Le palais épiscopal de Cambrai fut l'asile de tous les malheurs. Quand
il devint trop étroit, Fénelon leur ouvrit son séminaire et loua des
maisons dans la ville. Des villages entiers, ruinés par les gens de
guerre, venaient se réfugier auprès de lui. Ces pauvres gens étaient
reçus comme des enfants, dont les plus malheureux avaient droit aux
premiers soins.
D'un autre côté, généraux, officiers, soldats malades ou blessés,
étaient apportés à cette vaillante charité qui ne compta jamais les
misères devant elle.
Fénelon se donne aux malheureux; il fait mieux que les secourir et les
soigner, il vit avec eux. Chez lui, dans les hôpitaux, par la ville,
il est partout où sa présence est bonne. Ni misères rebutantes, ni
maladies infectes ne l'arrêtent. Après ce que lui inspire le plus
ardent désir de soulager ceux qui souffrent, il a mieux que le remède
ou l'aumône, il a son regard, un mot tendre, un soupir, une larme. Il
pense à tout, il pourvoit à tout, il descend au plus petit détail.
Rien ne lui semble au-dessous de ses soins, mais rien ne le surcharge.
Ce n'est là que l'exercice naturel de son coeur. Il conserve une
entière liberté d'esprit. Il prie, il médite comme un solitaire
derrière le cloître. Comme un homme qui occupe ses loisirs, il
entretient une correspondance étendue avec les hommes les plus
considérables et souvent sur les affaires les plus épineuses ou les
questions les plus ardues. Évêque et théologien, il compose plusieurs
ouvrages, instructions et mémoires sur les sujets difficiles qui, en
ce moment même, occupent l'Église de France. Ses forces et ses
ressources semblent intarissables. Sévère et retranché pour lui-même,
il mange seul et ne vit que de légumes.