VII

Où est la poésie dans tout cela? J'y vois bien la richesse, j'y vois

bien l'utile, mais le beau, mais l'impression, mais le sentiment, mais

l'enthousiasme, où sont-ils? Il n'y a peut-être d'autre poésie à

recueillir sur cette immense étendue de choses utiles que la plus

inutile de toutes ces choses, le vol soudain et effarouché d'une

alouette, fouettée du vent, qui s'élève tout à coup de cet océan

d'épis jaunes, pour aller chanter on ne sait quel petit hymne de vie

dans le ciel et qui redescend après avoir donné cette joie à l'oreille

de ses petits, cachés dans le chaume; le cri strident du grillon qui

cuit au soleil sur la terre aride, ou le bruissement sec et métallique

des pailles d'épis frôlées par la brise vague les unes contre les

autres, et qui interrompent de temps en temps par un ondoiement de mer

le silence mélancolique de l'étendue.

Or, pourquoi la plaine est-elle prosaïque et pourquoi l'alouette, le

grillon, la brise dans les épis sont-ils poétiques? Qui pourrait le

dire? Peut-être parce que l'alouette présente le contraste d'un peu de

joie au milieu de cette monotonie de tristesse et d'un peu d'amour

maternel au-dessus de son nid, cette délicieuse réminiscence de nos

mères; peut-être parce que le grillon nous rappelle le désert aride de

Syrie où le cri du même insecte anime seul au loin la route

silencieuse du chameau sur les sables brûlés de la terre; peut-être

parce que ce bruissement et cet ondoiement d'épis mûrs sous la brise

folle nous transporte par l'analogie de son sur les vagues ridées de

l'océan au pied du mât où frissonne ainsi la toile.

Et pourquoi ces trois petits phénomènes et ces trois images sont-ils

à nos yeux la seule poésie de ce vaste espace? Parce que de ces trois

phénomènes et de ces trois images il sort pour nous une émotion, et

que de cette immense plaine d'épis il ne sort que de la richesse.

Cours familier de Littérature - Volume 28 · 第 104 / 188 题