XLVI

Il résolut alors d'appeler plus fortement l'attention sur lui en

voyageant en Grèce et en Syrie. Ce voyage produisit un de ses

meilleurs écrits: l'_Itinéraire de Paris à Jérusalem_. C'est un

recueil de pages étincelantes d'érudition prétentieuse, de piété

affectée, un trompe-l'oeil admirable pour les fidèles de l'Évangile ou

de la gloire classique; cela réussit complétement. Le style était

admirable, resplendissant, unanime; ceux qui ne croyaient qu'à la

Fable retrouvèrent leurs dieux sous les bocages du Céphise; ceux qui

ne croyaient qu'au Golgotha lisaient à genoux au pied du Calvaire. Il

faillit remettre en goût les pèlerinages de Sion. Ce n'était qu'un

pèlerinage au Parnasse.

Il revint vite, en traversant la mer, par Carthage, puis par Grenade

et l'Alhambra, où il rencontra le véritable but de son voyage. «Mais

croyez à ce que je chante, et non à ce que je prêche!» Cet itinéraire

est un pot-pourri où Sparte, Argos, Athènes, le Calvaire, l'Hélicon

débitent chacun son rôle, et où l'auteur est sûr de triompher, sinon

par sa foi, du moins par son talent. Ce succès un peu banal dure

encore, et il durera tant que les souvenirs classiques seront la

religion des hommes de lettres.

Cours familier de Littérature - Volume 28 · 第 24 / 188 题