Cependant, la coalition de M. de Chateaubriand avait produit ses
fruits; la garde nationale, pervertie par la presse liguée contre
Charles X, avait poussé ce prince téméraire, mais faible, à tout oser
contre elle.
Il résolut de provoquer la bataille entre l'esprit nouveau et l'esprit
ancien par un coup d'État. Il choisit le prince de Polignac pour lui
confier le commandement des journées rétrogrades. Le prince, confiant
dans l'aplomb de la monarchie, ne prépara rien; il signa un matin les
ordonnances contre la presse, comme il aurait signé en pleine paix la
plus innocente mesure de police sur l'édilité de Paris.
C'était le tocsin de la guerre civile sonné par un enfant. Paris
désarmé s'insurgea; les troupes, qui n'étaient ni réunies, ni
commandées, ni même averties, restèrent fidèles au roi par la simple
habitude de la loyauté et de la discipline.
Pendant qu'on se fusillait dans les rues de la capitale, le roi,
retiré à Saint-Cloud, continuait sa partie de chasse le matin et sa
partie de whist le soir, comme si les anges s'étaient chargés de le
défendre.
Il se retira enfin à la tête de sa garde fidèle, et s'embarqua pour
l'Angleterre après avoir abdiqué la couronne. Le premier prince du
sang, tuteur naturel de son neveu, au lieu de se jeter entre le roi et
le peuple, et de prendre la lieutenance générale du royaume, se cacha,
se déclara chef des rebelles, puis roi des Français. Il déroba la
couronne tombée du front de sa famille pour la traîner de concession
en concession, jusqu'au jour où il laissa lui-même, en fugitif, la
double dépouille des siècles à la République.