Il fonda le _Conservateur_, organe des colères du parti ultraroyaliste
contre les monarchistes modérés; il s'illustra de son talent et de ses
fureurs. Il finit par s'allier avec les libéraux et se laissa nommer à
l'ambassade de Londres. Là commence son rôle vraiment politique: il
conçut la pensée de rallier l'armée française à la monarchie des
Bourbons, en lui fournissant l'occasion de combattre contre la
révolution d'Espagne.
Il écrivit, après son succès, l'_Histoire du congrès de Vérone_, où
il força M. de Villèle et M. de Montmorency à l'envoyer. M. de
Montmorency se retira. M. de Villèle consentit à l'admettre, comme
ministre des affaires étrangères, dans son cabinet; il y servit mal
ses collègues, favorisant tantôt leur politique, tantôt combattant
sournoisement leurs plans, pour donner des gages ou des espérances aux
libéraux.
Surpris dans une de ces manoeuvres équivoques, il fut brutalement
congédié par le roi. Il sortit du conseil en Coriolan, et déclara le
lendemain une guerre de vengeance au parti qu'il servait la veille. Le
_Journal des Débats_, dont le chef, M. Bertin, était son ami, se
dévoua à lui et lui prêta sa publicité ambiguë. Il rallia ainsi, dans
une coalition néfaste, les amis et les ennemis de la Restauration dans
une agression commune. La coalition de principes opposés, mais de
haine commune, cette maladie organique de la France, ne laissa plus de
doute aux amis des Bourbons sur leur ruine prochaine.