On répond: Mais vous interdisez donc à un écrivain le droit de se
corriger et de penser le lendemain autrement qu'il ne pensait la
veille? Non; nous ne disons pas qu'un tel homme soit coupable, mais
nous pensons qu'il est légitimement suspect d'avoir changé par des
motifs humains des opinions qui doivent être _surhumaines_, à moins
d'être simulées.
C'est ce que les lecteurs du _Génie du Christianisme_ eurent le droit
de conclure, surtout en ne voyant pas éclater, dans la vie de ce
Tertullien, les vertus chrétiennes dont il faisait profession dans son
livre. On le considéra comme un déclamateur éloquent et habile, au
lieu de le respecter comme un chrétien converti et convaincu. Dieu
avait raison, mais les hommes n'avaient pas tort.
Il fut récompensé de son livre par Bonaparte qui le nomma d'abord
secrétaire d'ambassade à Rome, puis ministre en Valais.
Il renonça à ces deux postes par des motifs purement humains; mais,
peu de temps après, il chanta, dans son discours à l'Académie, un
hymne à son prince et une malédiction à la Révolution, pour se faire
pardonner la malédiction à la chose par l'hymne à l'empereur.