VI

Ainsi, prenez pour exemple la nature inanimée, le paysage: voilà une

plaine immense cultivée, fertile, couverte d'épis ou de prairie,

grenier de l'homme, mais qui n'est ni sillonnée par un fleuve, ni

bordée par des collines, ni penchée vers la mer, et dont les horizons

monotones se confondent avec le ciel bas et terne qui l'enveloppe.

Certes, c'est un spectacle agréable au laboureur et consolant pour

l'économiste qui calcule combien de milliers d'hommes et d'animaux

seront nourris après la moisson par le pain ou par l'herbe fauchée sur

ces sillons. Mais vous traverseriez pendant des jours et des mois une

plaine de cette fécondité et de ce niveau sans qu'un atome de poésie

sortît pour les yeux ou pour l'âme de ce grenier de l'homme.

Cours familier de Littérature - Volume 28 · 第 103 / 188 题