Le duc de Bourgogne en allant prendre le commandement de l'armée de
Flandre, dans la campagne de 1708, passa par Cambrai.
Le roi lui défendit non-seulement d'y coucher, mais de s'y arrêter
même pour manger; il lui fut interdit de sortir de sa chaise.
L'archevêque se trouva à la poste, il s'approcha de la chaise de son
pupille, dès qu'il arriva. Le jeune prince ne put retenir sa joie, en
apercevant son précepteur; il l'embrassa à plusieurs reprises; on ne
fit que relayer, mais sans se presser: nouvelles embrassades et on
partit.
C'est à Cambrai, pendant les tristes années où l'Europe liguée faisait
expier à Louis XIV l'éclat dominateur, les longues prospérités, la
gloire hautaine de tout son règne, qu'il faut surtout admirer Fénelon.
C'est surtout au milieu des complications de la guerre malheureuse
dont son diocèse est le théâtre et la victime que sa figure devient la
plus touchante personnification de la charité. Des traits charmants,
ramenés chaque jour par les misères qui les multiplient en se
multipliant, font bénir le nom de Fénelon et surtout sa présence.
Pendant l'hiver et pendant la disette de 1709, cette charité s'exerça
avec un zèle plus actif et sous les formes les plus diverses, pour
répondre à la triple épreuve de la guerre, du froid et de la famine.
Les désastres s'étaient accumulés. Les places fortifiées avec tant de
soin par la prudence du roi étaient au pouvoir de l'ennemi. Les
troupes, mal payées, désapprenaient l'obéissance et la discipline,
comme elles avaient désappris la victoire. Le trésor était vide; la
rigueur de l'hiver avait partout stérilisé les semences confiées à la
terre. Les hommes mouraient de froid. L'été venu on vit mourir de
faim, une poignée d'herbe à la bouche. Dans un grand nombre de villes
et de provinces, des séditions étonnèrent ce règne, qui trouvait tout
prosterné devant lui. Les exécutions répondirent aux égarements de la
misère. La paix, qu'il n'avait jamais su garder, fuyait maintenant
les sollicitations humiliées de Louis XIV.