Il résolut alors d'appeler plus fortement l'attention sur lui en
voyageant en Grèce et en Syrie. Ce voyage produisit un de ses
meilleurs écrits: l'_Itinéraire de Paris à Jérusalem_. C'est un
recueil de pages étincelantes d'érudition prétentieuse, de piété
affectée, un trompe-l'oeil admirable pour les fidèles de l'Évangile ou
de la gloire classique; cela réussit complétement. Le style était
admirable, resplendissant, unanime; ceux qui ne croyaient qu'à la
Fable retrouvèrent leurs dieux sous les bocages du Céphise; ceux qui
ne croyaient qu'au Golgotha lisaient à genoux au pied du Calvaire. Il
faillit remettre en goût les pèlerinages de Sion. Ce n'était qu'un
pèlerinage au Parnasse.
Il revint vite, en traversant la mer, par Carthage, puis par Grenade
et l'Alhambra, où il rencontra le véritable but de son voyage. «Mais
croyez à ce que je chante, et non à ce que je prêche!» Cet itinéraire
est un pot-pourri où Sparte, Argos, Athènes, le Calvaire, l'Hélicon
débitent chacun son rôle, et où l'auteur est sûr de triompher, sinon
par sa foi, du moins par son talent. Ce succès un peu banal dure
encore, et il durera tant que les souvenirs classiques seront la
religion des hommes de lettres.