XXXII

Cette colère de la cour consterna l'âme du duc de Bourgogne, que la

séparation, l'injustice et l'adversité attachaient davantage à son

maître. Ce prince, pour échapper à la jalouse tyrannie de son

grand-père, était obligé de faire un mystère de son attachement à

Fénelon et de cacher, comme un crime d'État, sa rare correspondance

avec son ami.

«Enfin, lui écrit le jeune prince, je trouve une occasion de rompre

le silence que je suis contraint de garder depuis quatre ans. J'ai

souffert bien des maux; mais un de mes plus grands était de ne pouvoir

vous dire ce que je sentais pour vous pendant ce temps, et que mon

amitié augmentait par vos malheurs, au lieu d'en être refroidie...

«... Ne montrez cette lettre à personne au monde, excepté à l'abbé de

Langeron, car je suis sûr de son secret. Ne me faites pas de

réponse...»

Fénelon répondait de loin en loin par des lettres où les conseils de

l'homme de piété et de l'homme d'État étaient pénétrés de l'onction

d'une tendresse paternelle.

«Je ne vous parle que de Dieu et de vous, écrivait-il, il n'est pas

question de moi. Dieu merci, j'ai le coeur en paix. Ma plus rude croix

est de ne plus vous voir, mais je vous porte sans cesse devant Dieu

dans une présence plus intime que celle des sens. Je donnerais mille

vies comme une goutte d'eau, pour vous voir tel que Dieu vous veut.»

Cours familier de Littérature - Volume 28 · 第 146 / 188 题