Le culte et la vénération que son nom inspirait traversaient ces
lignes ennemies que nos armes ne savaient plus rompre. Seul et sans
protection, il pouvait parcourir son diocèse. On vit la plus décriée
de toutes les troupes, les hussards impériaux, l'accompagner et
s'improviser en escorte pour lui dans une de ses courses pastorales.
Les terres qui lui appartenaient, respectées par les ennemis,
devenaient un refuge pour les paysans du voisinage qui, à l'approche
des gens de guerre, y couraient avec leurs familles et tout ce qu'ils
pouvaient emporter. Mais le dévouement de Fénelon ne se borna pas à
des actes particuliers; il put s'élever au noble rôle d'assistance
publique. Il porta secours à son pays. Les témoignages d'admiration
dont il était l'objet servirent la France. Au moment où notre armée
sans subsistance allait mourir de faim, il eut la gloire de la sauver.
Il livra ses magasins aux ministres de la guerre et des finances; et
quand le contrôleur général l'invita à fixer lui-même le prix du blé
que la nécessité rendait si précieux: «Je vous ai abandonné mes blés,
monsieur, répondit-il: ordonnez ce qu'il vous plaira, tout sera bon.»