XIII

Des libelles calomnieux, écrits contre lui par des hommes de lettres

ingrats, comblés de ses dons, tels que l'abbé Desfontaines, ne

respectèrent ni sa douleur, ni sa gloire, ni sa retraite. Ces libelles

étaient des armes que ces envieux fournissaient et tendaient au

gouvernement pour frapper d'exil ou de prison leur bienfaiteur. Un

poëte impie, médiocre et trivial, nommé Piron, qui avait fait par

hasard une comédie de premier ordre, la _Métromanie_, et qui ne

faisait plus que des épigrammes, ces chefs-d'oeuvre des esprits courts

et des mauvais coeurs, harcela Voltaire depuis ce moment jusqu'au

tombeau. Il affecta la pitié pour colorer l'envie et la haine. Un

critique partial et injurieux, mais d'un goût plus classique et plus

sûr que Piron, l'auteur de l'_Année littéraire_, Fréron, s'acharna à

toutes les publications du grand poëte. Voltaire méprisa Piron, il eut

le tort de relever par des injures les critiques de Fréron. Le génie a

toujours tort de répondre à l'envie; il a son refuge dans son

élévation, et il ne faut pas qu'il en descende; lors même qu'il se

défendrait par un coup de foudre, la foudre s'éteindrait dans la boue.

Un hasard préserva Voltaire de la persécution sollicitée contre lui.

Cours familier de Littérature - Volume 28 · 第 82 / 188 题