fleurs et un grand châle violet évêque
est drapé sur la tête. Des boucles de cheveux pendent des deux côtés de
la figure. Un petit enfant vêtu de vert, un séid, marche gravement à
côté d’elle.
C’est ma femme qui vient me voir, vêtue en grande dame bakhtyare. Les
princesses ont sorti de leurs coffres ce costume de mariage, se sont
amusées à l’en parer et lui en ont fait cadeau.
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