Ainsi, prenez pour exemple la nature inanimée, le paysage: voilà une
plaine immense cultivée, fertile, couverte d'épis ou de prairie,
grenier de l'homme, mais qui n'est ni sillonnée par un fleuve, ni
bordée par des collines, ni penchée vers la mer, et dont les horizons
monotones se confondent avec le ciel bas et terne qui l'enveloppe.
Certes, c'est un spectacle agréable au laboureur et consolant pour
l'économiste qui calcule combien de milliers d'hommes et d'animaux
seront nourris après la moisson par le pain ou par l'herbe fauchée sur
ces sillons. Mais vous traverseriez pendant des jours et des mois une
plaine de cette fécondité et de ce niveau sans qu'un atome de poésie
sortît pour les yeux ou pour l'âme de ce grenier de l'homme.